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samedi 5 juillet 2008

Affaire Al-Doura : 8 ans après, il est temps que le petit mohammed repose en paix.


e 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim, aux abords de la bande de Gaza, le petit Mohammed Al-Doura était tué par balle dans les bras de son père Jamal, qui tentait de le protéger. L’atroce scène de la lente agonie de ce petit garçon filmé par le caméraman Talal Abu Ramah et commentée par Charles Enderlin, le correspondant de France 2 à Jérusalem, fait le tour du monde et provoque l’indignation de l’opinion internationale sur fond de début de la 2e Intifada.

Aussitôt les autorités israéliennes soutenues par l’extrême droite israélienne mettent en doute la véracité des images et crient à la manipulation. Les images seraient « un montage partial à but propagandiste ». L’agence de presse israélienne MENA - Metula News Agency réalise un documentaire de 20 minutes, AL DURA : l’enquête, qui à partir des déclarations de Nahum Shahaf, physicien ayant participé à l’enquête de Tsahal, met en cause la réalité des scènes filmées par le cameraman de France 2 et conclut à « une véritable mise en scène jouée par des acteurs ». Un an plus tard c’est le correspondant permanent de la MENA à Paris, Gérard Huber, qui publie en janvier 2003, Contre-expertise d’une mise en scène, ouvrage reprenant la thèse du documentaire à la réalisation duquel il avait participé.

En France cette thèse du complot a été longuement étayée par Media-Ratings, une agence de notation des médias qui a conclu après enquête que selon les éléments dont elle disposait, « le correspondant de France 2 à Jérusalem, Charles Enderlin, a effectivement diffusé un faux reportage ce 30 septembre 2000 » et exige « la démission immédiate de ceux qui se sont livrés à cette supercherie ». Arlette Chabot, directrice de l’information de la chaine publique française a aussitôt menacé de porter plainte contre toute personne qui accuserait France 2 d'avoir diffusé un faux et engage une procédure judiciaire de diffamation à l’encontre de Média-Rating et de son président Philippe Karsenty.

Le 19 octobre 2006, la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris, en charge de l’affaire, a déclaré Philippe Karsenty coupable des faits visés à son encontre et l’a condamné à 1000 € d’amende et à 3000 € de dommage et intérêts à France 2 et Charles Enderlin. Le condamné ayant fait appel, la 11e chambre de la cour d’appel de Paris, a ordonné un supplément d’information afin que France2 transmette les rushes pris par son cameraman Talal Abu Ramah.

S’en suit une bataille d’experts mandatés par les deux parties pendant laquelle l’accusation a effectivement présenté la totalité des images tournées par le caméraman de France 2. Des images qui mettent la scène en situation et permettent de constater l’existence d’au moins 3 autres caméramans de différents médias sur les lieux ce qui rend la thèse selon laquelle la mort du jeune Mohammed était « une mise en scène tournée par des acteurs », difficilement envisageable.







Mohammed al Dura. Les Images - Ma-Tvideo France2
Mohammed al Dura. Les Images - Ma-Tvideo France2

Images présentées devant la cour d'appel de Paris le 27 fevrier 2008



La défense a de son coté appelé entre autres, Jean-Claude Schlinger, expert en armes et munitions, auteur d’un rapport de balistique basé uniquement sur les images de France 2 concluant, sans même se rendre sur les lieux, dans un langage d’expert que :
« En tenant compte du contexte général et des nombreuses mises en scène que nous avons constatées sur l’ensemble des documents étudiés, aucun élément objectif ne nous permet de conclure que l’enfant a été tué et son père blessé dans les conditions qui ressortent du reportage de France 2. Il est donc sérieusement possible qu’il s’agisse d’une mise en scène. »
Mais voilà que le 21 mai 2008, coup de théâtre, la 11e chambre d’appel de Paris déboute les accusations de diffamation de France 2 et de Charles Enderlin à l’encontre du journaliste Philippe Karsenty ! Laurence Trébucq (Présidente de la Cour d’appel de Paris,) affirme le droit de celui-ci à exercer de bonne foi son « droit de libre critique ». France 2 et Charles Enderlin décident alors d'entamer un recours en cassation.

Suite à ce jugement, les supporters de la thèse du complot boivent du petit lait considérant que la décision du tribunal confirme les accusations de manipulation de la part de France 2 et de son envoyé spécial. C’est sous la plume d’Elie Barnavi, ambassadeur d’Israël en France au moment des faits, que le camp des « négationnistes » a réaffirmé ses arguments. Lors d’une tribune publiée sur l’hebdomadaire Marianne, intitulée L’honneur du journalisme, l’ex ambassadeur et défenseur inconditionnel de l’État d’Israël, soucieux de l’image de son pays, regrette que « depuis que juifs et Arabes s'affrontent sur ce bout de terre, rien n’a eu un effet aussi dévastateur sur l'image d'Israël et de ses armes que la mort du petit Mohammed al-Doura, seule la tuerie de Deir Yassin, le 9 avril 1948, a eu des conséquences plus graves. » !

Soutenant la thèse de la manipulation et reprenant presque tous les arguments circulant autour de cette affaire, Barnavi se base sur la littérature foisonnante sur le sujet, fruit de « l’acharnement de quelques francs-tireurs - pas tous des sionistes excités » selon lui et qui jettent « un doute sérieux sur la version des faits offerte par France 2. » Ainsi l’ex ambassadeur explique à propos du cameraman et du père du petit Mohammed :
« Il s'avéra bientôt que Talal Abou Rahma, le cameraman d'Enderlin - lequel n'était pas présent sur les lieux lors des faits - n'était point ce professionnel au-dessus de la mêlée que vantait son patron, mais, de son propre aveu - et il s'en faisait gloire -, un propagandiste au service de la cause palestinienne. Bien plus tard, on devait apprendre aussi que les cicatrices exhibées par le père de Mohammed étaient dues à des coups de couteau subis au cours d'une rixe à Gaza et soignés dans un hôpital israélien. Et bien d'autres choses encore. »
Charles Enderlin, qui une semaine plus tard répond dans le même Marianne, s’étonne, ironiquement, que M Barnavi n’ait pas vérifié ses informations auprès des services israéliens estimant que l’ex ambassadeur avait « certainement un niveau d’habilitation « sécuritaire » [lui] permettant l’accès à certains dossiers du Shabak, le service de sécurité intérieure israélien.» en affirmant :
« Pour le Shabak, Talal Abou Rahmeh qui a filmé la mort de Mohammed A Dura n’est pas un propagandiste palestinien et n’est soupçonné d’aucune activité subversive anti-israélienne comme vous l’affirmez. La réponse que nous avons reçue de ce service – et d’autres – lorsqu’il a fallu obtenir pour Talal une autorisation d’entrée en territoire israélien était la suivante : « Il est blanc comme neige ». Les accusations que vous portez contre lui sont fausses et inadmissibles »
En ce qui concerne Jamel le père du garçon Enderlin poursuit :
« Si vous aviez contacté Jamal avant de publier votre éditorial, il vous aurait décrit les soins qu’il a reçus à l’hôpital Shifa de Gaza; communiqué les radios qui montrent sa blessure au bassin. Le compte rendu des opérations subies à l’hôpital militaire d’Amman où d’ailleurs il a reçu les visites de deux journalistes israéliens, Tom Segev et Semadar Peri, également du Roi Abdallah »
Il a rappelé que les défenseurs de l’idée du « complot pro-palestinien » ont fait circuler des remueurs affabulant le père d’un passé trouble de narcotrafiquant connu des services israéliens. Il aurait d’ailleurs eu ces coups de couteaux, qu’il fait passer pour des impacts de balles, au cours d’un règlement de compte avec d’autres trafiquants. « Problème : Israël n’accorde pas de permis de travail à de tels criminels. Or, Jamal a travaillé – en toute légalité – chez une enseignante de l’université de Tel Aviv qui le raconte dans un livre. ». Rétorque le journaliste dans son droit de réponse.

Après avoir mis en doute la moralité et l’intégrité du caméraman de France 2 et de celle de Jamel, Barnavi continu en mettant en doute celle de toute la chaine. « La querelle se noua autour des rushes, dont on n'avait monté qu'une petite partie. » dit-il en se demandant « Que cachaient les autres ? L'agonie de l'enfant, qu'Enderlin disait avoir voulu épargner à ses téléspectateurs ? Ou des images moins douloureuses, mais aussi plus préjudiciables à sa version des événements ? » En s’empressant tout de même de formuler ses certitudes :
« On découvrit [à la vision des rushes NDLR] que la plupart des « affrontements » filmés avant la scène finale étaient du théâtre au bénéfice des caméras. Et l'on a vu le petit Mohammed lever la tête après les tirs censés l’avoir tué et jeter un regard furtif à la caméra. »
Le plus étrange dans ces affirmations c’est qu’elles contredisent les rushes en question (voir la vidéo plus haut). Des images encore une fois tournées par d’autres caméramans présents ce jour-là, comme l’explique Enderlin :
« Oui, Talal n’a filmé que ce que les circonstances permettaient. Ces scènes d’Intifada ont également été tournées par d’autres cameramen qui se trouvaient sur place, notamment d’Associated Press et de Reuters […] Pour notre part, lorsque cette campagne de diffamation a débuté, nous avons présenté les images à un médecin légiste qui a conclu que les mouvements de l’enfant étaient consistants avec l’agonie. (Selon le dictionnaire : les instants qui précédent la mort). »
L’agonie. Celle d’un petit garçon mort dans les bras de son père incapable de le protéger. C’est de cela qu’il s’agit au fond. Cette image est si dérangeante, si choquante mais aussi si symbolique d’une réalité quotidienne comme l’a dit le journaliste de France 2 en commentant les images. Mais c'étais le commentaire de trop. En parcourant rapidement la littérature qui traite de « la thèse du complot » on se rend rapidement compte que ce qui compte le plus pour ces « défenseurs de la vérité » à l’instar d’Elie Barnavi, c’est « l’image d’Israël ». Ce n’est pas que l’enfant soit en vie ou qu’il soit tué par les Palestiniens ou encore l’honneur de son armée…Rien de tout cela. C’est le fait qu’à travers quelques minutes d’images, se cristallise toute la cruauté de l’entreprise coloniale de l’État d’Israël. Et c'est finalement ce qui rend ces images insupportables pour les défenseurs de l'indéfendable.

Des images aussi abominables les unes que les autres on en a vu depuis. Mais les autorités israéliennes et ses défenseurs continuent et par tous les moyens, de vouloir faire croire que tout cela n’est que « mascarade », « cinéma » et « mise en scène ». Le caméraman, le père, l’enfant, Charles Enderlin, France 2, des médecins palestiniens et jordaniens, le roi abdallâh de Jordanie et quelques autres caméramans seraient tous des menteurs et des affabulateurs ! Tous ont participé à un énorme « complot » visant à salir « l’image d’Israël » et de son armée ! Et cela continu encore puisque M. Prasquier, le président du CRIF, à demander maintenant « la formation d’une commission médicale ad hoc destinée à vérifier l’origine des cicatrices de Jamal » !

Bien que le juge n’ait pas trouvé que cela soit diffamant pour le journaliste est sa chaine, cela n’enlève absolument rien au caractère farfelu et je dirais même pervers, des accusations de ses fossoyeurs. Que huit ans après la mort tragique du petit Mohammed, on continu à dire "qu’il est vivant et vend des fruits à Gaza", cela devient carrément abominable. N'est-il pas temps que Mohammed repose enfin en paix ?


Article publié sur www.nawaat.org



jeudi 3 juillet 2008

Les autorités tunisiennes confirment par les actes les accusations d’Amnesty International


l est grand temps que les autorités cessent de rendre un hommage de pure forme aux droits humains et qu’elles prennent des mesures concrètes pour mettre fin aux atteintes commises », déclarait voilà à peine une dizaine de jours Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International dans le dernier rapport de l’organisation sur l’état des droits de l’homme en Tunisie. Les autorités tunisiennes, qui avaient vivement rejeté les accusations formulées par AI, les qualifiant de « totalement subjectives et dépourvues de crédibilité » jurant la main sur le cœur que la loi anti-terroristes « est conforme aux standards internationaux et offre toutes les garanties aux accusés, […] et n'autorise aucune prorogation abusive ou arbitraire des délais de garde à vue et de détention préventive », ont eu, depuis la publication du rapport, l’occasion de montré leur « bonne foi ».

Dans un communiqué reçu par courrier électronique le 2 juillet 2008, AI affirme que Ziad Fakraoui, ancien prisonnier et victime présumée d’actes de tortures lors de sa détention et dont le cas a été cité dans le rapport, et depuis « victime de ce qui s’apparente à des représailles de la part des autorités tunisiennes.»
« Ziad Fakraoui, […] a été arrêté par des agents des services de sécurité en civil, le 25 juin 2008, deux jours après la publication du document, et n’a pas été revu depuis son arrestation. Les responsables des services de sécurité qui l’ont emmené ont dit à sa mère qu’ils le conduisaient au ministère de l’Intérieur mais ont refusé d'indiquer le motif de son arrestation. Sa famille et ses avocats ont cherché, en vain, à obtenir de ses nouvelles après son arrestation. Les avocats ont appris ce mercredi 2 juillet uniquement, soit sept jours après son arrestation, qu’il avait été présenté à un juge d’instruction le 28 juin et inculpé d’appartenance à une organisation terroriste et d’incitation au terrorisme. »
Rapporte le communiqué.

Or, il se trouve, comme le rappelle AI, que Ziad Fakraoui a déjà été arrêté en 2005, jugé puis condamné à douze ans d’emprisonnement en décembre 2007 - peine ramenée à 3 ans après appel en mai 2008 - pour les mêmes faits qui lui sont reprochés aujourd’hui. C’est donc pour répondre aux mêmes accusations qu’il a été présenté devant le juge d’instruction au mépris du droit tunisien ainsi qu’au mépris de toutes les conventions internationales condamnant les peines multiples (voir le documentaire sur le drame des peines multiples en Tunisie). Cette entorse flagrante au droit n’est pas la seule commise à l’encontre de M Fakraoui par les autorités tunisiennes. « Le fait que personne n’ait été informé du lieu où il était détenu signifie qu’il a été détenu au secret pendant plus longtemps que la période de six jours autorisée par la loi tunisienne. » Précise Amnesty international.

Craignant pour sa sécurité, l’organisation à par ailleurs lancé un appel pour soutenir le prisonnier en exprimant dans un communiqué reçu par email le 3 juillet 2008 (le communiqué en anglais), « ses craintes de tortures et mauvais traitements » dont pourrait être victime M Fakraoui, rappelant l’article 13 du code de procédures criminelles tunisien qui stipule que :
« Les suspects ne peuvent être détenus par la police ou par la gendarmerie nationale pendant plus de trois jours. Le procureur public à le pouvoir d’étendre cette détention de trois jours supplémentaires « en cas de nécessité ». Les autorités sont obligées d’informer les prisonniers des poursuites engagées à leur encontre, la raison et la durée de leur détention et de leurs droits garantis par la loi, incluant le droit à un examen médical durant ou après la détention. Ils sont également tenus d’informer un membre de la famille proche du détenu de son arrestation et de sa détention. »

Comme nous venant de le voir et comme presque toujours, c’est plus au niveau des responsables de l’application de la loi qu’a la loi elle-même qu'incombe les pratiques les plus honteuses décriées ici par Amnesty international mais aussi ailleurs par d’autres organisations nationales et internationales. Encore une fois la justice tunisienne accepte de se salir les mains en effectuant les basses besognes d’un régime totalitaire qui a fait de l’intimidation, de la répression et de la torture un pilier de sa politique exercée en Tunisie depuis voilà maintenant plus de deux décennies.

Malek
www.nawaat.org


dimanche 18 mai 2008

Tunisie : Imed et Moaz Trabelsi mis en examen par un magistrat tunisien




écidément, notre si vénéré président, grand ami de Sarkozy, a bien des soucis à se faire avec sa famille. Plus précisément avec celle de sa femme, Leïla Trabelsi. Le dernier en date vient d’être révélé dans une dépêche de l’AFP annonçant la mise en examen, vendredi 16 mai, par un magistrat tunisien des deux neveux par alliance du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, dans le cadre de l'enquête sur le vol du yacht du banquier Bruno Roger à Bonifacio en 2006.

Il a fallu toute l’obstination de M Jean-Bastien Risson, juge d'instruction du tribunal d'Ajaccio, qui s’est rendu à Tunis jeudi, pour que la justice tunisienne se résigne enfin à accepter de mettre en examen Imed et Moaz Trabelsi pour « complicité de vol en bande organisée ». En effet, le juge français attendait l’exécution d’une commission rogatoire internationale délivrée aux autorités tunisiennes depuis le début de l’année 2008. Le sujet était depuis le début de l’affaire motif de tension diplomatique entre les deux pays. Chose que le procureur de la République d'Ajaccio, José Thorel, également du déplacement, dément. « S'il y avait eu des différends diplomatiques, la commission rogatoire n'aurait pas été exécutée par le juge d'instruction tunisien et nous n'aurions pas assisté aux auditions ainsi qu'aux perquisitions », a-t-il déclaré à l’AFP. Six autres personnes ont été également entendues par la justice tunisienne en tant que témoins dans cette affaire et les frères Trabelsi devraient même « répondre prochainement à une convocation de la justice française », toujours selon le procureur.

C’est un changement de position radical qu’opèrent ici les autorités tunisiennes qui tout en confirmant « que le bateau est bien entré en infraction en Tunisie », continue à démentir « toute implication de la famille présidentielle », comme le déclarait l’ambassadeur de Tunisie en France au canard enchaîné au moment du dernier vol. Les frères Trabelsi étaient pourtant soupçonnés d'être les commanditaires du vol en France de trois yachts et avaient été mis en cause par les convoyeurs du yacht de M. Roger, lors de leur interrogatoire en 2006 à Ajaccio.

Le canard qui a révélé cette dernière affaire racontait comment Princess, un yacht de 18 mètres de plus d'un million d'euros, appartenant à Bruno Roger, le PDG de la banque Lazard Frères, disparaissait en pleine nuit du port de Bonifacio en Corse. «Après une halte en Sardaigne, il ne tarde pas à réapparaître en Tunisie, à Sidi Bou Saïd», raconte l'hebdomadaire satirique. La compagnie d'assurances de Bruno Roger, qui dépêche un enquêteur en Tunisie, va y découvrir le yacht repeint et enregistré à la capitainerie du port de Sidi Bou Saïd sous le nom d’Imad Trabelsi, le célèbre neveu de Leïla, la femme du président. Informé, Interpol se rend sur place et saisi le yacht le 26 mai 2006 et puis le restitue à son propriétaire.

Mais, bonnes relations avec Tunis obligent, les négociations pour éviter de mettre en cause la famille de Ben Ali vont bon train. En la matière, la proximité entre Bruno Roger et Jacques Chirac, l’ancien président français s’est s'avérée très utile. Le patron de la banque Lazard s’est d’ailleurs montré très discret sur la mésaventure du Princess. Des tractations auraient même eux lieu pour racheter le fameux yacht et régler l’affaire « entre amis ». L’excellente relation qu’entretient Nicols Sarkozy avec son homologue Ben Ali ne pourra que renforcer le soutien de la diplomatie française à la famille du président tunisien. Bien vaillance qui pourraient expliquer qu’il a fallu deux ans au juge d’instruction français pour obtenir l’audition des frères Trabelsi !

Quatorze ans en arrière c’est le scandale du sang contaminé vendu par la France à la Tunisie qui aurait servi de monnaie d’échange pour que les autorités françaises renoncent à extrader Moncef, le frère de Ben Ali, condamné par contumace à Paris à douze ans de prison pour «trafic de drogue» dans l’affaire de la « Couscous Connection ». Que seront aujourd’hui les arguments du palais de Carthage pour pousser l’Elysée à calmer les ardeurs de la justice française ? L’affaire du jeune tunisien Abdelhakim Ajimi, tué lors d’une bavure policière en France ou les contrats fraichement signés, pourraient êtres des bonnes pistes de réflexions. Pour une famille qui semble ne rien se refuser…

Article publié sur Nawaat.org



dimanche 6 janvier 2008

vendredi 4 janvier 2008

La justice tunisienne, peine à rendre justice




près onze mois d’instruction, la 4e chambre du Tribunal de première instance de Tunis, présidée par Mehrez Hammami, vient de rendre, le dimanche 30 décembre 2007, son verdict dans le procès relatif aux confrontations armées avec les forces de l'ordre qui ont eu lieu dans la banlieue sud de Tunis en fin décembre 2006. Deux des 30 personnes accusées de terrorisme ont été condamnés à la peine capitale, 8 autres à la prison à perpétuité et le reste des prévenus ont été condamnés à des peines allant de 30 ans à 5 ans de prison ferme. Des peines très lourdes sachant que parmi les condamnés il n'y a aucun survivant impliqué dans les affrontements qui se seraient soldées par la mort de 12 d'entre eux et de 2 membres de l'armée.

La justice tunisienne qui, pour le compte d’intérêts politiques, cherchait, à travers ce procès à marquer les esprits et à faire oublier l’opacité qui avait entouré cette affaire et les défaillances du dispositif sécuritaire révélées par ces affrontements, n’a pas lésiné sur les violations de procédures judiciaires dont elle était pourtant la garante. Refus systématique de la cour d'examiner les requêtes formulées par les avocats de la défense, refus systématique de permettre à la défense de poser des questions aux accusés, procès verbaux de police antidatés dont la falsification a été démontrée par la défense, des photos de boites métalliques comme seules pièces a convictions sans oublié les mauvais traitements affligés au accusés pendant leur 12 mois de détention, dont les présents dans la salle d’audience avaient pu constater de visu les traces encore visibles. L'un des accusés ayant même affirmé - sans que le juge consigne ses déclarations - avoir subi le supplice du « bâton dans l'anus » en présence du ministre de l'Intérieur en personne. Rappelons également qu’au cours de l’audience du 15 décembre, les accusés avaient été battus par des agents de la brigade d'intervention rapide sous le regard indifférent du président de la cour.

Une série de disfonctionnements qui ne laissent aucun doute sur le caractère expéditif et injuste de ce procès. A défaut de rendre justice aux victimes et permettre aux tunisiens de comprendre ce qui s’est réellement passé, cette parodie de procès met en lumière la main mise du pouvoir politique et policier sur la justice tunisienne. Une justice qui a, tout au long de ce procès, instruit à charge, occultant volontairement tout argument à décharge présenté par la défense et proclamé par les accusés eux-mêmes. Des accusés qui rappelons le encore une fois n’avait pas participé aux affrontements armés. Il ne s’agit bien évidement pas de minimiser la gravité des actes jugés durant ce procès. Au contraire, c’est leur gravité qui exigeait de la part de la justice une rigueur et une impartialité exemplaires pour quelle rende justice au nom du peuple et non au nom d’intérêt stratégiques répondant aux exigences de la politique intérieure et extérieure du régime tunisien.

En plus d’être l’illustration du caractère partial et expéditif de la justice tunisienne, ce procès pose également la question de la peine de mort aussi bien sur le principe d’une peine barbare et inhumaine que par rapport à l’irrégularité de ce procès. Les deux condamnés à mort, Saber Ragoubi, un ouvrier âgé de 24 ans, et Imed Ben Ameur, un menuisier de 34 ans, n’ont même pas eu droit d’assister à la lecture des 9 chefs d’accusations pesant sur eux et n’ont eu pour y répondre que 6 minutes chacun au mépris des règles élémentaires de la procédure judiciaire. Ben Ali, qui, dans une interview donnée au Figaro Magazine à l’occasion des vingt années passées à la tête de la Tunisie, jurait la main sur le cœur qu’« aujourd’hui, le respect des droits de l’homme est un vécu quotidien » en Tunisie et qu’il ne signerait « jamais l’exécution de condamnés à mort », permet, quelques mois plus tard, à la justice de prononcer des peines aussi lourdes sans permettre aux accusés de se défendre correctement, ni apporter les preuves irréfutables de la culpabilité de ces individus en contradiction totale avec les droits les plus élémentaires de tout être humain. Un autre exemple de la duplicité du discours du pouvoir en place et de la totale soumission de la justice tunisienne.



vendredi 28 décembre 2007

Toujours sans nouvelles du bloggeur Fouad Al-Farhan !






ouad Alfarhan, l’auteur du célèbre blog alfarhan.org a été arrêté le 10 décembre 2007 à Jiddah ou il réside avec sa femme et ses deux enfants. Près de 20 jours après son arrestation, le plus connu des bloggeurs saoudiens est toujours en détention dans les locaux des services du ministère de la sécurité intérieur sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui.

Selon son épouse, contactée par Global Voices Advocacy, Fouad a été arrêté au siège de sa société, le lundi 10 décembre et accompagné à son domicile par des agents du ministère de l’intérieur qui ont procède a une perquisition durant laquelle son ordinateur portable a été confisqué. Sans révéler les charges qui pèsent sur son mari les agents l’ont tout de même informé qu’il sera mis en détention provisoire pendant un mois durant lesquels aucune visite ne serait autorisée. Mme Alfarhan a également affirmé que l’arrestation de son mari était liée à ses écrits sur son blog.

Ce n’est pas la première fois que Fouad ait à faire avec la police saoudienne. L’année dernière il a été enlevé par des agents en civil et contraint de fermer son blog. Une interruption forcée qui n’a duré que quelques mois suite auxquels Fouad a finalement décidé de reprendre le blogging. Se confiant à ses amis, Fouad se savait déjà dans la ligne de mir du ministère de l’intérieur comme il l’expliquait dans un courrier envoyé à quelques uns de ses amis quelques jours avant son arrestation :
« On m’a informé qu’il existe un ordre officiel émanant d’un haut responsable du ministère de l’intérieur pour m’interroger. Ils m’arrêteront à n’importe quel moment durant les deux semaines qui suivent.

Tout cela parce que j’ai écrit sur les prisonniers politiques en Arabie Saoudite. Ils pensent que je suis entrain de monter une campagne sur internet pour promouvoir leur cause. Tout ce que j’ai fait était d’écrire quelques textes et réaliser quelques bannières et demander à d’autres bloggeurs de faire de même.

La personne qui m’a révélé cette information m’a demandé de collaborer et de signer des excuses. Je ne suis pas sur que je suis prêt à le faire. Des excuses pour quelles raisons ? M’excuser pour avoir dit que le gouvernement ment quand il accuse ses personnes de supporter le terrorisme ?

La source m’a également demandé de s’attendre au pire à savoir mon arrestation pendant 3 jours le temps d’établir un rapport sur moi avant de me relâcher. Il se peut aussi qu’il n’en est rien mais si cela durait plus que 3 jours, il faut que cette lettre soit révélée à tous…Je ne veux pas être oublié en prison. »
En réaction à cette arrestation injuste, plusieurs bloggeurs se sont réunis pour organiser une campagne en ligne pour demander la libération de Fouad. Que ce soit sur le blog de la campagne de soutien ou sur son propre blog qui continu d’être mis à jour par ses amis ou encore sur le groupe créé sur Facebook, des dizaines de messages de soutiens de bloggeurs saoudiens mais aussi des internautes de toutes les nationalités, s’indignent de cette arrestation arbitraire et exigent la libération de Fouad Alfarhan. Le bloggeur Sami Ben Gharbia, responsable de Global Voices Advocacy et ami de Fouad se dit « triste de voir qu’un bloggeur soit arrêté et réduit au silence pour avoir exercé sa liberté d’expression pour condamner le terrorisme et promouvoir des reformes politiques dans son pays. »

Plusieurs organisations non gouvernementales ont également condamné cette arrestation. Dans un communiqué du 24 décembre 2007, The Arabic Network for Human Rights Information, s’inquiète de cette détention et exige des autorités saoudiennes de révéler les raisons de cette arrestation. Exigence également formulée par The Committee to Protect Journalists qui par la voix de son directeur exécutif, Joel Simon déplore que Fouad soit « secrètement détenu depuis plus de deux semaines sans aucune charge contre lui » et « appelle les autorités saoudienne à le libérer immédiatement ». Pour sa part, Reporters sans frontières, regrette que « Les réformes et l’ouverture annoncées par le roi Abdallah Ibn Al-Saoud sont toujours sans effet sur la vie quotidienne des Saoudiens. » en rappelant que L’Arabie Saoudite figure sur la liste des "treize ennemis d’Internet" et qu’elle occupe la 148e place sur 169 du classement mondial de la liberté de la presse établi par l’organisation en octobre 2007.

Ceux qui connaissent le blog de Fouad apprécient surtout son courage et le ton résolument audacieux de ses écrits. Toujours avec élégance et humour Fouad brosse un portrait sans concession du milieu politico-affairiste de son pays. Il est également l’un des plus virulents détracteurs du double jeu du pouvoir saoudien sur la question du terrorisme international. Toute en condamnant la violence dans toutes ses formes, il appelle dans son blog au dialogue et aux reformes politiques indispensables pour envisager un avenir meilleur dans son pays. C’est pourtant ce discours courageux, pacifique, modéré et réformateur qu’on reproche à Fouad Al-Farhan. Raison de plus pour ne pas l’oublier en prison et permettre ainsi aux autorités saoudiennes de le réduire au silence.



vendredi 21 décembre 2007

L’acharnement policier contre Ali Ben Salem continue



li Ben Salem, 76 ans, président de la section de Bizerte de la Ligue Tunisienne de défense des Droits de l’Homme (LTDH) et vice-président de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT) a encore une fois été victime le 20 décembre 2007 d’agressions policières devant son domicile situé à Bizerte alors qu’il recevait la visite d’un groupe de militants à l’occasion de la fête de l’Aïd.

L’agression de Mr Ben Salem survient alors qu’il tentait d’exprimer son refus quand les nombreux policiers qui encerclaient sa maison, empêchant ses amis d’y accéder. Pris à parti, il est violemment bousculé et piétiné. Sachant qu’en plus de son âge, M. Ben Salem a subi il y’a quelques temps une opération au cœur. Ses amis ont dû l’emmener à l’hôpital car il souffrait de douleurs au niveau du cœur.

Rappelons que le 07 novembre 2007 le Comité contre la torture (CAT) des Nations unies a considérée comme recevable la requête N° 268/2005 présentée par l’Organisation Mondiale contre la Torture (OMCT) en mai 2005 au nom de Mr Ben Salem, pour « torture et mauvais traitements » dans le poste de police d'El Manar en avril 2000, après épuisement des voies de recours internes.(voir sur le blog d'Astrubal le texte integral de la décision)

Mr Ali Ben Salem s’exprime à propos de la condamnation de la Tunisie par le Comité contre la torture de l’ONU pour mauvais traitement à son encontre. El Hiwar Ettounsi. Source : Nawaat.org

Cette lâche agression contre Mr Ben Salem n’est pas la première et n’est pas non plus étrangère à cette décision onusienne qui constitue une grande victoire non seulement pour Mr Ben Salem qui a fait preuve de grand courage et de grande détermination, mais pour toutes les victimes de l’arbitraire qui attendent justice et réparation des crimes dont ils ont fait l’objet.

Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie CRLDHT
qui s’indigne quant à cette nouvelle agression perpétuée à l’encontre d’un honnête citoyen qui a tant donné à la Tunisie et exige l’arrêt de cet acharnement sans fin à l’encontre de Mr Ali Ben Salem ainsi que ceux à l’encontre de tous les défenseurs des droits de l’Homme qui font l’objet d’un harcèlement permanent dans leur vie quotidienne, visant leur intégrité et leur sécurité.

* Selon communiqués de la section de Bizerte de la LTDH


mardi 24 juillet 2007

Libre !!!





ême si beaucoup attendaient cette nouvelle avec impatience, même si à chaque fête nationale, beaucoup caressaient l’espoir de le voir enfin libre, l’annonce faite aujourd’hui de la libération de Mohamed Abbou, est une totale surprise même pour ceux qui suivaient de prés son dossier. Une grande surprise, mais aussi une grande joie, en premier lieu pour sa courageuse femmes et ses deux enfants, mais aussi pour ses amis et tous ceux qui se sont indignés de cette injustice qui n’avait que trop durée.

Bien qu’aujourd’hui la priorité est de savourer cette bonne nouvelle porteuse de beaucoup d’espoir, il n’empêche qu’il ne faut pas oublier que ce n’est qu’une libération conditionnelle, ce qui implique que maitre Abbou sera sous contrôle judiciaire avec toutes les dérives qu’on lui connait dans notre triste système judiciaire. C’est d’autant plus injuste que les deux accusations qui pèsent toujours sur Mohamed Abbou, sont fallacieuses et ne reposent que sur des mensonges et des calomnies. La vigilance est donc toujours de mise pour que sa liberté conditionnelle ne se transforme pas en enfer comme c’est le cas pour beaucoup d’autres anciens prisonniers politiques dont Abdallah Zouari et bien d’autres.

Aussi, et bien que ce ne soit pas le moment, je ne peux pas ne pas penser, à ceux qui ont dénigré, insulté et même des fois réjouis de ce qui est arrivé à ce courageux avocat et à d’autres malheureux prisonniers de la dictature. Je ne peux pas, même en ces moments de joies, chasser de mon esprit les mots et les phrases vomis par certaines énergumènes, ici est la sur le net et ici même sur cette blogosphère. Mais comme on dit chez nous la hal idoum, aujourd’hui l’histoire a donné raison à ceux qui résistent et demain elle jettera dans les affres de l’oubli tous ceux qui par commodité ou pas nature, ont fait le choix de la lâcheté.



samedi 26 mai 2007

Rapport annuel d’Amnesty International : La peur : Arme de répression massive

omme tous les ans, Amnesty International publie son bilan sur la situation des droits humains dans le monde. Cette année, un bilan particulièrement sombre où, comme il est signalé à l’introduction de ce document, « la politique de la peur a dominé l’année 2006 ». La peur, arme suprême, que de plus en plus de régimes, qu’ils soient franchement totalitaires ou dits « démocratiques », utilisent sans vergogne. Cette instrumentalisation de la peur permet de légitimer les guerres, la torture, la censure ainsi que toutes les pires exactions. Drôle de monde, où tout devient acceptable pourvu qu’on ne dérange pas notre paisible servitude.

Dans notre chère Tunisie, le règne de la peur ne date pas de l’année dernière. Il est bien installé depuis un moment. Une peur qui paralyse tout un pays. Une peur reçue en héritage, enseignée dans les familles et dans les écoles depuis le plus jeune âge. Une peur que le régime actuel exploite avec une efficacité redoutable. Non seulement elle lui permet de perdurer et de prospérer au dépend des tunisiens et de la Tunisie, mais également, de recourir pour y arriver à des méthodes brutales et inhumaines.

La peur permet également de faire accepter les « lois antiterroristes », des lois qui n’ont de légale que leur appellation. Des dizaines de jeunes et moins jeunes compatriotes broyés par ces lois d’exception qui bafouent les droits les plus élémentaires de l’accusé. Des aveux extorqués sous la torture, des avocats privés des éléments du dossier et incapables de communiquer avec leurs clients et traitements inhumains en prison, autant d’atteintes aux droits humains qui décréditent notre justice et exaspère les divisions au sein de notre société. Cette même peur viscérale poussent certains jusqu'à expliquer et justifier la censure, la torture et le manque de liberté au nom de je n’en sais quelle stabilité.

La peur justifie tout, même l’injustifiable !


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Ci-dessous la partie du rapport qui concerne la Tunisie :





a liberté d’expression et d’association restait soumise à d’importantes restrictions. À l’issue de procès inéquitables, au moins 12 personnes poursuivies pour activités terroristes ont été condamnées à de lourdes peines d’emprisonnement. Une cinquantaine d’autres étaient toujours en procès à la fin de l’année. De nouveaux cas de torture et de mauvais traitements ont été signalés. Condamnés les années précédentes à l’issue de procès iniques, des centaines de prisonniers politiques, y compris des prisonniers d’opinion, restaient incarcérés. Un grand nombre d’entre eux étaient détenus depuis plus de dix ans, et leur état de santé se serait dégradé.


Contexte

Les organisations de défense des droits humains ont critiqué l’élection de la Tunisie au nouveau Conseil des droits de l’homme des Nations unies, en mai, du fait des restrictions sévères imposées aux libertés fondamentales dans le pays. En novembre, un groupe de parlementaires a appelé le président Ben Ali à se représenter à l’élection de 2009, date à laquelle il aura exercé le pouvoir pendant vingt-deux ans. Des modifications apportées à la Constitution, à la suite d’un référendum organisé en 2002, permettaient au président de se représenter sans limitation pour des mandats successifs de cinq ans.

Cent trente-cinq prisonniers ont été remis en liberté conditionnelle à la faveur d’amnisties ; 81 ont été élargis en février et les autres ont recouvré la liberté en novembre. Ils étaient tous incarcérés depuis plus de quatorze ans, après avoir été jugés de manière inique et reconnus coupables d’appartenance à l’organisation islamiste interdite Ennahda par les tribunaux militaires de Bouchoucha et Bab Saadoun en 1992. Une centaine d’autres membres d’Ennahda étaient maintenus en détention. Certains étaient, semble-t-il, en mauvaise santé, du fait des conditions carcérales extrêmement pénibles et des tortures subies lors de la détention qui avait précédé leur procès, des années auparavant. Plusieurs d’entre eux avaient besoin de soins médicaux de toute urgence.

En juin, le Parlement européen a adopté une résolution réclamant l’organisation d’une session du conseil d’association Union européenne – Tunisie, afin de discuter de la situation des droits humains dans le pays, après le maintien de l’interdiction visant le congrès de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH), une organisation non gouvernementale. En octobre, l’Union européenne a de nouveau critiqué le gouvernement tunisien à la suite de l’annulation d’une conférence internationale sur le droit au travail dans l’espace euro-méditerranéen, qui devait se tenir en septembre à Tunis. En décembre, des fusillades ont eu lieu dans le sud de Tunis entre la police et des membres présumés du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui serait lié à Al Qaïda. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées et de nombreuses autres, dont des policiers, ont été blessées.

Atteintes aux droits humains dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme »

Les autorités n’ont pas répondu à la demande formulée par le rapporteur spécial des Nations unies sur la protection et la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste. Le rapporteur voulait se rendre en Tunisie pour y examiner la situation des droits humains. Comme les années précédentes, des suspects de terrorisme ont été arrêtés, emprisonnés et jugés en vertu de la loi antiterroriste controversée qui avait été adoptée en 2003. Certains ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. Les dispositions de cette loi et du Code de justice militaire étaient également utilisées contre des citoyens tunisiens renvoyés contre leur gré par les autorités d’autres pays, notamment de Bosnie-Herzégovine, de Bulgarie et d’Italie. Bon nombre d’entre eux, placés en détention à leur retour en Tunisie, ont été inculpés d’appartenance à des organisations terroristes opérant à l’étranger. Certains ont été traduits devant des juridictions militaires. Dans ce genre d’affaires, les contacts des avocats avec leurs clients étaient soumis à des restrictions de plus en plus nombreuses.

En juin et en juillet, de très nombreuses personnes soupçonnées d’activités terroristes, dont des membres présumés du GSPC, ont été arrêtées et maintenues au secret, dans certains cas pendant plusieurs semaines, avant d’être déférées à un tribunal pénal de Tunis qui devait les juger. Ces prisonniers ont, semble-t-il, été torturés pendant leur garde à vue. À la fin de l’année, ils étaient toujours en détention et le jugement n’avait pas eu lieu. Beaucoup ont été transférés dans des prisons éloignées, distantes de plusieurs centaines de kilomètres du lieu de résidence de leur famille. Hicham Saadi, qui avait été condamné en 2004 à une peine de douze ans d’emprisonnement pour activités terroristes, a été libéré en février à la faveur d’une amnistie présidentielle. Il a de nouveau été arrêté en juin et maintenu au secret pendant vingt cinq jours, au cours desquels il aurait été torturé. Cet homme a été accusé d’appartenance au GSCP. En octobre, il a tenté de s’évader en sautant par une fenêtre lors de sa comparution devant un juge d’instruction de Tunis. À la fin de l’année, Il était toujours en détention dans l’attente de son procès.

En septembre, Badreddine Ferchichi (alias Abu Malek) a été renvoyé en Tunisie par la Bosnie- Herzégovine après le rejet de sa demande d’asile. Détenu pendant plusieurs jours, il aurait été maltraité. Il a comparu, le 6 septembre, devant un juge militaire qui l’a inculpé, aux termes du Code de justice militaire, de « service, en temps de paix, dans les rangs d’une armée étrangère ou d’une organisation terroriste opérant à l’étranger ». Cet homme avait combattu comme volontaire au sein des forces musulmanes bosniaques durant la guerre de 1992 à 1995 en ex-Yougoslavie. Maintenu en détention à la fin de l’année dans l’attente de son procès devant un tribunal militaire, il était passible d’une peine de dix ans d’emprisonnement.

Six membres du « groupe de Zarzis » ont été libérés en février. Abdelghaffar Guiza, Omar Chlendi, Hamza Mahroug, Ridha Ben Hajj Ibrahim, Omar Rached et Aymen Mcharek, tous originaires de Zarzis, dans le sud du pays, avaient été arrêtés en 2003. Ils avaient été condamnés, en avril 2004, à des peines d’emprisonnement pour activités terroristes à l’issue d’un procès inéquitable qui s’était déroulé devant un tribunal pénal de Tunis. Ils ont été placés en garde à vue au secret et des « aveux » leur auraient été arrachés sous la torture pendant cette période. Ces éléments ont par la suite été utilisés comme preuve principale contre eux.

Liberté d’expression

La liberté d’expression restait soumise à d’importantes restrictions. Au moins deux journalistes qui critiquaient le gouvernement ont été licenciés par la direction de leur journal. D’autres ont pu continuer à exercer leur profession, mais ont subi des pressions de la part des autorités et fait l’objet de procédures judiciaires visant à les intimider.

En avril, les autorités ont empêché la réunion du conseil d’administration du Syndicat des journalistes tunisiens (SJT), dont les membres continuaient de se voir intimidés et harcelés par la police. Cette année, Lotfi Hajji, le président du SJT, a été détenu à au moins trois reprises pendant de courtes périodes.

Les autorités ont intensifié le harcèlement contre les femmes portant le hijab (voile islamique). Ces actions faisaient suite aux déclarations des ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, et à celles du secrétaire général du parti politique au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique, qui critiquaient l’augmentation du port du hijab chez les femmes et les jeunes filles, et de la barbe et du qamis (tunique) chez les hommes. Les déclarations allaient également dans le sens d’une application plus stricte du décret 108 de 1985 du ministère de l’Éducation, qui interdit aux femmes de porter le hijab dans les établissements scolaires ou lorsqu’elles travaillent pour le gouvernement. Des femmes auraient reçu l’ordre d’ôter leur voile avant d’être autorisées à entrer dans une école, une université ou un lieu de travail, et d’autres ont dû l’enlever dans la rue. Certaines auraient été conduites dans des postes de police où on leur aurait demandé de s’engager par écrit à ne plus porter le hijab.

Militants et organisations pour la défense des droits humains

Les défenseurs des droits humains continuaient d’être la cible de mesures de harcèlement, et parfois de violences physiques. Bon nombre étaient surveillés par les autorités, de même que leur famille et leurs amis, et leurs activités étaient fortement restreintes. Plusieurs organisations non gouvernementales de défense des droits humains n’avaient toujours pas été reconnues légalement.

La LTDH était toujours empêchée de tenir son sixième congrès et seuls les membres de son comité directeur pouvaient se rendre au siège de la Ligue, situé à Tunis. Les bureaux régionaux de cette organisation restaient inaccessibles au public ainsi qu’aux membres élus. L’examen de la plainte contre le comité directeur de la LTDH a été renvoyé à janvier 2007. Les autorités ont pris contact avec les ambassades de plusieurs pays et auraient menacé de rompre les relations diplomatiques si les représentants de ces pays continuaient de rencontrer des défenseurs tunisiens des droits humains. Elles auraient spécifiquement interdit les rencontres avec des membres de la LTDH, prétextant qu’une procédure pénale était en instance contre cette organisation. Des diplomates de plusieurs pays se sont toutefois rendus au siège de la LTDH pour y manifester leur solidarité.

En octobre et en novembre, des responsables des services de sécurité ont placé sous étroite surveillance les locaux du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), une organisation non gouvernementale privée de reconnaissance légale. Cette mesure empêchait les anciens prisonniers politiques et les proches de prisonniers de s’y rendre. Certaines personnes auraient été arrêtées en sortant du CNLT et conduites dans des postes de police voisins, où elles auraient été contraintes de s’engager par écrit à ne plus réitérer leur visite.

En mai, des policiers sont venus chercher Yves Steiner, membre du comité exécutif de la section suisse d’Amnesty International, dans l’hôtel de Sidi Bou Saïd où avait lieu l’assemblée générale de la section tunisienne de l’organisation. Ils l’ont emmené de force à l’aéroport et l’ont expulsé du pays. Lors de son interpellation et de son transfert à l’aéroport, il a été malmené par les forces de l’ordre, qui ont confisqué son téléphone mobile. Dans un discours prononcé la veille devant les membres de la section tunisienne d’Amnesty International, il avait dénoncé les violations des droits humains signalées en Tunisie, et notamment les entraves à la liberté d’expression et d’association.

Hichem Osman, alors président de la section tunisienne d’Amnesty International, a été arrêté en mai à l’université, où il travaillait, puis retenu pendant six heures au cours desquelles il a été interrogé à propos de l’assemblée générale de la section. Les policiers lui ont dit que la réunion n’avait pas respecté les statuts car elle avait servi de tribune pour critiquer le gouvernement tunisien et le président de la République. Il a été informé officiellement que la section serait dissoute si de tels faits se reproduisaient.

Indépendance de la justice

En octobre, à la fin de son mandat, le chef de la délégation de la Commission européenne à Tunis a déploré publiquement la lenteur des réformes politiques et réclamé une amélioration de la formation des juges et des avocats en vue de renforcer l’indépendance de la justice. En mai, des avocats ont organisé plusieurs sit-in afin de protester contre une nouvelle loi instaurant un Institut supérieur des avocats. Ils dénonçaient le fait que le Parlement examinait cette loi sans prendre en compte les conclusions de la consultation menée avec l’Ordre des avocats, ainsi que le prévoyait la convention entre l’Union européenne et la Tunisie sur le financement de la réforme du système judiciaire. Cet institut, placé sous le contrôle des ministères de la Justice et de l’Enseignement supérieur, serait chargé de la formation des futurs avocats, une mission qui incombait auparavant à l’Ordre des avocats et à l’Association des magistrats tunisiens (AMT). Les avocats se sont opposés à cette loi en faisant valoir qu’elle portait atteinte à l’indépendance de la justice. Bon nombre d’entre eux ont été agressés par des policiers au cours des sit-in.

En septembre, Wassila Kaabi, juge et membre du conseil exécutif de l’AMT, a été empêchée de se rendre en Hongrie, où elle devait participer à une réunion de l’Union internationale des magistrats. Aux termes de la loi tunisienne, les juges doivent obtenir l’autorisation du secrétaire d’État à la Justice pour se rendre à l’étranger.

Prisonniers d’opinion

Comme les années précédentes, les opposants et les détracteurs du gouvernement risquaient d’être emprisonnés, harcelés et menacés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions.

Mohammed Abbou, un prisonnier d’opinion, a effectué plusieurs grèves de la faim pour protester contre son maintien en détention et les mauvais traitements qui lui étaient infligés par les responsables de la prison d’El Kef. Son épouse et ses enfants ont été harcelés et intimidés à plusieurs reprises par des policiers postés en permanence devant leur domicile de Tunis. En novembre, Mohammed Abbou a été transféré à l’hôpital d’El Kef pour subir des examens néphrologiques. En décembre, son épouse Samia, ainsi que Samir Ben Amor, un avocat, Moncef Marzouki, une personnalité de l’opposition, et Slim Boukhdir, un journaliste, ont tenté de lui rendre visite en prison. Ils ont été interceptés neuf fois par la police sur la route reliant Tunis à El Kef, officiellement pour une vérification de leur identité et des papiers du véhicule. Un peu plus tard, alors qu’ils sortaient d’un restaurant d’El Kef, ils ont été agressés par une cinquantaine d’hommes, de femmes et de jeunes gens qui les ont insultés, malmenés et frappés à coups de poing tout en crachant sur eux. Ils ont réussi à échapper à leurs agresseurs et à rejoindre leur véhicule. D’autres personnes les auraient encore agressés à leur arrivée à la prison, les empêchant ainsi d’atteindre l’entrée du bâtiment. Ces attaques ont eu lieu en présence de policiers qui n’ont rien fait pour protéger les victimes ni pour appréhender les agresseurs.

Visites d’Amnesty International

Des délégués d’Amnesty International se sont rendus en Tunisie en juillet. Ils ont rencontré des défenseurs des droits humains et des responsables gouvernementaux, ainsi que des représentants d’États de l’Union européenne.



mercredi 28 mars 2007

Compassion sélective





’ai assisté samedi dernier aux « premières rencontres du cinquième pouvoir », manifestation organisée par Agoravox, le site référence de ce qu’on appelle désormais « le journalisme citoyens » (Je reviendrai dans un autre billet sur les détails de cette journée). A la fin de l’intervention de Natacha Quester Seméon, fondatrice de Humains Associés, qui s’exprimait sur le travail de son association sur Second Live, elle a appelé à la solidarité avec Karim Amer le blogueur égyptien qui vient d’écoper de 4 ans de prison pour des textes publiés sur internet. Bien évidement cette initiative est à saluer surtout, et à ma grande surprise, qu’il n’y en a pas eux d’autres durant cette journée citoyenne !

Je me suis alors posé la question de savoir pourquoi une affaire attirerait plus l’attention qu’une autre ? Qu’est ce qui fait qu’on retienne un nom, plutôt qu’un autre ? Pourquoi certaines injustices sont elles hyper-médiatisées et d’autres quasiment ignorées ? Autant de questions auxquelles je ne trouve pas de réponses. Bien évidement le but n’est pas de faire de la quantification ou des comparaisons entre les souffrances, mais justement partant du principe que toutes les souffrances sont égales, pourquoi alors une telle compassion sélective ? Plus inquiétant encore, on a le sentiment que la nature des prises de positions et des idées exprimées détermineraient au préalable l’importance de la couverture médiatique ainsi que la mobilisation que susciteront les poursuites judiciaires ou l’incarcération de ceux qui les expriment !

Le phénomène de la compassion sélective n’est pas nouveau. Faut-il certainement y voir la prédominance des médias de masses qui ont formaté l’information en la réduisant à des symboles qui ont pour but de susciter de l’émotion. Selon le pays, la culture et l’histoire du consommateur de l’information, sa réaction face à l’information n’est pas la même. C’est donc tout naturellement que pour les médias occidentaux, un blogueur égyptien incarcéré pour avoir sévèrement « critiquer » l’Islam, est beaucoup plus accrocheur médiatiquement qu’un avocat père de deux enfants, époux d’une femme remarquable, torturer et jeter en prison pour un texte qui dénonce l’état des prisons tunisiennes et les exactions qui s’y pratiquent. Les médias alternatifs qui ont émergé avec les nouvelles technologies de l’Internet, avaient initialement pour objectif de se soustraire à cette information du symbole et de l’émotion. Mais semblent en fin de compte succomber aux mêmes tentations simplificatrices et stéréotypées.

Cela n’est pas seulement le fait des médias français, ou des sphères qui ne sont pas directement concernées par ces pratiques, ce phénomène existe aussi dans les pays touchés par des cas de censures et de représailles. Le net tunisien est un bon exemple de ce renoncement et de cette fascination pour des cas surmédiatisés alors que la majorité de ses acteurs ignorent presque tout de certains de leurs compatriotes emprisonnés ou poursuivis pour des faits similaires. Alors que l’affaire Karim Amer a suscité et suscite encore un fort élan de solidarité, certains blogs arborent même les affiches de soutient au blogueur égyptien, à l’époque de l’enlèvement de Maître Mohamed Abbou, son procès monté de toute pièce et sa condamnation injuste à 3 ans et demi de prison, n’avait que très peu ému le net tunisien en dehors des sites militants. Le triste 2ème anniversaire de son incarcération, n’a suscité que quelques lignes de commentaires sur des billets qui en parlaient à peine. Encore plus consternant, à ma connaissance et j’espère me tromper, l’affaire Abbou n’a pas tant passionné la blogosphère égyptienne ni les autres blogosphères arabes non plus.

Il ne faut pas non plus oublier que la médiatisation du cas Amer est sûrement aussi le fruit de la mobilisation de la blogosphère égyptienne qui fait un travaille remarquable aussi bien sur Internet que sur le terrain. Pour le cas Abbou, Mais aussi de celui de Mohamed Fourati lui aussi poursuivi et condamné par contumas à 14 mois de prison pour deux textes publiés sur Internet. Le juge Mokhtar Yahyaoui, révoqué pour avoir demander l’indépendance de la justice dans une lettre publiée sur Internet, pour autant de noms, parmi tant d’autres, le soupçon de volontarisme que les blogueurs tunisiens emploient pour médiatiser le cas d’un blogueur égyptien ou d’un journaliste marocain, ne semble pas au rendez-vous pour des cas censés plus proches.

Encore une fois le but de ce billet n’est pas de quantifier la solidarité qu’on se doit à tel ou tel personne. Je ne peux que me réjouir qu’on parle autant de Karim Amer, mais j’aurais aimé que cela ne soit pas au dépend d’autres victimes de l’absurdité des dictatures qui sévissent encore dans le monde. Il ne faut pas que toutes ces victimes subissent la double injustice d’être à la fois sanctionnées pour avoir exprimer leurs idées et oubliées par ceux a qui elles étaient destinées.



lundi 12 mars 2007

Mr Aouidni Salem a bien été victime d’actes de torture




Ici le contenu alternatif ()




e 24 du mois dernier, j’ai relaté l’agression dont a été victime Aouidni Salem, un jeune trentenaire tunisien, dans des troublantes circonstances. La victime, qui avait été admise, deux jours au par-avant, aux urgences du CHU de Sfax après y avoir été déposée par deux policiers, soufrait alors de graves blessures et de profondes lésions internes qui avaient nécessité une colostomie. Une intervention lourde qui laissait déjà les médecins inquiets quant aux éventuelles complications.

Aux dernières nouvelles et après un entretien téléphonique que j’ai eu avec le membre de l’équipe médicale qui m’avait, au départ relaté ces faits, la santé du patient s’est considérablement dégradée depuis l’opération. Des problèmes sérieux se sont depuis déclarés qui ont nécessité une reconsidération des possibilités de guérison du patient. Aux risques d’infection très élevés dans ce type d’opérations, se sont additionnées des insuffisances dans la purification du sang, engendrées par les traumatismes internes. Un système de drainage sanguin à même été mis en place pour palier à cette insuffisance. Une opération très éprouvante pour le patient qui subit déjà des effets postopératoires particulièrement contraignants.

Aouidni Salem n’est pourtant pas au bout de ses peines. Depuis la semaine dernière, la direction de l’hôpital exerce des pressions sur lui pour qu’il quitte l’établissement, même si son état de santé ne lui permet pas encore de rentrer chez lui. Ni les demandes incessantes des membres de sa famille, ni les objections soulevées par certains médecins, ne semblent dissuader les responsables de l’hôpital. Un retournement spectaculaire de situation qui, toujours selon mon interlocuteur, est du aux pressions faites par la police et les membres de la famille du policier impliqué dans cette affaire ! Ce qui ne laisse aucun doute sur la responsabilité de la police dans ce qui arrive à cette malheureuse victime.

En effets, depuis son admission, la victime n’a eu de cesse de désigner la police comme étant responsable de ses blessures. Le personnel médical partageait également la même conviction. Le chef de service, le professeur Ben Amor s’était même engagé à faire un rapport dans ce sens à ses supérieurs et à témoigner pour la victime le cas échéant. Aussi, dans les jours qui ont suivi la révélation de cette affaire et selon le témoignage d’une personne travaillant à l’accueil de l’hôpital, plusieurs membres d’ONG tunisiennes (pas plus de précision sur les noms de ces organisations) ont fait le déplacement au chevet du patient lui promettant leurs aides. Les soutiens du personnel médical et des associations de défense des droits de l’homme ont eu pour effets d’encourager la victime à envisager de porter plainte contre la police.

La réaction de la police ne s’est pas faite attendre. Deux membres de la famille du policier, présumé responsable de cette agression, ont rendu visite à la victime pour la menacer ouvertement de représailles si elle s’obstinerait à vouloir porter plainte. Ces individus, dont un serait le frère du policier, ont également menacé le personnel médical ainsi que la direction de l’hôpital. Toujours selon mon interlocuteur, des responsables de la police locale ont contacté la direction pour qu’ils renvoient illico presto le patient encombrant arguant des troubles à l’ordre publique que son maintient au sein de l’établissement pourrait engendrer.

Des agissements qui, comme chacun peut le comprendre, ont eu un effet négatif sur l’état physique et psychologique du patient qui vie depuis dans une peur permanente des représailles de la police mais aussi de se retrouver abandonner à lui-même. Les pressions conjuguées de la police et des membres de la famille ont donc porté leurs fruits. La direction de l’hôpital a fait savoir à Mr Aouidni qu’il n’était plus la bienvenue et qu’il lui fallait trouver un autre endroit pour se soigner ! Le professeur Ben Amor, qui était pourtant très affecté par ce qui est arrivé à son patient, ne veut plus en entendre parler, revenant du coup sur ses promesses d’apporter son témoignage à la victime.

Le cauchemar que Mr Aouidni vie depuis maintenant une quinzaine de jours n’est donc pas prêt de s’arrêter. Maintenant qu’il ne persiste plus aucun doute sur le caractère criminel et intentionnel des actes qu’il a subi, il risque les représailles de ses bourreaux mais aussi d’être privé de soin par l’hôpital dont les responsables agissent aux mépris de l’éthique de leur profession. Les derniers développements nous font également poser des questions sur le silence des ONG tunisiennes qui se sont déplacées sur place. Connaissant, et à juste titre, leurs actions bien médiatisées pour les droits des militants et des prisonniers politiques, nous ne pouvons que relever leur silence assourdissant s’agissant du cas de Mr Aouidni.

jeudi 1 mars 2007

La corruption et la douane tunisienne sur Tunis7 !

Extrait de l'émission "Bikol oudhouh", Tunis 7, 1ère diffusion le 22 Fevrier 2007.


’émission « bikoll oudhouh » (en toute clarté), sur la télévision publique tunisienne, Tunis7, est l’une de ces nouvelles émissions qui s’essayent à la fameuse ouverture médiatique, que tout le monde semble constater et saluer depuis quelques temps. Le thème de l’émission était « la douane et l’entreprise en Tunisie ». L’invité de l’émission était le colonel Lotfi El Ayedi, directeur à la direction centrale des douanes. L’extrait que j’ai choisi aborde la question épineuse de la corruption au sein de la douane tunisienne.

Le ton est certes nouveau et les sujets traités audacieux mais si le présentateur semble vouloir poser les bonnes questions, il ne pousse pas l’audace jusqu’à réclamer les bonnes réponses, surtout si l’invité fait partie d’un pilier du système. Malgré cela, le haut responsable était presque sympathique et les efforts qu’il a employé pour redorer l’image de la douane, presque louables. Le journaliste a également tenté de faire son travail au mieux, posant des questions délicates et relançant son inviter quand ce dernier essayait de se dérober. Cela ne marchait pas à tous les coups mais l’intention, me semble-t-il, y était. On peut même percevoir un moment de flottement (02 :00) quand le journaliste sort ses propres chiffres sur le nombre élevé des réunions du conseil de discipline qui excluraient, selon lui, 1 douanier par mois.

Mais malgré ces tentatives le présentateur n’a pas pu amener le douanier à dire autre chose que ce qu’il était venu dire. A savoir que la corruption existe partout et que la douane met tout en œuvre pour traquer et éliminer les « âmes faibles » qui succombent à la tentation et les « saboteurs » et les « criminels » qui les pervertissent. Pour littéralement clouer le bec du journaliste en déclarant quasi-religieusement que « la Tunisie était un état de droit » et que par conséquence « personne ne pourrait se voir demander de contre partie pour obtenir un droit ». Nous voilà rassurer ? Pas tout à fait !

Ceci aurait pu être le cas dans un vrai état de droit ou bien évidement la corruption existerait mais d’une manière résiduelle et entre deux parties intéressées et où les recours possibles sont effectifs et efficaces. De même que l’analyse du colonel El Ayedi, quand il aborde la question de la responsabilité du citoyen dans la question de la corruption est, d’une certaine manière, pas totalement fausse, puisque celle-ci est aussi à rappeler et à condamner. Mais ce que ce responsable feint d’oublier, c’est que dans certains domaines et plus spécialement le sien, le Droit n’à plus droit de citer en Tunisie.

Car le problème principal de la douane tunisienne et dont tous les autres travers découlent, est avant tout, l’impunité dont certains jouissent face à la douane en particulier mais plus généralement face à l’autorité de l’état. Au-delà des petits trafics qui permettent, dans la majorité des cas, à ceux qui les pratiquent de survivre, le plus gros de l’économie souterraine est alimenté par des filières quasi-institutionnelles qui profitent de passe-droits couverts par les autorités elles-mêmes. Pour les trafics qui génèrent le plus de manque à gagner aux caisses de l’état, les commanditaires et les principaux bénéficiaires jouissent de complicités aux plus hauts niveaux du pouvoir. Des personnes qui ne peuvent pas être inquiétées par les conseils de disciplines, même si ces derniers siégeaient quotidiennement. Toutes les mesures que le colonel EL Ayedi avance, ne servent, en fait, qu’à réprimer les conséquences de faits plus graves qui, eux, restent impunis.

Un simple douanier qui surveille un entrepôt sous douane n’a pratiquement aucune chance de faire quoi que ce soit de cette responsabilité. Le poids de la hiérarchie ne lui donne aucun pouvoir réel, ni directement sur la marchandise qu’il surveille, ni sur ses supérieurs qui en quelque sorte ne lui doivent rien. Ce douanier n’a donc pratiquement aucune chance d’étendre son réseau d’influence au sein de la douane et par conséquence d’attirer des corrupteurs potentiels. Même s’il arrive à le faire le préjudice ne sera pas important et certaines mesures de contrôles peuvent facilement le démasquer et le sanctionner.

Prenant maintenant l’exemple inverse : Un colonel de la douane, ou un quelconque haut gradé qui se lie d’affaire avec un membre proche du pouvoir ou une personne influente d’une manière ou d’une autre. Cette alliance peut être entre deux personnes intéressées mais aussi le résultat de pressions d’ordre hiérarchique qui ne donneraient pas trop le choix à cet officier. Cependant le résultat reste le même. Pour mettre en application les termes de l’accord convenu avec « le commanditaire », le colonel a besoin de complicités au sein de l’administration mais aussi sur le terrain. Il choisit parmi ses subordonnés une personne de confiance et lui confie la tache. Cette personne trouvera à son tour quelqu’un d’autre pour se rapprocher encore plus du terrain. Et c’est ainsi, par un effet domino, toute une ligne verticale de responsables plus ou moins importants est ainsi corrompue par l’effet d’une seule personne. D’ailleurs les tarifs pratiqués pour telle ou telle prestation intègrent la rémunération de toute la chaîne.

Bien évidemment l’existence de ces pratiques ne reste pas inaperçue par les « autres » douaniers qui ne « profitent » pas de cette manne financière. Pour les plus malhonnêtes ou les plus « faibles », d’entre eux cela encourage et justifie en quelque sorte leurs petites combines personnelles qui s’ajoutent ainsi aux trafics les plus organisés. C’est un cercle infernal ou chacun justifie son action par celle de son collègue ou de son supérieur. Des supérieurs qui ne peuvent plus avoir de réel pouvoir de contrôle et de sanction étant eux-mêmes impliqués.

Concernant l’envolée lyrique de l’invité de cette émission, sur le thème de « l’état de droit », elle est certes touchante mais n’apporte aucune réponse au problème. Car encore une fois ceux qui pratiquent des trafics organisés, corrompent pour augmenter leur profits et couvrir leurs actions illégales, ceux la n’on aucun problème à payer ce qu’ils ont à payer et l’intègrent dans leurs « prix de revient », si j’ose dire. Ils ne sont en aucun cas les victimes de ce système mais les principaux bénéficières. Ils n’ont théoriquement aucune raison de dénoncer ces pratiques et n’ont donc rien à faire avec le droit. Les recours énumérés par le colonel ne leur serviraient absolument à rien.

Pour les autres, véritables victimes de ce système, la question est beaucoup plus délicate. Car en générale la pression exercé par le douaniers et plus sournoise sur le commun des mortels puisqu’elle ne consiste pas à lui denier un droit mais à lui faire comprendre que s’il veut l’obtenir plus vite et sans complication il aurait intérêt à « récompenser » le douanier. Le douanier se présente ainsi comme une aide précieuse pour l’usager confronté aux lenteurs de la machine administrative. Ce qu’on paye c’est donc l’obtention, dans des délais raisonnables, d’un droit. Pour le petit chef d’entreprise ou le petit commerçant qui a des clients à satisfaire, le facteur temps est primordial. Cet usagé peut parfaitement refuser de payer et aller se peindre aux autorités compétentes, mais il perdra encore plus de temps et donc d’argent. Il se retrouve ainsi obligé de recourir à ces pratiques pour ne pas être pénalisés. Bien évidement Cela n’excuse en rien ces comportements, mais il faut être d’une mauvaise foi sans mesure pour leur faire porter aux simples usagés la responsabilité du fléau de la corruption en Tunisie.

Voila comment en couvrant des pratiques douteuses aux plus hauts sommets du pouvoir on contamine toute une société et on discrédite toute une institution. Beaucoup de douaniers tunisiens vivent ces passe-droits comme une insulte à leur travail et aux valeurs de l’institution qu’ils servent. Des jeunes officiers déçus du décalage entre les cours de droit à l’école des officiers et la réalité de leur travail mais également des anciens qui ne reconnaissent plus l’institution qu’ils ont contribué à mettre en place. Ces douaniers intègres tentent malgré ces dérives de servir au mieux les intérêts de leur institution. Peut être que l’invité de cette émission fait partie de ceux qui pensent encore aux intérêts du pays, je n’ai pas à en douter, mais toutes les actions et toutes les mesures qu’il a énuméré pendant cette émission ne serviront à rien tant que les plus grands « saboteurs » et corrupteurs continuent d’agir impunément sous la bienveillance intéressées des plus hauts responsables de l’état.

samedi 24 février 2007

Encore un cas abominable de torture ?




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e viens de m’entretenir avec une personne faisant partie du personnel du CHU de Sfax. Cette personne m’a relaté une histoire qui s’est déroulée le 22 février alors qu’il était en service.

Vers 2 heures du matin, deux policiers, un en uniforme et l’autre en civil, débarquent dans le service des urgences de l’hôpital en transportant un jeune homme évanoui et présentant, sur tout le corps, des blessures visibles. Le policier, qui, selon le témoin, été très nerveux, demande à voir un médecin en urgence. Le médecin de garde du service des urgences, découvre alors un jeune homme d’une trentaine d’année portant des vêtements à moitié déchirés et maculés de sang et dont la tête, notamment le cuire chevelu, et le visage, présentaient plusieurs blessures et contusions.

Selon le témoignage de mon interlocuteur, toutes les personnes présentes étaient horrifiées par le spectacle quand le médecin a hotté les vêtements du jeune homme. En plus des bleus qui lui couvraient une bonne partie du corps, toute la partie du bas du dos présentait des blessures profondes et des plaies ouvertes au niveau de l’anus et du bas de l’abdomen. Le médecin constate avec frayeur les dégâts sur le conduit anal du patient mais également, les lésions internes qui affectent le rectum et le côlon. Le médecin de garde envisage immédiatement le recours à la chirurgie mais doit attendre le lendemain pour pouvoir le faire. En effet, pour éviter les complications pour une opération aussi délicate, le patient devait être à jeun. Il s’emploie alors à soigner les blessures de la tête et du haut du corps et ordonne ensuite le transfert immédiat de la victime au bloc opératoire.

L’équipe du matin prend ensuite le patient en charge et le Professeur Mohamed Ben Amor, chef du service chirurgie du CHU de Sfax, pratique alors une « colostomie », une opération qui consiste à relier le gros intestin à la paroi de l’abdomen pour permettre ensuite de le relier à un système d’évacuation des selles en replacement du conduit anal. Il tente de réparer les blessures causées ailleurs sur le système digestif et constates des dégâts tels, que certains seront « certainement irréversibles ». Selon le médecin qui c’est confié à son équipe : « les dégâts causées sur le conduit anal et sur l’anus sont tellement considérables, que je ne sais pas si une « anastomose » est encore possible (opération consistant à rétablir la continuité de l’intestin)…de toute façon l’opération n’est envisageable qu’après la cicatrisation des blessures et cela, à mon avis ne sera pas possible avant plusieurs mois… ». En attendant le patient est pour l’instant à l’hôpital sous surveillance médicale, mais sa vie, toujours selon l’avis du médecin, « n’est plus en danger ». Le médecin de garde a, quant à lui, estimé que « le fait que ce jeune homme nous est arrivé en vie à l’hôpital est un miracle en soit, tant les blessures étaient sérieuses ».

Mais alors qu’est il arrivé à ce jeune homme ? La question a déjà été posée par le médecin qui avait reçu les deux policiers transportant la victime, ou plutôt à l’un deux, puisque le policier en civil s’est éclipsé à l’instant même où le personnel médicale avaient récupérés le patient. D’abord se refusant à tout commentaires et visiblement nerveux et exaspéré par les questions du médecin, le policier fini par déclarer : « mes collègues avaient été appelés à intervenir sur une bagarre qui avait dégénéré. Arrivés sur les lieus, ils ont du faire appel à la force pour séparer les jeunes qui se battaient violemment. Ils se sont alors, une fois l’intervention achevée, rendu compte des blessures de ce jeune homme ». Le médecin insiste alors sur le fait que dès que la victime avait repris conscience, elle n’avait de cesse de crier que se sont les policiers qui l’avaient mis dans cet état, après l’avoir « passer à tabac ». Le policier avoue alors qu’ils (ses collègues) n’étaient pas vraiment sur de ce qui c’est passé » en rajoutant qu’ils ne savaient pas « qui a frappé qui » !

Toujours selon mon interlocuteur, visiblement choqué et ému par ce qu’il avait vu, « la cause de cette blessure au niveau du conduit anal n’est pas du à l’insertion d’un objet comme on le pensait au départ surtout qu’on avait déjà vu dans nos services des victimes de ce genre de sévices. En se basant sur les déclarations du policier et la nature des blessures engendrées, il semblerait que cela aurait été causé par plusieurs coups de pieds violents avec la pointe de la chaussure au niveau du postérieur et du bas du ventre de la victime ». Quant aux déclarations du policier il n’y croit pas un mot : « l’attitude du policier est suspecte. Bien que je ne pense pas qu’il soit l’auteur de cette agression, il savait très bien ce qui s’était passé et il essayait visiblement de couvrir cette bavure.»

Pour le moment, personne ne sait avec certitude pour quel motif ce jeune homme aurait été torturé, ni dans quelles circonstances cela aurait été fait. Ce qui est sur c’est qu’il n’était pas en détention ou en garde à vu au moment des faits. Je n’ai pas non plus d’information sur son identité. Sur les policiers tout ce que je peux dire aujourd’hui c’est que le policier en uniforme est un quinquagénaire de grande taille aux cheveux poivre et sel faisant partie de la police locale.

Les auteurs de cette abominable agression. Seront-ils un jour inquiétés pour leurs actes ? Rien ne nous laisse aujourd’hui l’espérer à part la volonté du médecin de « faire un rapport à ses supérieurs hiérarchiques » et son engagement de témoigner dans le cas ou la victime souhaiterait porter plainte.

Mais pour cela, faut-il que la victime porte plainte et que la justice tunisienne, dont chacun connaît la passivité devant de telles affaires, en tienne compte.