Affichage des articles dont le libellé est Liberté. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Liberté. Afficher tous les articles

samedi 12 janvier 2008

"Lois de séries" et "Lois de conneries"






ous avez certainement tous entendu dire qu’«un malheur n'arrive jamais seul» ou que «jamais deux sans trois». Tout le monde a vécu ces moments où des événements totalement improbables s'enchaînent, des rencontres, des contrariétés ou même parfois des bonnes nouvelles qui nous donnent l'impression que cela est régi par une «loi des séries». Mais sous l’aspect faussement prémonitoire de ces adages se cache pourtant une certaine vérité qui explique l’accumulation de coïncidences, ou autrement appelé, hasard. Bien qu’il semble échapper à toute rationalité, c'est même sa nature, il peut être mis en équations. Et celles-ci peuvent servir à démasquer ce que l'on nomme « la loi des séries ». Pour mieux appréhender cette « loi », les mathématiques, qui se préoccupent beaucoup du hasard, possèdent quelques outils. Ainsi en est-il des probabilités, capables de quantifier les phénomènes aléatoires. Le hasard ne serait en fin de compte qu’une vulgaire histoire de probabilités* ?

Ainsi, par exemple, en théorie, il y a une chance sur deux d'avoir un garçon ou une fille. De même pour le lancer d'une pièce, chacune des deux faces ayant la même chance d'apparaître. Mais cela ne veut pas dire qu'une famille ne pourra pas avoir six filles ou que l'on ne pourra pas voir sortir dix fois de suite la face pile d'une pièce non truquée. Les lois du hasard nous disent simplement que la probabilité d'avoir six filles et aucune garçon est d'une chance sur 64 (0,0156), une telle famille sera donc plus rare que les autres, et que celle de voir sortir la même face de la pièce dix fois de suite est de 1 chance sur 1 024 (0,001).

Mais là où les probabilités deviennent plus intéressantes, c'est précisément dans l'étude des séries de coïncidences. Quand on veut savoir si des événements apparemment indépendants peuvent être liés. Prenons l'exemple des accidents d'avion. Il arrive parfois que les crashs se suivent de près. Ce fut le cas en 2005 par exemple, avec cinq crashs entre le 2 et le 23 août. Plus de 300 victimes en une vingtaine de jours. En regardant de plus près, des mathématiciens ont constaté que pendant les dix années précédentes, il y a eu environ 20 000 décollages par jour et un accident pour 500 000 vols. La probabilité d'un accident est donc de 1 pour 500 000. La probabilité qu'il y ait 5 crashs en même temps est donc quasiment impossible. Par contre, la probabilité que 5 crashs se produisent sur une période de 22 jours n'importe quand dans l'année est de 0,1, soit une «chance» sur 10 d'observer une telle série dans l'année. Ce qui n'est pas négligeable et permet de mettre en cause le hasard.

Il est vrai que la variable humaine est un peu plus complexe que celle d’un objet ou d’une mécanique puisqu’après un événement, et avant de faire face à un éventuel second événement, l'être humain s’imprègne d’une expérience qui le modifie et modifie par conséquences sont comportement. La spirale de l'échec, par exemple, met en conditions défensives et prépare, en quelques sortes, un nouvel échec. Par ailleurs, bien que l'individu dispose bien d'un libre-arbitre contextuel difficile à probabiliser, les comportements de groupe eux sont plus facile à déterminer d'un point de vue probabilistique car il s'agit de fonctionnements sociaux, reflexes, voire naturels.

On se basant sur ces faits statistiques et considérant la variable humaine et les spécificités historiques, politiques, et sociétales de la Tunisie, la probabilité qu’on avait pour se retrouver aujourd’hui sous le règne d’une dictature avec des atteintes graves aux libertés individuelles, une mise au pas des moyens d’informations, un désintérêt assumés des citoyens de leurs rôle dans la société ainsi que le triomphe de l’esprit du déni et de l’exclusion, la probabilité qu’autant de comportements déviants s’expriment dans une même société, est loin d’être négligeable et n’a surtout rien à voir avec le hasard ou la fatalité.

Comme il est tout aussi vrai, qu’aussi infime soit elle, chaque probabilité à une chance de se réaliser. Donc aussi improbable soit elle, la possibilité de voir un jour nos libertés respectées en Tunisie, d’y lire une presse libre, de voir certains bloggeurs, par exemple, s’intéresser à autre chose qu’à leur petites personnes, que d’autres bloggeurs arrêtent de les féliciter pour leur nombrilisme où, improbabilité suprême, voir la fin de l’apartheid qui sévit sur les agrégateurs des blogs tunisiens, aussi infinitésimale soient-elles, ces probabilités sont réalisables, la science des probabilités acceptant tout à fait la survenue de miracles qui ne sont, en fin de comptes, rien d’autre que des probabilités proches du zéro.

La question qui s’impose alors est celle de connaitre la probabilité pour que ces événements se réalisent tous dans un laps de temps bien déterminé. Personnellement je n’ai pas de réponse à cet épineux problème mais il est certain que pour le résoudre, il faudrait impérativement prendre en compte « la variable humaine » et chercher aussi bien dans « les lois de séries » que dans « les lois de conneries ».



* Nombre, compris entre 0 et 1, que l'on attribue à un événement susceptible de se produire en fonction des informations que l'on possède sur lui. La valeur 0 est celle que l'on attribue à un événement que l'on estime impossible, la valeur 1 à un événement qu'on estime certain de se produire.



dimanche 6 janvier 2008

dimanche 16 décembre 2007

Hypocratie : Le mal tunisien







près la chute du mur de Berlin et la déliquescence des idéocraties, des nouvelles formes de dictatures ont émargé de se vide idéologique. Alors que des peuples s’émancipaient des affres du communisme, d’autres sombraient sous le joug d’une nouvelle forme de tyrannie : les pseudos-démocraties. Ces régimes politiques d’un genre nouveau, qu’on qualifiera ici d’« hypocraties », ont résolument fait le choix des idéologies triomphantes en adoptant la politique du caméléon. Tout en se déclarant des valeurs démocratiques, les dirigeants de ces « républiques bananières » sont passés maîtres du volte-face stratégique et de la « double pensée » permanente. Le temps qu’il faudrait pour un caméléon de changer de robe, suffirait largement au maître « hypocrate » de troquer ces habits de tortionnaire contre ceux du défenseur des droits humains, aussi aisément que de passer du statut de militaire à celui de civil.

Le terme « hypocratie » porte en lui l’essence même de ces régimes. En effet on peut définir le mot en se basant sur les racines grecques de ces deux composantes sémantiques. Dans ce cas le mot se compose du préfixe, hypo, qui signifie « sous » ou « en dessous » et du mot cratie (cratien en grec) qui signifie pouvoir. Les mots formés du préfix « hypo », exprimant une idée de diminution, le mot ainsi formé désigne un pouvoir diminué ou un « sous-régime ». Le mot peut également être le résultat de la contraction du mot « hypocrisie » et celui de « démocratie ». Cette contraction exprimerait le caractère hypocrite de ces pseudo-démocraties qui proclament le contraire de ce qu’elles appliquent.

Une « hypocratie » est donc, un régime d’une part diminué par l’illégitimité politique de son existence et l’absence chez ses prélats de convictions claires, et d’autre part hypocrite, en s’efforçant de paraître pour ce qu’il n’est pas. Cette nature ne dispense pas « les hypocraties » d’être des régimes totalitaires, bien au contraire. Mais ces derniers présentent la spécificité de s'accommoder d'une façade démocratique avec la conviction que les possibilités d'expansion et de durée dans le temps sont bien plus grandes dans une « hypocratie » que dans une franche dictature. Le régime politique tunisien, Par sa légitimité discutable et son opportunisme hypocrite, est la démonstration vivante de tout ce qui peut faire une « hypocratie ».

Une légitimité politique discutable

Bien que les théories politiques ou juridiques ne soient pas les seules voies de la légitimation d'un pouvoir, elles en sont comme la toile de fond qui freine l'action et oblige le pouvoir à se justifier et à rendre des comptes. Conscient de l’importance de ces facteurs pour asseoir sa légitimité, le régime tunisien a reposé son pouvoir sur plusieurs théories à la fois, qui apparurent au premier plan au fur et à mesure des étapes qui ont rythmé son évolution. Bien qu’habilement distillées, ces théories de légitimation se heurtent à des vérités historiques et politiques de nature à démontrer incontestablement le caractère « hypocratique » de ce pouvoir.

Après le coup d’état médical du 7 novembre 1987, Ben Ali, alors premier ministre et ministre d’Etat, arrive au pouvoir en se présentant comme l’homme providentiel, le sauveur de la Tunisie alors que le pays est secoué par une crise politique doublée d’une crise économique le tout sur fond de menace islamiste. Les conditions adéquates pour que Ben Ali se proclame d’une légitimité matérielle qui consiste à dire : « je suis au pouvoir parce que je suis le plus apte » ou « celui qui mérite le plus d’y être ». Or cette forme de légitimité a le double désavantage d’être d’une part subjective surtout que le ministre putschiste ne s’est illustré pour le grand publique que lors d’une des pages les plus sombre de l’histoire de la Tunisie pour être, pendant « les émeutes du pain » l’organisateur de la plus grande action de répression menée dans le pays depuis son indépendance. D’autre part la légitimité matérielle par son caractère contingent, est d’usage délicat. Parce que supposant même que cette légitimité fut justifiée en 1987, elle n’est pas pour autant valable dans le temps surtout lorsque les circonstances changement et que la situation générale, jugée critique au départ, s’améliore. Il est donc clair qu’après 20 années de règne, l’actuel président ne peut plus prétendre à cette légitimité matérielle. D’une part son inaptitude à mener à bien les réformes institutionnelles nécessaires, promises au départ, a été confirmée par l’expérience et d’autre part les circonstances qui avaient pu justifier une telle légitimité n’existent plus.

Il est également patent que dans n'importe qu'elle société démocratique, la popularité d'un leader ne suffit pas à lui conférer de la légitimité politique. Ce n'est pas le charisme d'un leader qui légitime son pouvoir politique mais bien le processus démocratique qui valide son charisme. On peut tout de même admettre qu’une telle chose est possible lorsqu'un un leader incontesté prend la direction d'un mouvement de libération dans un pays colonisé, quand les conditions légales d'un processus démocratique n'existent pas. C’était le cas pour feu Habib Bourguiba, le premier président de la Tunisie. Dans ce cas précis le rôle d’un leader politique est de créer les conditions fondamentales pour une expression démocratique. Chose que Bourguiba a fait avec une certaine réussite dotant le pays d’outils institutionnels et juridiques avant-gardistes. Contrairement à son prédécesseur, l’actuel président, en plus du fait qu’il ne bénéficie pas des mêmes circonstances qui ont mené Bourguiba au pouvoir, il ne c’est jamais illustré par un charisme exacerbé ni par une personnalité emblématique, bien au contraire. On est effectivement loin de la popularité quasi-naturelle de Bourguiba et ses légendaires bains de foule. Encore une légitimité à la quelle Ben Ali ne peut prétendre. L’adhésion populaire s’est faite par dépit et perdure par la crainte et à défaut. Une adhésion qu’il serait plus judicieux d’appeler « non-opposition » qui devant l’inexistence d’une figure emblématique ou d’une alternative crédible, préfère l’acquiescement sans conviction devant les élans populistes de Ben Ali. Cela est bien sur loin de permettre une légitimation populaire.

Lors du coup d’état médical du 7 novembre 1987, c'est par la constitution et dans le respect scrupuleux des textes que Ben Ali procéda. On peut même dire que les seuls coups d’états illégaux sont ceux qui avortent. Un coup d’état ressui est en quelque sorte toujours légale, portant en lui les éléments de sa propre légalité. Pourtant, cela n’empêche pas l’illégitimité de la manœuvre. En effet, la constitution par la quelle Ben Ali est venu au pouvoir est une coquille vidée de toute force juridique. Elle n’est plus la loi suprême, celle qui, par nature se place au-dessus de toutes les lois de la république ainsi que toutes les considérations personnelles. Cette constitution s’est transformée le 12 septembre 1974 en un instrument de totalitarisme après son amendement par le parlement tunisien de façon à instaurer la présidence à vie pour « le combattant suprême ». Non seulement l’amendement, troque la république pour une quasi-monarchie mais donne le droit de destitution du président de la république au premier ministre alors qu’il n’à aucune légitimité électorale ce qui est en soit une disposition contraire à l’esprit républicain. L’illégitimité de cet amendement est double : constitutionnelle, en trahissant l’esprit de la constitution et le principe d’alternance démocratique à la tête de l’exécutif et républicaine pour ne pas avoir tenu compte d’une règle fondamentale qui veut que seul un élu du peuple puisse assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir.

Ce régime c’est donc construit sur les ruines d’une autocratie devenue illégitime à cause d’une constitution dénaturée, instrumentalisée, aux pratiques antirépublicaines et n’a fait donc que bâtir sur des fondations ébranlées. Bien sur Ben Ali n’est pas responsable de l’origine de cette perte de légitimité mais il n’a montré aucune réelle volonté de remédier à cette désacralisation des textes constitutionnels. Cela s’est révélé clairement dés le premier amendement, celui par lequel la présidence à vie a été abolie pour être remplacer par une formule ingénieuse du « président rééligible deux fois », amendement voté en fanfare par le parlement tunisien en 1989. Cet amendement qui se voulait historique n’a fait que renforcer le pouvoir du président en le préservant de la censure du parlement l’exonérant ainsi de toute justification devant la représentation nationale. Le président se retrouve par ce déséquilibre, au dessus du pouvoir législatif et légalement hors d’atteinte. Bien que faible, l’hypothétique pouvoir de la chambre des députés, conféré par l’amendement constitutionnel de 1976, le président Ben Ali le supprime lui trouvant un caractère dangereux, enlevant ainsi tous les moyens légaux de destitution d’un président en fonction. Ceci donne, bien sur, dors et déjà la possibilité au président de prolonger à l’infini son mandat et d’étendre sans retenue ses prérogatives. Toute action légale contre lui étant impossible, sa succession devient assujettie à son bon vouloir et le degré de développement de son esprit démocratique.

Hypocrisie généralisée

Comme déjà mentionné plus haut les régimes « hypocratiques » à l’instar du régime tunisien, s'accommodent fort bien d'une façade démocratique. En 20 ans d’existence le totalitarisme abouti du pouvoir en place n'a pratiquement plus besoin d'utiliser la force brute pour assoir son pouvoir. Il est vrai que par sa définition le totalitarisme est un système qui entend contrôler et dominer totalement la totalité de la vie et de la pensée de la totalité des populations, et qui interdit et réprime toute tentative de dépassement, de remise en question. Les « hypocraties » ne dérogeant pas à cette règle et détestent autant l'autonomie et la liberté individuelle. Mais à la place de la répression sanguinaire, le régime « hypocratique », préfèrent compter sur la docilité du peuple et sur la notion de « libertés réduites », à entendre, canalisées dans des voies déterminées qui ne peuvent pas lui nuire. Il mise plutôt sur la soumission volontaire, les contraintes économiques, la force de la propagande diffusée en permanence par les médias, l'école, les hommes politiques, les gens eux-mêmes. Une hypocrisie généralisée qui met à jour l’immense pouvoir de l’auto-persuasion de la majorité des gens et le bourrage de crâne exercé par les adultes sur les enfants. Une méthode beaucoup plus efficace que les exécutions sommaires et les camps de rééducation.

Tant que le peuple ne remette pas en cause leurs existences et tant qu’il ne se rende pas capable de construire autre chose, les hypocraties montrent un visage tolérant et ouvert. Les hypocraties tolèrent même l’existence d’une opposition. A condition, bien évidement, que celle-ci ne puisse se passer d’elles. Les quelques défoulassions sporadiques tolérées, permettent à « la dissidence» d'avoir l'impression de faire quelque chose et même d'avoir l'illusion de remporter parfois des petites batailles. Tant que l’opposition reste résiduelle elle ne constitue dans une hypocratie aucune menace. Elle sert même à montrer combien elle est tolérante ! Elle sait que grâce à la censure et à l’implacable jeu de la real politique, ils auront très peu d’accès aux grands médias, et donc que leur audience restera toujours limitée. Elle espère qu'ils finiront par se convertir comme tout le monde, ou par sombrer dans le désespoir ou la violence. A défaut, elle les marginalisera encore plus en les amalgamant à des catégories criminelles. Elle sait que ses sujets adorent les boucs émissaires et n'aiment pas ceux qui mettent le doigt sur les réalités qu'ils tentent d'oublier en adhérant à fond au système « hypocratique».

Au sein d’une hypocratie, les tenants du pouvoir s’évertuent, dans un subtil exercice, à fragiliser la population convaincus et à juste titre qu’il est plus facile de régner sur des gens diminués financièrement, spirituellement et intellectuellement. Il est certainement plus facile de les manipuler tant qu’ils se préoccupent davantage de leur survie quotidienne que de changer le monde. Précarité, chômage, surendettement, insécurité autant de levier sur lesquels les régimes «hypocratiques» jouent pour bloquer les possibilités de révolte à la base. La paupérisation de tous les aspects de la société est un d'excellent moyen de contrôle qui ne dit pas son nom. Mais une des ruses suprêmes des régimes hypocratiques, est d'obliger quasiment tout le monde, contestataires et conformistes, à franchir consciemment ou pas les limites de la loi. Chacun peut alors être l'objet de poursuites. Par exemple, pour s'exprimer, on peut avoir à organiser une manifestation interdite, pour survivre certaines personnes sont obligés de commettre des illégalités, les réglementations de certaines professions sont tellement tatillonnes qu'on est obligé de ne pas les respecter pour pouvoir survivre…Autant de truchement redoutables pour mettre toute la population à la porté d’une justice arbitraire et complètement à la solde du pouvoir et qui en donner, en Tunisie, des résultats remarquables.

Les systèmes « hypocratiques », bien qu’ils soient à la pointe du totalitarisme, peuvent probablement être perfectionnés et approfondis, notamment grâce aux innovations technologiques en matière de censure et de contrôle des populations, mais il semble difficile de faire plus vicieux et plus efficace sur le principe. Par les deux aspects qui les définissent, ces régimes ont réussit à se maintenir et à prospérer sans rencontrer de véritable résistance intérieure et encore moins extérieure. En effet, dans de tels régimes, les gens réclament eux-mêmes leurs chaînes et se révèlent encore plus répressifs que les services de répression d'Etat. Pas besoin de massacrer les opposants, il y en a trop peu et ils sont complètement paralysés par les rouages du système. Les braves citoyens s'auto-surveillent, s'autocensurent, le tout étant recouvert du drap blanc des libertés, du « gouvernement par le peuple ». Il suffit de savoir doser intelligemment répression, atteintes aux libertés, récompenses et biens matériels pour éviter révoltes et rejet en bloc. Le peuple veut y croire, il n'est donc pas trop difficile de le contenter, malgré tous les faits qui démontrent le contraire. De grandiloquentes déclarations, des élections pour élire un candidat unique ou des gens qui n'ont pas de pouvoir réel, suffisent à donner l’impression de vivre dans un système convenable.


Dans le monde beaucoup de régime optent pour une « hypocratie » et parviennent tant bien que mal à maintenir une illusion de liberté et une façade plus au moins convenable, mais de ceux qui ont le plus réussit l’application de ce modèle, le régime tunisien peut prendre valeur d’exemple. Depuis son installation à la tête du pouvoir il n’a cessé de perfectionner le système pour le rendre presque invisible, indétectable pour l’observateur étranger et complètement intégré par la majorité des tunisiens. Même ceux parmi eux qui découvrent la vraie nature du régime trouvent peu d’oreilles intéressées. Le visage humain du système « hypocratique » profère à ces tenants un certain « bénéfice du doute »…c’est peut être là sa plus grande réussite.



mercredi 8 août 2007

Spock, le moteur de recherche qui vous connaît...trop bien !



Capture d’écran du résultat de recherche pour Ben Ali !


our Jaideep Singh, votre vie privée vaut de l’or. C’est pour cette raison qu’il a eu la brillante idée d’en faire le fond de commerce de Spock, une start-up basée à Redwood en Californie, dont il est le fondateur et le président. En effet Spock.com est un moteur de recherche spécialisé dans l’indexation et la mise à disposition des internautes de renseignements personnels sur des millions d’individus dans le monde.

Initialement prévue en septembre, le moteur de recherche, a été finalement lancé hier, 8 aout, en mettant en ligne dans un premier temps des informations personnelles portant sur 100 millions d’individu dont 75% d’américains. Mais ce n’est qu’un début puisqu’à terme Spock ambitionne "d'indexer chaque personne dans le monde" en piochant dans les sites Internet et en agrégeant ces données personnelles. La société qui emploie une trentaine de personnes au Etats-Unis et en Inde à été crée il y a moins d’un an grâce à une levée de fond de 7 millions de dollars. A terme, le moteur de recherche sera financé par la publicité selon le même model économique des autres moteurs tel que Google.

Pour les fondateurs de cette entreprise le constat est simple : un tiers des recherches effectuées sur Internet concernent des personnes. Mais, alors que les leaders actuels de la recherche sur Internet se contentent d’afficher les sites Internet où le nom recherché a été cité, Spock propose d’aller au-delà en piochant dans tous les sites les données personnelles de l’individu et en les agrégeant entre elles pour fournir une fiche personnelle avec photos, données personnelles mais aussi des photos et des noms en relation avec la personne recherchée. Inversement, si la requête porte sur un nom de familles, une entreprise ou un parti politique par exemple, les algorithmes fournissent alors une liste de noms associés à cette requête. Autre nouveauté proposée par ce site : la recherche à partir d’une liste de contact en puisant dans tous les sites où l’internaute à volontairement fourni des informations personnelles le concernant. Par exemple le site est ainsi capable de dénicher parmi vos contacts un informaticien, célibataire, parlant le Farsi !

Le fait que ces informations soient détournées de leurs vocations initiales, ne semble pas inquiéter les fondateurs du site. Ceux-ci soulignent que les utilisateurs participent eux-mêmes à l’élaboration de ce vaste annuaire. La méthode d’indexation automatique ne permet pas d’interpréter toutes les données que le site récolte, ainsi, les utilisateurs sont invités à corriger les erreurs du site ! Les personnes indexées de force peuvent toujours demander que le contenu les concernant soit retiré du site. Mais cela reste insuffisant aux yeux des associations de défense des droits des utilisateurs en ligne comme l’Electronic Frontier Foundation qui estime que les internautes peuvent se sentir attaqués en voyant les informations les concernant agrégées de cette manière surtout s’il n’ont pas choisi de la faire par eux même. Pourtant juridiquement et selon la loi américaine, le moteur de recherche ne peut être tenu responsable de leurs contenus. Un parapluie juridique qui semble parfaitement convenir aux fondateurs de Spock, qui ne semblent pas vouloir s’appesantir sur les questions d’éthique que soulève un tel projet.

Qualifié par PC World comme l'un des "25 web sites to watch", la réussite de ce site est quasi assurée. Surtout que selon le cabinet Veronis Suhler Stevenson (VSS), Le budget global de la publicité en ligne dépassera celui de la presse écrite aux Etats-Unis d'ici quatre ans. Une estimation qui reflète le rythme de croissance des dépenses publicitaires sur l'Internet aux Etats-Unis, mais aussi en France où la tendance est largement similaire. Une aubaine pour ce site entièrement financé par la publicité. Mais les dirigeants de cette entreprise sont conscients qu’ils ne peuvent pas profiter éternellement des failles de la législation américaine surtout que les grands noms de l’Internet viennent d’annoncer des mesures destinées à mieux préserver la vie privée de leurs utilisateurs.

Avec la prolifération des traceurs qui mémorisent les habitudes de navigation sur internet, les logiciels espions qui collectent les informations confidentielles des utilisateurs et les logiciels de filtrage des contenus, il est évident que l’enjeu majeur des prochaines années sera celui de savoir comment mettre des garde-fous efficaces à ces nouvelles technologies pour que la toile ne se transforme pas en un immense marché des données personnelles de plus est dans les mains d’intérêts privés. Une perspective peu rassurante surtout que l’utilisation de l’Internet est de plus en plus indispensable à des millions de personnes dans le monde.



mardi 24 juillet 2007

Libre !!!





ême si beaucoup attendaient cette nouvelle avec impatience, même si à chaque fête nationale, beaucoup caressaient l’espoir de le voir enfin libre, l’annonce faite aujourd’hui de la libération de Mohamed Abbou, est une totale surprise même pour ceux qui suivaient de prés son dossier. Une grande surprise, mais aussi une grande joie, en premier lieu pour sa courageuse femmes et ses deux enfants, mais aussi pour ses amis et tous ceux qui se sont indignés de cette injustice qui n’avait que trop durée.

Bien qu’aujourd’hui la priorité est de savourer cette bonne nouvelle porteuse de beaucoup d’espoir, il n’empêche qu’il ne faut pas oublier que ce n’est qu’une libération conditionnelle, ce qui implique que maitre Abbou sera sous contrôle judiciaire avec toutes les dérives qu’on lui connait dans notre triste système judiciaire. C’est d’autant plus injuste que les deux accusations qui pèsent toujours sur Mohamed Abbou, sont fallacieuses et ne reposent que sur des mensonges et des calomnies. La vigilance est donc toujours de mise pour que sa liberté conditionnelle ne se transforme pas en enfer comme c’est le cas pour beaucoup d’autres anciens prisonniers politiques dont Abdallah Zouari et bien d’autres.

Aussi, et bien que ce ne soit pas le moment, je ne peux pas ne pas penser, à ceux qui ont dénigré, insulté et même des fois réjouis de ce qui est arrivé à ce courageux avocat et à d’autres malheureux prisonniers de la dictature. Je ne peux pas, même en ces moments de joies, chasser de mon esprit les mots et les phrases vomis par certaines énergumènes, ici est la sur le net et ici même sur cette blogosphère. Mais comme on dit chez nous la hal idoum, aujourd’hui l’histoire a donné raison à ceux qui résistent et demain elle jettera dans les affres de l’oubli tous ceux qui par commodité ou pas nature, ont fait le choix de la lâcheté.



jeudi 12 juillet 2007

Le Big Brother qui vous veut du bien !


(France, 2006, 27mn)- ARTE F - Réalisateur: David Carr-Brown - Auteur: Xavier Muntz, Bruno Fay - Producteur: Novaprod Owl



vec plus de 30 000 cameras (en grande partie en sous-sol), la France est très en retard par rapport aux autres pays occidentaux, dont La Grande Bretagne est la championne toutes catégories. Mais cela c’était sans compter sur le nouveau président Sarkozy et les élus décomplexés de sa majorité présidentielle bien déterminés à combler se retard indigne d’un pays comme la France !

En effet la préfecture de police, dans le cadre d’un vaste plan de « quadrillage du territoire », prévoit l’installation de 1000 nouvelles cameras hypersophistiquées. Un programme de vidéo surveillance dont le coût annuel serait de 50 millions d’euros selon les premières estimations, et qui sera présentée au parlement à la rentrée dans le cadre de la nouvelle loi d’orientation et de programmation de sécurité intérieur. Un coût qui, apparemment, n’effarait ni le nouveau président ni sa ministre de l’intérieur qui ne jurent que par le model Anglais au grand dam d’Axel Türk, président de la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) qui vient de lancé, lors de la publication de son dernier rapport, « une alerte à cette société de surveillance qui menace la protection des données et nos libertés ».

La Grande-Bretagne, prise en exemple par Sarkozy, est, avec plus de 4 millions de caméras en activité(une pour quatorze habitants), le pays dont les citoyens sont le plus surveillés au monde. Pourtant ce dispositif impressionnant (un londonien peut se faire filmer plus de 300 fois par jour) peine à justifier son existence et les coûts exorbitant de son fonctionnement. En effet, plusieurs enquêtes réalisées à la fin des années 90 dans plusieurs villes britanniques ont conclu que cette vidéo surveillance ne diminue en rien le sentiment d’insécurité des habitants mais aussi que l’aide qu’elle apporte pour l’identification et l’arrestation des suspects est faible pour être mise en exergue. En se basant sur ces mêmes enquêtes, deux chercheurs au CNRS concluaient leur rapport sur « l’impact de la vidéosurveillance sur les désordres urbains » par le constat que « la vidéosurveillance a rarement apporté la preuve de son efficacité » !

Dans le documentaire qui accompagne ce post, Duncan Campbell, journaliste indépendant et auteur d'un rapport sur le système d'écoute Echelon (élaboré par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande pour intercepter les communications), fait découvrir la dimension orwellienne de la capitale britannique, véritable laboratoire des technologies de contrôle.


samedi 30 juin 2007

Keep Talking...

« For millions of years mankind lived just like the animals.
Then something happened which unleashed the power of our imagination:
We learned to talk »
Pink Floyd




a science a longtemps inscrit notre rapport à notre animalité dans une continuité qui s’étend de nos origines animales à notre état évolutif actuel. Or de plus en plus de scientifiques mais aussi de philosophes voient ce rapport, non plus dans la continuité mais précisément dans l'écart nécessaire à nous constituer comme humains. « Ce n'est pas la conjonction de l'homme et de l'animal qu'il faut penser mais leur séparation [1]». Ce qui ferait donc notre humanité, c'est la conscience de ce qui nous différencie de l'animal. Cette recherche de notre « dignité [2] », de notre « conscience de soi », se base sur deux composantes, qui en deviennent fondamentales, qui sont la liberté et la construction de soi faite de questions, d’inquiétudes et de désirs toujours insatisfaits.

La jouissance de la liberté, ainsi que la mise en place de mécanismes de construction de soi, nécessitent la mise ne place d’une construction intellectuelle et donc de prendre le risque d’« être livré à quelque chose qui se refuse ». Henri Laborit[3] définissait la pensée comme irritation, manque d'information et angoisse. En effet, la réflexion provoque une inhibition des mécanismes instinctifs et une « suspension du rapport animal », qui se traduit dans le cerveau par l’inhibition de la réaction immédiate pour introduire des données supplémentaires à plus long terme comme la prise en compte des enjeux sociaux, de l’image de soi, du poids des paroles et du sens…etc. La pensée humaine permet donc de surmonter la fascination animale pour prendre un recul critique et construire une objectivité de la somme des subjectivités du jugement humain.


Ce processus continuel de prise de distance, de rationalisation, d'arrachement à nos fixions et nos préjugés n’est possible que par la réflexion qui constitue un réveil à chaque fois renouvelé de nos rêves imaginaires, des apparences et des projections de nos désirs. L'accession à l'humanité exige un détachement de cette fascination animale, que seul le langage permet en séparant le mot de l'émotion. Seul la parole permet d'analyser sa propre pensée, de l'objectiver, de l'universaliser. L’Homme se trouve donc le lieu d'un conflit, d'un effort perpétuel pour se soustraire des carcans de son instinct animal et s'ouvrir ainsi à la liberté, à la justice, aux possibles et à l'universel, bien au-delà de sa réalité immédiate et prosaïque.

Par ailleurs, si la réflexion et son expression sont inhibitrices de nos instincts archaïques, la confiscation de la parole et l’endoctrinement dans tous leurs aspects sont au contraire les catalyseurs de la régression et du retour à la prédominance de l’instinct sur la réflexion. La résignation, la peur et la violence qui caractérisent nos sociétés modernes, les guerres de territoires ou de dominations qui ensanglantent le monde et la course effrénée pour « la domination de l’Homme par l’Homme », sont, en partie, les conséquences d’une volonté de plus en plus fortes, sous des aspects plus au moins visibles et plus au moins violents, d’un encadrement de la pensée, d’un contrôle de la parole et d’une détermination à imposer une pensée unique de plus en plus restrictive pour la construction de soi.

Pourtant, et encore à ce stade de l’évolution de l’humanité il est encore difficile pour certains d’admettre le caractère fondamental de l’usage de la parole et de l’expression libre de la pensée. L’usage de cette parole salvatrice et humanisante est encore, pour des centaines de millions de personnes à travers le monde, confisqué, contrôlé et censuré. Pire, pour des milliers de personnes, l’exercice de leur humanité traduit par l’expression de leurs pensées est sévèrement réprimandée par la prison, la torture et des fois même la mort. Se qui constitue notre véritable victoire sur notre animalité, est devenue un sacerdoce pour une majorité de ceux qui en usent.

Sami Ben Gharbia, répondant à Hamdi Qindil qui lui demandait pourquoi il blogue, a répondu : « Je blogue pour me réapproprier ma valeur fondamentale : la parole ». Faut-il d’autres raisons pour continuer de parler, d’user de cette faculté, de ce privilège pour exprimer sa pensée pour affirmer à chaque instant son humanité ?




[1] L'ouvert, De l'homme et de l'animal, Giorgio Agamben, Rivages, 2002
[2] Œuvres philosophiques, Jean Pic de La Mirandole, Paris, P U.F., Épiméthée, 1993
[3] Henri Laborit, biologiste, philosophe du comportement animal et du comportement humain

Malek le 27.03.07




vendredi 29 juin 2007

Resistants.com

L'Empire citoyen contre-attaque !

(France, 2006, 27mn) ARTE F Réalisateur: David Carr-Brown Auteur: Xavier Muntz, Bruno Fay Producteur: Novaprod Owl


es associations, des collectifs, des fondations émergent un peu partout à travers le monde pour dénoncer les risques d'atteinte aux libertés individuelles. Unis dans leur opposition aux nouveaux moyens de traçage et de fichage, ils forment un étrange univers composé d'altermondialistes, d'anarchistes rodés à la désobéissance civile, de vieux hippies libertaires, de jeunes hackers de génie... À Paris, le collectif "Souriez vous êtes filmés" s'est donné comme but le retrait des caméras de vidéosurveillance ; à Berlin, les "hacktivistes" du groupe Quintessenz montrent comment pirater les réseaux de la police ; à Los Angeles, Ian Clarke a inventé le Freenet, une Toile cryptée et anonyme...

Source : arte.tv


jeudi 21 juin 2007

Total contrôle : Demain nous serons tous fichés !



France, 2006, 52mn) ARTE France Réalisateur: Etienne LABROUE


u nom de la lutte contre le terrorisme, intérêts politiques et industriels se rejoignent au détriment des libertés. Jusqu'où notre désir de sécurité peut-il conduire ? Des experts en nouvelles technologies dressent un panorama inquiétant des dispositifs de surveillance mis en œuvre de Pékin à Paris, en passant par Tunis ou Berlin, avec des outils de traçage et d'identification sans cesse plus perfectionnés et plus nombreux.

Ce documentaire met efficacement en perspective le prix que nous risquons de payer pour une sécurité en partie illusoire. Parmi les nombreux témoignages qui jalonnent ce documentaire de 52 minutes, on peut signaler celui de Julien Pain, le responsable des questions d’Internet chez Reporters Sans Frontières et celui d’Omar Chlendi, un des internautes de Zarzis qui revient sur les raisons de son incarcération et le travail de flicage du de la police tunisienne du net.


vendredi 1 juin 2007

Monem est libre !!



Une des premières photos de Monem après sa sortie de prison.
Alexandrie - Le 02.06.07


Ça y est ! Il est libre ! Après quelques dernières angoisses, le moment qu’on a tant attendu et espéré est enfin arrivé. Depuis quelques heures, Monem est chez lui, parmi ses parents, sa famille et ses amis

Lire la suite sur Free Monem Campaign

samedi 26 mai 2007

Rapport annuel d’Amnesty International : La peur : Arme de répression massive

omme tous les ans, Amnesty International publie son bilan sur la situation des droits humains dans le monde. Cette année, un bilan particulièrement sombre où, comme il est signalé à l’introduction de ce document, « la politique de la peur a dominé l’année 2006 ». La peur, arme suprême, que de plus en plus de régimes, qu’ils soient franchement totalitaires ou dits « démocratiques », utilisent sans vergogne. Cette instrumentalisation de la peur permet de légitimer les guerres, la torture, la censure ainsi que toutes les pires exactions. Drôle de monde, où tout devient acceptable pourvu qu’on ne dérange pas notre paisible servitude.

Dans notre chère Tunisie, le règne de la peur ne date pas de l’année dernière. Il est bien installé depuis un moment. Une peur qui paralyse tout un pays. Une peur reçue en héritage, enseignée dans les familles et dans les écoles depuis le plus jeune âge. Une peur que le régime actuel exploite avec une efficacité redoutable. Non seulement elle lui permet de perdurer et de prospérer au dépend des tunisiens et de la Tunisie, mais également, de recourir pour y arriver à des méthodes brutales et inhumaines.

La peur permet également de faire accepter les « lois antiterroristes », des lois qui n’ont de légale que leur appellation. Des dizaines de jeunes et moins jeunes compatriotes broyés par ces lois d’exception qui bafouent les droits les plus élémentaires de l’accusé. Des aveux extorqués sous la torture, des avocats privés des éléments du dossier et incapables de communiquer avec leurs clients et traitements inhumains en prison, autant d’atteintes aux droits humains qui décréditent notre justice et exaspère les divisions au sein de notre société. Cette même peur viscérale poussent certains jusqu'à expliquer et justifier la censure, la torture et le manque de liberté au nom de je n’en sais quelle stabilité.

La peur justifie tout, même l’injustifiable !


*************************************************************************

Ci-dessous la partie du rapport qui concerne la Tunisie :





a liberté d’expression et d’association restait soumise à d’importantes restrictions. À l’issue de procès inéquitables, au moins 12 personnes poursuivies pour activités terroristes ont été condamnées à de lourdes peines d’emprisonnement. Une cinquantaine d’autres étaient toujours en procès à la fin de l’année. De nouveaux cas de torture et de mauvais traitements ont été signalés. Condamnés les années précédentes à l’issue de procès iniques, des centaines de prisonniers politiques, y compris des prisonniers d’opinion, restaient incarcérés. Un grand nombre d’entre eux étaient détenus depuis plus de dix ans, et leur état de santé se serait dégradé.


Contexte

Les organisations de défense des droits humains ont critiqué l’élection de la Tunisie au nouveau Conseil des droits de l’homme des Nations unies, en mai, du fait des restrictions sévères imposées aux libertés fondamentales dans le pays. En novembre, un groupe de parlementaires a appelé le président Ben Ali à se représenter à l’élection de 2009, date à laquelle il aura exercé le pouvoir pendant vingt-deux ans. Des modifications apportées à la Constitution, à la suite d’un référendum organisé en 2002, permettaient au président de se représenter sans limitation pour des mandats successifs de cinq ans.

Cent trente-cinq prisonniers ont été remis en liberté conditionnelle à la faveur d’amnisties ; 81 ont été élargis en février et les autres ont recouvré la liberté en novembre. Ils étaient tous incarcérés depuis plus de quatorze ans, après avoir été jugés de manière inique et reconnus coupables d’appartenance à l’organisation islamiste interdite Ennahda par les tribunaux militaires de Bouchoucha et Bab Saadoun en 1992. Une centaine d’autres membres d’Ennahda étaient maintenus en détention. Certains étaient, semble-t-il, en mauvaise santé, du fait des conditions carcérales extrêmement pénibles et des tortures subies lors de la détention qui avait précédé leur procès, des années auparavant. Plusieurs d’entre eux avaient besoin de soins médicaux de toute urgence.

En juin, le Parlement européen a adopté une résolution réclamant l’organisation d’une session du conseil d’association Union européenne – Tunisie, afin de discuter de la situation des droits humains dans le pays, après le maintien de l’interdiction visant le congrès de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH), une organisation non gouvernementale. En octobre, l’Union européenne a de nouveau critiqué le gouvernement tunisien à la suite de l’annulation d’une conférence internationale sur le droit au travail dans l’espace euro-méditerranéen, qui devait se tenir en septembre à Tunis. En décembre, des fusillades ont eu lieu dans le sud de Tunis entre la police et des membres présumés du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui serait lié à Al Qaïda. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées et de nombreuses autres, dont des policiers, ont été blessées.

Atteintes aux droits humains dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme »

Les autorités n’ont pas répondu à la demande formulée par le rapporteur spécial des Nations unies sur la protection et la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste. Le rapporteur voulait se rendre en Tunisie pour y examiner la situation des droits humains. Comme les années précédentes, des suspects de terrorisme ont été arrêtés, emprisonnés et jugés en vertu de la loi antiterroriste controversée qui avait été adoptée en 2003. Certains ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. Les dispositions de cette loi et du Code de justice militaire étaient également utilisées contre des citoyens tunisiens renvoyés contre leur gré par les autorités d’autres pays, notamment de Bosnie-Herzégovine, de Bulgarie et d’Italie. Bon nombre d’entre eux, placés en détention à leur retour en Tunisie, ont été inculpés d’appartenance à des organisations terroristes opérant à l’étranger. Certains ont été traduits devant des juridictions militaires. Dans ce genre d’affaires, les contacts des avocats avec leurs clients étaient soumis à des restrictions de plus en plus nombreuses.

En juin et en juillet, de très nombreuses personnes soupçonnées d’activités terroristes, dont des membres présumés du GSPC, ont été arrêtées et maintenues au secret, dans certains cas pendant plusieurs semaines, avant d’être déférées à un tribunal pénal de Tunis qui devait les juger. Ces prisonniers ont, semble-t-il, été torturés pendant leur garde à vue. À la fin de l’année, ils étaient toujours en détention et le jugement n’avait pas eu lieu. Beaucoup ont été transférés dans des prisons éloignées, distantes de plusieurs centaines de kilomètres du lieu de résidence de leur famille. Hicham Saadi, qui avait été condamné en 2004 à une peine de douze ans d’emprisonnement pour activités terroristes, a été libéré en février à la faveur d’une amnistie présidentielle. Il a de nouveau été arrêté en juin et maintenu au secret pendant vingt cinq jours, au cours desquels il aurait été torturé. Cet homme a été accusé d’appartenance au GSCP. En octobre, il a tenté de s’évader en sautant par une fenêtre lors de sa comparution devant un juge d’instruction de Tunis. À la fin de l’année, Il était toujours en détention dans l’attente de son procès.

En septembre, Badreddine Ferchichi (alias Abu Malek) a été renvoyé en Tunisie par la Bosnie- Herzégovine après le rejet de sa demande d’asile. Détenu pendant plusieurs jours, il aurait été maltraité. Il a comparu, le 6 septembre, devant un juge militaire qui l’a inculpé, aux termes du Code de justice militaire, de « service, en temps de paix, dans les rangs d’une armée étrangère ou d’une organisation terroriste opérant à l’étranger ». Cet homme avait combattu comme volontaire au sein des forces musulmanes bosniaques durant la guerre de 1992 à 1995 en ex-Yougoslavie. Maintenu en détention à la fin de l’année dans l’attente de son procès devant un tribunal militaire, il était passible d’une peine de dix ans d’emprisonnement.

Six membres du « groupe de Zarzis » ont été libérés en février. Abdelghaffar Guiza, Omar Chlendi, Hamza Mahroug, Ridha Ben Hajj Ibrahim, Omar Rached et Aymen Mcharek, tous originaires de Zarzis, dans le sud du pays, avaient été arrêtés en 2003. Ils avaient été condamnés, en avril 2004, à des peines d’emprisonnement pour activités terroristes à l’issue d’un procès inéquitable qui s’était déroulé devant un tribunal pénal de Tunis. Ils ont été placés en garde à vue au secret et des « aveux » leur auraient été arrachés sous la torture pendant cette période. Ces éléments ont par la suite été utilisés comme preuve principale contre eux.

Liberté d’expression

La liberté d’expression restait soumise à d’importantes restrictions. Au moins deux journalistes qui critiquaient le gouvernement ont été licenciés par la direction de leur journal. D’autres ont pu continuer à exercer leur profession, mais ont subi des pressions de la part des autorités et fait l’objet de procédures judiciaires visant à les intimider.

En avril, les autorités ont empêché la réunion du conseil d’administration du Syndicat des journalistes tunisiens (SJT), dont les membres continuaient de se voir intimidés et harcelés par la police. Cette année, Lotfi Hajji, le président du SJT, a été détenu à au moins trois reprises pendant de courtes périodes.

Les autorités ont intensifié le harcèlement contre les femmes portant le hijab (voile islamique). Ces actions faisaient suite aux déclarations des ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, et à celles du secrétaire général du parti politique au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique, qui critiquaient l’augmentation du port du hijab chez les femmes et les jeunes filles, et de la barbe et du qamis (tunique) chez les hommes. Les déclarations allaient également dans le sens d’une application plus stricte du décret 108 de 1985 du ministère de l’Éducation, qui interdit aux femmes de porter le hijab dans les établissements scolaires ou lorsqu’elles travaillent pour le gouvernement. Des femmes auraient reçu l’ordre d’ôter leur voile avant d’être autorisées à entrer dans une école, une université ou un lieu de travail, et d’autres ont dû l’enlever dans la rue. Certaines auraient été conduites dans des postes de police où on leur aurait demandé de s’engager par écrit à ne plus porter le hijab.

Militants et organisations pour la défense des droits humains

Les défenseurs des droits humains continuaient d’être la cible de mesures de harcèlement, et parfois de violences physiques. Bon nombre étaient surveillés par les autorités, de même que leur famille et leurs amis, et leurs activités étaient fortement restreintes. Plusieurs organisations non gouvernementales de défense des droits humains n’avaient toujours pas été reconnues légalement.

La LTDH était toujours empêchée de tenir son sixième congrès et seuls les membres de son comité directeur pouvaient se rendre au siège de la Ligue, situé à Tunis. Les bureaux régionaux de cette organisation restaient inaccessibles au public ainsi qu’aux membres élus. L’examen de la plainte contre le comité directeur de la LTDH a été renvoyé à janvier 2007. Les autorités ont pris contact avec les ambassades de plusieurs pays et auraient menacé de rompre les relations diplomatiques si les représentants de ces pays continuaient de rencontrer des défenseurs tunisiens des droits humains. Elles auraient spécifiquement interdit les rencontres avec des membres de la LTDH, prétextant qu’une procédure pénale était en instance contre cette organisation. Des diplomates de plusieurs pays se sont toutefois rendus au siège de la LTDH pour y manifester leur solidarité.

En octobre et en novembre, des responsables des services de sécurité ont placé sous étroite surveillance les locaux du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), une organisation non gouvernementale privée de reconnaissance légale. Cette mesure empêchait les anciens prisonniers politiques et les proches de prisonniers de s’y rendre. Certaines personnes auraient été arrêtées en sortant du CNLT et conduites dans des postes de police voisins, où elles auraient été contraintes de s’engager par écrit à ne plus réitérer leur visite.

En mai, des policiers sont venus chercher Yves Steiner, membre du comité exécutif de la section suisse d’Amnesty International, dans l’hôtel de Sidi Bou Saïd où avait lieu l’assemblée générale de la section tunisienne de l’organisation. Ils l’ont emmené de force à l’aéroport et l’ont expulsé du pays. Lors de son interpellation et de son transfert à l’aéroport, il a été malmené par les forces de l’ordre, qui ont confisqué son téléphone mobile. Dans un discours prononcé la veille devant les membres de la section tunisienne d’Amnesty International, il avait dénoncé les violations des droits humains signalées en Tunisie, et notamment les entraves à la liberté d’expression et d’association.

Hichem Osman, alors président de la section tunisienne d’Amnesty International, a été arrêté en mai à l’université, où il travaillait, puis retenu pendant six heures au cours desquelles il a été interrogé à propos de l’assemblée générale de la section. Les policiers lui ont dit que la réunion n’avait pas respecté les statuts car elle avait servi de tribune pour critiquer le gouvernement tunisien et le président de la République. Il a été informé officiellement que la section serait dissoute si de tels faits se reproduisaient.

Indépendance de la justice

En octobre, à la fin de son mandat, le chef de la délégation de la Commission européenne à Tunis a déploré publiquement la lenteur des réformes politiques et réclamé une amélioration de la formation des juges et des avocats en vue de renforcer l’indépendance de la justice. En mai, des avocats ont organisé plusieurs sit-in afin de protester contre une nouvelle loi instaurant un Institut supérieur des avocats. Ils dénonçaient le fait que le Parlement examinait cette loi sans prendre en compte les conclusions de la consultation menée avec l’Ordre des avocats, ainsi que le prévoyait la convention entre l’Union européenne et la Tunisie sur le financement de la réforme du système judiciaire. Cet institut, placé sous le contrôle des ministères de la Justice et de l’Enseignement supérieur, serait chargé de la formation des futurs avocats, une mission qui incombait auparavant à l’Ordre des avocats et à l’Association des magistrats tunisiens (AMT). Les avocats se sont opposés à cette loi en faisant valoir qu’elle portait atteinte à l’indépendance de la justice. Bon nombre d’entre eux ont été agressés par des policiers au cours des sit-in.

En septembre, Wassila Kaabi, juge et membre du conseil exécutif de l’AMT, a été empêchée de se rendre en Hongrie, où elle devait participer à une réunion de l’Union internationale des magistrats. Aux termes de la loi tunisienne, les juges doivent obtenir l’autorisation du secrétaire d’État à la Justice pour se rendre à l’étranger.

Prisonniers d’opinion

Comme les années précédentes, les opposants et les détracteurs du gouvernement risquaient d’être emprisonnés, harcelés et menacés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions.

Mohammed Abbou, un prisonnier d’opinion, a effectué plusieurs grèves de la faim pour protester contre son maintien en détention et les mauvais traitements qui lui étaient infligés par les responsables de la prison d’El Kef. Son épouse et ses enfants ont été harcelés et intimidés à plusieurs reprises par des policiers postés en permanence devant leur domicile de Tunis. En novembre, Mohammed Abbou a été transféré à l’hôpital d’El Kef pour subir des examens néphrologiques. En décembre, son épouse Samia, ainsi que Samir Ben Amor, un avocat, Moncef Marzouki, une personnalité de l’opposition, et Slim Boukhdir, un journaliste, ont tenté de lui rendre visite en prison. Ils ont été interceptés neuf fois par la police sur la route reliant Tunis à El Kef, officiellement pour une vérification de leur identité et des papiers du véhicule. Un peu plus tard, alors qu’ils sortaient d’un restaurant d’El Kef, ils ont été agressés par une cinquantaine d’hommes, de femmes et de jeunes gens qui les ont insultés, malmenés et frappés à coups de poing tout en crachant sur eux. Ils ont réussi à échapper à leurs agresseurs et à rejoindre leur véhicule. D’autres personnes les auraient encore agressés à leur arrivée à la prison, les empêchant ainsi d’atteindre l’entrée du bâtiment. Ces attaques ont eu lieu en présence de policiers qui n’ont rien fait pour protéger les victimes ni pour appréhender les agresseurs.

Visites d’Amnesty International

Des délégués d’Amnesty International se sont rendus en Tunisie en juillet. Ils ont rencontré des défenseurs des droits humains et des responsables gouvernementaux, ainsi que des représentants d’États de l’Union européenne.



samedi 5 mai 2007

Liberté pour Monem, Liberté pour Kareem


REPORTERS SANS FRONTIÈRES LANCE UNE PETITION EN FAVEUR DES BLOGUEURS KAREEM AMER ET ABDUL-MONEIM MAHMOUD


Six mois après l’arrestation de Kareem Amer, Reporters sans frontières lance une pétition pour demander la libération du blogueur et de son confrère, Abdul-Moneim Mahmoud. Dans ce texte, que les internautes sont appelés à signer en ligne, l’organisation demande aux responsables du Forum sur la gouvernance d’Internet (IGF), conférence organisée sous l’égide de l’ONU, de refuser que l’Egypte soit l’hôte de cet événement, en 2008, si les deux blogueurs ne sont pas relâchés.

Signez la pétition sur : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=21993

Le texte de la pétition :

“Nous demandons la libération d’Abdel Kareem Nabil Suleiman (Kareem Amer) et d’Abdul-Moneim Mahmoud, emprisonnés pour avoir exprimé leurs opinions sur Internet. Nous appelons les organisateurs du Forum sur la gouvernance d’Internet à intervenir en faveur de ces deux blogueurs auprès des autorités égyptiennes. Il serait inacceptable qu’un sommet onusien sur l’avenir d’Internet se tienne dans un pays qui emprisonne des blogueurs.”

Cette pétition sera envoyée, le 6 novembre 2007, soit un an après l’arrestation de Kareem Amer, au président égyptien Hosni Moubarak, au coordinateur exécutif de l’IGF, Markus Kummer, ainsi qu’au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

Kareem Amer

Abdel Kareem Nabil Suleiman, plus connu sous le nom de plume Kareem Amer, a été arrêté, le 6 novembre 2006, pour des articles publiés sur son blog (www.karam903.blogspot.com). Il dénonçait régulièrement les dérives autoritaires du gouvernement de Hosni Moubarak et critiquait les plus hautes institutions religieuses du pays, en particulier l’université sunnite Al-Azhar, dans laquelle il étudiait le droit. Le blogueur a été condamné, le 22 février 2007, à trois ans de prison pour avoir “incité à la haine de l’islam” et à un an pour avoir “insulté” le président égyptien. La sentence a été confirmée en appel le 12 mars.

Abdul-Moneim Mahmoud

Abdul-Moneim Mahmoud, responsable du blog Ana Ikhwan (www.ana-ikhwan.blogspot.com), a été arrêté le 14 avril 2007. Il est officiellement accusé d’appartenance à une “organisation illégale”, les Frères musulmans, mais sa détention semble en réalité liée aux textes et photos qu’il publie en ligne et à son travail de dénonciation des tortures commises par les services de sécurité.

Les premières associations et blogueurs ayant signé la pétition :

- The Free Kareem campaign (www.FreeKareem.org)
- Free Monem (http://freemonem.cybversion.org/)
- Alaa & Manal (http://www.manalaa.net)
- HAMSA initiative of the American Islamic Congress (www.hamsaweb.org)
- Dalia Ziada (http://daliaziada.blogspot.com)
- Milton Mueller, partner, “Internet Governance Project”(www.internetgovernance.org/)
- Ethan Zuckerman - My Heart’s in Accra, htttp://ethanzuckerman.com/blog
- Soci of Singabloodypore at http://singabloodypore.rsfblog.org
- Christophe Grébert (www.monputeaux.com, www.webcitoyen.com)
- Olivier Grobet (Humanitaire.ws)
- Christophe Ginisty (http://www.ginisty.com)
- Cristiano de Sá Fagundes (www.e-squina.blogspot.com)
- Nicolas Vanbremeersch (www.versac.fr)
- Pierre Catalan (http://pierrecatalan.hautetfort.com)
- Sami Ben Gharbia (http://www.kitab.nl/)
- Solana Larsen (http://www.solanasaurus.com)
- Dan Larsen (http://www.blogbyblog.dk)
- Hervé Resse (http://blog-hrc.typepad.com/ressepire)
- Florentine (http://www.Florentine.typepad.com)
- Andriy Ignatov,Maidan International (www.activist.org.ua/eng/)
- Fred de Mai (www.fdmai.com)

jeudi 3 mai 2007

Article 19 : Free Abdel-Monem Mahmoud




l ya des vérités qui ne faut jamais hésiter à rappeler. Surtout quand c’est à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse et alors que des dizaines de journalistes et de bloggeurs ou simplement des citoyens, à travers le monde, sont enlevés, emprisonnés, torturés et même assassinés. Ce droit est aujourd’hui de plus en plus contesté non seulement pour les journalistes, mais aussi à des millions de citoyens dans le monde.

Abd El-Monem Mahmoud est l’un de ces journalistes-bloggeurs, qui, pour avoir usé de son droit fondamental de s’exprimer et informer librement se retrouve aujourd’hui en prison.

Alors en cette journée il est plus que jamais nécessaire de rappeler ce droit garanti par l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme :

Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.


Plus que jamais défendre la liberté de ceux qui en usent c’est en réalité défendre notre liberté à tous.


Free Monem Campaign







Monem Was Blogging Freedom
By Sami Ben Gharbia - Freemonem.cybversion.org



s the world celebrates World Press Freedom Day an Egyptian blogger, Abdel Monem Mahmoud, sits in jail, his only crime his desire for a more open Egyptian society. We cannot let the regime succeed in silencing him. We have to show the Egyptian regime that when you imprison a blogger, you don’t silence his voice, you AMPLIFY it! How? By taking action! Here’s what you can do:

1. Watch the protest video. Share it with your friends.

Global Voices Advocacy Director Sami Ben Gharbia has created a video which powerfully explains the reasons for the detention of Monem and demands his freedom. View it. Share it. Post it on your blog:
http://freemonem.cybversion.org/2007/04/29/monem-was-blogging-freedom/

2. Add the Free Monem quote randomizer badge to your blog’s sidebar.

Yeah, we think it’s pretty cool. Activist tech guru Astrubal has created a sidebar badge which cycles through a stream of Monem’s blog quotes (à la Amnesty’s Irrepressible campaign). Fortunately for us, Monem is an eloquent writer. Here’s a taste:

“We [Egyptians] claimed freedom for others and forget our own freedom”

“If I taught a woman to wear a veil, I should teach her to claim her right to enter the university wearing the veil.”

“Freedom is now an obligation and should be implemented before Sharia’a”

Yeah, we think he’s pretty inspiring too. The symbol of a brighter future for the Middle East, in fact. So let’s make sure he gets his freedom, not just by posting his words on World Press Freedom Day, but by broadcasting his words every day. You can get the badge here on our “banner and badges” page or you can just insert the following embed code into your blog:


3. Re-publish Monem’s posts on your own blog.

For the last few days a crack team of volunteers from around the world has been translating Monem’s posts so millions of new readers can read his censored speech. Let’s show Mubarak that his attempt to silence this blogger has been completely counterproductive. Instead of reducing the number of people who read Monem’s words, let’s make sure that the number of readers increases… exponentially!

It’s easy to take part! Just pick a post by Monem from the list below and copy and paste the whole thing (or an excerpt) into your own blog. It would also be great if you could tag your post (using Technorati or deli.cio.us) with the words “FreeMonem” to help us keep track of how many people take part in this action.

MONEM’S POSTS… for you to republish on your blog

Free the Brothers…Free Abdel Kareem… Free Egypt 3/7/07 (one of our favorites - Monem calls for jailed blogger Kareem’s release and points out how secularists and Islamists face the same oppression by the Mubarak’s regime)

The Fourth Anniversary of the Torture of Detainee #25 4/14/07 (essential reading - moving account of torture by Egyptian security forces during his imprisonment in 2003 )

Alexandria University Detour 11/1/06 (frustration with the Muslim Brotherhood at his university and a call for Egyptians to demand their freedom… excerpt)

Birds’ Voices 2/12/07 (how blogging is changing the Muslim Brotherhood… excerpt)

Thanks so much for your support. If you have any questions please contact:

Nora Younis
freemonem@gmail.com
languages: English, العربية

other members of the Free Monem campaign include:
Alaa Abd El Fattah (Egypt)
Amr Gharbeia (Egypt)
Astrubal (Tunisia)
Fatima Azzahra El Azzouzi (Morocco)
Malek khadhraoui (Tunisia)
Mary Joyce (USA)
Sami Ben Gharbia (Tunisia)
S.A (Morocco)


dimanche 15 avril 2007

Théorie et pratique du collectivisme oligarchique*

e titre est celui du livre imaginé par Gorges Orwell dans « 1984 ». Il est censé être l’œuvre de l’hypothétique opposant « Emmanuel Goldstein », plus grand ennemi de Big Brother et du Parti. Winston Smith, le personnage principal, qui, pourtant travaille au Ministère de la Vérité, l'un des puissants organes de la propagande du Big Brother, Souhaite s'engager dans la résistance afin de combattre le régime totalitaire imposé par le Parti et son chef.

Winston décide, après avoir loué chez un vieil antiquaire une chambre vierge, pense-il, de tout écran qui tapisse généralement les murs à l'intérieur des maisons, d'entreprendre la lecture de ce fameux « livre » dont on ne découvrira que deux chapitres « L’Ignorance c’est la Force » et « La Guerre c’est la Paix », deux des trois slogans du parti (le troisième c’est : « La Liberté c’est L’Esclavage »). On apprend par la suite que ce manifeste, qui dénonce l'autoritarisme du régime de Big Brother, a été écrit vraisemblablement par O'Brien lui-même, membre éminent du Parti intérieur ! A travers ce livre inventé, Georges Orwell livre une analyse fine des idéologies totalitaires modernes.

Une prophétie effrayante mais lucide sur le devenir de l’humanité.


Chapitre I
L'ignorance c'est la force

Au long des temps historiques et probablement depuis la fin de l’âge néolithique, le monde à été divisé en trois classes. La classe supérieure, la classe moyenne, la classe inférieure. Elles ont été subdivisées de beaucoup de façons, elles ont porté d’innombrables noms différents, la proportion du nombre d’individus que comportait chacune, aussi bien que leur attitude vis-à-vis les unes des autres ont varié d’âge en âge. Mais la structure essentielle de la société n’a jamais varié. Même après d’énormes poussées et des changements apparemment irrévocables, la même structure s’est toujours rétablie, exactement comme un gyroscope reprend toujours son équilibre, aussi loin qu’on le pousse d’un côté ou de l’autre.

Les buts de ces trois groupes sont absolument inconciliables. Le but du groupe supérieur est de rester en place. Celui du groupe moyen, de changer de la place avec le groupe supérieur. Le but du groupe inférieur, quand il en a un – car c’est une caractéristique permanente des inférieurs qu’ils sont trop écrasés de travail pour être conscients, d’une façon autre qu’intermittente, d’autre chose que de leur vie de chaque jour – est d’abolir toute distinction et de créer une société dans la quelle tous les hommes seraient égaux.

Ainsi à travers l’Histoire, une lutte qui est la même dans ses lignes principales se répète sans arrêt. Pendant de longues périodes, la classe supérieure semble être solidement au pouvoir. Mais tôt ou tard il arrive toujours un moment où elle perd, ou sa foi en elle-même, ou son aptitude à gouverner efficacement ou les deux. Elle est alors renversée par une classe moyenne qui enrôle à ces côtés la classe inférieure en lui faisant croire qu’elle lutte pour la liberté et la justice. Sitôt qu’elle à atteint son objectif, la classe moyenne rejette la classe inférieure dans son ancienne servitude et devient elle-même supérieure. Un nouveau groupe moyen se détache alors de l’un des autres groupes, ou des deux, et la lutte recommence.

Des trois groupes, seul le groupe inférieur ne réussit jamais, même temporairement, à atteindre son but. Ce serait une exagération que de dire qu’à travers l’histoire il n’y à eu aucun progrès matériel. Même aujourd’hui, dans une période de déclin, l’être humain moyen jouit de conditions de vies meilleurs que celles d’il y a quelques siècles. Mais aucune augmentation de richesse, aucun adoucissement des mœurs, aucune réforme ou révolution n’a jamais rapproché d’un millimètre l’égalité humaine. Du point de vue de la classe inférieure, aucun changement historique n’a jamais signifié beaucoup plus qu’un changement du nom des maîtres.

Vers la fin du XIXe siècle, de nombreux observateurs se rendirent compte de la répétition constante de ce modèle de société. Des écoles de penseurs apparurent alors qui interprétèrent l’histoire comme un processus cyclique et prétendirent démontrer que l’inégalité était une loi inaltérable de la vie humaine. Cette doctrine, naturellement avait toujours eu des adhérents, mais il y avait un changement significatif dans la façon dont elle était mise en avant. Dans le passé, la nécessité d’une forme hiérarchisée de société avait été la doctrine spécifique de la classe supérieure. Elle avait été prêchée par les rois et les aristocrates, par les prêtres, hommes de loi et autres qui étaient les parasites des premiers et elle avait été adoucie par des promesses de compensation dans un monde imaginaire, par-delà la tombe.

La classe moyenne, tant qu’elle luttait pour le pouvoir avait toujours employé des termes tels que liberté, justice et fraternité. Cependant, le concept de la fraternité humaine commença à être attaqué par des gens qui n’occupaient pas des postes de commande, mais espéraient y être avant longtemps. Anciennement, la classe moyenne avait fait des révolutions sous la bannière de l’égalité, puis avait établi une nouvelle tyrannie dès que l’ancienne avait été renversée. Les nouveaux groupes moyens proclamèrent à l’avance leur tyrannie. […]

Les nouvelles doctrines naquirent en partie grâce à l’accumulation de connaissances historiques et au développement du sens historique qui existait à peine avant le XIXe. Le mouvement cyclique de l’histoire était alors intelligible, ou paraissait l’être, et s’il était intelligible, il pouvait être changé. Mais la cause principale et sous-jacente de ces doctrines était que, dès le début du XXe siècle, l’égalité humaine était devenue techniquement possible. Il était encore vrai que les hommes n’étaient pas égaux par leurs dispositions naturelles et que les fonctions devaient être spécialisées en des directions qui favorisaient les uns au détriment des autres. Mais il n’y avait plus aucun besoin réel de distinction de classes ou de différences importantes de richesses.

Dans les périodes antérieures, les distinctions de classes avaient été non seulement inévitables, mais désirables. L’inégalité était le prix de la civilisation. Le cas, cependant, n’était plus le même avec le développement de la production par la machine. Même s’il était encore nécessaire que les êtres humains s’adonnent à des travaux différents, il n’était plus utile qu’ils vivent à des niveaux sociaux et économiques différents. C’est pourquoi, du point de vue des nouveaux groupes qui étaient sur le point de s’emparer du pouvoir, l’égalité humaine n’était plus un idéal à poursuivre, mais un danger à éviter.[...]


Georges Orwell - 1984 - Collection Folio 2002 - 439 pages


mardi 27 mars 2007

Keep Talking !

« For millions of years mankind lived just like the animals.
Then something happened which unleashed the power of our imagination:
We learned to talk »
Pink Floyd







a science a longtemps inscrit notre rapport à notre animalité dans une continuité qui s’étend de nos origines animales à notre état évolutif actuel. Or de plus en plus de scientifiques mais aussi de philosophes voient ce rapport, non plus dans la continuité mais précisément dans l'écart nécessaire à nous constituer comme humains. « Ce n'est pas la conjonction de l'homme et de l'animal qu'il faut penser mais leur séparation [1]». Ce qui ferait donc notre humanité, c'est la conscience de ce qui nous différencie de l'animal. Cette recherche de notre « dignité [2] », de notre « conscience de soi », se base sur deux composantes, qui en deviennent fondamentales, qui sont la liberté et la construction de soi faite de questions, d’inquiétudes et de désirs toujours insatisfaits.

La jouissance de la liberté, ainsi que la mise en place de mécanismes de construction de soi, nécessitent la mise ne place d’une construction intellectuelle et donc de prendre le risque d’« être livré à quelque chose qui se refuse ». Henri Laborit[3] définissait la pensée comme irritation, manque d'information et angoisse. En effet, la réflexion provoque une inhibition des mécanismes instinctifs et une « suspension du rapport animal », qui se traduit dans le cerveau par l’inhibition de la réaction immédiate pour introduire des données supplémentaires à plus long terme comme la prise en compte des enjeux sociaux, de l’image de soi, du poids des paroles et du sens…etc. La pensée humaine permet donc de surmonter la fascination animale pour prendre un recul critique et construire une objectivité de la somme des subjectivités du jugement humain.


Ce processus continuel de prise de distance, de rationalisation, d'arrachement à nos fixions et nos préjugés n’est possible que par la réflexion qui constitue un réveil à chaque fois renouvelé de nos rêves imaginaires, des apparences et des projections de nos désirs. L'accession à l'humanité exige un détachement de cette fascination animale, que seul le langage permet en séparant le mot de l'émotion. Seul la parole permet d'analyser sa propre pensée, de l'objectiver, de l'universaliser. L’Homme se trouve donc le lieu d'un conflit, d'un effort perpétuel pour se soustraire des carcans de son instinct animal et s'ouvrir ainsi à la liberté, à la justice, aux possibles et à l'universel, bien au-delà de sa réalité immédiate et prosaïque.

Par ailleurs, si la réflexion et son expression sont inhibitrices de nos instincts archaïques, la confiscation de la parole et l’endoctrinement dans tous leurs aspects sont au contraire les catalyseurs de la régression et du retour à la prédominance de l’instinct sur la réflexion. La résignation, la peur et la violence qui caractérisent nos sociétés modernes, les guerres de territoires ou de dominations qui ensanglantent le monde et la course effrénée pour « la domination de l’Homme par l’Homme », sont, en partie, les conséquences d’une volonté de plus en plus fortes, sous des aspects plus au moins visibles et plus au moins violents, d’un encadrement de la pensée, d’un contrôle de la parole et d’une détermination à imposer une pensée unique de plus en plus restrictive pour la construction de soi.

Pourtant, et encore à ce stade de l’évolution de l’humanité il est encore difficile pour certains d’admettre le caractère fondamental de l’usage de la parole et de l’expression libre de la pensée. L’usage de cette parole salvatrice et humanisante est encore, pour des centaines de millions de personnes à travers le monde, confisqué, contrôlé et censuré. Pire, pour des milliers de personnes, l’exercice de leur humanité traduit par l’expression de leurs pensées est sévèrement réprimandée par la prison, la torture et des fois même la mort. Se qui constitue notre véritable victoire sur notre animalité, est devenue un sacerdoce pour une majorité de ceux qui en usent.

Sami Ben Gharbia, répondant à Hamdi Qindil qui lui demandait pourquoi il blogue, a répondu : « Je blogue pour me réapproprier ma valeur fondamentale : la parole ». Faut-il d’autres raisons pour continuer de parler, d’user de cette faculté, de ce privilège pour exprimer sa pensée pour affirmer à chaque instant son humanité ?




[1] L'ouvert, De l'homme et de l'animal, Giorgio Agamben, Rivages, 2002
[2] Œuvres philosophiques, Jean Pic de La Mirandole, Paris, P U.F., Épiméthée, 1993
[3] Henri Laborit, biologiste, philosophe du comportement animal et du comportement humain


Ce texte est dédié à Maître Mohamed Abbou, injustement emprisonné pour avoir user de son droit fondamental de penser, de s’exprimer et de revendiquer son humanité.

mercredi 14 février 2007

S'exprimer n'est pas un crime ! Liberez Karim Amer !



Chers sympathisants,


Kareem, un jeune étudiant de 22 ans, a été emprisonné et mis en confinement solitaire à Alexandrie, en Egypte, pour avoir défendu les droits des femmes et dénoncé sur son blog l'oppression exercée par le gouvernement de son pays. Son procès s'ouvre dans une semaine. S'il restait en prison, sa vie pourrait être menacée.

Un mouvement mondial de mobilisation en faveur de sa libération s'est immédiatement mis en place grâce à Internet. Liberté Chérie est à la tête du mouvement pour la partie française.

Jeudi 15 février sera une journée de mobilisation mondiale. Des événements divers seront organisés à Londres, Washington, Bucarest, Rome, Ottawa, et New York. Nous vous donnons rendez-vous :

Jeudi 15 février de 13h à 14h devant l'Ambassade d'Egypte à Paris 56 avenue d'Iéna Métro Iéna

Il s'agit de manifester notre soutien à Kareem. La liberté d'expression doit être sans cesse défendue. Plusieurs actions sont prévues lors de ce rassemblement.

N'oubliez pas de vous rendre sur http://www.freekareem.org/ et de signer les pétitions sur www.petitiononline.com/KAmer (en anglais) et sur http://www.hamsaweb.com/c2/home.php?id=Kareem2 (en arabe).

En comptant sur votre soutien,

Cordialement,

Vincent GINOCCHIO, Président
Christophe MAILLARD, Secrétaire Général et Porte-parole
Vincent PONCET, Responsable du Pôle Idées
Guillaume VUILLEMEY, Responsable du Pôle Actions et des Comités Locaux
Jacques de GUENIN, Responsable des relations avec les partenaires

Reçu par mail