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vendredi 1 juin 2007

Monem est libre !!



Une des premières photos de Monem après sa sortie de prison.
Alexandrie - Le 02.06.07


Ça y est ! Il est libre ! Après quelques dernières angoisses, le moment qu’on a tant attendu et espéré est enfin arrivé. Depuis quelques heures, Monem est chez lui, parmi ses parents, sa famille et ses amis

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mercredi 30 mai 2007

منعم يدون من سجن طرة محكوم عن زيارة والده







زيارة مسجونة

منعم، سجن طره محكوم

29 مايو 2007

وافقت وزارة الداخلية على السماح لي بزيارة والدي المريض بالإسكندرية والذي يعجز عن زيارتي في محبسي بسجن المحكوم بالقاهرة نظرا لتأخر ظروفه الصحية.

في البداية أتوجه بالشكر للوزير وضباط أمن الدولة الذين سعوا لإتمام هذه الزيارة من منطلق إنساني فلهم كل شكر فمن لا يشكر الناس لا يشكر الله.

الزيارة التي كانت يوم الجمعة الماضية اصطحبتني سيارة الترحيلات إلى بيتي في الإسكندرية، الزيارة قدر ما كانت مهمة لوالدي المريض ولي شخصيا فقد حرمت من رؤيته ما يزيد عن شهر ونصف وفي أصعب حالات المرض.

إلا أن هذه الزيارة قلبت على نفسي مواجع الظلم، فعندما دخلت سيارة الترحيلات الشارع الذي أسكن فيه اضطرب قلبي فهذه أول مرة أمشي في هذا الشارع الذي وُلدت فيه حرًا وأنا مقيد وأنا محروم من أن تمتد يدي للأصدقاء والجيران لأسلم عليهم .

وما إن دخلت الشقة حتى ازدادت ضربات قلبي وأنا أحاول أن أمنع دموع من النزول وما إن احتضنت أبي الذي لم يعد يستطيع أن يقف ليسلم على حتى زرفت دموعي وحاولت مداعبته لأبعد عنه صورة ابنه الذي يزوره في صحبته ضابط شرطة والعسكر يحومون حول البيت من كل جانب خشية الهروب طبعا.

وما أن تناولت معه الغداء حتى انتهى وقت الزيارة فازدادت مشاعري اضطرابا وعندما احتضنته مودعا صرخ رافضا الوداع ومطالبني بسرعة الخروج رأفة به وبي.

وعندما احتضنت أمي لم أستطع إلا أن أرمي لها كل ماعندي من دموع وألم وإحساس بالظلم حتى تمنيت ألا أفارق حضنها أبدا .

ثم هوت على تجمع الأصدقاء والجيران حول البيت ليسلموا على الزائر والسجين فاجتمع كبيرهم وصغيرهم مسلميهم وقبطيهم وقد ارتسمت على عيونهم الدموع ملوحين بعلامة النصر والسلام معللين في صمتهم أنهم متضامنين معي ومع والدتي ووالدي المسنين.


Free Monem Campaign



samedi 19 mai 2007

Silencing Monem ?






Ici le contenu alternatif (image, texte)

Silencing Monem? By Malek for Free Monem Campaign


jeudi 3 mai 2007

Article 19 : Free Abdel-Monem Mahmoud




l ya des vérités qui ne faut jamais hésiter à rappeler. Surtout quand c’est à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse et alors que des dizaines de journalistes et de bloggeurs ou simplement des citoyens, à travers le monde, sont enlevés, emprisonnés, torturés et même assassinés. Ce droit est aujourd’hui de plus en plus contesté non seulement pour les journalistes, mais aussi à des millions de citoyens dans le monde.

Abd El-Monem Mahmoud est l’un de ces journalistes-bloggeurs, qui, pour avoir usé de son droit fondamental de s’exprimer et informer librement se retrouve aujourd’hui en prison.

Alors en cette journée il est plus que jamais nécessaire de rappeler ce droit garanti par l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme :

Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.


Plus que jamais défendre la liberté de ceux qui en usent c’est en réalité défendre notre liberté à tous.


le 4ème anniversaire de la torture du détenu N°25




Ici le contenu alternatif (image, texte)


Ceci est le témoignage de Monem concernant la torture qu’il a subit en Janvier 2003, publié initialement en Arabe, le 14 Janvier 2007. Traduit de l’Arabe par Malek Khadhraoui.


ette nuit, il y a de cela quatre ans, plus précisément le 14/01/2003, ils sont rentrés chez nous et m’ont demandé de me bander les yeux et ils m’ont amené….où ?

Il y a de cela quatre ans nous avons été arrêtés par la sûreté de l’Etat. Nous étions 14 personnes, membres des Frères Musulmans, réunis pour organiser notre refus de la guerre contre l’Irak. Notre réunion qui se déroulait dans la région de El-Zaitouna à l’est du Caire, a été prise d’assaut d’une manière effrayante et traumatisante semblable aux prises d’assaut des maisons des résistants palestiniens par les Israéliens. Ils nous ont demandé de s’allonger par terre et ils nous ont menotté par derrière.

Ils nous ont fait comparaître devant le procureur de la sûreté de l’Etat, accusés d’« appartenance à une organisation illégale » (les Frères Musulmans). Le procureur a ordonné notre mise en détention provisoire de 15 jours pour les besoins de l’enquête à la prison de Mazraat Tarh.

Dans la matinée du 14/01/2003 nous avons été à nouveau emmené devant le procureur pour qu’il ordonne la prolongation de notre détention provisoire de 15 jours supplémentaires. Nous sommes montés dans la voiture des transferts qui nous a emmené au complexe pénitentiaire de Tarh, sauf que cette fois-ci nous nous sommes dirigés vers une autre prison de ce complexe qui se trouvait être la prison d’accueil.

L’officier chargé de notre transfert nous a dit qu’ils étaient contraints de nous maintenir dans cette nouvelle prison pour une seule nuit compte tenu des fouilles qui se déroulaient à la prison de Tarh….ne connaissant pas ce qui nous attendait, ceci ne m’avait pas surpris !!

Une petite course

Nous sommes rentrés à la nouvelle prison, celle dans la quelle nous étions censés passer une seule nuit. Vers minuit, le directeur de la prison d’accueil est venu nous voir et nous a demandé de sortir. Nous lui avons demandé si nous allions revenir à notre prison initiale et il nous a répondu :
“non, vous partez pour une simple petite course d’une heure et vous reviendrez ici à nouveau mais que chacun de vous prenne quelque chose pour se couvrir le cou du froid.”

Parce que je ne comprenais rien et qu’il ne faisait pas si froid, je suis sorti de la cellule sans rien pour me couvrir le cou.

Alors l’officier m’a surpris en disant :
« Mon fils, prend quelque chose de propre pour te couvrir les yeux afin d’éviter qu’il te les bande avec quelque chose de sale »

J’étais surpris…!! Me bander les yeux… !!! Pourquoi ? Où allons nous ?

C’est alors que Aimen Abd El-Ghani (actuellement en détention) m’appelle en disant :
« Abd El-Monem, il semble qu’ils vont nous amener à Madinet Nasr, (ou se trouve le siège principal de la sûreté de l’Etat). Que dieu te donne le courage et qu’il nous en donne à tous. »

Aimen m’a alors donné un T-shirt et je me suis bander les yeux moi-même.

Nous sommes sortis vers le hall principal de la prison, accompagnés des gardiens, et nous avons été surpris par des voix graves nous demandant de ne plus dire un mot et de laisser toutes nos affaires personnelles dans la prison.

Alors j’ai dit à la personne à la voix grave : je n’ai avec moi qu’un Coran et un chapelet.
Il m’a répondu d’une manière impolie en disant :
« Non, « chérie de ta maman », tu n’en auras besoin ».

La personne à la voix grave m’a tenu et m’a attaché les mains derriére le dos avec un lien métallique. Il m’a fait monter dans un véhicule dont je ne connaissais pas la forme et m’a demandé de m’asseoir. Je me suis assis sur le sol à l’endroit où je me tenais debout pensant que c’était un véhicule de transfert (sans sièges). C’est alors que j’ai été surpris par un violent coup de poing sur mon visage et la voix qui me disait :
« Ne vois tu pas le siège fils de…… (Il m’a insulté) ».

J’ai dit, forcement à moi-même :
« Comment voulez-vous que je vois alors que j’ai les yeux bandés. J’avais très peur».

Et le véhicule, qui semblait être un autobus, démarra.

L’accueil de Guantanamo

Soudain, l’autobus s’est arrêté. Ensuite, il s’est incliné considérablement me laissant croire que l’endroit semblait se trouver au sous-sol. Ils nous ont fait descendre du véhicule brutalement, en nous insultant des plus sales des insultes, et ils nous ont placé l’un à côté de l’autre.

Après, un homme, avec une voix limpide et claire est venu nous accueillir en disant :
« Vous êtes la bienvenue, Je veux vous présenter l’endroit où vous êtes…vous êtes ici à Guantanamo »
en rajoutant :
« Ici nous avons torturé les plus vaillants d’El Qaida. Vous êtes ici pour savoir qui êtes-vous réellement “fils de chiens”. Vous vous prenez pour une organisation…ici vous êtes des chiens. »

Apres il a dit :
« Ici vous n’êtes pas des êtres humains. Ici vous êtes des numéros et gare à celui qui répondra par son nom quand je le lui demanderais ».

Oui nous nous connaissons en tant que numéros. Moi j’étais le détenu « 25 », et si quelqu’un me demandait : « qui est tu ? » Je répondais : « je suis “25″ monsieur ». Celui qui oubliait et disait son vrai nom recevait une salve de coups violents pour avoir oublié son nom de code au centre de la torture.

En suite, il nous a demandé d’enlever nos chaussures et nos chaussettes pour rester pieds nus, durant les 13 jours de notre séjour dans cet endroit.

Ils ont dirigé nos têtes vers le mur et nous sommes restés ainsi, debout, pieds nus sur un sol de céramique durant plus de 14 heures. Celui qui s’écroule par terre est remis en position sous les coups. Et quand, notre ami, le docteur Mohamed El-Qadhi, professeur d’université, a crié en leur disant :
« On veut faire la prière du « fajr » dont l’heure de la faire est dépassée alors qu’on est encore debout ».
Un gardien ou un officier lui a répondu :
« Prie avec les yeux « chéri de ta mère » nous ne sommes pas ici dans une mosquée ».

Après que les 14 heures aient passées, ils nous ont fait rentrer dans des cellules individuelles dont la superficie ne dépassait pas celle d’une tombe ne contenant qu’une plate-forme en béton, des toilettes à l’ancienne (turques ), et un robinet d’eau. Apres être rentré dans la cellule et que la porte s’est fermée, je me suis efforcé à enlever le bandeau qui me couvrait les yeux croyant que je pouvais l’enlever quand je me trouve dans la cellule.

Soudain, la porte s’est ouverte…je l’ai vu et il m’a vu…il semble être l’un des gardiens de cet endroit. Une personne forte et imposante qui m’a asséné à la figure plusieurs coups de poing violents tout en m’insultant et me demandant :
« Qui t’a autorisé à ôter ton bandeau »

Et depuis cet instant, le bandeau ne s’est plus jamais ôté de mes yeux durant les 13 jours. Au point où dès que je sentais qu’il risquait de tomber pendant les interrogatoires, je demandais au commissaire de bien me le fixer. Lui il craint que je puisse le voir et le reconnaître et moi aussi je crains de recevoir d’autres coups de poing à cause de ce bandeau.

Le règlement de la cellule

La superficie de la cellule qui m’a abrité pendant les 13 jours ne dépasse pas les 6m2. J’y suis resté cinq jours entiers à dormir, à prier et à utiliser les toilettes avec les mains attachées dans le dos sauf aux heures des repas où le gardien me les attachait par devant.

Il m’était demandé de rester continuellement sur ce banc en béton. Même la prière je la faisais dessus, le parterre étant trop sale. Je suis resté pendant toute cette période sans couverture malgré le fait que nous étions au mois de janvier, un mois d’hiver où il fait très froid.

Nous avions trois repas par jour
Le petit déjeuner : un seul morceau de pain avec, posé dessus, un tout petit morceau de fromage avec une sucrerie encore plus petite ou 5 à 10 haricots avec un peu de confiture. C’était la même chose pour le dîner. Pour le déjeuner, c’était un seul morceau de pain avec, posé dessus, une toute petite quantité de riz et un petit morceau de viande.

Un médecin nous rendait visite quotidiennement, matin et soir, pour soigner toutes les blessures qui pouvaient apparaître et pour nous donner des cachets à avaler.
Je crachais ses cachets dans les toilettes juste après son départ.

Toutes les deux ou trois heures, passait un gardien et j’étais obligé, à peine la porte ouverte de me tenir rapidement debout. Si je m’attardais ne serait-ce qu’une seconde pour me lever j’avais droit à un repas copieux de coups et de sales insultes.

Il est impossible de dormir dans cette cellule. D’une part parce que la plus part des interrogatoires ce déroulaient de minuit jusqu’au petit matin et d’autre part, les gardiens passaient toutes les nuits à fumer du « hachich » et à s’échanger des insultes à très haute voix et d’une manière très dérangeante.

Les interrogatoires

La première nuit, lorsque je suis rentré dans la salle des interrogatoires, où se trouve l’officier de la sûreté de l’Etat chargé de m’interroger, bien évidement, j’étais attaché par les mains derrière le dos, pieds nus, yeux bandés, l’officier a alors crié sur le gardien en disant :
« Espèce d’âne, quand ils rentrent ici aux interrogatoires, leurs mains doivent être attachées devant».

Au début, l’officier se comportait avec moi avec « politesse » me disant :
« Nous somme désolés Abdel Monem pour ce comportement, mais c’est notre devoir et c’est le règlement du lieu ».
Puis il a ajouté :
« Je vois que tu es un chic garçon, d’une bonne famille et tu n’as rien à avoir avec ce tapage, je suis certain que tu vas m’aider et que tu ne vas pas me mentir ».

Bien entendu, moi je ne parlais pas, j’écoutais seulement ces bavardages, qui avaient pour but, de m’influencer pour que je lui dévoile les secrets de notre confrérie.

Soudain, l’officier s’est tu…puis j’ai entendu une voix venant de l’extérieur de la salle…un homme hurlant de douleur sous la torture : « Assez, je vais parler, je vais tout vous dire», et ses cris continus, encore plus forts.

L’officier m’adresse la parole de nouveau :
« Assieds-toi, tu as l’air fatigué ».
En effet, je m’assois par terre, puis il ajoute :
« Sais-tu Abdel Monem c’était la voix de qui ? »
Je reste muet, je ne parle pas, car j’avais tellement peur. Il entreprend en disant :
« C’est Ebrahim Eldib, il nous ment et refuse d’avouer ».
Je me suis dis, c’est Ebrahim Eldib, le propriétaire de la maison dans laquelle nous avons été capturés, l’officier me dit cela, pour m’impressionner et m’apeurer pour que j’avoue tout ce que je sais sur la confrérie.

Soudain, la porte s’ouvre, l’homme à la voix grave qui nous a cueillis lors de l’arrestation, rentre, hurle sur l’officier en disant :
« Qu’est-ce que c’est que ça Monsieur ? Tu le laisses s’asseoir ? Et pourquoi ne pas lui offrir le thé pendant que tu y es ? ».
Puis il poursuit son hurlement, en nous insultant nous les gens de la confrérie, de vulgaires insultes, ordonnant à l’officier de commencer ma torture en lui disant :
« Allez, suspend-le, ça vaut mieux ».
L’officier lui a répondu :
« Ca ne fait rien Bacha, Abdel Monem est un pauvre et chic garçon, il va parler et nous dire tout ce qu’il sait ».

En ce moment, j’ai compris que tout cela n’est qu’une machination préparée entre eux, afin de m’impressionner et me pousser à bout pour avouer.

Les interrogatoires ont duré huit jours en continu, et deux fois par jour, il me questionnait sur tout ce que j’ai fait dans ma vie, et me confrontait avec toutes mes activités pendant la période de mes études à l’université (les renseignements étaient tellement précis) et si je niais ce qu’il disait ou je refusais de coopérer, il me faisait battre par les gardiens, qui me cognaient avec les mains, les pieds, des gifles, et le tout accompagné d’insultes. C’était ainsi, tous les jours pendant l’interrogatoire.

Au bout des huit jours, mon interrogatoire a pris fin. Je suis resté les cinq jour restants enfermé dans ma cellule afin d’augmenter la pression psychologique sur moi, de plus, j’entendais constamment les cris de souffrance de mes compatriotes torturés, frappés, maltraités comme ils ont du entendre mes cris à leurs tours.

La fin des interrogatoires

Les interrogatoires sont terminés avec tout le groupe, ils nous ont sorti des cellules au milieu de la dernière nuit, nous ont rendu nos chaussures, puis, ils nous ont fait monter dans un bus semblable à celui qui nous a emmenés ici, mais cette fois, pour le retour, ils nous ont mis les têtes sous les sièges, puis ils nous ont couverts par des couvertures épaisses.

Un des gardiens nous a annoncé :
« Celui qui lève la tête, je la lui explose ».

Et nous voilà de retour à la prison du départ, là où lors de notre transfert, le directeur nous avait dit que nous allions juste pour une petite course. Aussitôt arrivé, il nous a ordonné d’enlever les bandeaux de nos yeux.
C’était la première fois que nous nous voyons après cette longue période.

Le matin, nous sommes retournés à la prison principale, c’est la prison de Maazrat Tarh, et là, nous avons décidé d’informer et d’aviser les magistrats de ce que nous avons vécu et subi : notre enlèvement illégal de la prison, ainsi que ce que nous avons subi de torture physique et morale.

Au tribunal, l’avocat chargé de nous défendre (Maître Abdel Moneem Abdel Maksoud), nous a conseillé de ne pas évoquer ce sujet en l‘absence des traces sur nos corps, ainsi pour ne pas nous présenter à des légistes qui, évidemment, ne feront jamais un rapport qui pourrait condamner la police.

Nous avons gardé le silence, et le tribunal a prononcé son jugement de poursuivre l’emprisonnement qui s’est prolongé jusqu’à six mois. C’est ainsi que, le dernier détenu parmi nous est sorti à la fin du moi de juin

Hélas, notre silence a donné l’opportunité au gouvernement, de refaire le même crime avec d’autres membres de notre conférie en 2004, dont un des membres a trouvé la mort, c’est l’ingénieur Akram Zehiri.

Groupe des 14, affaires n° 56 emprisonné par la sûreté de l’Etat en 2003 :

L’ingénieur Ahmad Choucha, 48 ans, Le Caire, et détenu en ce moment pour l’affaire Al Azhar, homme d’affaires

L’ingénieur Ahmad Mahmoud, 51 ans, Sueze, architecte en électricité

L’ingénieur Tarek Sobhi, 49 ans, Le Caire, homme d’affaires

L’ingénieur Abdel Majid Mechali, 32 ans, Le Caire, capturé en 2006, ingénieur qualité

L’ingénieur Amine Abdelhamdid, 35 ans, El Sharkia, Chimiste

Docteur Mohamad Elkadi, 35 ans, professeur à l’université de Halwan

Eprahim Eldib, 36 ans, El Mansora, comptable

Mohamad Najm, 36 ans, Le Caire, comptable

Abdallah Ebrahim, 25 ans, El Sharkia, comptable

Mostafa Esmail, 25 ans, El Fayoum, pharmacien

Tarek Abdel Jawad, 23 ans, Assioutte, directeur d’achats

Mohamad Sakr, 34 ans, El Mansora, directeur de ventes

Abdel Moneem Mahmoud, 23 ans, Alexandrie, journaliste

La journée du policier noir
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C’était un résumé de mon expérience et du souvenir de la torture par les services de l’Etat. Elle a été reproduite avec d’autres personnes, que ce soit des détenus politiques ou des détenus sans accusations concrètes. Parmi eux, il y a eu des morts, comme Masaad Katb, mort sous la torture dans les locaux de la sûreté d’Etat à El Jiza en 2002, ainsi que de nombreuses personnes qui sont peut-être mortes sans que l’on puisse le savoir à ce jour.

La torture ne se limite pas aux politiciens uniquement, elle s’étend aux personnes condamnées pour des affaires criminelles, qui ont subi également la torture et la mort sous la torture.

L’organisation égyptienne des droits de l’Homme, a déclaré dans un de ses rapports, 41 cas de torture de citoyens par la police. Parmi ces personnes, 15 ont trouvé la mort. Ce qui a conforté les doutes au sein de cette organisation, sur le fait que ces décès sont dus à des tortures et des maltraitances.

Ceci n’est le fait que d’un seul rapport. La torture en Egypte, est une politique systématique, une méthode et une règle. Pour cela, il est de notre devoir de dévoiler, publier et médiatiser les informations sur la torture dans tous les endroits du monde.

J’ai une proposition, qui consiste à confronter le ministère de l’intérieur ainsi que le gouvernement, à ces cas de tortures, le 25 Janvier. Cette date est la fête nationale de la police. Un grand jour et une grande fierté pour chaque citoyen, et pas seulement pour les policiers.

Mais les officiers criminels à la solde de l’officier Habib Eladli, ont volé ce symbole et ils se l’ont approprié. Le comble c’est que l’Etat les honore malgré le fait qu’ils soient des criminels.

Allons les démasquer ce jour-la et appelons-le « le jour du policier noir ». Ensemble, sur nos blogs, sur nos sites, dans nos forums, nous dévoilerons les crimes du ministère de l’intérieur et ses officiers, et nous nous déclarons contre « le policier noir » le 25 Janvier.

le 4ème anniversaire de la torture du détenu N°25

English version click here

Visitez le blog de la compagne internationale pour la libération de Monem
www.freemonem.cybversion.org



Free Monem Campaign







Monem Was Blogging Freedom
By Sami Ben Gharbia - Freemonem.cybversion.org



s the world celebrates World Press Freedom Day an Egyptian blogger, Abdel Monem Mahmoud, sits in jail, his only crime his desire for a more open Egyptian society. We cannot let the regime succeed in silencing him. We have to show the Egyptian regime that when you imprison a blogger, you don’t silence his voice, you AMPLIFY it! How? By taking action! Here’s what you can do:

1. Watch the protest video. Share it with your friends.

Global Voices Advocacy Director Sami Ben Gharbia has created a video which powerfully explains the reasons for the detention of Monem and demands his freedom. View it. Share it. Post it on your blog:
http://freemonem.cybversion.org/2007/04/29/monem-was-blogging-freedom/

2. Add the Free Monem quote randomizer badge to your blog’s sidebar.

Yeah, we think it’s pretty cool. Activist tech guru Astrubal has created a sidebar badge which cycles through a stream of Monem’s blog quotes (à la Amnesty’s Irrepressible campaign). Fortunately for us, Monem is an eloquent writer. Here’s a taste:

“We [Egyptians] claimed freedom for others and forget our own freedom”

“If I taught a woman to wear a veil, I should teach her to claim her right to enter the university wearing the veil.”

“Freedom is now an obligation and should be implemented before Sharia’a”

Yeah, we think he’s pretty inspiring too. The symbol of a brighter future for the Middle East, in fact. So let’s make sure he gets his freedom, not just by posting his words on World Press Freedom Day, but by broadcasting his words every day. You can get the badge here on our “banner and badges” page or you can just insert the following embed code into your blog:


3. Re-publish Monem’s posts on your own blog.

For the last few days a crack team of volunteers from around the world has been translating Monem’s posts so millions of new readers can read his censored speech. Let’s show Mubarak that his attempt to silence this blogger has been completely counterproductive. Instead of reducing the number of people who read Monem’s words, let’s make sure that the number of readers increases… exponentially!

It’s easy to take part! Just pick a post by Monem from the list below and copy and paste the whole thing (or an excerpt) into your own blog. It would also be great if you could tag your post (using Technorati or deli.cio.us) with the words “FreeMonem” to help us keep track of how many people take part in this action.

MONEM’S POSTS… for you to republish on your blog

Free the Brothers…Free Abdel Kareem… Free Egypt 3/7/07 (one of our favorites - Monem calls for jailed blogger Kareem’s release and points out how secularists and Islamists face the same oppression by the Mubarak’s regime)

The Fourth Anniversary of the Torture of Detainee #25 4/14/07 (essential reading - moving account of torture by Egyptian security forces during his imprisonment in 2003 )

Alexandria University Detour 11/1/06 (frustration with the Muslim Brotherhood at his university and a call for Egyptians to demand their freedom… excerpt)

Birds’ Voices 2/12/07 (how blogging is changing the Muslim Brotherhood… excerpt)

Thanks so much for your support. If you have any questions please contact:

Nora Younis
freemonem@gmail.com
languages: English, العربية

other members of the Free Monem campaign include:
Alaa Abd El Fattah (Egypt)
Amr Gharbeia (Egypt)
Astrubal (Tunisia)
Fatima Azzahra El Azzouzi (Morocco)
Malek khadhraoui (Tunisia)
Mary Joyce (USA)
Sami Ben Gharbia (Tunisia)
S.A (Morocco)


mercredi 14 février 2007

S'exprimer n'est pas un crime ! Liberez Karim Amer !



Chers sympathisants,


Kareem, un jeune étudiant de 22 ans, a été emprisonné et mis en confinement solitaire à Alexandrie, en Egypte, pour avoir défendu les droits des femmes et dénoncé sur son blog l'oppression exercée par le gouvernement de son pays. Son procès s'ouvre dans une semaine. S'il restait en prison, sa vie pourrait être menacée.

Un mouvement mondial de mobilisation en faveur de sa libération s'est immédiatement mis en place grâce à Internet. Liberté Chérie est à la tête du mouvement pour la partie française.

Jeudi 15 février sera une journée de mobilisation mondiale. Des événements divers seront organisés à Londres, Washington, Bucarest, Rome, Ottawa, et New York. Nous vous donnons rendez-vous :

Jeudi 15 février de 13h à 14h devant l'Ambassade d'Egypte à Paris 56 avenue d'Iéna Métro Iéna

Il s'agit de manifester notre soutien à Kareem. La liberté d'expression doit être sans cesse défendue. Plusieurs actions sont prévues lors de ce rassemblement.

N'oubliez pas de vous rendre sur http://www.freekareem.org/ et de signer les pétitions sur www.petitiononline.com/KAmer (en anglais) et sur http://www.hamsaweb.com/c2/home.php?id=Kareem2 (en arabe).

En comptant sur votre soutien,

Cordialement,

Vincent GINOCCHIO, Président
Christophe MAILLARD, Secrétaire Général et Porte-parole
Vincent PONCET, Responsable du Pôle Idées
Guillaume VUILLEMEY, Responsable du Pôle Actions et des Comités Locaux
Jacques de GUENIN, Responsable des relations avec les partenaires

Reçu par mail

samedi 13 janvier 2007

Les bloggeurs égyptiens gagnent une bataille dans la guerre contre la torture !

Par rapport à la blogosphère tunisienne (ou la « sphère 7 » comme voulait sérieusement l’appeler Tarek, le plus réac des pseudo-libéraux qui sévissent sur la « Tunisphère »), la blogosphère égyptienne est carrément sur une autre galaxie à des années lumières de la notre. Ce n’est donc pas un hasard que c’est le blog de Wael Abbas, journaliste et rédac en chef de l’hebdomadaire, الوعي المصري (la conscience égyptienne) qui est à l’origine d’un séisme médiatique qui n’a pas fini d’ébranlé l’appareil sécuritaire de Moubarak.

Le journaliste à mis en ligne une vidéo sur laquelle on voit deux policiers infliger des sévices sexuels à un chauffeur de minibus. Le journal indépendant Al-Fajr (l’aurore), qui a repris l’affaire en main est parvenu à l’identification des agresseurs et de la victime. Voulant etoufer l’affaire un porte-parole du ministère de l'Intérieur a d'abord parlé d'« accusations sans preuve », avant de concéder que le ministère « se conformerait à la décision de la justice, quelle qu'elle soit ». Les agresseurs risquent entre trois et dix ans de prison. La victime, Emad al-Kabir, vient quant à elle d'être condamnée à trois mois de détention pour « résistance aux autorités » alors qu’à l'époque de son arrestation, en janvier 2006, la victime avait pourtant été relâché sans qu'aucune charge soit retenue contre lui, alors que, selon son avocat, il s'était interposé lors d'une altercation entre un proche et des policiers.

Le journaliste Wael Abbes n’est pas à son premier coup d’essai. Déjà en octobre dernier c’était lui qui avait diffusé les images du lynchage en public d’une jeune femme égyptienne le jour de l’Aïd sous le regard des policiers et de la foule en folie. Agressions que la police et les autorités ont, lâchement et totalement, nié malgré les images choquantes tournées dans les rues de la capitale avec un téléphone portable. Il était aussi de la partie pour dénoncer ce qu’ont subit les pauvres travailleurs soudanais lors de leur rassemblement dans le centre du Caire l’année dernière ou plus récemment en publiant la vidéo d’une jeune femme poussée à avouer un meurtre sous la torture*.

Wael Abbas n’est pas un cas isolé. D’autres bloggeurs sont activement impliqués dans cette lutte contre la torture en Egypte et plus généralement contre les atteintes aux libertés qui sont des pratiques qualifiées de "systématique" par les organisations de défense des droits de l’homme. Des blogs comme التعذيب فى مصر , مـَــصْـــِـرنـَـــا , حريتنا et beaucoup d’autres, forment un réseau éfficace et une caisse de résonnance puissante pour porter les revendications légitimes de leurs concitoyens. Ils font ainsi honneur à leurs pays et à l’outil qu’ils utilisent.

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* Vidéo d'une jeune femme accusée de meurtre et torturée dans un poste de police de la capitale egyptienne. la femme est dans la position du "poulet rôti". Tristement connu par les prisonniers politiques mais aussi par les prisonniers de droit commun, cette position de torture est un "classique" des techniques diaboliques utilisées par les appreils de torture et de repression pour humilier les victimes et briser leurs volontés.


vendredi 7 juillet 2006

Quolibets de Trottoirs

Un groupe de jeunes révoltés, une idée folle et le trottoir comme QG. Tels sont les éléments du magazine Al-Rassif, une publication hors normes éditée et publiée dans des circonstances particulières.


«cher lecteur, si par hasard, notre magazine tombe entre vos mains, vous êtes autorisé à le photocopier et le distribuer à tous vos amis. Al-Rassif (Le trottoir) appartient à tout le monde. Vous pouvez aussi mettre son contenu sur un site Internet. Nous apprécierons la coopération de tous les intellectuels arabes, même si leurs écrits dépassent toutes les lignes rouges. Les portes de notre magazine sont grandes ouvertes à toute personne qui lutte pour la liberté. Nous encourageons aussi tous ceux qui désirent publier d’autres magazines sous le même nom et dans les quatre coins du monde. Car, sur le trottoir de leurs pays, ils découvriront de vrais artistes, intellectuels et créateurs … ». L’éditorial du numéro 10 d’Al-Rassif annonce la couleur. Non aux stéréotypes et les lois qui gèrent le journalisme, que ce soit du point de vue forme ou contenu, tel est le mot d’ordre de la publication. Celle-ci est tout à fait artisanale en quelque sorte. Al-Rassif est un magazine d’une trentaine de pages écrites à la main ou sur ordinateur et ensuite photocopiées. La une est faite des titres des plus importants articles publiés dedans.

A l’intérieur, nous pouvons remarquer quelques photos prises à l’aide d’un appareil photo rudimentaire ou quelques illustrations esquissées à la main, le tout en noir et blanc. Sans oublier que ces illustrations sont faites parfois par de grands artistes. Aucune loi ne gère cette publication. Le nombre de pages peut atteindre les cinquante et peut être réduit à un ou deux feuillets. Certains articles sont rédigés à la main, d’autres sont tapés à la machine à écrire. Tout dépend du budget.

Mais, une chose est certaine : peu importe la mise en page, le contenu sera acerbe. C’est là en fait le but de sa création, déballer ce qu’on a sur le cœur sans être censuré et donner libre cours à son imagination. Dans les articles, tout est permis. De l’insinuation aux insultes et ce, en citant les noms des personnes mises en cause sans se soucier de leur position. Nul n’est épargné, même le lecteur peut se trouver l’objet d’une injure. Il est qualifié dans un article d’« apathique » pour sa passivité.

On s’étonne, en parcourant les pages, comment l’équipe a eu le courage de parler avec un ton aussi osé, voire insolent. Mais, comme ils le disent tous : « On est déjà sur le trottoir, qu’est-ce qui peut nous arriver de plus ? ».

Tout a commencé ici. Sur ce trottoir du café Zahret Al-Bostane, le café des écrivains et artistes, comme l’affiche son enseigne. Dans cet établissement du centre-ville, l’ambiance est impressionnante. Un amalgame de personnes qui, à première vue, semblent ne rien avoir en commun. Les uns suivent les matchs de la Coupe du monde, les autres discutent ou jouent aux dominos, d’autres assis en solitaire suivent du regard les passants comme des indics. En s’arrêtant, on arrive à reconnaître quelques visages familiers d’écrivains, peintres et journalistes. Les chaises sont éparpillées sur les deux trottoirs opposés. Quelques-unes se dressent dans la rue à cause de la cohue.

Réunion à ciel ouvert
Du côté droit, on peut remarquer un groupe de jeunes en train de discuter à haute voix. C’est en fait la réunion de rédaction du magazine Al-Rassif. Une réunion qui n’a pas d’horaire fixe. « On s’appelle sur le portable, on se fixe rendez-vous ici, et on commence à travailler », dit Sameh Qassem, directeur de la publication.

Le magazine est fait de A à Z sur ce trottoir du centre-ville. Sur deux tables du café, ils étalent leurs outils. A savoir, quelques feuilles de papier blanc, des stylos, des règles, des attache-papiers et une petite caméra pour prendre quelques photos. Tout se fait ici. Le choix des articles, la rédaction, la mise en page. Et si jamais on décide de taper quelques pages sur ordinateur, on le fait dans le bureau adjacent au café. De plus, les portraits publiés dans le magazine ne sont que des visages de la rue. Des personnes de passage telles que la vendeuse de mouchoirs, le mendiant du coin, le serveur du café ou le gardien de voitures. Ces personnes marginalisées sont les invités d’Al-Rassif et elles peuvent aussi jouer un rôle plus important. Samah, la vendeuse de mouchoirs qui sillonne les rues du centre-ville, est actuellement la responsable de la distribution d’Al-Rassif. Elle le vend à 2,5 L.E. contre cinquante piastres qu’elle empoche par exemplaire.

« Nous distribuons 500 photocopies et nous demandons aux lecteurs de nous aider dans la distribution, en le faisant circuler de main en main car nos moyens modestes ne nous permettent pas de publier un grand nombre d’exemplaires », dit Saadani Al-Salamouni, rédacteur en chef du magazine. Saadani est le moteur d’Al-Rassif, l’homme-clé, le cerveau mais aussi le polyvalent.

Une figure à part

Al-Rassif est, pour Saadani, toute sa vie. Cela fait plus de 15 ans qu’il s’est installé ici depuis qu’il a quitté son village natal à Ménoufiya, dans le Delta. Il a travaillé comme menuisier et fut analphabète jusqu’à l’âge de 27 ans.

« C’est lorsque j’ai appris à lire et à écrire que j’ai commencé à composer des poèmes », dit-il. C’est à partir de ce moment-là que Saadani a découvert ses talents de poète. Sa poésie a dépassé les frontières de son pays et est traduite dans plusieurs langues. En Allemagne, on le considère comme l’un des plus grands poètes du monde arabe de ce siècle et ses poèmes sont étudiés dans des universités européennes de renommée, affirme-t-il en montrant un ouvrage en allemand où il figure. Un cas particulier et un style de vie exceptionnel. Un nomade, qui passe tout son temps sur le trottoir. « Ce trottoir est le seul endroit qui m’a accueilli lorsque je suis venu pour découvrir la capitale. Nous appartenons l’un à l’autre », dit Saadani. Depuis ce jour, Saadani n’a pas cessé de faire des découvertes sur ce trottoir, le centre-ville, les personnes qui fréquentent le lieu, et les intellectuels … Mais, il y a une réalité qui l’a choqué le plus. « Je pensais qu’en venant au Caire, j’allais découvrir le paradis. Avec le temps, j’ai constaté à quel point il s’agit d’une société fermée sur elle-même, intolérante, austère et qui rejette les nouveaux venus », explique-t-il.

Les portes de toutes les institutions lui sont restées fermées. « Je n’ai trouvé refuge que dans les mosquées, les jardins publics, les cafés et les bars. J’ai essayé de travailler dans l’un des journaux présents sur scène, mais sans y parvenir. Il faut d’autres calculs dont le plus important est celui du piston. J’ai donc compris que seul le trottoir était capable de m’accueillir et d’être la tribune de mes idées ».

C’est ainsi que l’idée de son magazine est née. Le premier numéro composé de deux feuillets est sorti lors de la dernière Foire du livre. Saadani a profité de ce grand événement pour distribuer sa publication aux invités de la foire. Ce qui a surpris beaucoup de monde.

Sur le trottoir, il a croisé des gens de tout bord. Du criminel au philosophe, de la prostituée au chômeur. Il a aussi rencontré des jeunes de toutes les tendances qui croient en ses idées rebelles et même des écrivains, des journalistes et des peintres. Et au fil des ans, sa popularité n’a cessé de croître et ses admirateurs aussi. Des poètes, des représentants de maisons d’éditions étrangères viennent le voir ici pour lui demander de publier ses écrits. Telle une star, il a transformé son trottoir en un siège permanent pour son magazine. « J’ai reçu ici des ministres arabes, des bâtonniers, qui ont lu mon magazine et l’ont apprécié », se vante Saadani.

Faire des vocations

Ahlam Fikri est une jeune peintre. Elle vient de clore son exposition à l’Atelier du Caire. C’est elle qui va exécuter les illustrations du numéro prochain. Cliente du café, elle y a fait la connaissance de Saadani. « J’ai voulu exprimer dans ce magazine l’injustice dont fait l’objet la nouvelle génération de peintres qui n’arrivent pas à faire découvrir leurs talents au grand public. Legrandes salles d’expositions sont monopolisées par de grands noms. Telle est la loi qui gère le milieu culturel », s’indigne Ahlam.

Un cri contre l’injustice. Telle est la philosophie d’Al-Rassif, même si les idées peuvent paraître un peu exagérées. « Sur le trottoir, il y a des trésors, des talents certains dont personne ne connaît l’existence. L’objectif de notre magazine, c’est de les faire dévoiler », dit Saadani.

Sameh Qassem est un jeune journaliste dans le magazine Rose Al-Youssef et le journal Al-Osboue. Ce diplômé de la faculté de sciences politiques a trouvé dans le magazine Al-Rassif la liberté d’expression dont il a toujours rêvé. Mais, depuis qu’il a rejoint l’équipe d’Al-Rassif, sa vie a été chamboulée. « On m’a menacé de licenciement et l’on m’a fait savoir que si je continuais à écrire dans ce magazine, je ne pourrais pas être membre du Syndicat des journalistes », dit Sameh. Des menaces qui inquiètent ce père de famille, qui a besoin de sauvegarder son métier pour subsister. Uuuuuune peur qui plane de temps à autre parmi l’équipe mais qui ne réduit en rien la volonté de Saadani. « Même si je devais l’éditer tout seul, je ne m’arrêterais jamais ».

Mais, la seule menace qui risque de l’empêcher de continuer, c’est le manque de ressources. Il avait en fait vendu l’appartement qu’il possédait à Ménoufiya à 10 000 L.E. Une somme qu’il a dépensée entièrement pour la publication des 10 numéros d’Al-Rassif. Aujourd’hui, l’argent dépensé, son plus grand défi c’est de trouver quelqu’un pour sponsoriser son magazine. Un rêve presque impossible. Car il s’agit d’un magazine qui dérange. Dans son dernier numéro par exemple, Saadani avait mené une campagne contre le célèbre poète Ahmad Fouad Negm l’accusant de gagner sa vie grâce aux aides des hommes d’affaires. Et dans chaque numéro, une bataille différente. Une fois contre le pouvoir et ses symboles, une autre fois contre les Etats-Unis.

Le trottoir d’en face

Mais, ces attaques semblent avoir porté un écho. Mars 2006, Al-Rassif Al-Moqabel (le trottoir d’en face) est né. Un magazine publié par Abdou Al-Baramaoui, une personne qui, poussée par la colère, décide de répondre aux provocations de Saadani. « Il a porté atteinte à de grands symboles de la vie culturelle tels que Ahmad Fouad Negm. Nous ne pouvions rester les bras croisés », dit Mohamad Haridi, responsable de l’imprimerie d’Al-Rassif Al-Moqabel dont deux numéros seulement ont vu le jour, intellectuel et écrivain d’apparence plus sérieuse que Salamouni. « Il n’y aura pas d’autres. Nous avons voulu tout simplement nous venger ». Pour éditer leurs deux numéros, l’équipe d’Al-Rassif Al-Moqabel s’est installée sur le trottoir d’en face de celui de Saadani cernant le café Al-Boustane.

« Nous avons baptisé ce trottoir al-manassa, une estrade, nous avons aussi rédigé nos articles à la main et avons photocopié le magazine. Pour nous, tout ce qui comptait, c’est qu’il tombe entre les mains de Saadani et ses collaborateurs », dit Haridi. Lui, d’ailleurs ouvrier d’imprimerie, prépare son propre journal artisanal. Son but est de changer « les stéréotypes souvent basés sur les apparences trompeuses ».

Cette presse aux critères particuliers, au nombre de lecteurs restreint, aux lois de gestion et de publication originales, ne semble pas un phénomène nouveau. On l’appelle la presse parallèle, la presse du peuple. L’histoire dit que des dizaines de publications de ce genre ont vu le jour en Egypte. Dans les années 1970 et 80, des magazines de ce genre, écrits à la main, ont été conçus sur les trottoirs, les terrasses des immeubles et même dans certains bars. La plupart d’entre eux appartenaient à des personnes de tendance de gauche tels que Harakat (mouvements), 12 février, en mémoire du massacre de Bahr Al-Baqar, Afaq (horizons), Khatwa (étape), Aswat 79 (les voix de 79). Edités par des écrivains, cinéastes, activistes ou simples citoyens, ces magazines exprimaient en toute liberté les opinions et les idées de leurs auteurs. La plupart d’eux n’ont pas dépassé un ou deux numéros. C’est ce qui fait d’Al-Rassif un cas. Et même s’il n’y aura pas de prochain numéro, son nom est marqué dans la mémoire de la presse de la rue, la presse des marginalisés.

Amira Doss