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dimanche 24 janvier 2010

Tunisie : Pour Noël, Ben Ali s'offre un Airbus présidentiel à 300 M$ !

Le contribuable tunisien, même sans le savoir, aime son Président et ne semble rien lui refuser. Ce qui permet à notre président de faire quelques folies. La dernière en date, lui a été livrée le 12 décembre dernier. Sa récompense pour avoir répondu aux appels des tunisiens de se représenter pour un 5e mandat à la tête du pays; un cadeau à la hauteur des sacrifices qu'il a consenti pendant les 22 dernières années : Un nouvel avion présidentiel.

L\'Airbus A340-541 de la présidence de la République tunisienne.Le nouvel avion de la présidence de la République tunisienne photographié le 19 décembre 2009 à l'aéroport Toulouse-Blagnac avant son décollage pour la Tunisie. Crédit photo : Terence Li. www.airliners.net.


Mais attention, pas n'importe quel avion : Un Airbus A340, flambant neuf, dans l'une de ses plus chères versions. Avec 68 mètres de long et 63 d'envergure, le modèle A340-541HGW (pour « High Gross Weight »), est un quadrimoteur qui peut franchir 16 700 km sans ravitaillement et peut décoller avec une masse maximale de 380 tonnes. Ça en fait des "choses" à transporter !

Un bijou qui figure au catalogue d'Airbus pour la modique somme de 237 M$, mais dont la version "VIP", celle commandée par notre Président, peut atteindre les 300 M$ , soit près de 400 millions de nos Dinars. A ce prix, on comprend mieux les raisons pour lesquelles cet achat n'a pas fait la une des organes de propagande officielle. Il y a des moments où il faut avoir la dépense discrète.

La discrétion, n'a pas suffit à garder cette nouvelle acquisition au secret trop longtemps. Très vite, l'image de l'avion, estampillé "Présidence de la République Tunisienne", a fait son apparition sur les sites d'amateurs de photographie aéronautique, les mêmes qui avaient permis au blogueur, Astrubal, de retracer les péripéties de l'ancien avion présidentiel. Encore une fois, la magie d'internet a opéré et l'image s'est retrouvée sur le net tunisien à travers Facebook et Twitter.

Quelques exemples de Tweets évoquant le nouvel achat présidentiel. Traduction (2e tweet): "Durant la visite de Sarkozy en 2008, Airbus a vendu 19 avions à la Tunisie dont un pour Ben Ali"


Mais, au fait, notre Président, a-t-il besoin d'un nouvel avion ? Qu'en est-il de son Boeing 737, compagnon de ses voyages officiels et officieux ? Est-il trop vieux pour voler en toute sécurité ? En y regardant de plus près, on découvre que l'ancien coucou présidentiel ne vole que depuis le 20 août 1999, date de sa livraison, encore une fois, flambant neuf et en configuration "VIP". Une dizaine d'années d'une exploitation plutôt occasionnelle lui donnait au moins deux décennies d'expoitation devant lui. Quelle mouche a donc piqué notre Président ?

La flotte de la présidence de la République comporte deux avions qui ont une moyenne d'age de 6,5 années tous deux en configuration "VIP". Source : www.planespotters.net


La réponse nous viendrait peut-être de nos voisins algériens. En effet, en juin 2008, Airbus a livré le même model dans une configuration moins garnie, à la présidence algérienne qui en a fait commande 6 mois plus tôt. Pendant sa visite en Tunisie en février 2008, le président Bouteflika, aurait-il attisé la convoitise de notre président en vantant les mérite du nouveau joujou qu'il venait de commander ?

Et puis, le président algérien n'est pas le seul séduit par cet avion. Son homologue français, Nicolas Sarkozy a failli succomber aux paroles de Louis Gallois, président d’EADS qui lui conseillait un Airbus A340 avec un argument qui parle : « un quadrimoteur, ça en jette tout de suite plus ». Finalement le président français à du se rabattre sur un A330 d'occasion.

Mais l'idée a fait son chemin et l'argument de Louis Gallois a dû servir pendant l'accord pour une commande ferme de seize avions ainsi que trois options, dont une sur celui de la présidence, à l'occasion de la visite du président Nicolas Sarkozy en Tunisie en avril 2008. Quelques mois plus tard, l'avion présidentiel sortait des chaines de montage d'Airbus comme l'atteste sa date de fabrication. Mais il a fallu la visite du premier ministre, François Fillon, pour confirmer l'option mise sur l'avion. Sept mois plus tard, l'avion quittait les hangars de l'aéroport Toulouse-Blagnac.

Mais, en fin de compte savoir comment cela s'est passé ne répond pas à notre question : pourquoi un nouvel avion ? Il est fort à parier que, ni le parlement, qui a déjà voté cet achat, ni la Cour des comptes qui ne touche jamais aux comptes de la présidence, ne répondront à notre question. Car, la seule explication plausible est celle d'un caprice du Président. Après les millions de dinars dépensés pour la mascarade qui a amené à sa réélection, cette nouvelle dépense faramineuse, pour se donner une image qui "en jette", est une preuve supplémentaire de sa mégalomanie.

Ecrit par : Punica Fides
Publié sur : www.nawaat.org

vendredi 16 octobre 2009

Élections présidentielles en Tunisie : Prêts pour les résultats de 2009 ?


Comme la méchante sorcière du conte de "La belle au bois dormant" qui demande quotidiennement à son miroir : qui est la plus belle ? Notre président, demande tous les cinq ans, à son peuple, de lui dire à quel point il est le grand président qu'il aurait aimé être. Grand Président : il s'est même engagé à l'être dans un discours historique, un jour, qui ne l'est pas moins, le 7 novembre 1987.

22 ans de règne plus tard, les mots de ce discours sonnent plutôt comme ceux d'un conte imaginaire que ceux de notre réalité amère. Plus triste encore, ils peuvent être ceux qu'on pourrait dire aujourd'hui de sa présidence...

Punica Fides
www.nawaat.org | www.yezzi.org


lundi 13 avril 2009

Stabilité politique et démocratie en Tunisie : La TAP ne risque pas la mise à “l’index” !


Le journalisme tunisien ressemble de plus en plus à un torchon chinois, la presse dans ce pays faisant œuvre d'instrument de propagande et non source d'information selon le code déontologique du journaliste qui a conscience de l'importance de son rôle dans le processus démocratique.

Encore une fois c’est notre sinistrée agence de presse nationale, la TAP, qui en a fait l’illustration dans un article publié hier commentant « le classement de la Tunisie au 32me rang de la stabilité politique »...devant lequel le décodeur d'Astrubal pour la langue de bois fait figure de petit joueur. Et les mensonges commencent dès les premières lignes :

« La Tunisie a été classée au 32e rang mondial, parmi 165 pays, de l'indicateur de la stabilité politique, selon le classement de l'équipe de "The economist intelligence Unit". »

pouvons-nous lire dans l’introduction du ce chef d’œuvre de la malhonnêteté journalistique.

Or le rapport en question classe les pays selon le degré « d’instabilité politique » et non « la stabilité politique » comme l’indique l’article. La Tunisie est dans ce classement 134e sur les 165 pays étudiés. Le 165e pays étant le pays qui présente le moins de risque « d’instabilité politique ». Comme on peut le voir sur le tableau du classement.



Bien que...renversante, cette « interprétation » de l'index est surement due à « un souci de clarté » de la part de la TAP. On les comprend. Parler « d’instabilité » dans le pays de « la sécurité et de la stabilité », selon la formule officielle, risque de… « déstabiliser » le lecteur !

Le journaleux rappel un peu plus loin que :

« La Norvège, le Danemark, le Canada, la Suède, la Finlande, le Japon, la Suisse, l'Autriche et l'Allemagne sont considérés comme les pays les plus stables politiquement, dans le monde. »

en oubliant de préciser que pour ces pays le faible risque d’instabilité est surtout du à la maturité de leurs systèmes de gouvernances hautement démocratiques alors que la place obtenu par notre pays est plutôt due à l’autoritarisme de notre système politique qui laisse peu de place aux "changements". Surtout que pour le régime tunisien, tout "changement" autre que celui du "7 novembre" est considéré comme source d'"instabilité" !

La stabilité par l’apaisement contre la stabilité par la répression en quelques sortes. « Chacun son model » dirons certainement les supporters de "l'unique changement".

Et c’est surement pour cela que la TAP ne consacre aucune ligne concernant d'autres classements qui sont pourtant publiés par la même source, tel que la dégringolade en l'espace de deux années, du rang de 135e en 2006 au 141e en 2008 du Democracy Index toujours par la même The economist intelligence Unit, cette section de la CIA basée à Londres.

Les rapports du Demcracy index démontrent, preuve à l'appui qu'il n'y a pas de quoi pavoiser, et que la stabilité se paie au prix fort. Il y aurait même de quoi s'inquiéter. Comme le montre le tableau suivant qui récapitule les classements de la Tunisie pour les années 2006 et 2008.


A noter qu'en 2006 la Tunisie devançait la Chine (138e), maintenant elle est derrière (136e), et pour cause ! Si le processus électoral reste ironiquement stable avec un zéro pointé, (on ne peut faire pire) il y a une détérioration de la culture politique et des libertés civiles, toutes deux en baisse.

Il est clair qu’avec de tels résultats il aurait était difficile pour le scribe de la TAP de conclure son article par cette envolée propagandiste :

« Ce classement est une nouvelle reconnaissance internationale des acquis de la Tunisie et de ses réalisations qui en font un modèle de réussite, de bonne gouvernance et de stabilité politique. »

Après cela, ce qui semble certain c'est que les pontes de la TAP ne risquent pas d'être mis à...l'index !

*Article écrit avec la précieuse aide de Alyssa.

Article publié sur www.nawaat.org

vendredi 3 avril 2009

Tunisie : La « jeunesse du monde » a déjà voté pour Ben Ali

Caricature de Z. Source : Le blog Débat Tunisie.


Après avoir élevé « le dialogue avec les jeunes » au rang de priorité nationale (si ! si !) et sans même qu’on ait le temps d’en voir les résultats sur notre jeunesse nationale, notre convalescent président veut déjà ouvrir le dialogue avec les jeunes du monde entier ! Et pour faire plaisir au président, c’est naturellement un de ses innombrables « fans clubs » qui s’y colle.

Pour cette occasion, c’est l’Union Tunisienne des Organisations de Jeunesse (UTOJ), avatar affilié au parti unique, qui a eu « le plaisir » d’organiser les 18 et 19 du moins dernier, un colloque international sur le thème « Jeunesse du monde : enjeux et défis ».

Cette grande sauterie internationale se voulait, selon ses organisateurs, « un lieu de rencontre, de débat et d’échange interculturel », nous annonce la page d’accueil du site internet créé à l’occasion. Et les objectifs annoncés sont à la hauteur de la grandeur de cet événement.

Le premier affiché par les organisateurs, est celui de « répondre à l’appel du Président de la République Tunisienne son Excellence Zine El Abidine Ben Ali pour la mise de l’année 2010 sous le signe de l’année internationale de la jeunesse et l’organisation d’un congrès mondial de la jeunesse. » Si ça, ce n’est pas de l’ambition ?

En plus de vouloir faire plaisir à notre président, ce séminaire se donnait accessoirement pour mission de « développer la capacité de dialogue entre les jeunes vivant dans les différents contextes…; Favoriser le rôle des jeunes dans l'élaboration des politiques…» et enfin et ce n’est pas le moindre : « exhorter les chefs des gouvernements nationaux et des autorités locales et les organismes internationaux à renforcer les politiques de jeunesse ».

Pour atteindre ces nobles objectifs, finis les forums fantomatiques en manque d’inspiration, aux oubliettes les salles poussiéreuses des maisons de jeunes locales, réservées à notre jeunesse. Les heureux participants ont été entièrement pris en charge par les organisateurs.

Transport des participants des quatre coins du monde, hébergement et activités culturelles sur mesures ont été au programme. Tout a été mis en œuvre pour permettre à nos jeunes hôtes de donner le meilleur d’eux-mêmes pour répondre aux grands enjeux des années à venir.

Pour joindre l’utile à l’agréable, qui mieux que le beau frère pour accueillir tout ce beau monde dans son hôtel 5 étoiles à Hammamet ? Surtout qu’en temps de crise, plus de deux cents clients facturés au prix fort permettent de mettre un œuf ou deux dans le bol de Lablabi des Trabelssi.

Et vu qu’on n’est jamais mieux servi que par les siens, c’est donc Abdelwaheb Abdallah, membre du Bureau politique du RCD et accessoirement ministre des « affaires mensongères », bien évidement « sur instructions du Président », qui a présidé, l’ouverture de cette grande messe du dialogue.

Destinée aux « organisations internationales, jeunes entre 18 et 35 ans, responsables des associations de jeunes et d'étudiants, jeunes des partis politiques et les chercheurs en matière de jeunesse … » cette joyeuse fête du dialogue à été comme en ont témoigné certain participants, bien sur sous couvert d’anonymat, un peu trop… « prévisible ».

Comme c’est le cas généralement dans ce genre de manifestations, le colloque s’est résumé à une grande mascarade inutile où des jeunes « patriotes » RCDisto-compatibles, presque aussi nombreux que les invités, ont excellé dans l’art de l’autosatisfaction, vantant, avec toute l’objectivité qu’on leur connait, les biens fait du model tunisien. Cela devant d’autres jeunes, non moins embrigadés, tout simplement content de profiter du voyage !

Toujours selon ses « ingrats » anonymes, pendant les 4 jours de leur séjour tunisien, ils n’avaient eu aucune possibilité de sortir du groupe et aller flâner librement dans les alentours de l’hôtel. En plus des activités hautement encadrées annoncées dans le programme, les invités se sont vus alloués des accompagnateurs, pour « faciliter » leurs séjours parmi nous, leur a-t-on dit. « C’est plutôt pour nous éviter les « mauvaises rencontres » » ironise un des participants.

Pourtant, il aurait été pertinent pour les organisateurs, pour pimenter un peu ses joyeuseries et montrer, preuve à l’appui, notre grande aptitude au dialogue, de convier quelques invités surprises :

Ainsi pour la session « Jeunes et participation à la vie publique », qui s’est déroulée le 18 mars, ils auraient pu inviter les 4 étudiants grévistes de la faim, exclus de leur université, à cause de leurs activités syndicales et qui après plus de cinquante jours de jeûne, attendent désespérément de « dialoguer » avec les autorités pour pouvoir reprendre leurs études.

Dans la même veine, une délégation de jeunes habitants de la région du bassin minier de Gafsa, auraient pu animer la session qui traitait le lendemain d’«insertion sociale et économique ». Dans le domaine, ils en connaissent un rayon. Surtout que 38 habitants de la région se sont fait « insérés »…en prison pour avoir réclamé une meilleure…« insertion sociale et économique » en dénonçant le népotisme des responsables locaux.

Une délégation des 1200 candidats à l’immigration qui croupissent dans le centre de rétention de Lampedusa, aurait pu faire le déplacement pour parler de « dialogue interculturel et compréhension intercivilisationnelle ». Ils sont pourtant la preuve vivante qu’un tel dialogue est possible.

Après un « dialogue intercivilisationnel » italo-tunisien, nos voisins italiens peuvent parquer nos jeunes candidats à l’immigration dans des camps insalubres et surpeuplés avant de les renvoyer en Tunisie ou ils seront accueillis par notre police avec la plus grande « compréhension ». Si cela n’est pas un exemple de dialogue !

Mais ça serait trop demander aux organisateurs. Entre coller aux basques de nos hôtes, « les soirées dansantes » et « les après-midis culturelles » ils leurs restait à peine le temps de se fendre d’un message vibrant à notre grand président pour lui dire tout le bien qu’ils pensent de son approche « dans le domaine de la jeunesse et sa démarche consistant à adopter le dialogue comme méthodologie dans ce domaine, […] pour favoriser la participation des jeunes à la conception des contours de l’avenir de la Tunisie. ».

Notre jeunesse mondiale ne tiendra sûrement pas rigueur de ce manque d'audace des organisateurs. La preuve : Les participants se sont eux aussi empressés d'exprimer leur « gratitude au Président de la République pour son initiative visant à proclamer l’année 2010, « Année internationale de la jeunesse »». Voilà une bonne raison pour réinviter tout ce beau monde !

Malek Khadhraoui
http:stranger-paris.blogspot.com
www.nawaat.org

* Caricature de Z. Source : Le blog Débat Tunisie


mercredi 21 janvier 2009

« Statut avancé » accordé à la Tunisie : À quand les explications d’Abdelwaheb Abdallah ?


Abdelwaheb Abdallah, ministre des affaires étrangères tunisien. (AP Photo/Stephen Chernin)


Dans un dernier article j’ai formulé mes « sérieux doutes » sur l’honnêteté des déclarations de notre ministre des « affaires mensongères » sur le « statut avancé » que l’UE aurait accordé à la Tunisie.

La vérité c’est qu’il ne s’agissait qu’une candidature tunisienne qui sera étudiée avec « bienveillance » par l’UE. Il ne fallait pas enquêter pendant des mois, juste quelques vérifications de bon sens suffisent pour comprendre que notre ministre ne faisait que prendre nos « vénérables » conseillers pour des andouilles.

Et comme d’habitude dans ce genre de magouilles médiatico-propagandistes, c’est à une obscure agence de presse à l’indépendance douteuse de diffuser la bonne nouvelle. Après, il ne reste plus aux Médias officiels et autorisés qu’à reprendre « l’information » en faisant monter la sauce avec des analyses pseudo-objectives. Même l’opposition s’est faite prendre et a ressorti illico les déclarations de circonstances.

Mais voilà, mes « doutes » semblent avoir entamé la certitude des rédacteurs du site internet espacemanager.com, un des sites qui ont relayé les déclarations du ministre. 3 jour après la publication de l’article par l’express.fr, ils se sont fondus d’un article qui exprime leurs désarrois de « ne plus rien y comprendre » et se demandent : « ce qui retenait nos politiques à nous éclairer encore plus sur la question. ».

On ne peut qu’être de leur avis, surtout qu’ils ont repris une bonne partie des arguments pour enfin reconnaitre que « le communiqué de la partie européenne évoqué par l'agence APA et repris par plusieurs journaux s'avère être introuvable sur les supports de diffusion de l'Union européenne a-t-on appris du journal français l'Express. » Sans aller jusqu’à mettre le lien de l’article. Mais c’est peut être trop leur demander !

Pour le correspondant tunisien de JeuneAfrique.com les choses sont plus claires. En oubliant de revenir sur les déclarations du ministre, le journaliste nous rappelle la décision du dernier conseil d’association qui se trouve disposé « à étudier avec bienveillance » cette demande. « Mais l’on n’est qu’au début du processus de réflexion par un groupe de travail conjoint dont les travaux n’ont pas encore démarré » s’en presse-t-il de préciser.

Devant « les doutes » qui commencent à gagner des rédactions en général peu farouches, il fallait que quelqu’un vienne au secours de notre optimiste ministre. C’est le bimensuel l’Economiste Maghreb qui s’y colle et nous apprend que le chef de la délégation européenne en Tunisie est « très confiant quant aux chances réelles de la Tunisie d’accéder, dans les meilleurs délais à «un statut avancé » ». Tellement confiant qu’il a même déclaré que « la Tunisie est suffisamment avancée dans son rapprochement avec l’Union européenne pour accéder à ce statut ». Nous sommes donc « suffisamment » avancés pour obtenir le « statut avancé » ! Nous voilà donc à moitié rassuré !

Parce que, du coté des autorités, du ministère concerné plus précisément, toujours aucune réaction. Silence radio ! Pourtant notre ministre à beaucoup à nous dire. À commencer par s’expliquer à propos de cette « faute de gout » diplomatique. Mais surtout nous informer du déroulement et du contenu de ces négociations avec l’UE qui au cas où il l’aurait oublié, concerne en premier lieu les tunisiens eux-mêmes.

Il serait par exemple intéressant de savoir si le gouvernement tunisien s’apprête à engager les réformes nécessaires dans le domaine politique pour préparer la future accession au « statut avancé » dans le respect de l’esprit du plan d’action de la politique européenne de voisinage ? À l’approche des prochaines élections présidentielles qui, selon le dernier rapport de suivi de l’EU, posent « des enjeux essentiels pour le fonctionnement du processus démocratique tunisien », le régime en place a encore le temps de montrer sa « bonne volonté ».

Ou va-t-il plutôt profiter du « principe de différenciation », nouvelle invention européenne, qui consiste en des accords de coopérations « sur mesure » ? « Ce rapprochement d’intérêt mutuel pourrait concerner plusieurs secteurs d’activité comme par exemple le commerce, l’environnement, la politique maritime et de la pêche, les transports ou l’énergie. » aurait déclaré l’EU. Il est certain qu’on risque gère de se fâcher en parlant de nucléaire, d’énergies renouvelables ou de TGV. Même s’ils veulent parler poiscaille, l’UE aura du mal à donner des leçons à la Tunisie alors que deux de ses membres, la France et l’Italie, sont soupçonnés, autant que la Tunisie, de « pêche illégale » !


mardi 6 janvier 2009

Le ministre des Affaires étrangères tunisien en flagrant délit de mensonge ?


M. Abdelwaheb Abdallah, ministre tunisien des affaires étrangères(G) et M. Javier Solana chef de la diplomatie européenne (D). AFP/Getty Images


Les relations entre la Tunisie et la communauté européenne ne datent pas d'hier. Cette idylle a commencé en 1976 et s'est poursuivie au gré des différents accords de partenariats et d'associations. C'est ainsi que la Tunisie est parmi les premiers pays à s'engager en 1995 pour le partenariat euro-méditerranéen, et c'est tout naturellement qu'elle adopte en juillet 2005 "la Politique Européenne de Voisinage" qui propose aux voisins immédiats, terrestres ou maritimes, de l'Union « une relation privilégiée, basée sur un engagement mutuel en faveur de valeurs communes ».

Parmi ces « valeurs communes », on peut citer, en s'efforçant de ne pas s'esclaffer : « La démocratie et droits de l'homme, la règle de droit, la bonne gouvernance »...etc. Dans le cadre de cette même politique, le « statut de partenaire avancé » vient renforcer ce partenariat selon un plan d'action plus précis et plus contraignant pour les deux parties. Jusqu'à présent, seul le Maroc avait ce statut tant convoité. Un statut auquel il a postulé en 2004 et qu'il a obtenu seulement au mois d'octobre dernier.

Mais voilà qu'une dépêche de l'Agence de Presse Africaine (APA) datée du 17 décembre dernier nous apprend que le ministre des Affaires étrangères tunisien, M. Abdelwaheb Abdallah, a annoncé devant la Chambre des conseillers, que la Tunisie « a été autorisée à occuper le "statut de partenaire avancé" de l'Union européenne ».

En plus de nous rapporter les paroles du ministre, cette dépêche parle d'un communiqué de l'UE qui précise que « ce rapprochement d'intérêt mutuel pourrait concerner plusieurs secteurs d'activité comme par exemple le commerce, l'environnement, la politique maritime et de la pêche, les transports ou l'énergie »

La dépêche annonçant cette grande nouvelle a bien évidement été reprise en chœur par tous les organes de la propagande officielle tunisienne mais aussi par d'autres sites tunisiens d'informations « autorisées ».

Notre scribe national, Mouldi M'barak, rédacteur en chef du quotidien francophone La Presse, notre Pravda à nous, a même pondu un édito, un de ceux qui lui ont valu plus d'une fois le titre peu enviable de « journaliste Boudourou » (expression tunisienne qui pourrait ce traduire par « à deux balles »), prix décerné par un groupe de blogueurs récompensant le pire journaliste tunisien. « Un nouvel acquis qui s'ajoute, à un moment où la Tunisie célèbre dans la fierté et l'allégresse le 21e anniversaire du Changement » nous dit-il.

Certains défenseurs des droits de l'homme, sont même montés au créneau. « Le statut avancé que l'UE vient d'accorder à la Tunisie, c'est une prime à la torture, aux violations graves des droits humains dans le pays », a déclaré à l'AFP Sihem Bensedrine, militante des droits de l'homme en Tunisie.

Pourtant le communiqué que cite l'agence est introuvable sur les supports de diffusion de l'Union européenne... Ni la rubrique du site Internet de l'union qui traite de la question de la PEV, ni le site de la présidence française de l'union, ni le site de la délégation de l'UE en Tunisie, régulièrement mis à jours, ne pipent mot de cette décision. Les médias français non plus ne semblent pas emballés.

Si la décision d'accorder à la Tunisie « le statut de partenaire avancé » a déjà été officiellement prise, comment expliquer qu'on ne puisse pas trouver sa trace quelque part chez l'autre partie concernée... l'Union européenne ? Notre ministre des Affaires étrangères aurait-il osé mentir à notre « honorable » Chambre des conseillers ? Oserait-il aller jusqu'à annoncer unilatéralement une décision qui n'a pas encore été validée ? On y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'on n'en est peut-être pas si loin !

En effet, lors de la dernière session du Conseil d'association UE-Tunisie qui s'est réuni le mardi 11 novembre à Bruxelles, on apprend que l'UE « a fait part de sa disposition à étudier avec bienveillance la proposition tunisienne d'un partenariat renforcé dans le même esprit que le « statut avancé » qui a été mis en place avec le Maroc » ! Voilà donc. Ce que notre ministre nous vend pour acquis n'est en fin de compte qu'une « bienveillance » européenne envers notre candidature ?

Le compte-rendu reste très évasif sur les modalités de cette « bienveillance ». Un groupe de travail « sera créé à cet effet » nous dit-on. Rien à voir avec les déclarations du conseil lors de l'annonce de l'obtention du Maroc de ce statut. « L'Union [...] est prête à répondre favorablement à la perspective du statut avancé demandé par ce pays ». Il est clair ici qu'entre « étudier avec bienveillance » et « répondre favorablement » il y a très peu de place à la fausse interprétation !

Donc, si on ne veut pas mettre en doute la parole de notre ministre, il faudrait admettre qu'en l'espace d'un mois, un groupe de travail aurait été créé, il aurait étudié la question et il aurait rendu un avis favorable. Le Conseil d'association Tunisie/UE et puis le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE auraient entériné cette décision.

Nous savons tous que la Tunisie de Ben Ali est le pays de tous les miracles, mais celui qui consiste à faire fonctionner aussi rapidement la bureaucratie européenne semble bien improbable !

Ce ne sont pas seulement les délais qui sont intenables, la position de l'EU vis-à-vis du gouvernement tunisien l'est autant. En effet, la PEV établit un large éventail de priorités avec une attention particulière à « la poursuite et la consolidation des réformes garantissant la démocratie et Etat de droit... ». Or le groupe de suivi ne cache pas son scepticisme envers la volonté du gouvernement tunisien de se conformer à toutes les exigences de cette association.

Dès décembre 2006, date de la parution du premier rapport, les technocrates européens regrettaient déjà dans des termes très diplomatiques que :

« sur le plan politique, il y a eu moins de progrès au cours des mois écoulés notamment en ce qui concerne la coopération et le dialogue sur les questions politiques » ou encore que la mise en oeuvre du programme de modernisation de la justice « n'est pas encore entrée dans une phase pleinement opérationnelle. » !

Un peu plus loin les critiques le sont moins:

« En ce qui concerne les droits de l'homme et les libertés fondamentales, il y a peu de progrès des libertés d'association et d'expression ».

Pour le deuxième rapport adopté le 3 avril 2008, sur les questions politiques le seul changement constaté est celui du langage employé par le rapport :

« Dans le domaine de la démocratie et de l'Etat de droit, malgré les garanties prévues par la Constitution, on ne peut observer d'avancées en termes de diminution du décalage entre la législation en vigueur et son application pratique. [...] L'échéance à court terme des élections présidentielles prévues pour 2009, pose des enjeux essentiels pour le fonctionnement du processus démocratique tunisien. »

En ce qui concerne le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les rapporteurs européens frôlent l'insolence :

« Dans le cadre des Nations Unies, la Tunisie participe au dialogue sur les droits de l'homme mais des retards persistent dans la soumission des rapports périodiques (sept rapports restent en suspens). [...] Les demandes de visite de quatre rapporteurs spéciaux du conseil des droits de l'homme [...] attendent toujours une réponse du gouvernement tunisien. [...] La liberté d'association et d'expression connaît toujours des entraves considérables, et il en est de même du domaine des médias et de l'information. »

C'est à se demander si Nicolas Sarkozy, qui affirmait lors de sa visite à son ami Ben Ali, que « l'espace des libertés progresse en Tunisie », a eu la présence d'esprit de jeter un coup d'œil à ce rapport qui venait pourtant d'être publié ? Où s'agit-il d'une manière peu orthodoxe de désavouer les fonctionnaires d'une institution qu'il s'apprêtait à diriger ?

Peu importe. Puisque plus loin dans les rapports cités, dans les volets qui traitent d'échanges commerciaux, d'abolition de frontières et de taxes ou encore de collaboration dans la lutte anti-terroriste, le ton un peu gêné des premiers chapitres fait place à l'admiration à peine dissimulée. « Les performances économiques de la Tunisie se sont encore améliorées en 2007 et sont parmi les meilleures de la région », peut-on lire dans le rapport. Ou encore « La promotion de l'investissement étranger est l'un des objectifs prioritaires du gouvernement. » En d'autres termes, la Tunisie est un endroit où il fait bon investir !

Qu'il s'agisse de Nicolas Sarkozy ou de l'Union européenne, le choix a été fait depuis longtemps. Pas question de s'enquiquiner des questions des droits de l'homme, de justice et de libertés fondamentales. Les récentes déclarations de Bernard Kouchner à propos de la pertinence de la création d'un secrétariat des droits de l'homme ne font que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Et même ceux qui espéraient que le développement économique serait un moteur de changement politique réalisent aujourd'hui que depuis le processus de Barcelone et les millions d'euros investis, « le changement » politique reste toujours à espérer.

Les libertés avec la vérité que prend notre ministre des Affaires « mensongères » ne sont enfin de compte qu'anecdotiques et seront certainement mises sur le compte de l'impatience. Les observateurs de la scène politique tunisienne connaissent les tendances à l'exagération mensongère et le besoin obsessionnel de la reconnaissance internationale du régime en place. Mais ce dernier sait qu'il peut compter sur l'Europe et la France pour lui faire ce cadeau en cette année d'élection présidentielle où le président Ben Ali, a décidé de répondre positivement à la demande qui lui a été faite de se représenter pour un 5e mandat de 5 ans. Nous voilà bien « avancés » !

Malek Khadhraoui
http://stranger-paris.blogspot.com

Article publié sur L'Express.fr dans le cadre de l'opération "3001 Odyssée de l'Info" à l'occasion du 3001 numéro de l'hebdomadaire.


mercredi 24 décembre 2008

jeudi 11 décembre 2008

Stranger censuré ! Ammar m'a...sauvé* !

Depuis le 09 avril 2005, date du premier post publié sur ce blog, je ne me suis jamais vraiment posé la question de savoir s'il allait être censuré ou pas ? Si, par ce que j'y publierais, j'allais le condamner à être un nom de plus sur la liste des blogs tunisiens censurés ?

Il faut dire que j'ai commencé mon « éveil citoyen » en écrivant sur des sites déjà censurés ! Forcement, ça désacralise la chose. Mais cela permet aussi de régler la question une fois pour toute. Pour une raison toute simple : si on fait le choix d'écrire sur un site censuré, on perd tout de suite, en écrivant sa note, l'angoisse de se faire censurer !

Ce premier et brutal contact avec la censure permet d'avoir un rapport différent avec celle-ci. On ne la perçoit plus comme une conséquence d'un avis un peu trop critique ou d'un dépassement d'une ligne rouge. On ne la craint plus comme une épée de Damoclès prête à punir les crimes de lèse majesté. La censure devient une cause en soi, une pratique délibérée, organisée et bien évidement contraire à la loi. Qu’on en fasse l’expérience ou pas elle n’en demeure pas moins condamnable.

Ce qui est drôle c'est qu'en général se sont les amis et les proches ou certaines personnes avec qui j'ai eu le plaisir de discuter de ce blog qui y pensent à ma place ! « Comment ? Ton blog n'est pas censuré ? » « Tu peux rentrer en Tunisie ? » « Tu n'as jamais eu de problèmes ? » « Yezzii ! Mouch normaaaal ! » Disaient les moins loquaces.

Mais ce qui est encore plus drôle, c'est que chacun y allait avec sa petite explication maison : « oubli de la part des agents de la censure » ou « faille dans les filtres de l'ATI » pour les plus terre-à-terre ; « collaboration avec le régime et désinformation » pour les plus imaginatifs. Sans énumérer ici toutes les explications « cartésiennes » que j'ai du entendre, je peux vous dire qu'elles avaient toutes le même souci d'expliquer une anomalie, un bug dans la machine infaillible de la censure ou un phénomène forcement suspect.

Toutes ces explications admettaient comme un fait que mes propos étaient forcement « censurables » et par conséquences, dangereux pour moi et pour mes proches ! La machine de la censure avait réussi à instaurer une norme, une échelle de valeur, admise par la majorité. La machine pouvait alors fonctionner presque toute seule.

A titre d'anecdote, c'est, semble-t-il, par ce même raisonnement que les deux premiers agrégateurs de blogs tunisiens, avaient refusé pendant des années d'indexer le moindre blog censuré, forcement politisé, donc dangereux, arguant des risques de représailles encourus. Comportement qui avait, à l'époque, poussé Sami Ben Gharbia, premier « exilé blogosphèrique », à indexer son blog sur un agrégateur égyptien. Mon blog qui n'était pas censuré et ne prêchant pour aucune paroisse (comme bien d’autres) faisait (et fait encore) pourtant partie du lot. « Propos censurables » vous disais-je !

Aujourd'hui, après presque 4 années d'existence et au moment où la machine de la censure semble dépassée par un internet tunisien de plus en plus virulent, j’ai fini par croire que ce blog était définitivement à l'abri de la censure. J'ai même fini par m'habituer aux petits drapeaux rouges et blancs sur ma page de statistiques. Et voila qu'ils disparaissent comme ça...d'un coup...sans laisser d'adresse...Sans même laisser le moindre log. Après quelques jours d'observations sans le moindre drapeau rouge et blanc, et quelques testes sur plusieurs fournisseurs d’accès tunisiens, j'ai fini par comprendre, que le statut de mon blog était passé de « censurable » à « censuré » !

Après une pensée sincère pour plus de la moitié de mes visiteurs, je me suis enfin de compte résigné à me réjouir de cette censure. Cela m'a même motivé à reprendre ce blog en main. J'entendrai encore des : « ça y est ? ‘Ils’ l’ont censuré ? » Et des « Tu penses que tu vas pouvoir rentrer en Tunisie maintenant ? » « Normaaaal ! » Diront même les moins loquaces. Cela ne me sauvera pas non plus des sempiternelles explications « cartésiennes » : « Ce n'était qu'une question de temps » pour les plus terre-à-terre ; « nouvelle stratégie de désinformation » pour les esprits les plus inventifs.

Mais - et c’est la véritable réjouissance de cette censure - j'échapperai définitivement à la question fatidique...La question à laquelle je n’ai jamais eu de réponse : « Comment ça se fait que ton blog ne soit pas censuré ? ».

Ammar m’a, sans le savoir, rendu un grand service !

* Le titre de cette note est un clin d'œil à une note de l'excellent Z annonçant la censure de son blog.



mardi 4 novembre 2008

mercredi 20 août 2008

Tunisie : Opération main basse sur les emails





ntrusion, prise de contrôle et destruction totale de comptes email, réception de messages d’erreurs, apparition de messages farfelus qui disparaissent après consultation, ce sont là quelques-unes des fâcheuses mésaventures qui constituent le quotidien de certains utilisateurs tunisiens des services de messagerie électronique. D’après les différents témoignages recueillis de Tunisie, il semblerait qu’une personne ou une organisation dispose d’un moyen d’intercepter, de modifier et de bloquer le contenu envoyé et reçu via certains comptes de messagerie.

En effet, depuis quelques mois, des associations et organisations militantes, des personnalités de l’opposition politique et de la société civile ou encore de simples militants ou internautes un peu trop curieux, sont la cible d’une campagne de sabotage sans précédent. Une campagne qui a commencé au début du mois d’avril et qui s’intensifie depuis la fin du mois de juin touchant de plus en plus d’utilisateurs.

C’est, par exemple, le cas pour Mokhtar Yahyaoui, magistrat révoqué suite à une lettre adressée à Ben Ali et animateur de plusieurs blogs actifs dont le blog d’information, plusieurs fois piraté, Tunisia Watch. Rencontré à Tunis, fin mai, le magistrat racontait déjà comment plusieurs de ses adresses de messagerie ont été neutralisées :
« J’avais remarqué que je ne recevais plus de mails sur mon adresse publique, j’ai essayé de faire des redirections sur d’autres adresses, sans résultats. Alors pour en avoir le cœur net j’ai fait un test avec un ami en France et aucun des emails envoyés n’est parvenu à mes différentes adresses testées. Un dernier essai sur une adresse que personne ne possédait a permis à la police du net de la bloquer dans l’heure qui suit. La rapidité avec laquelle ils ont réagi montre qu’ils possèdent des moyens techniques et humains redoutables», a-t-il raconté.
Mais ce filtrage peut également être partiel ne concernant que certains emails provenant d’adresses particulières. Ainsi, par exemple, une adresse de messagerie peut continuer à recevoir certains messages et pas d’autres. Comme c’est le cas pour une des adresses du magistrat :
« Je reçois sur l’adresse email du blog Tunisia Watch toutes les notifications de Facebook mais aucunes des notifications de commentaires du blog ni aucun message personnel et aucun email envoyé de cette adresse n'arrive à destination. Les notifications d'actualité de Google News ou les lettres de diffusions quotidiennes de Rue89 ou Bakchich sont, quant à elles, effacées à leur arrivée sur tous mes comptes email ».
La même mésaventure semble se reproduire avec l’avocat Abdelwahab Maatar qui n’a trouvé que la messagerie interne du site communautaire Facebook pour lancer l’alerte et informer ses contacts que sa messagerie électronique venait d’être « compromise » :
« Je tiens à vous informer que ma boite email (abdoumat2000) a été complètement compromise, voire détruite […]. La police de l’Internet l'a complètement maîtrisé. Aucune réception ou envoi n'est possible depuis le 27 mai. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir en prendre note et d'en avertir nos amis communs pour me permettre de reconstituer mes contacts.»
Contacté à la suite de ce message, Maître Maatar raconte son expérience « troublante » suite à laquelle il a déjà perdu 3 comptes de messagerie, dont le premier, une adresse sur la messagerie Gmail de Google, complètement effacée le 22 avril 2008 :
« La boîte Gmail annonce : ‘communiqué de presse EL Mawkef, Tunisnews Arabic 21 4, Tunisnews French 21’. A l’ouverture de la boite de réception : il n’y a absolument rien ! A l’ouverture de la case des messages envoyés, je découvre que tout a sauté ! […] Mieux, à ma grande surprise, je découvre que tous mes dossiers (Presse, AISPP, Amis, Profession, Personnel et Autres) ont tout simplement disparu. Il en est de même de toutes les adresses email figurant dans mes Contacts […] Les paramètres du « défunt» compte m’indiquent : vous utilisez actuellement 0 Mo (0 %) de votre espace de 6649 Mo.»; raconte-t-il, non sans une certaine amertume.
Pour maître Maatar, tout a commencé le 9 avril 2008 par d’étranges messages reçus sur cette adresse email. Des messages aux contenus non moins étranges : « Ça vous dirait de dîner ? Hier j’ai acheté une nouvelle voiture » reçu de allgirls@lifeisgreat.us ou « Salut ! J’ai besoin d’un nouveau travail, parle-moi de ton entreprise ? Peux-tu m’introduire auprès de ton patron ? Merci » reçu de twin.spark@enterprise.mars dont l’objet est « vas-y » et le tout en anglais !

Le plus déroutant, explique l’avocat, c’est que les messages paraissaient en premier sur la boîte de réception comme des messages provenant d’adresses de personnes qu’il connaît, ou de lettres de diffusions auxquelles il est abonné, puis une fois consultés, ils disparaissent comme par enchantement de la boîte de réception n’y laissant que « la conversation demandée ne se trouve plus dans la boîte de réception » quand il tente de retourner au message !

Abdallah Zouari, journaliste et blogueur tunisien, emprisonné pendant 11 ans pour ses activités politiques et qui subit une mesure d’éloignement forcé qui le condamne, depuis sa libération en 2002, à vivre sous résidence surveillée à 500 km de sa famille, s’est plein des mêmes problèmes au blogueur et coadministrateur de Nawaat Sami Ben Gharbia à qui il a confié plusieurs captures d’écran qui attestent du sabotage de sa boite de messagerie.


« Salut ! J’ai besoin d’un nouveau travail, parle moi de ton entreprise ? Peux-tu m’introduire au pré de ton patron ? Merci » Traduction d'un des messages qui apparaissent à la place du contenu des emails. Capturé sur l'ordinateur de Abdallah Zouari.


Abdallah Zouari et Sami Ben Gharbia se sont alors livrés à quelques tests pour voir si ces messages apparaissaient également pour ceux qui se connectent de l’extérieur du pays. Le résultat est sans appel. Le contenu d’un même message était disponible pour Sami qui vit aux Pays-Bas mais pour le journaliste il s’ouvre sur le message suivant : « Salut ! J’ai besoin d’un nouveau travail, parle moi de ton entreprise ? Peux-tu m’introduire au pré de ton patron ? Merci ». Ceci démontre, au moins pour les tests effectués, que ces messages n’apparaissent que pour les utilisateurs se connectant de la Tunisie. On peut aussi supposer qu’il s’agisse de messages préenregistrés et générés d’une manière automatique et aléatoire. Enfin, certains messages sont récurrents comme le message ci-dessus reçu par plusieurs personnes, dont maître Mataar.



Capture d'écran de l'email de la lettre de diffusion de Tunisnews consultée sur le compte de messagerie de Abdallah Zouari à partir des Pays-Bas.



Le même email consulté à partir de la Tunisie.


D’autres témoignages rapportés font état de messages similaires comme le confirme un communiqué de l’AISPP du 13 juin 2008 et appelant à mener une « campagne internationale pour dénoncer le piratage de l’internet en Tunisie. » :
« […] Quel étonnement pour celui qui consulte un message électronique d’une association militante en découvrant les insultes ordurières du contenu du message ou des phrases comme : « hier j’ai eu un mal de ventre. Est-ce que tu es un docteur ? » Ou « je cherche Carla, l’as-tu croisé ? » Ou encore « hier j’ai marché jusqu’à la lune, je sens une extrême fatigue ».
Ces messages fantomatiques et plus au moins équivoques n’apparaissent pas seulement dans les boites de réceptions des messageries des personnalités de la société civile et de l’opposition tunisienne. Selon plusieurs témoignages reçus d’internautes tunisiens, le même type de messages apparaît à des abonnés « anonymes »s aux lettres de diffusion (newsletters) d’organisations interdites ou de sites censurés.

Une lectrice de notre site voulant s’abonner à Manchour, la newslettre de Nawaat, à eu la surprise, à l’ouverture du mail de confirmation de l’abonnement, de découvrir un message intitulé « 10 miles away » et contenant la phrase suivante : « I’m running too fast, much more than Lewis : a policeman catch me. » (Je cours très vite, encore plus vite que Lewis : le policier m’a rattrapé) ! Surprise et un peu inquiète, elle nous contacte croyant à une plaisanterie. Trois essais consécutifs d’envois de mails de confirmations plus tard, tous reçus avec des messages aussi étranges les uns que les autres, montrent que très probablement les envois à partir de l’adresse de messagerie par laquelle est diffusée notre newsletter sont filtrés pour les boites de réception tunisiennes. Les essais ont également montré que cela se faisait d’une manière instantanée.


Captures d'écrans effectuées par une abonnée de la newslettre de Nawaat.org.


Des abonnées d’autres lettres de diffusion se sont également plaint de problèmes similaires dont certains abonnés de la lettre de diffusion du site d’information Tunisnews. A signaler tout de même que ce n’est pas le cas de tous les abonnés dont certains contactés ont affirmé ne rencontrer aucun problème de ce genre.

Plus généralement, et en se basant sur les différents témoignages, « le filtrage » semble s’opérer à deux niveaux. Tout d’abord, sur des adresses de messagerie ciblées. La totalité ou certains des emails envoyés à partir de ces adresses ne sont tout simplement pas délivrés à leurs destinataires. La même chose se produit pour les emails envoyés par des tiers à destination de ces adresses. Les propriétaires de ces comptes ainsi ciblés continuent à y avoir accès et ce sont en général leurs interlocuteurs étonnés de ne pas recevoir un email attendu ou une réponse à un email envoyé qui avertissent la victime de ces dysfonctionnements. Ce sabotage ciblé peut aussi aller jusqu'à l’effacement de la totalité du contenu d’une adresse donnée ou encore par le piratage pur et simple du compte de messagerie en changeant les identifiants du compte. La victime perd alors l’accès à ce compte.

En conséquence de ce ciblage, les malfaiteurs peuvent alors étendre leurs filtrages à tous les destinataires de ces comptes de messageries. Ils peuvent selon le contenu de l’email envoyé, soit le modifier ou le supprimer ou alors le substituer par un message d’erreur ou par un message farfelu comme nous l’avons vu dans les témoignages précédents. C’est comme ça que par exemple des abonnés de différentes lettres de diffusion se retrouvent eux aussi touchés par ce sabotage. Très probablement cette manipulation se fait directement sur le flux de leur boite de messagerie puisque les messages ainsi modifiés ne sont consultables qu’une seule fois et disparaissent ensuite de leurs boites de réceptions.

Ce qui nous ramène à la question fatidique, à savoir : qui se cache derrière cette campagne de sabotage des boites de messageries en Tunisie ? Vu l’ampleur des sabotages et la réactivité des malfaiteurs et surtout les moyens humains et techniques nécessaires à de tels agissements, ont peut raisonnablement exclure l’acte de piraterie gratuit œuvre d’un pirate solitaire ou d’un groupe de pirates en manque de notoriété. Sami Ben Gharbia parle lui de Deep packet inspection (DPI) et qui « est une technologie qui permet de contrôler l'activité en ligne et filtrer les échanges sur le réseau en effaçant le contenu « indésirable » des courriers électroniques reçus ». Une technologie qui s’installe sur un réseau donnée et opère comme un filtre en temps réel sur les échanges des contenus.

Pour les victimes, il n’y a pourtant aucun doute. Cela ne peut être que l’œuvre de la fameuse police de l’Internet comme l’affirme maître Mataar qui estime que tout le contenu de ses comptes de messagerie ont été « détournés par et au profit de la police d’Internet». Et il est difficile de chercher ailleurs tant qu’il est vrai que tous les éléments recueillis montrent que cette censure s’opère au sein du réseau Internet tunisien. Un réseau qui se trouve justement sous le contrôle de Tunisie Télécom en tant qu’opérateur historique et la fameuse ATI en tant qu’administratrice du réseau. Deux entités qui ont un sombre passé avec la censure de l’Internet tunisien. Et puis le caractère ciblé de ces attaques, le fait qu’elles ne touchent, a priori, que ceux qui ont un rapport de près ou de loin avec la scène contestataire au régime tunisien met l’Agence Tunisienne de l’Internet et par conséquent le pouvoir tunisien au premier banc des accusés.

Et les charges ne sont pas légères, les plus importantes sont certainement celles en rapport avec « la violation du secret de la correspondance » qui comme le rappelle Astrubal lors de l’attaque du blog de Nawaat :
« nous sommes en plein dans le crime organisé et qualifié comme tel par la loi tunisienne. Il s’agit, en effet, ni plus ni moins que de la violation systématique des réseaux informatiques et du secret de la correspondance. ». En rappelant « la nécessite pour toutes les victimes de ces agressions de se réunir afin de rassembler et recouper les preuves en vue d’un dépôt de plainte contre X ».
En attendant, bien qu’il soit impossible de dénombrer toutes les victimes de ces violations, mais si toutefois les malfaiteurs s’avisaient à les étendre à toutes les lettres de diffusion et à leurs abonnés, les victimes potentielles seraient à compter par milliers…

Malek.k
http://stranger-paris.blogspot.com

Article publié sur www.nawaat.org



dimanche 3 août 2008

Ordre protocolaire dans la République de Ben Ali



Ben Ali en visite au palais de Bardo pour fêter la République ! Source : Site internet de la présidence

uelques jours avant de répondre positivement et en « toute fierté » à la demande qui lui a été faite (interdiction de rire) d’être Le Candidat du RCD pour l’élection présidentielle de 2009, « au milieu de youyous de femmes de son parti dans une salle archicomble décorée de drapeaux en rouge et blanc de la Tunisie. », notre « fier » président s’est invité, le vendredi 25 juillet, au siège de « l’honorable » chambre des députés à une réception organisée à l’occasion du 51e anniversaire de la proclamation de notre chère République nous dit-on sur le site officiel de la présidence. Il faut dire que cet anniversaire est assez symbolique pour Ben Ali puisque c’est le vingtième qu’il « célèbre » en tant que président de cette République après avoir célébré en grandes pompes le 20e anniversaire du « changement du 7 novembre », et fêter pour la vingtième fois l’indépendance de notre pays en étant à sa tête. Cela méritait bien une petite sauterie républicaine.

Il est vrai que pendant plus de 50 ans qu’on fait semblant de fêter la République, on n’est plus à une cérémonie pompeuse près. Pourtant à la lecture du compte rendu de cette joyeuse fête, une phrase étrange ferait dresser les cheveux sur les têtes des plus blasés d’entre nous. Je cite : « Le Président de la République a été accueilli, à son arrivée au palais du Bardo, par le premier vice-président du Rassemblement Constitutionnel Démocratique, le premier ministre, le président de la chambre des députés et les membres du bureau de la chambre des députés ». Oui vous avez bien lu…le président qui, rappelons-le, est en visite au palais de Bardo, siège des supposés représentants du peuple tunisien, pour célébrer le 51e anniversaire de la République, a été accueilli par…le premier vice-président du parti au pouvoir !

Commençons déjà par ce qui relève des bonnes manières, si j’ose dire. Le président de la chambre des députés n’est que troisième dans cet ordre protocolaire. La moindre des politesses aurait été qu’il soit le premier à souhaiter la bienvenue au président. Après tout, c’est le maitre des lieux en quelques sortes et c’est à lui d’accueillir son invité. Vous…vous vous imaginez inviter, chez vous, une personnalité de l’envergure de « notre président » et accepter que se soit « le premier vice-président » de son « fan club » qui la reçoive à votre place ? Je pense que personne n’accepterait. Détrompez-vous. Le président de notre chambre des députés, lui, accepte. Et il n’est pas le seul. Ses députés non plus ne semblent pas très regardants sur les convenances puisqu’à leur tour ils se sont faits reléguer presque à la dernière place, cette fois-ci derrière les membres du bureau politique du RCD !

S’il ne s’agissait que d’une question de bonnes manières cela ne mériterait certainement pas qu’on en fasse tout un plat. Surtout connaissant les manières de ceux qui nous gouvernent. Mais voilà, une République a ses règles et parmi celles-ci se trouve celle d’un ordre protocolaire bien établi qui classe les personnalités politiques selon l’importance de leurs fonctions au sein de cet édifice. Un ordre d’importance qui, dans une République, se défini en fonction des trois pouvoirs supposés indépendants sur lesquels se base celle-ci, à savoir le pouvoir exécutif, parlementaire et judiciaire.

Dans notre cas précis le protocole républicain aurait donc voulu que le président soit éventuellement accueilli en premier par son premier ministre, étant le chef du gouvernement, et représentant du pouvoir exécutif mais impérativement suivi par le président de la chambre des députés et celui de la chambre des conseillers, représentants du pouvoir législatif. Le président du conseil constitutionnel, s’il était présent (surement un oubli), suivrait et ainsi de suite. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que notre constitution désigne ces trois personnages comme les premiers garants de la continuité du pouvoir « en cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d'empêchement absolu ». Le président de la chambre des députés étant même le premier sur la liste des potentiels intérimaires.

Le plus grave, mais aussi le plus triste, c’est que ce mépris est perpétué par la tête de gondole de l’appareil de propagande du pouvoir en place, j’ai nommé la tristement célèbre Tunis7. Une petite recherche dans les archives des journaux télévisés de la chaine nationale nous permet de voir que cet ordre protocolaire est déjà de mise depuis quelques années, et plus particulièrement depuis le 20e anniversaire du « changement » comme l’atteste ce bref montage.





Il est vrai que le président de cette « chambre introuvable » n’a rien fait pour mériter un meilleur traitement. Ce n’est pas lui qui, à l’unisson avec le président de La chambre des conseillers, a accouché le premier d’une déclaration pour appeler Ben Ali à « renouveler sa candidature aux élections présidentielles de 2009 pour briguer un cinquième mandat de cinq ans » ? Permettant pour que cela puisse se faire qu’on massacre pour la énième fois la constitution tunisienne. Vu de cet angle là il ne mérite même pas d’être le président de cette chambre. Mais puisqu’on est dans cette recherche pathétique de sauver les apparences. Celle qui consiste à mettre en avant la place du pouvoir législatif et ses représentants et « le renforcement des acquis républicains », selon la formule officielle psalmodiée à tous les discours de Ben Ali, ne semble plus de mise. C’est ainsi que, dans la république de Ben Ali, un premier vice-président d’un parti politique peut reléguer au troisième rang de l’importance protocolaire le représentant des élus du peuple tunisien !

Ce manque cruel d’égards vis-à-vis des représentants de deux des trois pouvoirs sur lesquels repose notre République n’a rien de la simple faute de frappe sur une dépêche de la TAP ou de la faute de goût et encore moins d’une méconnaissance des ordres d’importances et des règles protocolaires. Il traduit en réalité, le vrai rapport de force au sein de la république de Ben Ali. Une république du parti unique avec à sa tête un homme…« unique » qui centralise à lui seul tous les pouvoirs, en théorie indépendants. Aucune institution n’échappe à cette mise aux pas de plus en plus ostentatoire. Le RCD ne se contente plus du rôle du Parti du président mais s’affiche clairement aujourd’hui comme la véritable antichambre du pouvoir du président et son unique successeur. Marginalisant ainsi nos institutions certes malmenés depuis 50 ans mais néanmoins existantes. En vingt et un ans de pouvoir Ben Ali aurait-il oublié que c’est par les règles de cette même République qu’il ne cesse de bafouer qu’il a pu, un jour de novembre 1987, en devenir le président ?

Publié sur www.nawaat.org


vendredi 13 juin 2008

Tunisie : les récents événements dramatiques de Redeyef sous les projecteurs du Canal du dialogue.



Ed. 165 du 12/06/08 - Canal du Dialogue Tunisien (El Hiwar



a 165ème édition du journal télévisé du Canal du Dialogue a été en grande partie consacrée aux derniers développements dramatiques que connait le bassin minier et plus particulièrement la ville de Redeyef où des affrontements avec les forces de polices ont fait un mort et huit blessés - cinq manifestants et trois policiers -, selon un bilan gouvernemental, et un mort et 28 blessés, selon des sources syndicales. A découvrir également dans cet extrait mis en ligne par Astrubal et publié sur Nawaat.org, le précieux témoignage du responsable syndicale d’Adnen El Hajji qui se trouvait à proximité de l’endroit où les tires à balle réelles ont touché mortellement le jeune Hafnaoui ben Ridha Belhafnaoui.

Lors de cette entretien téléphonique avec le journaliste de la chaine, M. El Hajji, met fortement en doute la thèse officielle selon laquelle les forces de l’ordre auraient tiré pour empêcher « des éléments perturbateurs » de jeter des cocktails Molotov sur la police, les récipients remplis d’essence servaient, selon lui, à faire bruler les pneus qui servaient de barricades. Et que par ailleurs cela se serait passé dans un autre quartier de la ville et pas à l’endroit où la police avait ouvert le feu.

Les saccages, les pillages, et les violations de domiciles ont également étaient confirmés par M El hajji qui rendait compte du sentiment de « colère » et d’« humiliation » qui prévalent aujourd’hui chez les habitants de Redayef. En effet plusieurs vidéos montraient déjà comment les forces de polices lançaient leurs assauts sur des maisons et des commerces causant d’énormes dégâts matériels. Sans compter les dégâts moraux et psychologiques causés par ces violations de l’intimité et de la propriété privée des habitants de cette ville assiégée depuis maintenant plus de 5 mois.

Des habitants, dont certains auraient fui la ville, ont, par désespoir appelé l’armée pour les protéger de la violence et la cruauté de la police nationale. L’armée a été, parait-il, reçu en protectrice et le dialogue avec les responsables de ce mouvement de protestation ont permis de revenir au calame. Mais, comme le rappelle, M El Hajji, le retour au calame ne signifie en aucun cas l’abondant des revendications initiales ni le silence sur la mort dramatique du jeune manifestant.




mercredi 21 mai 2008

Tunisie : La e-gouvernance ne séduit pas ceux qui gouvernent


ans le cadre d’un programme de développement du projet e-gouvernance en Tunisie, qui vise à améliorer l’accès aux tunisiens aux services administratifs en ligne, la Banque Mondiale, a commandé à un cabinet d’audit français une étude sur « l’état de la e-gouvernance en Tunisie ». Un état des lieux qui s’impose alors que la Tunisie venait d’être classée 124ème - entre le Surinam et le Swaziland - dans dernier rapport de l’ONU sur la e-gouvenance dans le monde. Les résultats, accablants, de cette étude françaises ont été présentés le jeudi 15 mai, devant un parterre de hauts fonctionnaires des administrations concernées et en présence de Zouheir Mdhaffar ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la Fonction publique et du Développement administratif a raporté le site internet AfricanManager.com







Gestion complexe et inadaptée du dossier e-gouv, manque d’attractivité des services, difficultés pour y accéder, manque de formation et de conviction aux seins des administrations, débit très faible, ont été les principaux points soulevés par la présentation du dit rapport. Le cabinet conseil pointera surtout l’accès à l’Internet haut-débit dont il dit qu’il «n’est pas suffisamment accessible, n’est pas disponible en terme de pouvoir d’achat, à cause du manque de concurrence». Plus généralement les experts pensent que « le coût des télécommunications reste élevé en Tunisie » alors que le développement de l’administration électronique nécessite un débit plus fort, plus disponible et à faible coût ! Avant de conclure conciliants : «la Tunisie est allée [en matière d’Administration électronique] au bout de ce qu’elle pouvait faire, sans aller au bout du chemin».Voilà qui nécessite sûrement une autre étude qui nous expliquera comment aller « au bout du chemin ».

Le ministre délégué, M Zouheir Mdhaffar, a quand à lui commencé par contester le classement en précisant que « sur certains aspects, le diagnostic n’était pas réel » et en prétendant que ce classement a été corrigé et donne désormais la 106ème place à la Tunisie. Une correction qui n’apparaît pourtant pas encore dans le rapport disponible en ligne (voir l’extrait du classement plus haut). Peu importe pour le délégué ce classement « ne traduit pas la volonté qui existe en Tunisie, d’améliorer les choses ». M Mdhaffar confond sûrement politique et religion si non il saurait qu’en politique les bonnes intentions ne sont pas comptabilisées en tant que bonnes actions.

Mais après ce moment de mauvaise foi obligatoire, le ministre délégué se voulais, parait-il, plus sincère. Devant les caciques de cette administration, il a fait amende honorable en reconnaissant que les « services en lignes ne sont pas performants et l’accès du citoyen y est limité » […] ils ne sont même pas utilisés par les usagers même de l’administration », déplore-t-il. « Il n’y a pas de formation au sein des différents ministères ».a t-il ajouté. Il a également exhorté les fonctionnaires à se mobiliser pour « ne pas se laisser dépasser par les autres », en rappelant qu’un budget de 5 MDT, alloué a ce programme, reste mal ou pas utilisé. Sur ces 5MDT qui dorment selon lui en attendant qu’on les utilise, notre naïf ministre délégué continu de confondre intentions ostentatoirement affichées et réalité politique du pays.

Sûrement pour justifier son post, M Zouheir Mdhaffar terminera son constat, pourtant accablant, en parlant de l’ambition de la Tunisie de se doter d’une administration sans papier « la seule voie » selon lui « pour éradiquer tous les maux de l’administration et pour éviter le va et vient du citoyen à l’administration.». une ambition louable qui toujours selon ses affirmations « contribuera aussi, à réduire le coût des prestations administratives et qui représentent actuellement 13 % du PNB. ». Mais comme toujours en Tunisie ou rien n’est jamais la faute du législateur puisque «nous avons le cadre juridique qu’il faut » se sont naturellement « l’infrastructure et la pratique de l’administration, [qui] ne suivent pas». Le législateur appréciera sûrement tant reconnaissance. L’administré, lui, attend plutôt que « l’infrastructure et la pratique de l’administration » suivent !

Et cela ne risque pas de produire de si tôt au regard de ce qu’en pense l’administration à travers les réactions de ses éminents représentants raportées par le site Internet. Un ancien responsable d’un centre informatique aurait même fait l’apologie de l’ancien système et un autre celui du système d’archivage papier qui existe en Tunisie et demandera qu’on l’introduise dans ce nouveau système d’administration électronique. Ou « pourquoi faire du neuf quand on peut faire ce qu’on a toujours fait ? ». D’où le commentaire assassin d’un des présent : «on les comprend lorsqu’on voit la moyenne d’âge des personnes chargées de la coordination du e-gouv au seins des ministères». Voilà qui n’aidera sûrement pas « la pratique » à suivre !

Malek
Publié sur www.nawaat.org


mardi 6 mai 2008

Mai 1968 – Mai 2008, 40 ans de «liberté» d’expression en Tunisie




C'était pourtant en 1968 ...




Comment ne pas reconnaître l’aspect si surprenant de ces séquences d’un reportage tourné il y a 40 ans. Il s’agit d’un échange entre jeunes étudiants Tunisiens sur un de ces sujets si tabou en Tunisie.

Et pourtant … Des décennies plus tard, on s’aperçoit que la capacité des tunisiens à s’exprimer sur leur quotidien, notamment politique, au sein des médias autorisés, demeure toujours aussi stérilisée. La politique s’avère être encore plus tabou que les mœurs. Pour les plus hardis, la malice, parfois d’une rare cocasserie, se substitue aux propos directs pour lâcher ce qu’ils ont sur le cœur. Tous les interstices, surtout sportifs, sont mis à contribution pour repousser les limites de la répression de la liberté d’expression.




Pour les plus hardis, faute de mieux, la malice se substitue aux propos directs...
"Moncef, pourquoi ris-tu ... ti chbiik !"




Le monde a changé et les Tunisiens avec. Et pour les nantis d’entre-eux, avec l’internet, c’est l’accession enfin à un paysage médiatique plus libre, plus ouvert, malgré les blocages de l’ATI.

L’Internet, par le biais de ses canaux libres, a rendu toute forme de censure ou de travestissement de la réalité bête et ridicule à l’image de ses auteurs. Du procès du défunt Moncef Ben Ali si « blackouté », aux documents de la CIA déclassés, en passant par la mise en ligne publique du calendrier des réservations d’espaces publicitaires sur certains quotidiens, jusqu’au déplacement de l’avion présidentiel... tout est aujourd’hui devenu accessible malgré la censure.




Procès de la "Couscous Connection" - JT FR3, novembre 1992



L'Internet a été une bénédiction pour toutes les plumes libres, mais également la malédiction qui a ringardisé, en un laps de temps si court, tous ces imbéciles qui n’ont toujours pas compris qu’à la désinformation, il y a une limite au-delà de laquelle il ne faut pas s’aventurer. Et en l’occurrence, les temps sont loins où l’on pouvait raconter tout et n’importe quoi en jouissant du monopole de la parole publique tout en excluant les contradicteurs de leur droit à la parole. Aujourd’hui, avec ce qui se passe et s’échange sur près de 500 blogs tunisiens actifs, la lutte pour ces imbéciles de la désinformation est devenue inégale. Il n’y a qu'à voir où et sur quels supports les tunisiens se sont informés à propos des derniers événements d’El Redaif .



Blogs Tunisiens - Tunisian Blogs
Près de 500 blogs actifs à l'affut des écarts de Mbarek et ses semblables ...



Bien qu’encore relativement timorés pour certains, les blogs tunisiens n’hésitent plus désormais à clouer au pilori la « presse boudourou » (Presse à deux sous) telle qu'il la qualifient communément.

Cette blogosphère, après une première période marquée par une défiance exacerbée à l’égard de la chose publique, défiance qui fut particulièrement nourrie à l’époque – et non sans arrières pensés - par une première génération de blogueurs, sous le prétexte de ne pas vouloir faire de la politique, va s’enhardir pour remplir ce rôle en matière d’information, qui n’est normalement pas sa vocation naturelle.

En effet, depuis peu on assiste à une inversion de tendance où la réappropriation de l’espace public et la parole qu’elle suppose n’est plus perçue comme une politisation malsaine, mais comme l’exercice d’un droit à l’information et à la parole, y compris lorsqu’il s’agit d’exercer un droit de regard sur la gestion des affaires de la cité. Se faisant, s’est amorcé ainsi ce positionnement de la blogosphère tunisienne en tant que pôle désormais incontournable dans le paysage informatif tunisien. Il faut reconnaître aussi que la langue de bois des médias officiels, les privant de toute crédibilité, va largement contribuer à mettre en avant la blogosphère, non pas uniquement quant à la circulation de l’information, mais également dans la création de l’événement médiatique.

Et à plus forte raison, une troisième étape se dessine par l’arrivée de plus en plus de journalistes professionnels qui ont choisi de contourner la censure par la création de leurs propres pages en ligne. Aux blogs des journalistes pionniers en la matière comme celui de Nadia Omrane, A. Zouri ou de Slim Boukhdir (actuellement emprisonné et son blog hacké depuis), on voit arriver ceux de Soufiane Ben Farhat ou de Zied El Heni. Et au-delà des journalistes, on trouve également d’autres profils à l’image de Kastalli Chérif, lequel, bien que se revendiquant comme un « militant de base au sein du RCD et défenseur acharné du projet de société civile de Ben Ali », n’hésite pas à relever dans le pays du même Ben Ali, que « le journaliste est en train de perdre son statut pour devenir une loque humaine [...] ».

Tout comme ce cadre et exploitant agricole Tunisien, on en dénombre d’autres, issus de diverses branches, lesquels désormais contribuent à créer de l’information sur leurs blogs. Cette même information que les médias locaux censurent, transforment ou, dans le meilleur des cas, ignorent.

La liberté d’expression des Tunisiens s’exerce effectivement sur l’internet. Et plus celle-ci s’exerce, plus les médias officiels dont la parole est toujours aussi lénifiante s'avèrent ringards et surranés. Tout esprit sensé, aurait pu raisonnablement s’attendre à ce que, avec l’apparition du réseau des réseaux, la liberté de la presse en Tunisie évolue un tant soit peu. Il n’en fut rien. Et l’on assiste aujourd’hui à un constat qui fait que l’un des plus anciens journaux de la place « La Presse de Tunisie », l’un des plus tirés autrefois, soit perçu, non pas par la majorité, mais par quasiment l’ensemble de la blogosphère tunisienne comme l’un des summums de la presse lénifiante, pour ne pas dire de caniveaux. Et parmi ceux qui sont perçus comme les grands toccards de ce journalisme tunisien, quelqu'un comme M M, un des redacs chefs du même journal, "La Presse", occupe le haut de cette liste peu glorieuse. Quel gachis !

En ce jour où se commémore la « Journée Mondiale de la Liberté de la Presse », bonne fête à tous les épris du droit à la parole et du droit pour une circulation sans entrave de l’information.

Astrubal,
Centrist
et Malek

Samedi 3 mai 2008
http://www.nawaat.org



lundi 5 mai 2008

Les internautes français jugent les propos du président Sarkozy

lors que les internautes tunisiens réagissent timidement à la visite de Nicolas Sarkozy en Tunisie et à son fumeux Discours de Tunis, leurs amis français, eux, n’ont pas perdu du temps pour être nombreux à le faire. Un discours, qui, contenu des premières déclarations du président français, s’annonçait déjà très prometteur. Et on peut dire, sans risque de se tromper, qu’il l’a été !

Les mêmes ingrédients qui ont fait le succès du candidat puis du président Sarkozy, les mêmes qui lui valent aujourd’hui une dégringolade sans précédent dans les enquêtes d’opinions en France, ont été employés pour montrer encore une fois, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, son soutien total et inconditionnel, à son hôte le dictateur-président Ben Ali.




Nicolas Sarkozy devant les étudiants de l'INSAT - Tunis - 30 Avril 2008 - Images: Public Sénat



Tout cela n’a donc pas échappé à la critique, le plus souvent cinglante, des compatriotes internautes de M. Sarkozy qui sont sûrement plus à même de décortiquer les subtilités de son discours. Comme le montre ce commentaire publié sur le site internet du quotidien Le Monde :


« On avait eu droit à “Est-ce que vous trouvez normal qu’une jeune femme soit brûlée vive dans un bus… ?” (Ben non, toi oui ?) […] C’était avant de faire Président. On continue à présent avec: “Alors tout n’est pas parfait en Tunisie, certes, tout n’est pas parfait en France non plus”. Ou encore la voix de son maître: “la Tunisie n’est pas la Corée du Nord”. Ben ouai, faudrait voir à pas oublier que tout est relatif… »


L’internaute fait référence à cette fâcheuse tendance de M. Sarkozy à poser des questions dont les réponses sont évidentes et qui bien évidemment servent la logique de son argumentaire. Donc, il est clair que si la question est : « voulez-vous que « les barbares » s’emparent de la Tunisie ? » La réponse des bientôt 11 million de tunisiennes et tunisiens ne pourrait être qu’un grand oui à l’unisson. Mais là où la manœuvre est payante, c’est quand il rajoute derrière : « C’est pour cela que je suis venu ici soutenir les efforts du président Ben Ali » !

Mais l’ironie n’a pas été le choix de tous et les commentaires étaient pour la plupart très virulents d’où il ressort en premier un sentiment de « honte » et d’« indignation ». En effet, pour beaucoup, le président français n’a pas été « digne de ses fonctions présidentielles » comme le fustige ce commentaire assassin d’un certain « Yannick L» :

« Il est difficile d’imaginer pire représentant de la France que notre Président. Il se comporte à l’étranger comme un marchand de cravates. Aucun sens de l’honneur, aucune grandeur d’âme. Il piétine sans vergogne tous les grands principes, car il n’a pas de principes, aucun dessein…»

Francis qui s’exprimait sur un article paru sur libération.fr enfonce le clou :

« Le modèle de Sarko, ce n’est certainement pas Charles de Gaulle. Ce n’est pas non plus Mitterrand, ni Chirac, ni Giscard, ni Pompidou. Tous avaient une haute idée de la France. Jamais ils n’auraient abdiqué les valeurs de la République, notamment les Droits de l’Homme, devant un dictateur…».

Il est clair que ça aurait été naïf d’attendre quoi que ce soit de Sarkozy sur le sujet des droits de l’Homme en Tunisie, il a montré lors de son premier passage à Tunis en 2006 qu’il considérait clairement Ben Ali comme un allié à soutenir et il n’y avait aucune raison pour que cela change entre temps. Surtout, qu’il y a eu depuis, la déjà légendaire, visite de Kadhafi en France et les déclarations d’amour à la moitié des dictateurs encore vivants de cette planète. Mais, delà, à carrément en venir à prostituer des valeurs aussi nobles et aussi ancrées dans l’histoire des peuples, et en rajouter comme pour assumer son acte, peu de gens l’avaient envisagé. Un langage et un comportement qui semble terrifier certains :

« Ce qui me terrifie, c’est que malheureusement, un clou chassant l’autre, les prochains discours (présidence de l’Union européenne, Jeux Olympiques, pour rester dans l’actualité) seront de pire en pire… ».

Voir horrifier d’autres :

« Quelle horreur ! Je crois que ça y est le président français vient de nier d’un seul coup tout ce qui nous construit : fini l’éthique en politique. C’est la porte ouverte au plus sordide. Au vu de ce qui va continuer de se passer en Tunisie, on peut presque parler de « crime contre la République ».

Mais ce qui semble le plus indigner ces internautes, c’est le caractère « raciste » et « condescendant » du discours du président français. Comme le signale avec beaucoup de prudence cette internaute :

« Vous avez sans doute raison sur le fait qu’il ne faille pas forcément se jeter dans la brèche, mais cela n’empêche pas que ce que dit Sarko est raciste ».
« Même Le Pen n’aurait pas osé sortir pareille connerie ! »

Enchérit un autre.

Beaucoup d’entre eux se rappellent le fameux discours de l’université de Dakar sur « l’Homme africain », qui selon lui « n’est pas assez entré dans l’histoire. » ! Sarkozy récidive à Tunis avec : « Vous avez une main d’œuvre qui ne demande qu’à être formée” […] “Nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation. ». Un propos prononcé la veille lors d’un autre discours et repris avec d’autres mots dans le Discours de Tunis : « Vous avez fait apparaitre une classe moyenne qui pourra consommer et produire les produits que nous même nous pouvons vendre » !


Mais, Henri Guaino, le véritable auteur de ces discours sirupeux, populistes, démagogues et aux relents racistes, n’a pas été oublié par les critiques souvent indignées des internautes français, à l’instar de « AC-89 » qui lance lors d’une discussion sur le site d’information Rue89.fr :

« Probablement un discours rédigé par Henri Guaino, comme celui de Dakar. Ce type transpire le racisme et la suffisance."

Au cours de la même discussion Queenisdead est quant à lui beaucoup plus loquasse :

[…] En parlant d'écriture, je me demande qui a bien pu lui écrire son discours, une nouvelle fois Guaino ? Cette paire de récidivistes est en train de faire plus fort que George W Bush, c'est dire ! Bref, j'ai honte pour mon pays, j'ai honte car il est sensé représenté la France. Les plaies du discours de Dakar ne sont pas encore refermées, qu'il se sent obligé d'y rajouter un peu de sel! On subodore, des préjugés raciaux qui fleurent bon le XIX° siècle, cet homme n'est pas l'avenir, il vit dans le passé [...] »

« Sonnez le réveil », un peu abattu par tant de condescendance, tente de faire réagir les Tunisiens en leur adressant son message :

« Tant pis pour la France ! Pays réduit à un mini pays qui mérite son mini président. Mais franchement les Tunisiens et les autres, vous avez une histoire longue de 3000 ans et plus, vous avez régné sur le monde comme des seigneurs et aujourd’hui vous cherchez votre salut auprès du président le plus ridicule dans l’histoire de la France…réveillez-vous ! Et faites comme vos ancêtres qui ont foutu dehors le dernier soldat et ont construit leur gloire de leur bravoure."
On ne peut que partager son avis !

Il est clair que quand M. Sarkozy nous félicite pour tout ce que la Tunisie a accompli en 52 ans d’indépendance, il semble oublier que l’histoire de la Tunisie ne se résume pas seulement à son histoire avec la France. Il oublie sûrement…ou, ne le sait-il peut-être pas, qu’il prononce son discours à deux pas de Carthage, capitale historique de la méditerranée ! C’est comme si l’on disait aux Français « regardez tout ce que vous avez accompli en 63 ans d’indépendance », considérant la Libération comme le début de l’histoire de France ! Ainsi, il est donc normal que la France produise le Minitel, le TGV, l’Airbus, et des centrales nucléaires depuis 1946 et que la Tunisie se limite à ses lois antiterroristes qui font ce progrès tant apprécié par le président Français !

En fin de compte et après la performance « remarquable » de M. Sarkozy, on peut tout à fait le croire sur parole quand il dit qu’il n’est pas venu en donneur de leçons. Je dirais même qu’il a bien fait de s’abstenir. Des leçons…surtout en histoire, c’est lui qui semble en avoir le plus besoin.


Malek Khadhraoui


Articles publié sur Nawaat.org