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lundi 5 mars 2007

Le Director : Lars Van Trier se met à nous faire rire !

pres la poignante histoire d’amour d’Emily Watson dans Breaking the waves et la montée au martyre de Björk dans Dancer in the Dark ; Après le dépouillement déconcertant et branchouillard de Nicole Kidman dans Dogville, ce qu’on pouvait attendre le moins de Lars Van Trier c’est bien une comédie. Faux ! Le Direktor, dernier film du réalisateur danois est un pur moment de comédie. Et quelle comédie ! Une vraie !

Toute à la fois léger et profond, insolent et moralisateur, le film et par sa modernité et son universalité une perle du cinéma comique. Le réalisateur nous avertit des les premières secondes du film, comme pour rassurer ironiquement ceux qui ne sont pas la pour réfléchir, qu’il ne nous « demandera pas plus qu’un instant de réflexion » ! Quelle insolence ! Nous voilà d’emblé rassurés qu’il ne nous fera pas de cadeaux.

On est au Danemark mais on aurait pu être ailleurs tant la mesquinerie, les coups tordus, les équivoque et les quiproquos sont d’un banal universel. Les faits se déroulent dans une petite boite informatique qui se trouve sur le point d’être vendue. Le patron de l’entreprise, un faux jeton sympathique, qui, pour faire passer toutes les décisions qui risquaient d’être impopulaires, a inventé un mystérieux Direktor, le «directeur de tout » qui, bien évidement, puissant comme il est, vie à New York et n’a donc jamais le temps de venir voir ses employés. Le stratagème marchait à merveille jusqu’au jour où, justement, pour pouvoir vendre son entreprise à un islandais coléreux et refusant de traiter avec un subalterne, le patron se trouve obligé d’embaucher un acteur pour incarner le tant attendu « directeur de tout ».

L’acteur, incarné par l’excellent Jens Albinus, déjà époustouflant dans The idiots (un autre incontournable de Van Trier) est un acteur un peu raté dont le seul rôle été celui d’un ramoneur dans une pièce d’un certain Gambini, inconnu « grand metteur en scène italien », devenu depuis sa référence et son maître à penser. Hésitant au départ, le faux directeur découvre, petit à petit, la servilité des uns et la détestation des autres et finit par prendre goût à son personnage. Et delà part un film espiègle et vrai, touchant au plus profond de la nature humaine. Les acteurs sont formidables par leur naturel et leur proximité et Lars Van Trier, en s’amusant, à donner de l’air à son « dogme » gravé dans le marbre en dix point en 1995.

Mais le réalisateur danois reste résolument dans la modernité en utilisant un procédé de prise de vues qui fait appel à un ordinateur par lequel il arrive à obtenir des sortes de sauts d’images qui donne une impression quasi subliminale de mouvement et injecte à cette banalité un coté surréaliste. Lars Van Trier pousse le vice jusqu'à avouer au journalistes qu’il avait trouvé sur un camion de fruits et légumes le nom de ce Gambini, présent jusqu'à à la fin de ce film ! Tout était donc bon pour nous mener en bateau et on en redemande.

Un film à voir en toute urgence.

jeudi 16 novembre 2006

Le déni de la réalité

Cette après midi je me suis aventurer à regarder notre chère et vielle télévision nationale, la fameuse « qaanet 7 ». Non que je suis friand des programmes annihilants des cette chaine, mais il se trouve qu’actuellement se déroule à Tunis la 21ème édition des Journées cinématographiques de Carthage. Une occasion de choix pour découvrir le cinéma arabe et africain et un vrai bol d’air dans la vie morose de la culture tunisienne.

Coup de chance je tombe sur une émission qui fessait le point sur le festival et qui présentait les films en lisse pour le Tanit d’or. Dans une programmation inégale, un film en particulier mérite à mon avis un intérêt particulier : le film du jeune réalisateur irakien Mohamed Al-Daradji, « rêves ». 45 fois sélectionné et plusieurs fois primé, le film raconte une histoire poignante d’une femme seule au milieu du chaos avec en toile de fond l’Irak ravagé par la guerre. La télévision tunisienne avait alors décidé de me gâter en diffusant en plus d’une mini-interview de l’acteur qui jouent le rôle du jeune médecin irakien qui expliquait les conditions de tournages très difficiles, j’ai eu droit à un entretien plus complet avec le réalisateur qui a expliqué plus en détail les circonstances très particulières dans lesquelles il a du tourner. L’équipe de tournage à du faire face à des menaces de morts, au vol à deux reprise du matériel de tournage et au réticences pour ne pas dire plus des militaires américains et des autorités irakiennes. L’acteur principal à même été incarcéré pendant 5 jours dans une prison américaine. A la fin du tournage, expliquait le jeune réalisateur, il ne prenait plus qu’une seule prise tellement la sécurité des acteurs et celle de l’équipe, étés continuellement compromises. Un vrai acte de courage de ce réalisateur qui en 2003 est retourné dans son pays natal pour découvrir les ravages de la guerre et surtout l’impacte psychologique sur une population livrée à elle-même. Un témoignage poignant mais plein de courage et de dignité.

La jeune et surfaite présentatrice de l’émission est allée en suite à la sortie des salles pour accueillir les réactions des chanceux qui ont eux accès à la première du film. Alors chacun y est allé à son pronostic mais pratiquement tous ont salué le courage et la force du film irakien. Je dis pratiquement parce qu’en bouquet finale, une sorte de « journaliste spécialisée » prends fièrement le contre pieds de tous ces camardes et annonce fièrement qu’elle n’a pas été « touchée » par le film et qu’elle ne partage pas l’enthousiasme de ces collègues. Jusqu’à là rien de choquant, puisqu’elle est libre de penser ce qu’elle veut de ce film. Mais à écouter ces arguments on ne peut pas ne pas sauter au plafond tellement sa mauvaise foi et son mépris étés grands.

Cette journaliste trouvait le film « fabriquer de toute pièce » et qu’il « ne reflétait en aucun cas la réalité irakienne ». Selon elle, qui a répété plus de cinq fois qu’elle connaissait très bien la réalité en Irak, sans jamais nous dire comment d’ailleurs, le réalisateur à voulu présenter « une lecture pessimiste de ce qui se passe en Irak ». En suite, en prenant un air hautin, elle a rajouté qu’on pouvait très bien « évoquer des sujet sensible sans forcement aborder le mauvais coté des choses » ! Le comble de l’auto-persuasion et du déni de la réalité. Comment pouvant nous aujourd’hui, avec une moyenne de 100 morts par jour, trouver quelques choses de positif dans ce qui se passe en Irak. Comment pouvait-elle, sans aucun scrupule, dire qu’elle connaissait la réalité de l’Irak mieux qu’un irakien. Comment peut-elle exiger de ce film autre chose que la détresse, le désarroi et la peur de tout un peuple. Comment voulais-elle qu’il dégage autre chose que de l’angoisse alors que la mort avait accompagnée tout le tournage..

Mais cette réaction en plus d’être insultante envers le peuple irakien, illustre parfaitement la myopie volontaire de la plus part des journalistes tunisiens. Ils sont tellement formatés par le système qu’ils deviennent carrément insensibles à la réalité. Ils s’exercent tellement à modifier la réalité du pays qu’ils arrivent à être persuadé de cette réalité virtuelle qu’ils vendent à longueur de journée. Aucune fausse note n’est accepter, il faut constamment raboter la réalité, lui enlever sa substance pour en garder qu’une bouilli édulcorée prête à être avalée. Mais la à denier la réalité des autres cela dépasse pour moi tout entendement !

Cette journaliste mérite bien une augmentation !

vendredi 2 juin 2006

Volver

Dans la section «Emois » de l’exposition parisienne que la Cinémathèque française a consacré à Pedro Almodovar on pouvait lire cette citation du cinéaste : « rentrer à la Mancha, cela veut toujours dire pour moi retourner en enfance et retrouver ma mère ». Cette citation, qui semble pourtant anodine, résume à elle seule toute la charge émotionnelle contenue dans Volver et son histoire soumise au vent de la Mancha. « Une histoire complexe et simple, émouvante et atroce, qui affecte les femmes de la famille de Raimunda, ses voisines, et quelques hommes ». Des hommes qui sont rapidement et radicalement éliminés du film, laissant les spectateurs dans un univers de femmes. Des femmes belles, courageuses, mais aussi assassines pour certaines d’entre elles.

Pendant ce voyage de deux heures, on retient nos larmes, on frissonne d’émotion et on est bouleversé par la profondeur du cinéaste alors qu’il aborde un sujet aussi douloureux que la mort de la mère. « Volver » qui signifie « revenir » en espagnole, c’est aussi le besoin irrésistible de revenir sur ses origines et ses douleurs, sur les femmes qui par leurs omniprésences pendant notre enfance marquent à jamais nos rêves, nos souvenirs, nos peines et nos joies. Mais comme toujours, Almodovar, mêle les genres et livre tout sauf un mélo. Le burlesque est omniprésent dans le film, incarné par la géniale Carmen Maura, actrice fétiche du réalisateur qu’il retrouve ici après 17 ans de séparation.

Bien que parlant beaucoup de la mort, Volver est à l’image de la scène qui ouvre le film, chaleureuse et ensoleillée. Trois générations de femmes s’activent dans le cimetière d’un village de la Mancha, dépoussiérant les tombes et où le souvenir des morts et des vivants se côtoient sans se gêner. Une scène joviale mais au même temps inquiétante. Le vent qui « rend fou » agite les branches des arbres, soulève les jupes des femmes et fait planer sur le cimetière paisible une menace imperceptible qui introduit dans l’esprit du spectateur une douce angoisse incompréhensible. On comprend dors et déjà que le voyage ne va pas être paisible et que derrière cette énergie qui se dégage de ces femmes survoltées se cachent les secrets les plus inavouables.

Au milieu de ce panorama féminin, Raimunda – la radieuse Pénélope Cruz - se détache immédiatement. L’actrice, révélée par Almodovar, retrouve dans ce film une silhouette méditerranéenne. Plantureuse, le regard ourlé de noir, la beauté éclatante, l’actrice est époustouflante aussi bien par son jeu que par sa présence qui à travers les gros plans du réalisateurs envahie tout l’espace. Plus le film avance, et plus l’hommage d’Almodovar aux stars italiennes des années 50 est évident : Anna Magnani apparaît dans le film au travers d’un extrait du Bellissima de Visconti tandis que la scène –mythique – qui voit Raimunda faire la vaisselle l’impose comme la digne héritière de Sophia Loren en femme du peuple, autrefois fantasmée par Ettore Scola. La brève mais intense séquence de chant fort habilement photographiée, fait éclater la personnalité phénoménale de l’actrice qui irradie de son puissant regard et par son allure.

Si Almodovar renoue avec un certain réalisme, il n’oublie pas pour autant ses couleurs fétiches. Le rouge et l’or crèvent l’écran et nous couvrent par leurs chaleurs mystiques. Les incroyables idées graphiques démontrent, s’il fallait encore le faire, le génie cinématographique du réalisateur espagnol. Un Sopalin qui s’imbibe de sang tel une toile maculée par un pinceau invisible, une plongée dans le décolleté débordant de Pénélope, un champ d’éoliennes qui se dressent au milieu de nul parts comme pour personnifier la présence du vent, les fleurs qui s’épanouissent dans le générique de fin, tout dans ce film est poésie !

Qu’un cinéaste puisse réussir une telle alchimie entre profondeur et légèreté, entre la vie et la mort, qu’il puisse toucher au cœur même du mystère féminin et maternel, ne cessera jamais de me surprendre. Vous pouvez ne pas croire aux fantômes et aux apparitions ; mais vous ne pouvez nier les miracles du talent et de la sensibilité de Pedro Almodovar.

jeudi 23 février 2006

L'extraordinaire pouvoir des mots

J’ai, dernièrement, revu, avec beaucoup de plaisir, un film qui a marqué à jamais ma mémoire cinématographique. A ma grande surprise, l’émotion de la première fois était intacte. Sur fond de paysages magnifiques et des histoires d’amour et d’amitié simples et touchantes, le réalisateur signe par ce film, une apaisante ode à la vie et un plaidoyer virtuose pour l’extraordinaire pouvoir des mots.

Un village perdu de pêcheurs, à Salina, l'une des îles Lipari, des façades aux couleurs délavées sous un soleil aveuglant, et puis des intérieurs obscurs et pauvres. Il ne s'agit pas d'un vieux film néo-réaliste, mais d'une fable en images, le Facteur, de Michael Radford, librement adapté du beau récit, Une ardente patience, de l'écrivain chilien, Antonio Skarmeta.

Mario Ruoppolo n’aime pas faire le pêcheur ! Ça lui donne des rhumes ! Mais que faire d’autre quand on est fils de pêcheur sur une petite île du sud de l’Italie pendant les années 50 ? Mario cherche donc une nouvelle occupation et la trouve chez la poste qui cherche « un facteur auxiliaire avec bicyclette ». Muni de sa monture Mario s’y rend sans attendre et est aussitôt embauché. À sa grande surprise son seul client n’est rien d’autre que le grand poète chilien, Pablo Neruda, exilé sur l’île pour échapper au régime militaire de son pays.

Au fil des visites quotidiennes, une sorte de communauté d'intérêt s'instaure naturellement entre les deux hommes, l’un, simple et maladroit sachant tout juste lire et écrire, l’autre, futur prix Nobel et poète préféré des femmes. La sacralité que Mario confère aux mots les plus simples était un élément favorable à une rencontre entre eux. Peu à peu, Mario, sensible, timide et maladroit, questionne Neruda sur cette poésie qui soulève les peuples et rend folles d’amour toutes les femmes et par-dessus tout, l’intrigue tant, et finit par lui demander : "Come si diventa poeta?" (Comment devient-on poète ?).

Ce n’est donc pas par hasard que le terme « métaphore » a scellé une amitié entre eux. Il est énoncé un beau jour par le poète: les yeux du facteur s'écarquillent de stupéfaction devant ce mot « compliqué » destiné à évoquer une réalité familière. Son admiration pour le maître grandit aussi vite que sa soif d’être poète. Il suit à la lettre les conseils de don Pablo, mais il se rend compte de n’être qu’un piètre rimailleur et que même si il savait maintenant le sens du terme « métaphore », il ne savait pas pour autant en faire. Ce à quoi Neruda répond : « mieux vaut mal dire quelque chose dont on est convaincu, que d’être poète et savoir bien dire ce que les autres veulent vous faire dire ». Distant au départ, Neruda se prend peu à peu au jeu de l’amitié en récitant à Mario sur une plage au pied d’une falaise dans un moment de communion, une Ode à la mer :

Ici dans l'île
la mer
et quelle étendue!

sort hors de soi
à chaque instant,
en disant oui, en disant non,
non et non et non,
en disant oui, en bleu,
en écume, en galop,
en disant non, et non.
Elle ne peut rester tranquille,
je me nomme la mer, répète-t-elle
en frappant une pierre
sans arriver à la convaincre,
alors
avec sept langues vertes
de sept chiens verts,
de sept tigres verts,
de sept mers vertes,
elle la parcourt, l'embrasse,
l'humidifie
et elle se frappe la poitrine
en répétant son nom…


Mario s’est senti « comme un bateau..., touché par les mots », sans se rendre compte qu’il venait de faire une métaphore. Quand Don Pablo, le lui a dit, ses yeux ont brillé de satisfaction et de reconnaissance. Il été fier de lui mais au même temps gêné pour tant d’insolence.

Toutefois, si les pouvoirs de la métaphore sont infinis, cet art magique ne s'apprend pas en un jour et Mario, pris par l'urgence de séduire la jolie Béatrice Russo aux yeux de braises et serveuse de la gargote du village, est contraint d'emprunter les images de Neruda, et à ce dernier, un peu froissé de ce plagiat, Mario, qui décidément assimile tout de son maître - même son idéal politique - réplique imperturbable que « la poésie appartient à celui qui s'en sert et non à celui qui l'écrit » !

Les métaphores « empruntées » par notre apprenti-poète, déclenchent un ouragan sur le village endormi, ils font d'une Béatrice tigresse, une proie consentante. Sa mère a manqué de s’évanouir quand elle lui a annonçait que Mario lui avait dit que son « sourire se déploie comme un papillon » et le curé du village n’on croyait pas ces yeux à la lecture du manuscrit découvert entre les seins magnifiques de Béatrice qui parlait de son « corps nu » et de ses seins « semblables à des flammes ». La matrone et patronne du bar du village, part en croisade familiale pour sauver son honneur menacé, et finalement apportent à Mario le mariage espéré.

Après le départ de l'écrivain Mario a appliqué scrupuleusement les conseils de son mentor d’« observer ce qu’il a autour de lui » et en a fait une règle de vie. Il a observé et enregistré pour Neruda et ses amis de la Pampa: la vaguelette sur la plage de son île, la grosse vague sur les rochers, le vent dans les buissons, la tempête dans la colline, etc.jusqu'aux battements du coeur de son fils dans le ventre de Béatrice...et puis aussi une grande manifestation communiste à Naples, où il devait lire ses poésies, et puis la charge des CRS et puis plus rien du tout: il fut piétiné et tué.

Philippe Noiret, dont la ressemblance avec le poète sert à merveille le rôle, campe un Neruda convaincant, sobre et discret. Maria Grazia Cucinotta est une Beatrice mystérieuse, provocante et fragile. Mais c’est l’interprétation bouleversante de Massimo Troisi qui donne au film sa poésie dans une beauté simple et authentique. Son visage ascétique exprime à merveille la naïveté et l’humilité, l’admiration et le respect face au grand poète. Cela est d’autant plus émouvant en sachant que ce fut le dernier rôle de l’acteur, décédé quelques heures après la fin du tournage.

La fin tragique de ce chef d’œuvre du cinéma franco-italien, n’enlève rien aux sentiments de légèreté et de béatitude dégagés par ce voyage féerique dans le monde des mots. Car au-delà de cette belle amitié qui lie le poète au facteur et plus présent encore que l’histoire d’amour simple et silencieuse entre Mario et Béatrice, se sont les mots, les mots qui ne meurent pas, les mots qui transcendent l’homme et font jaillir la conscience, qui sont les personnages principaux du film. Alors, regardez autrement, pour voir autre chose: déplacez ce que vous pouvez et comme vous pouvez, l'art de la métaphore est une nécessité vitale.

A voir et à revoir.