mercredi 1 juin 2005

La rupture au préalable à toute reconstruction.



Bien informés, les hommes sont des citoyens ;
Mal informés ils deviennent des sujets.
Alfred Sauvy
1

Il est patent de constater que la routine et le manque de curiosité et d’innovation entraîne un manque de souplesse, d’ouverture, de recherche d’inédit et d’enjeux collectifs. Il est également constaté que l’absence d’échanges réciproques dans un système viable d’alliance peut non seulement empêcher l’affinement mais également menacer la conservation. Ceux qui n’existent qu’à travers les gesticulations stériles se croyant à l’abri dans le statu quo, ne font que contrarier leur évolution et se condamner, par conséquent, à la perdition et la désintégration. Tel un capital qui se déprécie sans valorisation, leur légitimité est contesté à défaut d’actions constructives.

Mais des fois face à des vrais défis certains s’accrochent à des faux rêves. Face à l’adversité, ils préfèrent le confort de l’habitude. Ils pensent qu’un pseudo privilège acquis prévaut un droit légitime à obtenir se confortant dans l’idée que se qu’on leur donne est plus accessible, donc préférable à ce qu’ils peuvent obtenir par l’effort.
Qu’ils se détrompent ! Les autorisations qu’ils obtiennent pour exister ; Les permissions qu’ils quémandent pour se réunir, circuler ou voyager ; Les incitations à la participation silencieuses, les écarts infimes de langages accordés ne sont que des leurres, des appâts, que des moyens pour mieux les compromettre et entretenir artificiellement l’espoir d’une éventuelle ouverture tant attendue. A force de vouloir exister l’également dans un système dont ils dénoncent les premiers - avec une certaine retenue d’ailleurs - les dérives totalitaires et liberticides, ils se corromprent jusqu'à la moelle. A force de trop s’exposer avec son geôlier, l’opposition visible et légale c’est brûlée les ailles. De trop pactiser avec le diable elle a fini par vendre son âme.

Il est évident que la fonction première d’un parti politique est de porter les aspirations de ceux qui y adhérent en défendant leurs intérêts et leurs revendications. Mais il est manifeste que cela n’est possible que dans un système politique fiable et au sein d’institutions saines. Il est nécessaire que l’opposition admette finalement que le respect des citoyens qui mettent leurs espoirs dans leurs actions passe par l’aveu de leur incapacité à les représenter et à défendre leurs intérêts. C’est, paradoxalement, par ce peccavi que débutera le chemin tortueux de la réconciliation avec le peuple. Il est donc incontestable que la légitimité à la quelle l’opposition tunisienne asspire ne peut être donnée par un système illégitime. Le droit qu’elle exige ne peut être garantie par un état de non droit. Croire ou faire croire qu’un jour Ben Ali finira par accepter un vrai débat démocratique et un pluralisme politique est une grave erreur stratégique et un manque de considération éloquent envers les Tunisiens. Le changement réel ne pourra se faire que sans lui, plus encore, la légitimité d’exister politiquement ne sera possible qu’après l’abolition totale du système qu’il a instauré. Pour cela, les formations politiques de l’opposition qu’elles soient reconnues, ou se battant pour l’être, doivent impérativement cesser d’exister en tant que telle. Elles doivent préconiser, pour exister, une refonte complète des institutions actuelles.

Un constat s’impose donc à nous. L’action émancipatrice de l’opposition tunisienne ne peut pas être politique dans le sens d’un rapport de force électoral dans un système d’alternance fiable. Cette action ne peut, donc, qu’être citoyenne. Elle ne peut se baser que sur le citoyen en tant que fondement indispensable à n’importe quel édifice institutionnel. Le régime a œuvré pour transformer le peuple tunisien en une masse d’individus déconnectés de leurs semblables sans possibilités d’échanges et de débats. Il a érigé l’avidité, la délation, la calomnie et la peur en model social. C’est à vous opposition, et à nous citoyens en devenir, de reprendre notre éducation démocratique en main et briser les carcans du système corrupteur qui liquéfie toute initiative citoyenne. C’est à nous peuple de Tunisie de se réapproprier les réflexes de la citoyenneté. Tous ceux qui oeuvrent pour une renaissance tunisienne qu’ils soient dirigeants, membres, sympathisants d’un parti politique ou simples militants anonymes doivent se diffuser dans la société tunisienne pour amorcer le débat entre les individus. Il est plus qu’évident qu’une première étape nécessaire au préalable de toute action, consiste à démocratiser le débat et la circulation de l’information. Il faut que toutes les forces militantes oeuvrent pour que le dialogue quitte les salles de conférences pour retrouver sa place légitime dans la rue tunisienne. Il est plus que nécessaire que l’information sorte des cercles d’initiés de l’élite intellectuelle pour arriver à la connaissance du plus grand nombre. L’injustice que subie son honneur le juge Mokhtar Yahyaoui ou encore l’incarcération ignoble de Maître Abbou ont connu, et connaissent encore ( à juste titre) une grande médiatisation dans les médias étrangers alors que la grande majorité des tunisiens - en dehors des cercles d’initiés - en ignore même l’existence, et pour ceux qui en ont eux écho ils ne détiennent pas d’éléments susceptible de leurs permettre un quelconque jugement. C’est un exemple parmi tant d’autres qui montre la nécessité d’un changement d’orientation de l’action émancipatrice.

En tant que tunisien défendant ma citoyenneté, en tant que militant oeuvrant pour une renaissance tunisienne. Je lance un appel solennelle à tous les dirigeants des partis politiques de l’opposition tunisienne, qu’ils soient légaux ou tolérés de dissoudre officiellement leurs formations ; à tous les élus des systèmes de quotas et à tous ceux qui ont participé à des élections truqués aux résultats biaisés, de rendre leurs mandats. C’est un signal fort qu’il faut lancer a l’infâme régime. En refusant de participer à son système corrupteur, les forces de l’opposition montreront l’exemple et ouvriront la voie au peuple tunisien pour ce détaché du système et vivre en dehors. C’est seulement de cette manière qu’ils tenteront de s’en défaire eux même dans leur vie quotidienne. Le processus se déclinera à l’infini touchant toutes les classes de notre société. C’est seulement dans les rangs du peuple, débarrassés de tous les dogmes et les slogans que le militantisme peut atteindre sont but initial, à savoir une participation accrue, des tunisiens, au débat et une meilleur conscience citoyenne. Cette fusion volontaire avec la société civile se doit d’être un préambule et un point de départ d’une compagne nationale d’information en préparation du Sommet Mondial de la Société de l’Information. C’est une offensive informative de grande envergure qu’il faudra lancer pour donner des éléments d’informations au peuple afin qu’il puisse mûrire une réflexion constructive sur sa condition et les moyens de la transcender. Il faudra transformer la frustration stérile en une énergie positive qui servira de locomotive à un mouvement populaire, citoyen et apolitique. C’est un discours constructif, pédagogique, dénouer de toute démagogie populiste qu’il faudra adresser au Tunisiens. Cette événement est l’occasion rêvée pour, enfin, offrire à nos compatriotes une tribune pour exprimer leurs mécontentements et montrer leurs maturités civique et citoyenne. C’est leurs voix qui doivent arrivées au oreilles du monde libre. C’est leurs mots qui doivent résonnés dans le ciel bleu de notre Tunisie, chère à nous tous.

1 Alfred Sauvy, sociologue, 1898-1990

mercredi 18 mai 2005

Sharon : un piége signé Ben Ali.


L’invitation lancée par Ben Ali au Premier ministre israélien Ariel Sharon pour participer au sommet mondial sur la société de l’information dont la deuxième phase est prévue à Tunis pour le mois de novembre prochain, a- pour le moins qu’en puisse dire- suscité des vives réactions dans la rue tunisienne. Cette visite a, également, provoqué les ires de l’opposition de tous bords et de toutes confessions créant ainsi un phénomène politique aussi atypique qu’absurde. En effet, démocrates, républicains, communistes, syndicalistes, islamistes et ONG’s se sont élevés d’une même voix pour dénoncer la visite d’Ariel Sharon. Cette protestation légitime est malheureusement loin d’être spontanés, pire elle résulte d’un calcul politicien visant à s’accaparer de la frustration populaire et à manipuler la rue tunisienne au profit d’une manœuvre de positionnement sur l’échiquier politique. Manœuvre qui c’est révélée désastreuse pour ces instigateurs.

Pour une partie de l’opposition cette prise de position est naturelle, sans pour autant être judicieuse, elle constitue leur fond de commerce ; mais pour les autres c’est un volte-face pour le moins déroutant. Bien que les ficelles du piége préparer par le « général président » soient visibles et alors que personne ne doute plus de son opportunisme politique ; « Les défenseurs d’un état de droit » se sont précipités dedans sans même se poser les vraies questions. L’invitation de Sharon et dans le cadre d’une manifestation onusienne. Reconnaître l’autorité de cette institution c’est reconnaître les pays qui y siégent ce qui veut implicitement dire reconnaître l’état d’Israël et par conséquent son chef de gouvernement. Ben Ali sait pertinemment que cet argument est imparable. Mais ce qui semble une évidence pour un dictateur ne l’est pas pour notre brillante opposition qui se veut démocratique. Appeler à interdire l’arrivée d’un chef de gouvernement démocratiquement élu d’un pays membre de l’ONU dans le cadre d’une manifestation internationale ne peut que nous renvoyer aux pages les plus sombres de l’histoire. Pourtant c’est ce que vient de faire notre opposition. Quelle crédibilité auront, alors, les appels à la démocratie et à l’état de droit que lance l’opposition tunisienne si elle n’est pas capable d’accepter les règles de la diplomatie internationale.

Apres presque deux décennies de Benalisme, il est évident que le « flic-président » ne reculera devant rien pour apporter à son action néfaste le soutient du monde libre et donner une image flatteuse de sa fausse stature d’« homme du changement ». La meilleur preuve de cette manœuvre est le silence de la- dite- presse tunisienne tributaire du régime sur un sujet qui dans d’autres circonstances aurait enflammé les plumes les plus redondantes. Son invitation n’as donc rien avoir avec une « application des procédures en vigueur dans le cadre de l’ONU[i] », mais belle et bien une carte à jouer. Cette carte c’est révéler être la bonne. Non seulement il a, une fois de plus, attiré la sympathie de l’opinion internationale, mais il a, également, mit l’opposition face a ces contradictions. Alors que les observateurs se posent déjà la question de « l’après ben Ali » l’opposition institutionnelle ne c’est pas montrée à la hauteur de ces aspirations et a faillit à son devoir. Ben Ali par cette invitation joue sur deux tableau et fait d’une pierre deux coups. Il compte ainsi manœuvrer simultanément sur la scène nationale et internationale. Pendant que notre « caporale président » soigne son image, notre opposition éclairée verse dans le patriotisme primaire rivalisant de virtuosité et d’envolées lyriques.
« Le gouvernement doit revoir sa décision, sinon Sharon devra marcher sur nos cadavres » a déclarer Me Chebbi[ii] devant telle bravoure on ne peut qu’être admiratif ! Voila un homme, un responsable politique qui est prêt à sacrifier sa vie et celle de ces compatriotes pour empêcher l’arrivée d’un chef de gouvernement démocratiquement élu ! Décidément, nous ne donnons pas tous la même valeur à la vie humaine. Quant au POCT[iii] et LTDH[iv] ils ont appelé de tous leurs cœurs à une coalition pour relever le « défi». Quel défi ?! Et quelle union atypique ?! C’est sûrement rassurant pour les Tunisiens de savoir que le défi de l’opposition consiste à empêcher l’arrivée de Sharon dans notre pays. Pour le FDLT[v] il s’agit « d’une provocation qui a dépassée toutes les limites[vi] ». On se sent tout de suite soulagé de voir qu’il existe une limite à la capacité d’encaissement de notre opposition et je me réjouit de savoir qu’elle ne laissera plus le régime les bafouées impunément. Ces déclarations émanent des sommités de l’opposition tunisienne. Je les prends en exemples parmi tant d’autres, tous aussi tonitruants.

En provoquant cette union contre l’arrivée de Sharon, le dictateur Ben Ali a réussi à prendre de la hauteur par rapport à l’opposition et consolide ainsi ses liens avec ses appuis occidentaux. Des partenaires qui commencent à se montrer impatients face à la lenteur des réformes, tant promises par le régime, et la dégradation continuelle de la situation des liberté sans pour autant donner plus de crédit à l’opposition qui ne semble pas garantir la stabilité et l’ouverture nécessaire pour les intérêts stratégiques de la région.

Mais le meilleur coup de Ben Ali et sa carte magique, c’est d’avoir éviter le vrai débat qui est en réalité, la tenu du sommet lui-même. C’est ça la vraie insulte ; c’est en cela que réside l’absurde de la situation. Comment un pays aussi fermer à la circulation de l’information ou, les lois liberticides bâillonnent la presse et la société civile, peut-il accueillir une tel manifestation ? Un pays ou sévi un dictateur haineux et sanguinaire qui a instauré un système ou, les internautes sont emprisonnés et les journalistes tabassés et même tués. Selon quels critères la communauté internationale autorise t-elle une telle mascarade ? L’affront ne réside pas dans le faite que le sommet se tienne en Tunisie mais qu’il se déroule dans la Tunisie de Ben Ali. La question qui se pose est, donc, une question de personne. Le problème, c’est Ben Ali et son système mafieux et non pas Sharon, bush ou j’en sais quel diabolique ennemi invisible. Au lieu de quoi l’opposition a préférer le confort des discours bien rodés du nationalisme primaire et de l’anti-américanisme séculaire. Mais que sait faire l’opposition à par sortir une fois de plus les vieux slogans et les banderoles poussiéreuses usées par le temps.

C’est une rupture radicale qu’il aurait fallut provoquer. C’est une forme nouvelle de revendication qu’il fallait peut être entreprendre. Il fallait relever le défi en déclenchant un mouvement populaire, pacifique et apolitique, citoyen, pour faire entendre notre voix et montrer notre capacité en tant que peuple à s’organiser autour d’un idéal commun et des revendications légitimes. Il fallait faire de ce sommet une tribune pour le peuple tunisiens et non une arène ou l’opposition ne peut avoir que le rôle du prisonnier qu’on jette aux lions.



[i] Abdelbaki Hermassi, ministre tunisien des affaires étrangères,
[ii] Me Najib Chebbi, n°1 du Parti Démocratique Progressiste.
[iii] Le Parti des Ouvriers Communistes de Tunisie.
[iv] Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme.
[v] Forum démocratique pour le Travail et les libertés.
[vi] Dr Mustapha Ben Jaâfar, président du FDLT, AFP 01/03/2005.