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jeudi 3 juillet 2008

Les autorités tunisiennes confirment par les actes les accusations d’Amnesty International


l est grand temps que les autorités cessent de rendre un hommage de pure forme aux droits humains et qu’elles prennent des mesures concrètes pour mettre fin aux atteintes commises », déclarait voilà à peine une dizaine de jours Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International dans le dernier rapport de l’organisation sur l’état des droits de l’homme en Tunisie. Les autorités tunisiennes, qui avaient vivement rejeté les accusations formulées par AI, les qualifiant de « totalement subjectives et dépourvues de crédibilité » jurant la main sur le cœur que la loi anti-terroristes « est conforme aux standards internationaux et offre toutes les garanties aux accusés, […] et n'autorise aucune prorogation abusive ou arbitraire des délais de garde à vue et de détention préventive », ont eu, depuis la publication du rapport, l’occasion de montré leur « bonne foi ».

Dans un communiqué reçu par courrier électronique le 2 juillet 2008, AI affirme que Ziad Fakraoui, ancien prisonnier et victime présumée d’actes de tortures lors de sa détention et dont le cas a été cité dans le rapport, et depuis « victime de ce qui s’apparente à des représailles de la part des autorités tunisiennes.»
« Ziad Fakraoui, […] a été arrêté par des agents des services de sécurité en civil, le 25 juin 2008, deux jours après la publication du document, et n’a pas été revu depuis son arrestation. Les responsables des services de sécurité qui l’ont emmené ont dit à sa mère qu’ils le conduisaient au ministère de l’Intérieur mais ont refusé d'indiquer le motif de son arrestation. Sa famille et ses avocats ont cherché, en vain, à obtenir de ses nouvelles après son arrestation. Les avocats ont appris ce mercredi 2 juillet uniquement, soit sept jours après son arrestation, qu’il avait été présenté à un juge d’instruction le 28 juin et inculpé d’appartenance à une organisation terroriste et d’incitation au terrorisme. »
Rapporte le communiqué.

Or, il se trouve, comme le rappelle AI, que Ziad Fakraoui a déjà été arrêté en 2005, jugé puis condamné à douze ans d’emprisonnement en décembre 2007 - peine ramenée à 3 ans après appel en mai 2008 - pour les mêmes faits qui lui sont reprochés aujourd’hui. C’est donc pour répondre aux mêmes accusations qu’il a été présenté devant le juge d’instruction au mépris du droit tunisien ainsi qu’au mépris de toutes les conventions internationales condamnant les peines multiples (voir le documentaire sur le drame des peines multiples en Tunisie). Cette entorse flagrante au droit n’est pas la seule commise à l’encontre de M Fakraoui par les autorités tunisiennes. « Le fait que personne n’ait été informé du lieu où il était détenu signifie qu’il a été détenu au secret pendant plus longtemps que la période de six jours autorisée par la loi tunisienne. » Précise Amnesty international.

Craignant pour sa sécurité, l’organisation à par ailleurs lancé un appel pour soutenir le prisonnier en exprimant dans un communiqué reçu par email le 3 juillet 2008 (le communiqué en anglais), « ses craintes de tortures et mauvais traitements » dont pourrait être victime M Fakraoui, rappelant l’article 13 du code de procédures criminelles tunisien qui stipule que :
« Les suspects ne peuvent être détenus par la police ou par la gendarmerie nationale pendant plus de trois jours. Le procureur public à le pouvoir d’étendre cette détention de trois jours supplémentaires « en cas de nécessité ». Les autorités sont obligées d’informer les prisonniers des poursuites engagées à leur encontre, la raison et la durée de leur détention et de leurs droits garantis par la loi, incluant le droit à un examen médical durant ou après la détention. Ils sont également tenus d’informer un membre de la famille proche du détenu de son arrestation et de sa détention. »

Comme nous venant de le voir et comme presque toujours, c’est plus au niveau des responsables de l’application de la loi qu’a la loi elle-même qu'incombe les pratiques les plus honteuses décriées ici par Amnesty international mais aussi ailleurs par d’autres organisations nationales et internationales. Encore une fois la justice tunisienne accepte de se salir les mains en effectuant les basses besognes d’un régime totalitaire qui a fait de l’intimidation, de la répression et de la torture un pilier de sa politique exercée en Tunisie depuis voilà maintenant plus de deux décennies.

Malek
www.nawaat.org


jeudi 31 janvier 2008

Décés d’un lycéen des suites des coups reçues hier lors de la dispersion d’une manifestation à Jbeniana






ne marche lycéenne spontanée de protestation effectuée par les écoliers du lycée secondaire de Jbeniana contre les augmentations des prix hier après midi à Jbeniana c’est terminé par un drame après l’intervention musclé de la police pour la disperser.

Parmi les victime de cette intervention le jeune Bassem ben Fraj qui à été transporté à l’hôpital ou il a été gardé est décédé aujourd’hui, comme on vient de l’apprendre à sa famille.

Bassem ben Fraj est en deuxième année secondaire au lycée de Jbeniana, il a reçu les coups de matraque de la police sur le crâne hier lors de la manifestation. Il ne s’est pas relevée de son coma jusqu’a l’annonce de son décès par les médecins à sa famille aujourd’hui.

Lu sur Tunisia Watch


vendredi 4 janvier 2008

La justice tunisienne, peine à rendre justice




près onze mois d’instruction, la 4e chambre du Tribunal de première instance de Tunis, présidée par Mehrez Hammami, vient de rendre, le dimanche 30 décembre 2007, son verdict dans le procès relatif aux confrontations armées avec les forces de l'ordre qui ont eu lieu dans la banlieue sud de Tunis en fin décembre 2006. Deux des 30 personnes accusées de terrorisme ont été condamnés à la peine capitale, 8 autres à la prison à perpétuité et le reste des prévenus ont été condamnés à des peines allant de 30 ans à 5 ans de prison ferme. Des peines très lourdes sachant que parmi les condamnés il n'y a aucun survivant impliqué dans les affrontements qui se seraient soldées par la mort de 12 d'entre eux et de 2 membres de l'armée.

La justice tunisienne qui, pour le compte d’intérêts politiques, cherchait, à travers ce procès à marquer les esprits et à faire oublier l’opacité qui avait entouré cette affaire et les défaillances du dispositif sécuritaire révélées par ces affrontements, n’a pas lésiné sur les violations de procédures judiciaires dont elle était pourtant la garante. Refus systématique de la cour d'examiner les requêtes formulées par les avocats de la défense, refus systématique de permettre à la défense de poser des questions aux accusés, procès verbaux de police antidatés dont la falsification a été démontrée par la défense, des photos de boites métalliques comme seules pièces a convictions sans oublié les mauvais traitements affligés au accusés pendant leur 12 mois de détention, dont les présents dans la salle d’audience avaient pu constater de visu les traces encore visibles. L'un des accusés ayant même affirmé - sans que le juge consigne ses déclarations - avoir subi le supplice du « bâton dans l'anus » en présence du ministre de l'Intérieur en personne. Rappelons également qu’au cours de l’audience du 15 décembre, les accusés avaient été battus par des agents de la brigade d'intervention rapide sous le regard indifférent du président de la cour.

Une série de disfonctionnements qui ne laissent aucun doute sur le caractère expéditif et injuste de ce procès. A défaut de rendre justice aux victimes et permettre aux tunisiens de comprendre ce qui s’est réellement passé, cette parodie de procès met en lumière la main mise du pouvoir politique et policier sur la justice tunisienne. Une justice qui a, tout au long de ce procès, instruit à charge, occultant volontairement tout argument à décharge présenté par la défense et proclamé par les accusés eux-mêmes. Des accusés qui rappelons le encore une fois n’avait pas participé aux affrontements armés. Il ne s’agit bien évidement pas de minimiser la gravité des actes jugés durant ce procès. Au contraire, c’est leur gravité qui exigeait de la part de la justice une rigueur et une impartialité exemplaires pour quelle rende justice au nom du peuple et non au nom d’intérêt stratégiques répondant aux exigences de la politique intérieure et extérieure du régime tunisien.

En plus d’être l’illustration du caractère partial et expéditif de la justice tunisienne, ce procès pose également la question de la peine de mort aussi bien sur le principe d’une peine barbare et inhumaine que par rapport à l’irrégularité de ce procès. Les deux condamnés à mort, Saber Ragoubi, un ouvrier âgé de 24 ans, et Imed Ben Ameur, un menuisier de 34 ans, n’ont même pas eu droit d’assister à la lecture des 9 chefs d’accusations pesant sur eux et n’ont eu pour y répondre que 6 minutes chacun au mépris des règles élémentaires de la procédure judiciaire. Ben Ali, qui, dans une interview donnée au Figaro Magazine à l’occasion des vingt années passées à la tête de la Tunisie, jurait la main sur le cœur qu’« aujourd’hui, le respect des droits de l’homme est un vécu quotidien » en Tunisie et qu’il ne signerait « jamais l’exécution de condamnés à mort », permet, quelques mois plus tard, à la justice de prononcer des peines aussi lourdes sans permettre aux accusés de se défendre correctement, ni apporter les preuves irréfutables de la culpabilité de ces individus en contradiction totale avec les droits les plus élémentaires de tout être humain. Un autre exemple de la duplicité du discours du pouvoir en place et de la totale soumission de la justice tunisienne.



vendredi 21 décembre 2007

L’acharnement policier contre Ali Ben Salem continue



li Ben Salem, 76 ans, président de la section de Bizerte de la Ligue Tunisienne de défense des Droits de l’Homme (LTDH) et vice-président de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT) a encore une fois été victime le 20 décembre 2007 d’agressions policières devant son domicile situé à Bizerte alors qu’il recevait la visite d’un groupe de militants à l’occasion de la fête de l’Aïd.

L’agression de Mr Ben Salem survient alors qu’il tentait d’exprimer son refus quand les nombreux policiers qui encerclaient sa maison, empêchant ses amis d’y accéder. Pris à parti, il est violemment bousculé et piétiné. Sachant qu’en plus de son âge, M. Ben Salem a subi il y’a quelques temps une opération au cœur. Ses amis ont dû l’emmener à l’hôpital car il souffrait de douleurs au niveau du cœur.

Rappelons que le 07 novembre 2007 le Comité contre la torture (CAT) des Nations unies a considérée comme recevable la requête N° 268/2005 présentée par l’Organisation Mondiale contre la Torture (OMCT) en mai 2005 au nom de Mr Ben Salem, pour « torture et mauvais traitements » dans le poste de police d'El Manar en avril 2000, après épuisement des voies de recours internes.(voir sur le blog d'Astrubal le texte integral de la décision)

Mr Ali Ben Salem s’exprime à propos de la condamnation de la Tunisie par le Comité contre la torture de l’ONU pour mauvais traitement à son encontre. El Hiwar Ettounsi. Source : Nawaat.org

Cette lâche agression contre Mr Ben Salem n’est pas la première et n’est pas non plus étrangère à cette décision onusienne qui constitue une grande victoire non seulement pour Mr Ben Salem qui a fait preuve de grand courage et de grande détermination, mais pour toutes les victimes de l’arbitraire qui attendent justice et réparation des crimes dont ils ont fait l’objet.

Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie CRLDHT
qui s’indigne quant à cette nouvelle agression perpétuée à l’encontre d’un honnête citoyen qui a tant donné à la Tunisie et exige l’arrêt de cet acharnement sans fin à l’encontre de Mr Ali Ben Salem ainsi que ceux à l’encontre de tous les défenseurs des droits de l’Homme qui font l’objet d’un harcèlement permanent dans leur vie quotidienne, visant leur intégrité et leur sécurité.

* Selon communiqués de la section de Bizerte de la LTDH


mardi 19 juin 2007

Prisons secrètes de la CIA : Les rapports accablants




Cliquez sur l'image pour agrandir (Source)


e jeudi 7 juin, six organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont publié, les noms de trente-neuf personnes portées disparues dans la "guerre contre le terrorisme" et qui seraient très vraisemblablement détenues dans les prisons secrètes de la CIA. Leur rapport de 22 pages, intitulé "Off the Record : US Responsibility for Enforced Disappearances in the 'War on Terror'", fournit des détails sur ces 39 personnes originaires d'Egypte, du Kenya, de Libye, du Maroc, du Pakistan et d'Espagne. La détention de trois d'entre elles a été depuis confirmée par les autorités fédérales : Hassan Ghul, Ali Abd al-Rahman al-Faqasi al-Ghamdi et Ali Abdul-Hamid al-Fakhiri

Dans la foulée, les six organisations ont annoncé avoir déposé une plainte devant une cour fédérale américaine, en vertu de la loi sur la liberté de l'information, afin d'obtenir des renseignements sur les détenus disparus. L'absence d'information sur ces prisonniers, explique le rapport, "interdit un contrôle public ou judiciaire et rend les détenus vulnérables aux abus, y compris la torture".

Le rapport révèle aussi que des parents des personnes emprisonnées, dont les épouses ou les enfants, ont également été détenus en secret. Il évoque notamment l'arrestation, en septembre 2002, de deux enfants âgés de 7 et 9 ans, fils de Khalid Cheikh Mohamed, considéré comme le cerveau des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. "Selon des témoins, ils ont été placés dans un centre de détention pour adultes pour au moins quatre mois pendant que des agents américains les questionnaient sur leur père", affirme le rapport.

Et voilà qu’à un jour d’intervalle, et un an après les révélations sur les transferts illégaux de terroristes présumés à travers l'espace aérien européen, Dick Marty, rapporteur du Conseil de l'Europe dévoile vendredi son 2e rapport sur les prisons secrètes de la CIA au sein de l’union. Son premier rapport présenté en juin dernier avait épinglé 14 Etats européens pour leur implication, voire leur collusion, concernant les vols secrets de la CIA.

La Pologne et la Roumanie y étaient en outre citées pour avoir abrité des centres de détention clandestins, allégations rejetées à l’époque par les deux pays. Le nouveau rapport devrait faire de nouvelles révélations, Dick Marty ayant déclaré le mois dernier à un quotidien suisse avoir recueilli des témoignages d'agents de la CIA. Ces témoignages permettront de «renforcer les affirmations du premier rapport sur les activités secrètes de la CIA en Europe».

La CIA, principale mise en cause dans ce scandale, a rejeté ces accusations, affirmant qu'elle agissait dans "le strict respect de la loi américaine" et que ses opérations contre le terrorisme étaient "soumises à un examen et un contrôle approfondis". Le président américain, George Bush, avait reconnu en septembre 2006 l'existence d'un programme de prisons secrètes, mais l'administration avait alors précisé qu'après le transfert de quatorze détenus soupçonnés d'être des membres importants d'Al-Qaida vers Guantanamo, la CIA ne détenait plus de prisonniers !




lundi 11 juin 2007

Darfour, retour forcé



Durée : 12' - Réalisation : Inigo Gilmore - Production : Journeyman - Année : 2007



u Darfour, en 2004, le village de Sadiq Adem Osman est attaqué par les djandjaouids et les forces aériennes soudanaises. Cet opposant darfouri s'enfuit de son pays et cherche refuge en Grande-Bretagne.

Mais Londres rejette sa demande d'asile politique et Sadiq est alors contraint de repartir au Soudan. Les services de sécurité soudanais l'emprisonnent à Khartoum et le torturent pour tenter d'obtenir des informations sur les réfugiés darfouris de Londres, opposés au gouvernement soudanais.

Dans cette enquête de douze minutes, Sadiq, qui a réussi à s'échapper de l’enfer, accepte de témoigner, de raconter son histoire traumatisante et de montrer son corps mutilé…

Ariane Dadier


jeudi 3 mai 2007

le 4ème anniversaire de la torture du détenu N°25




Ici le contenu alternatif (image, texte)


Ceci est le témoignage de Monem concernant la torture qu’il a subit en Janvier 2003, publié initialement en Arabe, le 14 Janvier 2007. Traduit de l’Arabe par Malek Khadhraoui.


ette nuit, il y a de cela quatre ans, plus précisément le 14/01/2003, ils sont rentrés chez nous et m’ont demandé de me bander les yeux et ils m’ont amené….où ?

Il y a de cela quatre ans nous avons été arrêtés par la sûreté de l’Etat. Nous étions 14 personnes, membres des Frères Musulmans, réunis pour organiser notre refus de la guerre contre l’Irak. Notre réunion qui se déroulait dans la région de El-Zaitouna à l’est du Caire, a été prise d’assaut d’une manière effrayante et traumatisante semblable aux prises d’assaut des maisons des résistants palestiniens par les Israéliens. Ils nous ont demandé de s’allonger par terre et ils nous ont menotté par derrière.

Ils nous ont fait comparaître devant le procureur de la sûreté de l’Etat, accusés d’« appartenance à une organisation illégale » (les Frères Musulmans). Le procureur a ordonné notre mise en détention provisoire de 15 jours pour les besoins de l’enquête à la prison de Mazraat Tarh.

Dans la matinée du 14/01/2003 nous avons été à nouveau emmené devant le procureur pour qu’il ordonne la prolongation de notre détention provisoire de 15 jours supplémentaires. Nous sommes montés dans la voiture des transferts qui nous a emmené au complexe pénitentiaire de Tarh, sauf que cette fois-ci nous nous sommes dirigés vers une autre prison de ce complexe qui se trouvait être la prison d’accueil.

L’officier chargé de notre transfert nous a dit qu’ils étaient contraints de nous maintenir dans cette nouvelle prison pour une seule nuit compte tenu des fouilles qui se déroulaient à la prison de Tarh….ne connaissant pas ce qui nous attendait, ceci ne m’avait pas surpris !!

Une petite course

Nous sommes rentrés à la nouvelle prison, celle dans la quelle nous étions censés passer une seule nuit. Vers minuit, le directeur de la prison d’accueil est venu nous voir et nous a demandé de sortir. Nous lui avons demandé si nous allions revenir à notre prison initiale et il nous a répondu :
“non, vous partez pour une simple petite course d’une heure et vous reviendrez ici à nouveau mais que chacun de vous prenne quelque chose pour se couvrir le cou du froid.”

Parce que je ne comprenais rien et qu’il ne faisait pas si froid, je suis sorti de la cellule sans rien pour me couvrir le cou.

Alors l’officier m’a surpris en disant :
« Mon fils, prend quelque chose de propre pour te couvrir les yeux afin d’éviter qu’il te les bande avec quelque chose de sale »

J’étais surpris…!! Me bander les yeux… !!! Pourquoi ? Où allons nous ?

C’est alors que Aimen Abd El-Ghani (actuellement en détention) m’appelle en disant :
« Abd El-Monem, il semble qu’ils vont nous amener à Madinet Nasr, (ou se trouve le siège principal de la sûreté de l’Etat). Que dieu te donne le courage et qu’il nous en donne à tous. »

Aimen m’a alors donné un T-shirt et je me suis bander les yeux moi-même.

Nous sommes sortis vers le hall principal de la prison, accompagnés des gardiens, et nous avons été surpris par des voix graves nous demandant de ne plus dire un mot et de laisser toutes nos affaires personnelles dans la prison.

Alors j’ai dit à la personne à la voix grave : je n’ai avec moi qu’un Coran et un chapelet.
Il m’a répondu d’une manière impolie en disant :
« Non, « chérie de ta maman », tu n’en auras besoin ».

La personne à la voix grave m’a tenu et m’a attaché les mains derriére le dos avec un lien métallique. Il m’a fait monter dans un véhicule dont je ne connaissais pas la forme et m’a demandé de m’asseoir. Je me suis assis sur le sol à l’endroit où je me tenais debout pensant que c’était un véhicule de transfert (sans sièges). C’est alors que j’ai été surpris par un violent coup de poing sur mon visage et la voix qui me disait :
« Ne vois tu pas le siège fils de…… (Il m’a insulté) ».

J’ai dit, forcement à moi-même :
« Comment voulez-vous que je vois alors que j’ai les yeux bandés. J’avais très peur».

Et le véhicule, qui semblait être un autobus, démarra.

L’accueil de Guantanamo

Soudain, l’autobus s’est arrêté. Ensuite, il s’est incliné considérablement me laissant croire que l’endroit semblait se trouver au sous-sol. Ils nous ont fait descendre du véhicule brutalement, en nous insultant des plus sales des insultes, et ils nous ont placé l’un à côté de l’autre.

Après, un homme, avec une voix limpide et claire est venu nous accueillir en disant :
« Vous êtes la bienvenue, Je veux vous présenter l’endroit où vous êtes…vous êtes ici à Guantanamo »
en rajoutant :
« Ici nous avons torturé les plus vaillants d’El Qaida. Vous êtes ici pour savoir qui êtes-vous réellement “fils de chiens”. Vous vous prenez pour une organisation…ici vous êtes des chiens. »

Apres il a dit :
« Ici vous n’êtes pas des êtres humains. Ici vous êtes des numéros et gare à celui qui répondra par son nom quand je le lui demanderais ».

Oui nous nous connaissons en tant que numéros. Moi j’étais le détenu « 25 », et si quelqu’un me demandait : « qui est tu ? » Je répondais : « je suis “25″ monsieur ». Celui qui oubliait et disait son vrai nom recevait une salve de coups violents pour avoir oublié son nom de code au centre de la torture.

En suite, il nous a demandé d’enlever nos chaussures et nos chaussettes pour rester pieds nus, durant les 13 jours de notre séjour dans cet endroit.

Ils ont dirigé nos têtes vers le mur et nous sommes restés ainsi, debout, pieds nus sur un sol de céramique durant plus de 14 heures. Celui qui s’écroule par terre est remis en position sous les coups. Et quand, notre ami, le docteur Mohamed El-Qadhi, professeur d’université, a crié en leur disant :
« On veut faire la prière du « fajr » dont l’heure de la faire est dépassée alors qu’on est encore debout ».
Un gardien ou un officier lui a répondu :
« Prie avec les yeux « chéri de ta mère » nous ne sommes pas ici dans une mosquée ».

Après que les 14 heures aient passées, ils nous ont fait rentrer dans des cellules individuelles dont la superficie ne dépassait pas celle d’une tombe ne contenant qu’une plate-forme en béton, des toilettes à l’ancienne (turques ), et un robinet d’eau. Apres être rentré dans la cellule et que la porte s’est fermée, je me suis efforcé à enlever le bandeau qui me couvrait les yeux croyant que je pouvais l’enlever quand je me trouve dans la cellule.

Soudain, la porte s’est ouverte…je l’ai vu et il m’a vu…il semble être l’un des gardiens de cet endroit. Une personne forte et imposante qui m’a asséné à la figure plusieurs coups de poing violents tout en m’insultant et me demandant :
« Qui t’a autorisé à ôter ton bandeau »

Et depuis cet instant, le bandeau ne s’est plus jamais ôté de mes yeux durant les 13 jours. Au point où dès que je sentais qu’il risquait de tomber pendant les interrogatoires, je demandais au commissaire de bien me le fixer. Lui il craint que je puisse le voir et le reconnaître et moi aussi je crains de recevoir d’autres coups de poing à cause de ce bandeau.

Le règlement de la cellule

La superficie de la cellule qui m’a abrité pendant les 13 jours ne dépasse pas les 6m2. J’y suis resté cinq jours entiers à dormir, à prier et à utiliser les toilettes avec les mains attachées dans le dos sauf aux heures des repas où le gardien me les attachait par devant.

Il m’était demandé de rester continuellement sur ce banc en béton. Même la prière je la faisais dessus, le parterre étant trop sale. Je suis resté pendant toute cette période sans couverture malgré le fait que nous étions au mois de janvier, un mois d’hiver où il fait très froid.

Nous avions trois repas par jour
Le petit déjeuner : un seul morceau de pain avec, posé dessus, un tout petit morceau de fromage avec une sucrerie encore plus petite ou 5 à 10 haricots avec un peu de confiture. C’était la même chose pour le dîner. Pour le déjeuner, c’était un seul morceau de pain avec, posé dessus, une toute petite quantité de riz et un petit morceau de viande.

Un médecin nous rendait visite quotidiennement, matin et soir, pour soigner toutes les blessures qui pouvaient apparaître et pour nous donner des cachets à avaler.
Je crachais ses cachets dans les toilettes juste après son départ.

Toutes les deux ou trois heures, passait un gardien et j’étais obligé, à peine la porte ouverte de me tenir rapidement debout. Si je m’attardais ne serait-ce qu’une seconde pour me lever j’avais droit à un repas copieux de coups et de sales insultes.

Il est impossible de dormir dans cette cellule. D’une part parce que la plus part des interrogatoires ce déroulaient de minuit jusqu’au petit matin et d’autre part, les gardiens passaient toutes les nuits à fumer du « hachich » et à s’échanger des insultes à très haute voix et d’une manière très dérangeante.

Les interrogatoires

La première nuit, lorsque je suis rentré dans la salle des interrogatoires, où se trouve l’officier de la sûreté de l’Etat chargé de m’interroger, bien évidement, j’étais attaché par les mains derrière le dos, pieds nus, yeux bandés, l’officier a alors crié sur le gardien en disant :
« Espèce d’âne, quand ils rentrent ici aux interrogatoires, leurs mains doivent être attachées devant».

Au début, l’officier se comportait avec moi avec « politesse » me disant :
« Nous somme désolés Abdel Monem pour ce comportement, mais c’est notre devoir et c’est le règlement du lieu ».
Puis il a ajouté :
« Je vois que tu es un chic garçon, d’une bonne famille et tu n’as rien à avoir avec ce tapage, je suis certain que tu vas m’aider et que tu ne vas pas me mentir ».

Bien entendu, moi je ne parlais pas, j’écoutais seulement ces bavardages, qui avaient pour but, de m’influencer pour que je lui dévoile les secrets de notre confrérie.

Soudain, l’officier s’est tu…puis j’ai entendu une voix venant de l’extérieur de la salle…un homme hurlant de douleur sous la torture : « Assez, je vais parler, je vais tout vous dire», et ses cris continus, encore plus forts.

L’officier m’adresse la parole de nouveau :
« Assieds-toi, tu as l’air fatigué ».
En effet, je m’assois par terre, puis il ajoute :
« Sais-tu Abdel Monem c’était la voix de qui ? »
Je reste muet, je ne parle pas, car j’avais tellement peur. Il entreprend en disant :
« C’est Ebrahim Eldib, il nous ment et refuse d’avouer ».
Je me suis dis, c’est Ebrahim Eldib, le propriétaire de la maison dans laquelle nous avons été capturés, l’officier me dit cela, pour m’impressionner et m’apeurer pour que j’avoue tout ce que je sais sur la confrérie.

Soudain, la porte s’ouvre, l’homme à la voix grave qui nous a cueillis lors de l’arrestation, rentre, hurle sur l’officier en disant :
« Qu’est-ce que c’est que ça Monsieur ? Tu le laisses s’asseoir ? Et pourquoi ne pas lui offrir le thé pendant que tu y es ? ».
Puis il poursuit son hurlement, en nous insultant nous les gens de la confrérie, de vulgaires insultes, ordonnant à l’officier de commencer ma torture en lui disant :
« Allez, suspend-le, ça vaut mieux ».
L’officier lui a répondu :
« Ca ne fait rien Bacha, Abdel Monem est un pauvre et chic garçon, il va parler et nous dire tout ce qu’il sait ».

En ce moment, j’ai compris que tout cela n’est qu’une machination préparée entre eux, afin de m’impressionner et me pousser à bout pour avouer.

Les interrogatoires ont duré huit jours en continu, et deux fois par jour, il me questionnait sur tout ce que j’ai fait dans ma vie, et me confrontait avec toutes mes activités pendant la période de mes études à l’université (les renseignements étaient tellement précis) et si je niais ce qu’il disait ou je refusais de coopérer, il me faisait battre par les gardiens, qui me cognaient avec les mains, les pieds, des gifles, et le tout accompagné d’insultes. C’était ainsi, tous les jours pendant l’interrogatoire.

Au bout des huit jours, mon interrogatoire a pris fin. Je suis resté les cinq jour restants enfermé dans ma cellule afin d’augmenter la pression psychologique sur moi, de plus, j’entendais constamment les cris de souffrance de mes compatriotes torturés, frappés, maltraités comme ils ont du entendre mes cris à leurs tours.

La fin des interrogatoires

Les interrogatoires sont terminés avec tout le groupe, ils nous ont sorti des cellules au milieu de la dernière nuit, nous ont rendu nos chaussures, puis, ils nous ont fait monter dans un bus semblable à celui qui nous a emmenés ici, mais cette fois, pour le retour, ils nous ont mis les têtes sous les sièges, puis ils nous ont couverts par des couvertures épaisses.

Un des gardiens nous a annoncé :
« Celui qui lève la tête, je la lui explose ».

Et nous voilà de retour à la prison du départ, là où lors de notre transfert, le directeur nous avait dit que nous allions juste pour une petite course. Aussitôt arrivé, il nous a ordonné d’enlever les bandeaux de nos yeux.
C’était la première fois que nous nous voyons après cette longue période.

Le matin, nous sommes retournés à la prison principale, c’est la prison de Maazrat Tarh, et là, nous avons décidé d’informer et d’aviser les magistrats de ce que nous avons vécu et subi : notre enlèvement illégal de la prison, ainsi que ce que nous avons subi de torture physique et morale.

Au tribunal, l’avocat chargé de nous défendre (Maître Abdel Moneem Abdel Maksoud), nous a conseillé de ne pas évoquer ce sujet en l‘absence des traces sur nos corps, ainsi pour ne pas nous présenter à des légistes qui, évidemment, ne feront jamais un rapport qui pourrait condamner la police.

Nous avons gardé le silence, et le tribunal a prononcé son jugement de poursuivre l’emprisonnement qui s’est prolongé jusqu’à six mois. C’est ainsi que, le dernier détenu parmi nous est sorti à la fin du moi de juin

Hélas, notre silence a donné l’opportunité au gouvernement, de refaire le même crime avec d’autres membres de notre conférie en 2004, dont un des membres a trouvé la mort, c’est l’ingénieur Akram Zehiri.

Groupe des 14, affaires n° 56 emprisonné par la sûreté de l’Etat en 2003 :

L’ingénieur Ahmad Choucha, 48 ans, Le Caire, et détenu en ce moment pour l’affaire Al Azhar, homme d’affaires

L’ingénieur Ahmad Mahmoud, 51 ans, Sueze, architecte en électricité

L’ingénieur Tarek Sobhi, 49 ans, Le Caire, homme d’affaires

L’ingénieur Abdel Majid Mechali, 32 ans, Le Caire, capturé en 2006, ingénieur qualité

L’ingénieur Amine Abdelhamdid, 35 ans, El Sharkia, Chimiste

Docteur Mohamad Elkadi, 35 ans, professeur à l’université de Halwan

Eprahim Eldib, 36 ans, El Mansora, comptable

Mohamad Najm, 36 ans, Le Caire, comptable

Abdallah Ebrahim, 25 ans, El Sharkia, comptable

Mostafa Esmail, 25 ans, El Fayoum, pharmacien

Tarek Abdel Jawad, 23 ans, Assioutte, directeur d’achats

Mohamad Sakr, 34 ans, El Mansora, directeur de ventes

Abdel Moneem Mahmoud, 23 ans, Alexandrie, journaliste

La journée du policier noir
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C’était un résumé de mon expérience et du souvenir de la torture par les services de l’Etat. Elle a été reproduite avec d’autres personnes, que ce soit des détenus politiques ou des détenus sans accusations concrètes. Parmi eux, il y a eu des morts, comme Masaad Katb, mort sous la torture dans les locaux de la sûreté d’Etat à El Jiza en 2002, ainsi que de nombreuses personnes qui sont peut-être mortes sans que l’on puisse le savoir à ce jour.

La torture ne se limite pas aux politiciens uniquement, elle s’étend aux personnes condamnées pour des affaires criminelles, qui ont subi également la torture et la mort sous la torture.

L’organisation égyptienne des droits de l’Homme, a déclaré dans un de ses rapports, 41 cas de torture de citoyens par la police. Parmi ces personnes, 15 ont trouvé la mort. Ce qui a conforté les doutes au sein de cette organisation, sur le fait que ces décès sont dus à des tortures et des maltraitances.

Ceci n’est le fait que d’un seul rapport. La torture en Egypte, est une politique systématique, une méthode et une règle. Pour cela, il est de notre devoir de dévoiler, publier et médiatiser les informations sur la torture dans tous les endroits du monde.

J’ai une proposition, qui consiste à confronter le ministère de l’intérieur ainsi que le gouvernement, à ces cas de tortures, le 25 Janvier. Cette date est la fête nationale de la police. Un grand jour et une grande fierté pour chaque citoyen, et pas seulement pour les policiers.

Mais les officiers criminels à la solde de l’officier Habib Eladli, ont volé ce symbole et ils se l’ont approprié. Le comble c’est que l’Etat les honore malgré le fait qu’ils soient des criminels.

Allons les démasquer ce jour-la et appelons-le « le jour du policier noir ». Ensemble, sur nos blogs, sur nos sites, dans nos forums, nous dévoilerons les crimes du ministère de l’intérieur et ses officiers, et nous nous déclarons contre « le policier noir » le 25 Janvier.

le 4ème anniversaire de la torture du détenu N°25

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lundi 12 mars 2007

Mr Aouidni Salem a bien été victime d’actes de torture




Ici le contenu alternatif ()




e 24 du mois dernier, j’ai relaté l’agression dont a été victime Aouidni Salem, un jeune trentenaire tunisien, dans des troublantes circonstances. La victime, qui avait été admise, deux jours au par-avant, aux urgences du CHU de Sfax après y avoir été déposée par deux policiers, soufrait alors de graves blessures et de profondes lésions internes qui avaient nécessité une colostomie. Une intervention lourde qui laissait déjà les médecins inquiets quant aux éventuelles complications.

Aux dernières nouvelles et après un entretien téléphonique que j’ai eu avec le membre de l’équipe médicale qui m’avait, au départ relaté ces faits, la santé du patient s’est considérablement dégradée depuis l’opération. Des problèmes sérieux se sont depuis déclarés qui ont nécessité une reconsidération des possibilités de guérison du patient. Aux risques d’infection très élevés dans ce type d’opérations, se sont additionnées des insuffisances dans la purification du sang, engendrées par les traumatismes internes. Un système de drainage sanguin à même été mis en place pour palier à cette insuffisance. Une opération très éprouvante pour le patient qui subit déjà des effets postopératoires particulièrement contraignants.

Aouidni Salem n’est pourtant pas au bout de ses peines. Depuis la semaine dernière, la direction de l’hôpital exerce des pressions sur lui pour qu’il quitte l’établissement, même si son état de santé ne lui permet pas encore de rentrer chez lui. Ni les demandes incessantes des membres de sa famille, ni les objections soulevées par certains médecins, ne semblent dissuader les responsables de l’hôpital. Un retournement spectaculaire de situation qui, toujours selon mon interlocuteur, est du aux pressions faites par la police et les membres de la famille du policier impliqué dans cette affaire ! Ce qui ne laisse aucun doute sur la responsabilité de la police dans ce qui arrive à cette malheureuse victime.

En effets, depuis son admission, la victime n’a eu de cesse de désigner la police comme étant responsable de ses blessures. Le personnel médical partageait également la même conviction. Le chef de service, le professeur Ben Amor s’était même engagé à faire un rapport dans ce sens à ses supérieurs et à témoigner pour la victime le cas échéant. Aussi, dans les jours qui ont suivi la révélation de cette affaire et selon le témoignage d’une personne travaillant à l’accueil de l’hôpital, plusieurs membres d’ONG tunisiennes (pas plus de précision sur les noms de ces organisations) ont fait le déplacement au chevet du patient lui promettant leurs aides. Les soutiens du personnel médical et des associations de défense des droits de l’homme ont eu pour effets d’encourager la victime à envisager de porter plainte contre la police.

La réaction de la police ne s’est pas faite attendre. Deux membres de la famille du policier, présumé responsable de cette agression, ont rendu visite à la victime pour la menacer ouvertement de représailles si elle s’obstinerait à vouloir porter plainte. Ces individus, dont un serait le frère du policier, ont également menacé le personnel médical ainsi que la direction de l’hôpital. Toujours selon mon interlocuteur, des responsables de la police locale ont contacté la direction pour qu’ils renvoient illico presto le patient encombrant arguant des troubles à l’ordre publique que son maintient au sein de l’établissement pourrait engendrer.

Des agissements qui, comme chacun peut le comprendre, ont eu un effet négatif sur l’état physique et psychologique du patient qui vie depuis dans une peur permanente des représailles de la police mais aussi de se retrouver abandonner à lui-même. Les pressions conjuguées de la police et des membres de la famille ont donc porté leurs fruits. La direction de l’hôpital a fait savoir à Mr Aouidni qu’il n’était plus la bienvenue et qu’il lui fallait trouver un autre endroit pour se soigner ! Le professeur Ben Amor, qui était pourtant très affecté par ce qui est arrivé à son patient, ne veut plus en entendre parler, revenant du coup sur ses promesses d’apporter son témoignage à la victime.

Le cauchemar que Mr Aouidni vie depuis maintenant une quinzaine de jours n’est donc pas prêt de s’arrêter. Maintenant qu’il ne persiste plus aucun doute sur le caractère criminel et intentionnel des actes qu’il a subi, il risque les représailles de ses bourreaux mais aussi d’être privé de soin par l’hôpital dont les responsables agissent aux mépris de l’éthique de leur profession. Les derniers développements nous font également poser des questions sur le silence des ONG tunisiennes qui se sont déplacées sur place. Connaissant, et à juste titre, leurs actions bien médiatisées pour les droits des militants et des prisonniers politiques, nous ne pouvons que relever leur silence assourdissant s’agissant du cas de Mr Aouidni.

samedi 24 février 2007

Encore un cas abominable de torture ?




Ici le contenu alternatif ()



e viens de m’entretenir avec une personne faisant partie du personnel du CHU de Sfax. Cette personne m’a relaté une histoire qui s’est déroulée le 22 février alors qu’il était en service.

Vers 2 heures du matin, deux policiers, un en uniforme et l’autre en civil, débarquent dans le service des urgences de l’hôpital en transportant un jeune homme évanoui et présentant, sur tout le corps, des blessures visibles. Le policier, qui, selon le témoin, été très nerveux, demande à voir un médecin en urgence. Le médecin de garde du service des urgences, découvre alors un jeune homme d’une trentaine d’année portant des vêtements à moitié déchirés et maculés de sang et dont la tête, notamment le cuire chevelu, et le visage, présentaient plusieurs blessures et contusions.

Selon le témoignage de mon interlocuteur, toutes les personnes présentes étaient horrifiées par le spectacle quand le médecin a hotté les vêtements du jeune homme. En plus des bleus qui lui couvraient une bonne partie du corps, toute la partie du bas du dos présentait des blessures profondes et des plaies ouvertes au niveau de l’anus et du bas de l’abdomen. Le médecin constate avec frayeur les dégâts sur le conduit anal du patient mais également, les lésions internes qui affectent le rectum et le côlon. Le médecin de garde envisage immédiatement le recours à la chirurgie mais doit attendre le lendemain pour pouvoir le faire. En effet, pour éviter les complications pour une opération aussi délicate, le patient devait être à jeun. Il s’emploie alors à soigner les blessures de la tête et du haut du corps et ordonne ensuite le transfert immédiat de la victime au bloc opératoire.

L’équipe du matin prend ensuite le patient en charge et le Professeur Mohamed Ben Amor, chef du service chirurgie du CHU de Sfax, pratique alors une « colostomie », une opération qui consiste à relier le gros intestin à la paroi de l’abdomen pour permettre ensuite de le relier à un système d’évacuation des selles en replacement du conduit anal. Il tente de réparer les blessures causées ailleurs sur le système digestif et constates des dégâts tels, que certains seront « certainement irréversibles ». Selon le médecin qui c’est confié à son équipe : « les dégâts causées sur le conduit anal et sur l’anus sont tellement considérables, que je ne sais pas si une « anastomose » est encore possible (opération consistant à rétablir la continuité de l’intestin)…de toute façon l’opération n’est envisageable qu’après la cicatrisation des blessures et cela, à mon avis ne sera pas possible avant plusieurs mois… ». En attendant le patient est pour l’instant à l’hôpital sous surveillance médicale, mais sa vie, toujours selon l’avis du médecin, « n’est plus en danger ». Le médecin de garde a, quant à lui, estimé que « le fait que ce jeune homme nous est arrivé en vie à l’hôpital est un miracle en soit, tant les blessures étaient sérieuses ».

Mais alors qu’est il arrivé à ce jeune homme ? La question a déjà été posée par le médecin qui avait reçu les deux policiers transportant la victime, ou plutôt à l’un deux, puisque le policier en civil s’est éclipsé à l’instant même où le personnel médicale avaient récupérés le patient. D’abord se refusant à tout commentaires et visiblement nerveux et exaspéré par les questions du médecin, le policier fini par déclarer : « mes collègues avaient été appelés à intervenir sur une bagarre qui avait dégénéré. Arrivés sur les lieus, ils ont du faire appel à la force pour séparer les jeunes qui se battaient violemment. Ils se sont alors, une fois l’intervention achevée, rendu compte des blessures de ce jeune homme ». Le médecin insiste alors sur le fait que dès que la victime avait repris conscience, elle n’avait de cesse de crier que se sont les policiers qui l’avaient mis dans cet état, après l’avoir « passer à tabac ». Le policier avoue alors qu’ils (ses collègues) n’étaient pas vraiment sur de ce qui c’est passé » en rajoutant qu’ils ne savaient pas « qui a frappé qui » !

Toujours selon mon interlocuteur, visiblement choqué et ému par ce qu’il avait vu, « la cause de cette blessure au niveau du conduit anal n’est pas du à l’insertion d’un objet comme on le pensait au départ surtout qu’on avait déjà vu dans nos services des victimes de ce genre de sévices. En se basant sur les déclarations du policier et la nature des blessures engendrées, il semblerait que cela aurait été causé par plusieurs coups de pieds violents avec la pointe de la chaussure au niveau du postérieur et du bas du ventre de la victime ». Quant aux déclarations du policier il n’y croit pas un mot : « l’attitude du policier est suspecte. Bien que je ne pense pas qu’il soit l’auteur de cette agression, il savait très bien ce qui s’était passé et il essayait visiblement de couvrir cette bavure.»

Pour le moment, personne ne sait avec certitude pour quel motif ce jeune homme aurait été torturé, ni dans quelles circonstances cela aurait été fait. Ce qui est sur c’est qu’il n’était pas en détention ou en garde à vu au moment des faits. Je n’ai pas non plus d’information sur son identité. Sur les policiers tout ce que je peux dire aujourd’hui c’est que le policier en uniforme est un quinquagénaire de grande taille aux cheveux poivre et sel faisant partie de la police locale.

Les auteurs de cette abominable agression. Seront-ils un jour inquiétés pour leurs actes ? Rien ne nous laisse aujourd’hui l’espérer à part la volonté du médecin de « faire un rapport à ses supérieurs hiérarchiques » et son engagement de témoigner dans le cas ou la victime souhaiterait porter plainte.

Mais pour cela, faut-il que la victime porte plainte et que la justice tunisienne, dont chacun connaît la passivité devant de telles affaires, en tienne compte.

samedi 13 janvier 2007

Les bloggeurs égyptiens gagnent une bataille dans la guerre contre la torture !

Par rapport à la blogosphère tunisienne (ou la « sphère 7 » comme voulait sérieusement l’appeler Tarek, le plus réac des pseudo-libéraux qui sévissent sur la « Tunisphère »), la blogosphère égyptienne est carrément sur une autre galaxie à des années lumières de la notre. Ce n’est donc pas un hasard que c’est le blog de Wael Abbas, journaliste et rédac en chef de l’hebdomadaire, الوعي المصري (la conscience égyptienne) qui est à l’origine d’un séisme médiatique qui n’a pas fini d’ébranlé l’appareil sécuritaire de Moubarak.

Le journaliste à mis en ligne une vidéo sur laquelle on voit deux policiers infliger des sévices sexuels à un chauffeur de minibus. Le journal indépendant Al-Fajr (l’aurore), qui a repris l’affaire en main est parvenu à l’identification des agresseurs et de la victime. Voulant etoufer l’affaire un porte-parole du ministère de l'Intérieur a d'abord parlé d'« accusations sans preuve », avant de concéder que le ministère « se conformerait à la décision de la justice, quelle qu'elle soit ». Les agresseurs risquent entre trois et dix ans de prison. La victime, Emad al-Kabir, vient quant à elle d'être condamnée à trois mois de détention pour « résistance aux autorités » alors qu’à l'époque de son arrestation, en janvier 2006, la victime avait pourtant été relâché sans qu'aucune charge soit retenue contre lui, alors que, selon son avocat, il s'était interposé lors d'une altercation entre un proche et des policiers.

Le journaliste Wael Abbes n’est pas à son premier coup d’essai. Déjà en octobre dernier c’était lui qui avait diffusé les images du lynchage en public d’une jeune femme égyptienne le jour de l’Aïd sous le regard des policiers et de la foule en folie. Agressions que la police et les autorités ont, lâchement et totalement, nié malgré les images choquantes tournées dans les rues de la capitale avec un téléphone portable. Il était aussi de la partie pour dénoncer ce qu’ont subit les pauvres travailleurs soudanais lors de leur rassemblement dans le centre du Caire l’année dernière ou plus récemment en publiant la vidéo d’une jeune femme poussée à avouer un meurtre sous la torture*.

Wael Abbas n’est pas un cas isolé. D’autres bloggeurs sont activement impliqués dans cette lutte contre la torture en Egypte et plus généralement contre les atteintes aux libertés qui sont des pratiques qualifiées de "systématique" par les organisations de défense des droits de l’homme. Des blogs comme التعذيب فى مصر , مـَــصْـــِـرنـَـــا , حريتنا et beaucoup d’autres, forment un réseau éfficace et une caisse de résonnance puissante pour porter les revendications légitimes de leurs concitoyens. Ils font ainsi honneur à leurs pays et à l’outil qu’ils utilisent.

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* Vidéo d'une jeune femme accusée de meurtre et torturée dans un poste de police de la capitale egyptienne. la femme est dans la position du "poulet rôti". Tristement connu par les prisonniers politiques mais aussi par les prisonniers de droit commun, cette position de torture est un "classique" des techniques diaboliques utilisées par les appreils de torture et de repression pour humilier les victimes et briser leurs volontés.