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vendredi 20 février 2009

Leçons de « journalisme anthropologique » au Figaro : Les « jeunes Français d’origine musulmane » à l’honneur


www.nawaat.org | M.k. | Getty Images


Certains travers des médias français ont vraiment la peau dure. Le quotidien Le Figaro dans son édition du 18 février, en a donné un exemple éloquent. Dans un encadré d’appel à La une du journal, on pouvait lire ce titre pour le moins accrocheur : « Quand des beurs vont chercher fortune à Dubaï » !

La suite est plus…affligeante. « Depuis quelques années, de nombreux jeunes Français d’origine musulmane partent s’installer dans les pays du Golfe…» Pouvons-nous lire dans l’encadré. Oui, vous avez bien lu : « Jeunes Français d’origine musulmane ». Voilà donc que pour Le Figaro, l’Islam est un « groupe ethnique » bien distinct ! Ça commence bien.

« Certains tentent l’aventure pour être en phase avec leurs aspirations culturelles ou religieuses […]», continue le journal. Après avoir appris que l’islam est une « race », on découvert, que pour qu’un « français d’origine musulmane » puisse être « en phase » avec ses « aspirations culturelles et religieuses », il faille qu’il s’expatrie dans un pays musulman ! On craint presque pour le cœur des 4 à 5 millions de musulmans en France, qui apprennent sans ménagement et en quelques lignes, deux « vérités fondamentales » sur eux-mêmes.

En tournant la page pour aller découvrir l’article, annoncé page 2, on s’attend déjà au pire. Et on ne sera pas déçu ! Tout d’abord, par l’auteur de l’article. Georges Malbrunot. Grand reporter au Figaro devenu célèbre après son enlèvement par « l'armée islamique en Irak » qui réclamait à la France, contre sa libération et celle de son confrère Christian Chesnot, l’annulation de la Loi sur la laïcité. Le journaliste est réputé être un « bon connaisseur » de « la région » et « ses subtilités », et était, a priori, bien placé pour éviter les clichés simplificateurs.

On déchante dès la lecture du titre de l’article : « Le Golfe, nouvelle terre d'asile des Beurs de banlieue ». Ici aussi le qualificatif « beur » est employé sans aucun « complexe ». Mais on apprend surtout que le « beur » est un éternel exilé. Après sa première « terre d’asile », la France (où il est née), ingrat comme il est, le voilà qu’il part à la recherche d’une « nouvelle terre d’asile ».

Et les premières lignes donnent le ton. « M. arrive au rendez-vous dans un café branché de Dubaï en djellaba blanche, la tenue traditionnelle du vendredi, jour de prière en islam. ». nous apprend l’auteur. Admirez ici les élans pédagogiques du journaliste qui éclaire les lecteurs du journal sur les traditions vestimentaires et religieuses du « Français d’origine musulmane ».

Bien évidement, « cet ingénieur en télécommunications » qui habite avec son épouse « dans un immeuble moderne de cette ville où les mosquées côtoient les plus beaux hôtels du monde » et qui ne voyait aucun inconvenant à « voir des filles en minijupe » se sent mieux dans son nouvel environnement et peut tout à fait connaitre les joies de « l’artisanat islamique » et pratiquer librement ses « étranges » rites et coutumes. « Si j'étais resté en France, on me regarderait bizarrement. Ici, cela ne gêne personne » nous dit-il. Quoi de plus normal ? N’est-il pas au milieu de ses semblables ?

D’ailleurs Malbrunot nous le dit cash : « À Dubaï, il (le français d’origine musulmane ? [ndlr]) peut donc, sans tracas, jeûner pendant ramadan, manger halal et faire ses ablutions ailleurs que dans les toilettes. ». « Le beur », peut alors « se fondre dans la masse ». Quelle chance pour M. pour qui « l'opulence ostentatoire de Dubaï ressemble pourtant bien peu au bled algérien de ses parents ». Que c’est bien dit !

« L'alliance […] de la BMW et du Coran, sous le soleil et dans une atmosphère de relative liberté individuelle. » est parait-il ce qui plait le plus à ces jeunes « beurs » comme Nesim, un « jeune Beur, d'origine tunisienne », victime de discrimination à l’embauche en France alors qu’il est, selon le journaliste, « non pratiquant et parfaitement intégré ».

En lisant la suite on comprend très vite, que si par malheur des « beurs » des cités osent tenter l’aventure de l’expatriation pour un meilleur avenir, comme le fond des milliers d’autres français aux « bonnes origines », c’est forcément par esprit de revanche sur cette France qui ne les accepte pas comme ils sont.

D’ailleurs, ce n’est pas le journaliste qui le dit...mais Khalid, « cadre d'une société d'intelligence économique », qui ne reviendra vivre en France que « lorsque la France aura appris à vivre avec ses musulmans ».

Il existerait même une « très petite minorité », « très religieuse », en rupture totale avec la France et à qui « Le djihad ne déplairait pas fondamentalement ». Tellement en rupture qu’il n’était « pas question », pour le journaliste, « d'approcher l'un d’eux ». On est presque soulagé qu’ils soient expatriés

Bref, tantôt d’origines « islamiques » tantôt d’origines « maghrébines », ces « beurs des banlieues » présentés par ce travail de journalisme « anthropologique », n’échapperont pas à leur étiquette même à des milliers de kilomètres de leur pays, la France.

Mais maintenant qu’on connait mieux « le Français d’origine musulmane », le journaliste peut pousser ses efforts « à but informatifs », pour nous faire découvrir les péripéties d’autres français d’ « origine ». Pourquoi pas les jeunes français « blacks » d’origine…« noire » !

Malek
http:stranger-paris.blogspot.com
wwww.nawaat.org


mercredi 21 janvier 2009

« Statut avancé » accordé à la Tunisie : À quand les explications d’Abdelwaheb Abdallah ?


Abdelwaheb Abdallah, ministre des affaires étrangères tunisien. (AP Photo/Stephen Chernin)


Dans un dernier article j’ai formulé mes « sérieux doutes » sur l’honnêteté des déclarations de notre ministre des « affaires mensongères » sur le « statut avancé » que l’UE aurait accordé à la Tunisie.

La vérité c’est qu’il ne s’agissait qu’une candidature tunisienne qui sera étudiée avec « bienveillance » par l’UE. Il ne fallait pas enquêter pendant des mois, juste quelques vérifications de bon sens suffisent pour comprendre que notre ministre ne faisait que prendre nos « vénérables » conseillers pour des andouilles.

Et comme d’habitude dans ce genre de magouilles médiatico-propagandistes, c’est à une obscure agence de presse à l’indépendance douteuse de diffuser la bonne nouvelle. Après, il ne reste plus aux Médias officiels et autorisés qu’à reprendre « l’information » en faisant monter la sauce avec des analyses pseudo-objectives. Même l’opposition s’est faite prendre et a ressorti illico les déclarations de circonstances.

Mais voilà, mes « doutes » semblent avoir entamé la certitude des rédacteurs du site internet espacemanager.com, un des sites qui ont relayé les déclarations du ministre. 3 jour après la publication de l’article par l’express.fr, ils se sont fondus d’un article qui exprime leurs désarrois de « ne plus rien y comprendre » et se demandent : « ce qui retenait nos politiques à nous éclairer encore plus sur la question. ».

On ne peut qu’être de leur avis, surtout qu’ils ont repris une bonne partie des arguments pour enfin reconnaitre que « le communiqué de la partie européenne évoqué par l'agence APA et repris par plusieurs journaux s'avère être introuvable sur les supports de diffusion de l'Union européenne a-t-on appris du journal français l'Express. » Sans aller jusqu’à mettre le lien de l’article. Mais c’est peut être trop leur demander !

Pour le correspondant tunisien de JeuneAfrique.com les choses sont plus claires. En oubliant de revenir sur les déclarations du ministre, le journaliste nous rappelle la décision du dernier conseil d’association qui se trouve disposé « à étudier avec bienveillance » cette demande. « Mais l’on n’est qu’au début du processus de réflexion par un groupe de travail conjoint dont les travaux n’ont pas encore démarré » s’en presse-t-il de préciser.

Devant « les doutes » qui commencent à gagner des rédactions en général peu farouches, il fallait que quelqu’un vienne au secours de notre optimiste ministre. C’est le bimensuel l’Economiste Maghreb qui s’y colle et nous apprend que le chef de la délégation européenne en Tunisie est « très confiant quant aux chances réelles de la Tunisie d’accéder, dans les meilleurs délais à «un statut avancé » ». Tellement confiant qu’il a même déclaré que « la Tunisie est suffisamment avancée dans son rapprochement avec l’Union européenne pour accéder à ce statut ». Nous sommes donc « suffisamment » avancés pour obtenir le « statut avancé » ! Nous voilà donc à moitié rassuré !

Parce que, du coté des autorités, du ministère concerné plus précisément, toujours aucune réaction. Silence radio ! Pourtant notre ministre à beaucoup à nous dire. À commencer par s’expliquer à propos de cette « faute de gout » diplomatique. Mais surtout nous informer du déroulement et du contenu de ces négociations avec l’UE qui au cas où il l’aurait oublié, concerne en premier lieu les tunisiens eux-mêmes.

Il serait par exemple intéressant de savoir si le gouvernement tunisien s’apprête à engager les réformes nécessaires dans le domaine politique pour préparer la future accession au « statut avancé » dans le respect de l’esprit du plan d’action de la politique européenne de voisinage ? À l’approche des prochaines élections présidentielles qui, selon le dernier rapport de suivi de l’EU, posent « des enjeux essentiels pour le fonctionnement du processus démocratique tunisien », le régime en place a encore le temps de montrer sa « bonne volonté ».

Ou va-t-il plutôt profiter du « principe de différenciation », nouvelle invention européenne, qui consiste en des accords de coopérations « sur mesure » ? « Ce rapprochement d’intérêt mutuel pourrait concerner plusieurs secteurs d’activité comme par exemple le commerce, l’environnement, la politique maritime et de la pêche, les transports ou l’énergie. » aurait déclaré l’EU. Il est certain qu’on risque gère de se fâcher en parlant de nucléaire, d’énergies renouvelables ou de TGV. Même s’ils veulent parler poiscaille, l’UE aura du mal à donner des leçons à la Tunisie alors que deux de ses membres, la France et l’Italie, sont soupçonnés, autant que la Tunisie, de « pêche illégale » !


jeudi 18 décembre 2008

"3001 L'odyssée de l'info" : L'Express.fr ouvre ses portes aux blogueurs !




Pour fêter son 3001ème numéro, l’Express ouvre son site internet aux bloggeurs pour une opération spéciale le 7,8 et 9 janvier. Joliment baptisée « 3001 odyssée de l’info », l’opération « veut offrir une réelle expérience et une vraie tribune aux blogueurs » dit le premier billet publié sur le blog des coulisses de l’événement. Devant une initiative aussi séduisante, du moins au premier abord, je ne pouvais pas refuser l’invitation et je me suis donc rendu mardi dernier à la première conférence de rédaction au siège de l’Hebdo.

Pour ne pas faillir à mes habitudes et alors que j’ai tout fait pour être à l’heure, j’arrive dans la grande salle au 6ème étage avec 5 bonne minutes de retard ! Et comme c’est toujours le cas à chaque fois qu’on installe des chaises en rangs, les dernières places disponibles sont toujours celles qui se trouvent bien au milieu du premier rang, juste en face de celui qui parle. Mais surtout cela te condamne à tourner le dos à 90% des présents. N’ayant guère le choix, je m’installe. Le temps de faire connaissance avec Renaud, mon voisin d’infortune, et d’écouter une brève présentation de l’opération, Eric Mettout, le rédacteur en chef de la version net de l’hebdo, prend la parole et rentre assez rapidement dans le vif du sujet.

« Ça va pas se faire sans écueil » annonce-t-il en parlant de cette collaboration entre Journalistes et blogueurs mais nous rassure sur le fait qu’il est important que chacun de nous garde sa manière de faire et j’avoue que cela m’a effectivement rassuré (Eric Mettout parle de l'opération sur Le blog de la blugture). Le principe est donc le suivant : Après le choix des sujets, chaque bloggeur sera en contact avec un journaliste « référent » et son stagiaire. Les journalistes sont là pour répondre à nos questions et nous aider dans nos recherches ou démarches. Le rédac chef et son adjoint chapeautent le tout. Eric Mattout à même assuré qu’il lira tout et qu’il jouera pleinement son rôle de rédacteur en chef. Voilà qui nous promet des discussions intéressantes. Il est aussi à noter que pendant la durée de l’opération, les moyens de documentations et les locaux même de l’hebdo seront à la disposition de ceux qui le désirent !

Après les présentations, le choix des sujets. Les sujets « froids » repérés par la rédaction ont fait l’objet de discussions. Certains d’entre eux vont être traités conjointement ou dans des approches différentes par la rédaction et par des blogueurs. D’autres, ont été proposés par des blogueurs. Tous acceptés, à part un sujet sur « l’utilité de la réouverture des maisons-closes », ne correspondant pas « aux valeurs de l’hebdo » selon le rédac chef ! Les sujets à traiter sont très variés et la majorité des blogueurs qui se sont exprimés, ont préféré rester dans les sujets qu’ils traitent habituellement. ( Les détails avec le live blogging de Laurent )

Le bilan de cette soirée à l’Express est globalement positif, bien que je regrette qu’on n’ait pas eu le temps de faire réellement connaissance mais tout a été fait pour qu’on puisse garder le contact. Tout le monde a été un peu trop sage à mon gout mais attendons de voir comment cela va se passer quand il s’agira de discuter des premiers jets. D’ici le 8 janvier date du 3001ème numéro de l’Express, j’aurais certainement l’occasion de mieux connaitre le fonctionnement du site internet et la manière de travailler de la rédaction. Je suis également curieux de savoir si obtenir des informations sera plus facile si je me présente en disant que l’article sera publié sur l’Express.fr ?

Voilà donc, mes deux sujets en poche je me lance dans cette aventure avec beaucoup d’enthousiasme mais quelques appréhensions dues principalement à la différence qui existe, à mon sens, entre le travail d’un blogueur et celui d’un journaliste. Le premier exprime une opinion alors que le deuxième à plutôt tendance à se cantonner aux faits. Mais ce qui est certain c’est que les deux auront beaucoup à apprendre l’un de l’autre. La lueur qui a brillé dans l’œil d’Eric Mettout à la proposition d’une blogueuse de suivre le retour des ouvriers des usines Renault qui vont fermer pendant les vacances de noël, en a été, à mon avis, une preuve.

Alors ! Que l’odyssée commence !

Crédits photo : Richard Ying.


dimanche 3 août 2008

Ordre protocolaire dans la République de Ben Ali



Ben Ali en visite au palais de Bardo pour fêter la République ! Source : Site internet de la présidence

uelques jours avant de répondre positivement et en « toute fierté » à la demande qui lui a été faite (interdiction de rire) d’être Le Candidat du RCD pour l’élection présidentielle de 2009, « au milieu de youyous de femmes de son parti dans une salle archicomble décorée de drapeaux en rouge et blanc de la Tunisie. », notre « fier » président s’est invité, le vendredi 25 juillet, au siège de « l’honorable » chambre des députés à une réception organisée à l’occasion du 51e anniversaire de la proclamation de notre chère République nous dit-on sur le site officiel de la présidence. Il faut dire que cet anniversaire est assez symbolique pour Ben Ali puisque c’est le vingtième qu’il « célèbre » en tant que président de cette République après avoir célébré en grandes pompes le 20e anniversaire du « changement du 7 novembre », et fêter pour la vingtième fois l’indépendance de notre pays en étant à sa tête. Cela méritait bien une petite sauterie républicaine.

Il est vrai que pendant plus de 50 ans qu’on fait semblant de fêter la République, on n’est plus à une cérémonie pompeuse près. Pourtant à la lecture du compte rendu de cette joyeuse fête, une phrase étrange ferait dresser les cheveux sur les têtes des plus blasés d’entre nous. Je cite : « Le Président de la République a été accueilli, à son arrivée au palais du Bardo, par le premier vice-président du Rassemblement Constitutionnel Démocratique, le premier ministre, le président de la chambre des députés et les membres du bureau de la chambre des députés ». Oui vous avez bien lu…le président qui, rappelons-le, est en visite au palais de Bardo, siège des supposés représentants du peuple tunisien, pour célébrer le 51e anniversaire de la République, a été accueilli par…le premier vice-président du parti au pouvoir !

Commençons déjà par ce qui relève des bonnes manières, si j’ose dire. Le président de la chambre des députés n’est que troisième dans cet ordre protocolaire. La moindre des politesses aurait été qu’il soit le premier à souhaiter la bienvenue au président. Après tout, c’est le maitre des lieux en quelques sortes et c’est à lui d’accueillir son invité. Vous…vous vous imaginez inviter, chez vous, une personnalité de l’envergure de « notre président » et accepter que se soit « le premier vice-président » de son « fan club » qui la reçoive à votre place ? Je pense que personne n’accepterait. Détrompez-vous. Le président de notre chambre des députés, lui, accepte. Et il n’est pas le seul. Ses députés non plus ne semblent pas très regardants sur les convenances puisqu’à leur tour ils se sont faits reléguer presque à la dernière place, cette fois-ci derrière les membres du bureau politique du RCD !

S’il ne s’agissait que d’une question de bonnes manières cela ne mériterait certainement pas qu’on en fasse tout un plat. Surtout connaissant les manières de ceux qui nous gouvernent. Mais voilà, une République a ses règles et parmi celles-ci se trouve celle d’un ordre protocolaire bien établi qui classe les personnalités politiques selon l’importance de leurs fonctions au sein de cet édifice. Un ordre d’importance qui, dans une République, se défini en fonction des trois pouvoirs supposés indépendants sur lesquels se base celle-ci, à savoir le pouvoir exécutif, parlementaire et judiciaire.

Dans notre cas précis le protocole républicain aurait donc voulu que le président soit éventuellement accueilli en premier par son premier ministre, étant le chef du gouvernement, et représentant du pouvoir exécutif mais impérativement suivi par le président de la chambre des députés et celui de la chambre des conseillers, représentants du pouvoir législatif. Le président du conseil constitutionnel, s’il était présent (surement un oubli), suivrait et ainsi de suite. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que notre constitution désigne ces trois personnages comme les premiers garants de la continuité du pouvoir « en cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d'empêchement absolu ». Le président de la chambre des députés étant même le premier sur la liste des potentiels intérimaires.

Le plus grave, mais aussi le plus triste, c’est que ce mépris est perpétué par la tête de gondole de l’appareil de propagande du pouvoir en place, j’ai nommé la tristement célèbre Tunis7. Une petite recherche dans les archives des journaux télévisés de la chaine nationale nous permet de voir que cet ordre protocolaire est déjà de mise depuis quelques années, et plus particulièrement depuis le 20e anniversaire du « changement » comme l’atteste ce bref montage.





Il est vrai que le président de cette « chambre introuvable » n’a rien fait pour mériter un meilleur traitement. Ce n’est pas lui qui, à l’unisson avec le président de La chambre des conseillers, a accouché le premier d’une déclaration pour appeler Ben Ali à « renouveler sa candidature aux élections présidentielles de 2009 pour briguer un cinquième mandat de cinq ans » ? Permettant pour que cela puisse se faire qu’on massacre pour la énième fois la constitution tunisienne. Vu de cet angle là il ne mérite même pas d’être le président de cette chambre. Mais puisqu’on est dans cette recherche pathétique de sauver les apparences. Celle qui consiste à mettre en avant la place du pouvoir législatif et ses représentants et « le renforcement des acquis républicains », selon la formule officielle psalmodiée à tous les discours de Ben Ali, ne semble plus de mise. C’est ainsi que, dans la république de Ben Ali, un premier vice-président d’un parti politique peut reléguer au troisième rang de l’importance protocolaire le représentant des élus du peuple tunisien !

Ce manque cruel d’égards vis-à-vis des représentants de deux des trois pouvoirs sur lesquels repose notre République n’a rien de la simple faute de frappe sur une dépêche de la TAP ou de la faute de goût et encore moins d’une méconnaissance des ordres d’importances et des règles protocolaires. Il traduit en réalité, le vrai rapport de force au sein de la république de Ben Ali. Une république du parti unique avec à sa tête un homme…« unique » qui centralise à lui seul tous les pouvoirs, en théorie indépendants. Aucune institution n’échappe à cette mise aux pas de plus en plus ostentatoire. Le RCD ne se contente plus du rôle du Parti du président mais s’affiche clairement aujourd’hui comme la véritable antichambre du pouvoir du président et son unique successeur. Marginalisant ainsi nos institutions certes malmenés depuis 50 ans mais néanmoins existantes. En vingt et un ans de pouvoir Ben Ali aurait-il oublié que c’est par les règles de cette même République qu’il ne cesse de bafouer qu’il a pu, un jour de novembre 1987, en devenir le président ?

Publié sur www.nawaat.org


samedi 5 juillet 2008

Affaire Al-Doura : 8 ans après, il est temps que le petit mohammed repose en paix.


e 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim, aux abords de la bande de Gaza, le petit Mohammed Al-Doura était tué par balle dans les bras de son père Jamal, qui tentait de le protéger. L’atroce scène de la lente agonie de ce petit garçon filmé par le caméraman Talal Abu Ramah et commentée par Charles Enderlin, le correspondant de France 2 à Jérusalem, fait le tour du monde et provoque l’indignation de l’opinion internationale sur fond de début de la 2e Intifada.

Aussitôt les autorités israéliennes soutenues par l’extrême droite israélienne mettent en doute la véracité des images et crient à la manipulation. Les images seraient « un montage partial à but propagandiste ». L’agence de presse israélienne MENA - Metula News Agency réalise un documentaire de 20 minutes, AL DURA : l’enquête, qui à partir des déclarations de Nahum Shahaf, physicien ayant participé à l’enquête de Tsahal, met en cause la réalité des scènes filmées par le cameraman de France 2 et conclut à « une véritable mise en scène jouée par des acteurs ». Un an plus tard c’est le correspondant permanent de la MENA à Paris, Gérard Huber, qui publie en janvier 2003, Contre-expertise d’une mise en scène, ouvrage reprenant la thèse du documentaire à la réalisation duquel il avait participé.

En France cette thèse du complot a été longuement étayée par Media-Ratings, une agence de notation des médias qui a conclu après enquête que selon les éléments dont elle disposait, « le correspondant de France 2 à Jérusalem, Charles Enderlin, a effectivement diffusé un faux reportage ce 30 septembre 2000 » et exige « la démission immédiate de ceux qui se sont livrés à cette supercherie ». Arlette Chabot, directrice de l’information de la chaine publique française a aussitôt menacé de porter plainte contre toute personne qui accuserait France 2 d'avoir diffusé un faux et engage une procédure judiciaire de diffamation à l’encontre de Média-Rating et de son président Philippe Karsenty.

Le 19 octobre 2006, la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris, en charge de l’affaire, a déclaré Philippe Karsenty coupable des faits visés à son encontre et l’a condamné à 1000 € d’amende et à 3000 € de dommage et intérêts à France 2 et Charles Enderlin. Le condamné ayant fait appel, la 11e chambre de la cour d’appel de Paris, a ordonné un supplément d’information afin que France2 transmette les rushes pris par son cameraman Talal Abu Ramah.

S’en suit une bataille d’experts mandatés par les deux parties pendant laquelle l’accusation a effectivement présenté la totalité des images tournées par le caméraman de France 2. Des images qui mettent la scène en situation et permettent de constater l’existence d’au moins 3 autres caméramans de différents médias sur les lieux ce qui rend la thèse selon laquelle la mort du jeune Mohammed était « une mise en scène tournée par des acteurs », difficilement envisageable.







Mohammed al Dura. Les Images - Ma-Tvideo France2
Mohammed al Dura. Les Images - Ma-Tvideo France2

Images présentées devant la cour d'appel de Paris le 27 fevrier 2008



La défense a de son coté appelé entre autres, Jean-Claude Schlinger, expert en armes et munitions, auteur d’un rapport de balistique basé uniquement sur les images de France 2 concluant, sans même se rendre sur les lieux, dans un langage d’expert que :
« En tenant compte du contexte général et des nombreuses mises en scène que nous avons constatées sur l’ensemble des documents étudiés, aucun élément objectif ne nous permet de conclure que l’enfant a été tué et son père blessé dans les conditions qui ressortent du reportage de France 2. Il est donc sérieusement possible qu’il s’agisse d’une mise en scène. »
Mais voilà que le 21 mai 2008, coup de théâtre, la 11e chambre d’appel de Paris déboute les accusations de diffamation de France 2 et de Charles Enderlin à l’encontre du journaliste Philippe Karsenty ! Laurence Trébucq (Présidente de la Cour d’appel de Paris,) affirme le droit de celui-ci à exercer de bonne foi son « droit de libre critique ». France 2 et Charles Enderlin décident alors d'entamer un recours en cassation.

Suite à ce jugement, les supporters de la thèse du complot boivent du petit lait considérant que la décision du tribunal confirme les accusations de manipulation de la part de France 2 et de son envoyé spécial. C’est sous la plume d’Elie Barnavi, ambassadeur d’Israël en France au moment des faits, que le camp des « négationnistes » a réaffirmé ses arguments. Lors d’une tribune publiée sur l’hebdomadaire Marianne, intitulée L’honneur du journalisme, l’ex ambassadeur et défenseur inconditionnel de l’État d’Israël, soucieux de l’image de son pays, regrette que « depuis que juifs et Arabes s'affrontent sur ce bout de terre, rien n’a eu un effet aussi dévastateur sur l'image d'Israël et de ses armes que la mort du petit Mohammed al-Doura, seule la tuerie de Deir Yassin, le 9 avril 1948, a eu des conséquences plus graves. » !

Soutenant la thèse de la manipulation et reprenant presque tous les arguments circulant autour de cette affaire, Barnavi se base sur la littérature foisonnante sur le sujet, fruit de « l’acharnement de quelques francs-tireurs - pas tous des sionistes excités » selon lui et qui jettent « un doute sérieux sur la version des faits offerte par France 2. » Ainsi l’ex ambassadeur explique à propos du cameraman et du père du petit Mohammed :
« Il s'avéra bientôt que Talal Abou Rahma, le cameraman d'Enderlin - lequel n'était pas présent sur les lieux lors des faits - n'était point ce professionnel au-dessus de la mêlée que vantait son patron, mais, de son propre aveu - et il s'en faisait gloire -, un propagandiste au service de la cause palestinienne. Bien plus tard, on devait apprendre aussi que les cicatrices exhibées par le père de Mohammed étaient dues à des coups de couteau subis au cours d'une rixe à Gaza et soignés dans un hôpital israélien. Et bien d'autres choses encore. »
Charles Enderlin, qui une semaine plus tard répond dans le même Marianne, s’étonne, ironiquement, que M Barnavi n’ait pas vérifié ses informations auprès des services israéliens estimant que l’ex ambassadeur avait « certainement un niveau d’habilitation « sécuritaire » [lui] permettant l’accès à certains dossiers du Shabak, le service de sécurité intérieure israélien.» en affirmant :
« Pour le Shabak, Talal Abou Rahmeh qui a filmé la mort de Mohammed A Dura n’est pas un propagandiste palestinien et n’est soupçonné d’aucune activité subversive anti-israélienne comme vous l’affirmez. La réponse que nous avons reçue de ce service – et d’autres – lorsqu’il a fallu obtenir pour Talal une autorisation d’entrée en territoire israélien était la suivante : « Il est blanc comme neige ». Les accusations que vous portez contre lui sont fausses et inadmissibles »
En ce qui concerne Jamel le père du garçon Enderlin poursuit :
« Si vous aviez contacté Jamal avant de publier votre éditorial, il vous aurait décrit les soins qu’il a reçus à l’hôpital Shifa de Gaza; communiqué les radios qui montrent sa blessure au bassin. Le compte rendu des opérations subies à l’hôpital militaire d’Amman où d’ailleurs il a reçu les visites de deux journalistes israéliens, Tom Segev et Semadar Peri, également du Roi Abdallah »
Il a rappelé que les défenseurs de l’idée du « complot pro-palestinien » ont fait circuler des remueurs affabulant le père d’un passé trouble de narcotrafiquant connu des services israéliens. Il aurait d’ailleurs eu ces coups de couteaux, qu’il fait passer pour des impacts de balles, au cours d’un règlement de compte avec d’autres trafiquants. « Problème : Israël n’accorde pas de permis de travail à de tels criminels. Or, Jamal a travaillé – en toute légalité – chez une enseignante de l’université de Tel Aviv qui le raconte dans un livre. ». Rétorque le journaliste dans son droit de réponse.

Après avoir mis en doute la moralité et l’intégrité du caméraman de France 2 et de celle de Jamel, Barnavi continu en mettant en doute celle de toute la chaine. « La querelle se noua autour des rushes, dont on n'avait monté qu'une petite partie. » dit-il en se demandant « Que cachaient les autres ? L'agonie de l'enfant, qu'Enderlin disait avoir voulu épargner à ses téléspectateurs ? Ou des images moins douloureuses, mais aussi plus préjudiciables à sa version des événements ? » En s’empressant tout de même de formuler ses certitudes :
« On découvrit [à la vision des rushes NDLR] que la plupart des « affrontements » filmés avant la scène finale étaient du théâtre au bénéfice des caméras. Et l'on a vu le petit Mohammed lever la tête après les tirs censés l’avoir tué et jeter un regard furtif à la caméra. »
Le plus étrange dans ces affirmations c’est qu’elles contredisent les rushes en question (voir la vidéo plus haut). Des images encore une fois tournées par d’autres caméramans présents ce jour-là, comme l’explique Enderlin :
« Oui, Talal n’a filmé que ce que les circonstances permettaient. Ces scènes d’Intifada ont également été tournées par d’autres cameramen qui se trouvaient sur place, notamment d’Associated Press et de Reuters […] Pour notre part, lorsque cette campagne de diffamation a débuté, nous avons présenté les images à un médecin légiste qui a conclu que les mouvements de l’enfant étaient consistants avec l’agonie. (Selon le dictionnaire : les instants qui précédent la mort). »
L’agonie. Celle d’un petit garçon mort dans les bras de son père incapable de le protéger. C’est de cela qu’il s’agit au fond. Cette image est si dérangeante, si choquante mais aussi si symbolique d’une réalité quotidienne comme l’a dit le journaliste de France 2 en commentant les images. Mais c'étais le commentaire de trop. En parcourant rapidement la littérature qui traite de « la thèse du complot » on se rend rapidement compte que ce qui compte le plus pour ces « défenseurs de la vérité » à l’instar d’Elie Barnavi, c’est « l’image d’Israël ». Ce n’est pas que l’enfant soit en vie ou qu’il soit tué par les Palestiniens ou encore l’honneur de son armée…Rien de tout cela. C’est le fait qu’à travers quelques minutes d’images, se cristallise toute la cruauté de l’entreprise coloniale de l’État d’Israël. Et c'est finalement ce qui rend ces images insupportables pour les défenseurs de l'indéfendable.

Des images aussi abominables les unes que les autres on en a vu depuis. Mais les autorités israéliennes et ses défenseurs continuent et par tous les moyens, de vouloir faire croire que tout cela n’est que « mascarade », « cinéma » et « mise en scène ». Le caméraman, le père, l’enfant, Charles Enderlin, France 2, des médecins palestiniens et jordaniens, le roi abdallâh de Jordanie et quelques autres caméramans seraient tous des menteurs et des affabulateurs ! Tous ont participé à un énorme « complot » visant à salir « l’image d’Israël » et de son armée ! Et cela continu encore puisque M. Prasquier, le président du CRIF, à demander maintenant « la formation d’une commission médicale ad hoc destinée à vérifier l’origine des cicatrices de Jamal » !

Bien que le juge n’ait pas trouvé que cela soit diffamant pour le journaliste est sa chaine, cela n’enlève absolument rien au caractère farfelu et je dirais même pervers, des accusations de ses fossoyeurs. Que huit ans après la mort tragique du petit Mohammed, on continu à dire "qu’il est vivant et vend des fruits à Gaza", cela devient carrément abominable. N'est-il pas temps que Mohammed repose enfin en paix ?


Article publié sur www.nawaat.org



dimanche 1 avril 2007

7/7 SUR TUNIS7 - Spéciale 20 Mars

Le Zapping exclusif de la télévision tunisienne





a télévision tunisienne vous saoule ? Elle vous donne envie de crier ? De commettre des actes de vandalismes ? De repeindre votre salon aux couleurs du 7 novembre ? De jeter le tailleur couleur bleu turquoise que votre femme garde même si elle ne rentre plus dedans ?
Ne vous inquiétez pas vous êtes parfaitement normal !

Selon des études scientifiques sérieuses, une forte exposition aux programmes de Tunis7 provoquerait des comportements dépressifs, des délires obsessionnels, une très forte allergie à certaines couleurs telles que : le fuchsia, le turquoise, le jaune canaris…et une accoutumance inexpliquée à la couleur violette et aux compliments et superlatifs de tous genres !

Conscient de la gravité de ce problème de santé publique et du désamour croissant entre les tunisiens et leur télé nationale, nous avons tout mis en œuvre pour y remédier. Pour cela, nous avons fait appel à une nouvelle technologie. Des puissants logiciels, derniers nés des laboratoires Nice systems, scrutent Tunis7, sept jours sur sept pour vous en livrer le meilleur.

Le résultat ? C’est 7/7 sur Tunis7, le Zapping officiel de la télévision tunisienne. Sept minutes et sept secondes de pur bonheur. Les plaisirs de Tunis7 sans les inconvénients, en quelques sortes. Alors profitez en bien en attendant, peut être, le jour où on pourra regarder la télé sans effets secondaires.

Observation : La présence massive du chiffre sept est totalement fortuite et ne correspond à aucune réalité connue.

mercredi 28 mars 2007

Compassion sélective





’ai assisté samedi dernier aux « premières rencontres du cinquième pouvoir », manifestation organisée par Agoravox, le site référence de ce qu’on appelle désormais « le journalisme citoyens » (Je reviendrai dans un autre billet sur les détails de cette journée). A la fin de l’intervention de Natacha Quester Seméon, fondatrice de Humains Associés, qui s’exprimait sur le travail de son association sur Second Live, elle a appelé à la solidarité avec Karim Amer le blogueur égyptien qui vient d’écoper de 4 ans de prison pour des textes publiés sur internet. Bien évidement cette initiative est à saluer surtout, et à ma grande surprise, qu’il n’y en a pas eux d’autres durant cette journée citoyenne !

Je me suis alors posé la question de savoir pourquoi une affaire attirerait plus l’attention qu’une autre ? Qu’est ce qui fait qu’on retienne un nom, plutôt qu’un autre ? Pourquoi certaines injustices sont elles hyper-médiatisées et d’autres quasiment ignorées ? Autant de questions auxquelles je ne trouve pas de réponses. Bien évidement le but n’est pas de faire de la quantification ou des comparaisons entre les souffrances, mais justement partant du principe que toutes les souffrances sont égales, pourquoi alors une telle compassion sélective ? Plus inquiétant encore, on a le sentiment que la nature des prises de positions et des idées exprimées détermineraient au préalable l’importance de la couverture médiatique ainsi que la mobilisation que susciteront les poursuites judiciaires ou l’incarcération de ceux qui les expriment !

Le phénomène de la compassion sélective n’est pas nouveau. Faut-il certainement y voir la prédominance des médias de masses qui ont formaté l’information en la réduisant à des symboles qui ont pour but de susciter de l’émotion. Selon le pays, la culture et l’histoire du consommateur de l’information, sa réaction face à l’information n’est pas la même. C’est donc tout naturellement que pour les médias occidentaux, un blogueur égyptien incarcéré pour avoir sévèrement « critiquer » l’Islam, est beaucoup plus accrocheur médiatiquement qu’un avocat père de deux enfants, époux d’une femme remarquable, torturer et jeter en prison pour un texte qui dénonce l’état des prisons tunisiennes et les exactions qui s’y pratiquent. Les médias alternatifs qui ont émergé avec les nouvelles technologies de l’Internet, avaient initialement pour objectif de se soustraire à cette information du symbole et de l’émotion. Mais semblent en fin de compte succomber aux mêmes tentations simplificatrices et stéréotypées.

Cela n’est pas seulement le fait des médias français, ou des sphères qui ne sont pas directement concernées par ces pratiques, ce phénomène existe aussi dans les pays touchés par des cas de censures et de représailles. Le net tunisien est un bon exemple de ce renoncement et de cette fascination pour des cas surmédiatisés alors que la majorité de ses acteurs ignorent presque tout de certains de leurs compatriotes emprisonnés ou poursuivis pour des faits similaires. Alors que l’affaire Karim Amer a suscité et suscite encore un fort élan de solidarité, certains blogs arborent même les affiches de soutient au blogueur égyptien, à l’époque de l’enlèvement de Maître Mohamed Abbou, son procès monté de toute pièce et sa condamnation injuste à 3 ans et demi de prison, n’avait que très peu ému le net tunisien en dehors des sites militants. Le triste 2ème anniversaire de son incarcération, n’a suscité que quelques lignes de commentaires sur des billets qui en parlaient à peine. Encore plus consternant, à ma connaissance et j’espère me tromper, l’affaire Abbou n’a pas tant passionné la blogosphère égyptienne ni les autres blogosphères arabes non plus.

Il ne faut pas non plus oublier que la médiatisation du cas Amer est sûrement aussi le fruit de la mobilisation de la blogosphère égyptienne qui fait un travaille remarquable aussi bien sur Internet que sur le terrain. Pour le cas Abbou, Mais aussi de celui de Mohamed Fourati lui aussi poursuivi et condamné par contumas à 14 mois de prison pour deux textes publiés sur Internet. Le juge Mokhtar Yahyaoui, révoqué pour avoir demander l’indépendance de la justice dans une lettre publiée sur Internet, pour autant de noms, parmi tant d’autres, le soupçon de volontarisme que les blogueurs tunisiens emploient pour médiatiser le cas d’un blogueur égyptien ou d’un journaliste marocain, ne semble pas au rendez-vous pour des cas censés plus proches.

Encore une fois le but de ce billet n’est pas de quantifier la solidarité qu’on se doit à tel ou tel personne. Je ne peux que me réjouir qu’on parle autant de Karim Amer, mais j’aurais aimé que cela ne soit pas au dépend d’autres victimes de l’absurdité des dictatures qui sévissent encore dans le monde. Il ne faut pas que toutes ces victimes subissent la double injustice d’être à la fois sanctionnées pour avoir exprimer leurs idées et oubliées par ceux a qui elles étaient destinées.



jeudi 1 mars 2007

La corruption et la douane tunisienne sur Tunis7 !

Extrait de l'émission "Bikol oudhouh", Tunis 7, 1ère diffusion le 22 Fevrier 2007.


’émission « bikoll oudhouh » (en toute clarté), sur la télévision publique tunisienne, Tunis7, est l’une de ces nouvelles émissions qui s’essayent à la fameuse ouverture médiatique, que tout le monde semble constater et saluer depuis quelques temps. Le thème de l’émission était « la douane et l’entreprise en Tunisie ». L’invité de l’émission était le colonel Lotfi El Ayedi, directeur à la direction centrale des douanes. L’extrait que j’ai choisi aborde la question épineuse de la corruption au sein de la douane tunisienne.

Le ton est certes nouveau et les sujets traités audacieux mais si le présentateur semble vouloir poser les bonnes questions, il ne pousse pas l’audace jusqu’à réclamer les bonnes réponses, surtout si l’invité fait partie d’un pilier du système. Malgré cela, le haut responsable était presque sympathique et les efforts qu’il a employé pour redorer l’image de la douane, presque louables. Le journaliste a également tenté de faire son travail au mieux, posant des questions délicates et relançant son inviter quand ce dernier essayait de se dérober. Cela ne marchait pas à tous les coups mais l’intention, me semble-t-il, y était. On peut même percevoir un moment de flottement (02 :00) quand le journaliste sort ses propres chiffres sur le nombre élevé des réunions du conseil de discipline qui excluraient, selon lui, 1 douanier par mois.

Mais malgré ces tentatives le présentateur n’a pas pu amener le douanier à dire autre chose que ce qu’il était venu dire. A savoir que la corruption existe partout et que la douane met tout en œuvre pour traquer et éliminer les « âmes faibles » qui succombent à la tentation et les « saboteurs » et les « criminels » qui les pervertissent. Pour littéralement clouer le bec du journaliste en déclarant quasi-religieusement que « la Tunisie était un état de droit » et que par conséquence « personne ne pourrait se voir demander de contre partie pour obtenir un droit ». Nous voilà rassurer ? Pas tout à fait !

Ceci aurait pu être le cas dans un vrai état de droit ou bien évidement la corruption existerait mais d’une manière résiduelle et entre deux parties intéressées et où les recours possibles sont effectifs et efficaces. De même que l’analyse du colonel El Ayedi, quand il aborde la question de la responsabilité du citoyen dans la question de la corruption est, d’une certaine manière, pas totalement fausse, puisque celle-ci est aussi à rappeler et à condamner. Mais ce que ce responsable feint d’oublier, c’est que dans certains domaines et plus spécialement le sien, le Droit n’à plus droit de citer en Tunisie.

Car le problème principal de la douane tunisienne et dont tous les autres travers découlent, est avant tout, l’impunité dont certains jouissent face à la douane en particulier mais plus généralement face à l’autorité de l’état. Au-delà des petits trafics qui permettent, dans la majorité des cas, à ceux qui les pratiquent de survivre, le plus gros de l’économie souterraine est alimenté par des filières quasi-institutionnelles qui profitent de passe-droits couverts par les autorités elles-mêmes. Pour les trafics qui génèrent le plus de manque à gagner aux caisses de l’état, les commanditaires et les principaux bénéficiaires jouissent de complicités aux plus hauts niveaux du pouvoir. Des personnes qui ne peuvent pas être inquiétées par les conseils de disciplines, même si ces derniers siégeaient quotidiennement. Toutes les mesures que le colonel EL Ayedi avance, ne servent, en fait, qu’à réprimer les conséquences de faits plus graves qui, eux, restent impunis.

Un simple douanier qui surveille un entrepôt sous douane n’a pratiquement aucune chance de faire quoi que ce soit de cette responsabilité. Le poids de la hiérarchie ne lui donne aucun pouvoir réel, ni directement sur la marchandise qu’il surveille, ni sur ses supérieurs qui en quelque sorte ne lui doivent rien. Ce douanier n’a donc pratiquement aucune chance d’étendre son réseau d’influence au sein de la douane et par conséquence d’attirer des corrupteurs potentiels. Même s’il arrive à le faire le préjudice ne sera pas important et certaines mesures de contrôles peuvent facilement le démasquer et le sanctionner.

Prenant maintenant l’exemple inverse : Un colonel de la douane, ou un quelconque haut gradé qui se lie d’affaire avec un membre proche du pouvoir ou une personne influente d’une manière ou d’une autre. Cette alliance peut être entre deux personnes intéressées mais aussi le résultat de pressions d’ordre hiérarchique qui ne donneraient pas trop le choix à cet officier. Cependant le résultat reste le même. Pour mettre en application les termes de l’accord convenu avec « le commanditaire », le colonel a besoin de complicités au sein de l’administration mais aussi sur le terrain. Il choisit parmi ses subordonnés une personne de confiance et lui confie la tache. Cette personne trouvera à son tour quelqu’un d’autre pour se rapprocher encore plus du terrain. Et c’est ainsi, par un effet domino, toute une ligne verticale de responsables plus ou moins importants est ainsi corrompue par l’effet d’une seule personne. D’ailleurs les tarifs pratiqués pour telle ou telle prestation intègrent la rémunération de toute la chaîne.

Bien évidemment l’existence de ces pratiques ne reste pas inaperçue par les « autres » douaniers qui ne « profitent » pas de cette manne financière. Pour les plus malhonnêtes ou les plus « faibles », d’entre eux cela encourage et justifie en quelque sorte leurs petites combines personnelles qui s’ajoutent ainsi aux trafics les plus organisés. C’est un cercle infernal ou chacun justifie son action par celle de son collègue ou de son supérieur. Des supérieurs qui ne peuvent plus avoir de réel pouvoir de contrôle et de sanction étant eux-mêmes impliqués.

Concernant l’envolée lyrique de l’invité de cette émission, sur le thème de « l’état de droit », elle est certes touchante mais n’apporte aucune réponse au problème. Car encore une fois ceux qui pratiquent des trafics organisés, corrompent pour augmenter leur profits et couvrir leurs actions illégales, ceux la n’on aucun problème à payer ce qu’ils ont à payer et l’intègrent dans leurs « prix de revient », si j’ose dire. Ils ne sont en aucun cas les victimes de ce système mais les principaux bénéficières. Ils n’ont théoriquement aucune raison de dénoncer ces pratiques et n’ont donc rien à faire avec le droit. Les recours énumérés par le colonel ne leur serviraient absolument à rien.

Pour les autres, véritables victimes de ce système, la question est beaucoup plus délicate. Car en générale la pression exercé par le douaniers et plus sournoise sur le commun des mortels puisqu’elle ne consiste pas à lui denier un droit mais à lui faire comprendre que s’il veut l’obtenir plus vite et sans complication il aurait intérêt à « récompenser » le douanier. Le douanier se présente ainsi comme une aide précieuse pour l’usager confronté aux lenteurs de la machine administrative. Ce qu’on paye c’est donc l’obtention, dans des délais raisonnables, d’un droit. Pour le petit chef d’entreprise ou le petit commerçant qui a des clients à satisfaire, le facteur temps est primordial. Cet usagé peut parfaitement refuser de payer et aller se peindre aux autorités compétentes, mais il perdra encore plus de temps et donc d’argent. Il se retrouve ainsi obligé de recourir à ces pratiques pour ne pas être pénalisés. Bien évidement Cela n’excuse en rien ces comportements, mais il faut être d’une mauvaise foi sans mesure pour leur faire porter aux simples usagés la responsabilité du fléau de la corruption en Tunisie.

Voila comment en couvrant des pratiques douteuses aux plus hauts sommets du pouvoir on contamine toute une société et on discrédite toute une institution. Beaucoup de douaniers tunisiens vivent ces passe-droits comme une insulte à leur travail et aux valeurs de l’institution qu’ils servent. Des jeunes officiers déçus du décalage entre les cours de droit à l’école des officiers et la réalité de leur travail mais également des anciens qui ne reconnaissent plus l’institution qu’ils ont contribué à mettre en place. Ces douaniers intègres tentent malgré ces dérives de servir au mieux les intérêts de leur institution. Peut être que l’invité de cette émission fait partie de ceux qui pensent encore aux intérêts du pays, je n’ai pas à en douter, mais toutes les actions et toutes les mesures qu’il a énuméré pendant cette émission ne serviront à rien tant que les plus grands « saboteurs » et corrupteurs continuent d’agir impunément sous la bienveillance intéressées des plus hauts responsables de l’état.

jeudi 14 décembre 2006

Les caricatures déchainées du Canard Enchaîné



Une conférence de deux jours sur le thème de l'holocauste s'est tenue lundi et mardi à Téhéran. C'est le président iranien Mahmoud Ahmadinejad en personne qui est à l'origine de ce rendez-vous. Les participants à la conférence ont décidé de créer un «comité international» chargé d'étudier la réalité du génocide juif. En plus, on est prié de ne pas mettre en doute l’objectivité de ce comité !

D'après une étude menée par Ifop à la demande d'Économie Matin, sur 427 personnes, 90 % sont des lecteurs de journaux gratuits comme Metro, 20 Minutes ou encore À Nous Paris. Presse généraliste ou spécialisée, elle prend réellement de l'assurance, de la valeur auprès du public, trois ans seulement après son irruption brutale dans le paysage français. Cependant, elle est toujours mal acceptée par les journaux payants qui sont aujourd'hui des concurrents de taille. Avec plus de 266 millions d'exemplaires distribués chaque jour en France, ce qui représente 15 % de la circulation globale des quotidiens. Les 15-35 ans sont les plus concernés par ce genre de presse.

Il s'agit de nouveaux individus, oubliés de la presse payante ou simplement en dehors de ses préoccupations. Par exemple, 49 % des lecteurs de Metro ont entre 15 et 34 ans : 25 % sont des étudiants et 49 % des femmes. Résultat, les payants comme Le Figaro ou le Monde veulent se diversifier en se lançant eux aussi dans les gratuits. Ils captent une part non négligeable, non pas de leurs lecteurs, mais des recettes publicitaires. Les payants veulent donc riposter en lançant eux-mêmes leurs gratuits.

Mais peut-on faire confiance à un média entièrement financé par la publicité et qui n’apporte aucune analyse à l’information qu'il présente à ses lecteurs. Ce qui nous ramène à la question fatidique : l’information peut elle être gratuite ?


Selon un sondage de l'institut CSA effectué à cinq mois de l'élection présidentielle, M. Le Pen obtiendrait 17% des suffrages au premier tour. Jamais CSA n'avait attribué autant d'intentions de vote à M. Le Pen, ces 17% dépassant même le score de 16,86% atteint par le président du FN le 21 avril 2002. L’institut Ipsos le crédite de 10%, l'Ifop de 11% et TNS-Sofres de 13%. Ces chiffres élevés surviennent alors que le doute plan encore sur la possibilité de Le Pen d’obtenir le nombre parrainages nécessaire pour déposer sa candidature. Dans tous les cas et même avec les scores élevés des deux favoris des français, à savoir, Royal et Sarkozy, l’éventualité de voir le président du front national au second tour des prochaines présidentielles, est toujours d'actualité !




Caricatures extraites du Canard Enchaîné du 13 Décembre 2006

vendredi 8 décembre 2006

Méfions nous des réflexes simplificateurs

Ce texte est une réaction à un article sur la Tunisie (Les paradoxes tunisiens) paru sur le site de la nouvelle chaine d’information, France 24, et dater du 01/12/2006. Je le poste sur mon blog parce que, vu sa longueur il m’est impossible de le faire, dans l’espace réserver à cette effet.



Je suis vraiment surpris de voir avec quelle légèreté vous avez choisi de traiter une question aussi compliquer. Pour une chaine qui se donne pour mission d’apporter un nouvel éclairage sur l’actualité et plus particulièrement sur celle du monde Arabe, et tenant compte de la rhétorique employée pour cet article, j’ai des sérieux doutes sur sa capacité à vraiment faire la différence avec ce qui se fait déjà. Ce qui semble évident à la lecture de cette « analyse » c’est le manque de maitrise de la réalité tunisienne et surtout la subjectivité avec laquelle des conclusions hasardeuses ont été tirées.

L’auteur constate et à juste tire que les lois anti-terroristes ont abouti à des injustices et a des jugements aux décisions disproportionnées et des fois mêmes farfelues pour le plus grand malheur des détenus et de leurs familles, mais il fallait peut être rappeler que ces lois abjectes font partie d’une politique internationale dont la France y est partie prenante autant que les Etats-Unis. Les injustices induites par ces lois absurdes sont visibles dans tous les pays qui les appliquent, d’ailleurs ces injustices sont plus flagrantes dans les pays dit démocratiques supposées armées contre les tentations liberticides et sécuritaires.

Rien qu’a voir les procès de certains imams en France mais aussi en Europe et aux Etats-Unis ou dernièrement l’affaires des bagagistes de l’aéroport de Roissy à qui ont a arbitrairement enlevé leurs gagne-pains, pour comprendre que l’absurdité vient en premier de ces lois défendues par les pays démocratiques pour se préserver du terrorisme et dont les pays comme le notre sont les premiers à en payer le prix. Un terrorisme que les Etats-Unis, l’Europe en général et la France en particulier en ce qui nous concerne, ont pendant des années protégé et même financé au non de la liberté de croyance et d’expression et utilisé comme des moyens de pression sur les pays qui réclamaient désespérément leurs démentiellement. Mais les droits de l’homme semblent être pour vous des valeurs très fluctuantes.

Pour également comprendre le sentiment antioccidental qui émane d’une frange de la population, il fallait peut être rappelé les propos insultants pour le peuple tunisiens, tenus par le président Jacques Chirac en Tunisie, qui déclarait que le premier des droits de l’homme été de manger, de se loger et de se soigner ! Mais la je peux comprendre que cela soit difficile pour une chaine dont le parrain est justement l’auteur de ces propos.

Votre connaissance de l’histoire de la diplomatie tunisienne semble également souffrir de graves lacunes, et on ne peut que le regretter. Les prises de positions de la Tunisie n’ont jamais été celles des autres pays arabes et la Tunisie a depuis son indépendance réussit de ne pas être une marionnette aux mains du nationalisme exacerbé qui a tant fait de mal au monde Arabe. C’est la Tunisie, à travers son leader historique Habib Bourguiba, qui été la première à appeler au compromis avec Israël en se mettant tout le monde Arabe à dos. Apres le discours de Jéricho en 1965 notre ambassadeur en Egypte à été contraint de quitter le pays en pyjamas laissant derrière lui notre ambassade en feu. Un compromis, qu’aujourd’hui même les scénarios les plus optimistes ne permettent pas d’espérer.

C’est également la Tunisie qui, après le refus de tous les autres pays arabes, a accepté d’accueillir l’OLP. C’est encore en Tunisie que le même Arafat a proclamé la création de l’état palestinien. C’est également la Tunisie qui, après les bombardements criminels de l’aviation Israélienne a obtenu le vote d’une résolution pour « condamner » Israël sans que les américains n’y mettent leur veto. Chose que les pays européens, devant les massacres à répétitions de la même armée, n’arrivent plus à obtenir. C’est encore une fois la Tunisie qui, contrairement à la majorité des autres pays arabes a refusé de participer à la coalition pendant la première guerre du Golf et qui a été la première dans les pays arabes à demander un cessez le feu au Liban pendant la dernière guerre de destruction qu’a connu ce pays alors que la Ligue Arabe et l’Arabie Saoudite y voyait une bonne occasion de se débarrasser du Hizbollah sans se soucier des milliers de victimes libanaises.

Dire que beaucoup de pays arabes reprochent à la Tunisie son atlantisme, sans rappeler que l’Egypte à troquer sa dette extérieure contre sa participation à la coalition américaine en 1991 et continue aujourd’hui à soutenir la politique américaine en Irak. Dire cela sans rappeler que les pétromonarchies du golf ont toutes sur leurs sols des bases américaines, me semble occulter des éléments essentiels pour comprendre qu’en fin de compte ces reproches calculés et ces indignations feintes alimentent les propagandes nationalistes de ces dictatures qui aveuglent les peuples arabes et les empêchent d’avoir une analyse objective de leurs situations.

J’aimerai aussi m’arrêter sur votre analyse simpliste et même altermondialiste de la situation économique et sur vos affirmations hasardeuses sur la conjecture du tourisme en Tunisie. Il est vrai que le secteur rencontre des difficultés mais cela est plus du à la catégorie des touristes qu’on courtise qu’a leur nombre qui est au contraire en progression avec certes des fluctuations mais elles sont celles qui affectent le tourisme mondial.

Qu’on n’y se trompe pas. Ce qui a motivé ma réaction ce n’est pas mon envi de voler au secours du régime anti-démocratique et même totalitaire qui sclérose notre pays et qui fait beaucoup de tort à notre économie et qui hypothèque notre avenir. Ce n’est non plus pas l’envi d’occulter les difficultés sérieuses que les tunisiens rencontrent dans leurs vies de tous les jours ni de nier les injustices que plusieurs d’entre eux subissent aux quotidiens. La responsabilité de résoudre ces problèmes qui semblent inextricables, incombe en premier aux tunisiens et se laisser tenter par les discours culpabilisateurs de certain membres de l’opposition ne fait que réconforter cette croyance absurde que ce qui nous arrive n’est pas notre responsabilité mais de celle de l’impérialisme, du néo-colonialisme ou que s’ai-je encore. Cela me rappelle encore une confidence de l’ex ambassadeur des Etats-Unis en Tunisie qui lors d’une réception ou a été convié le gratin de l’opposition, c’est exclamé d’avoir le sentiment que certains désiraient que les américains re-débarquent en Tunisie avec un nouveau président dans leurs paquetages.

Cette réaction est donc essentiellement motivée par la légèreté avec la quel votre journaliste semble tirer ses conclusions et assener ses certitudes quant aux causes de ces problèmes. C’est pour protester contre cette tendance à tomber dans le simplisme et à céder aux raccourcis faciles. Si votre chaine à vraiment envie d’apporter un éclairage nouveau sur le monde Arabes, je vous conseil amicalement de ne pas se laisser influencer par la rhétorique empreinte de manichéisme qui fait loi dans certains milieux de pensée qui, semblent-ils, éclairent vos réflexions. N’est-il pas significatif que le seul opposant que vous citiez soit un opposant communiste ?! Non que son avis n’est pas important mais qu’il n’est tout simplement pas le seul.

Pour conclure je voudrais, sans prétention aucune, rappelé aux journalistes de cette chaine - à qui on souhaite beaucoup de réussite – qu’apporter un regard nouveau sur l’information consiste en premier à abandonner les vieux reflexes simplificateurs (pour ne pas dire simplistes) et d’oser affronter la complexité des situations et de leurs contextes.

Cordialement,

mardi 5 décembre 2006

La Chambre introuvable


Couverture du Libre Tunisien N° 6

EDITORIAL

Louis XVII, répondant à une députation de la Chambre « ultraroyaliste » de 1815 chargées de lui présenter un projet de loi, avait dit : « qu’une pareille Chambre semblait introuvable », tellement ravi de se trouver en parfaite communion d’idées avec ses députés. Mal élus et s’exerçant exclusivement à se concilier les bonnes grâces du régime, cette Chambre était l’expression la plus outrée de la réaction royaliste. C’est bien à ces hommes, qui allaient plus loin que le roi lui-même dans la voie réactionnaire, que convenait l’expression si souvent répétée : plus royaliste que le roi. Prés de deux cent ans plus tard et au risque de démentir le roi de France, notre président, vient de trouver sa « chambre introuvable ». Et signe de l’excellence tunisienne, il en a même trouvé deux !



A peine quelques jours après les inévitables festivités du 19ème anniversaire du « changement », et alors que le président venait de s’engager à « réformer le système politique, aujourd’hui étroitement contrôlé, pour l’ouvrir à une « concurrence équitable » », La chambre des députés et celle des conseillers, excusez du peu, ont accouché d’une déclaration commune pour appeler « l’actuel président Zine El Abidine Ben Ali à renouveler sa candidature aux élections présidentielles de 2009 pour briguer un cinquième mandat de cinq ans » !

Aussi tôt, le bien nommé, Mr Ben Dhia, répond la bonne nouvelle en l’annonçant au peuple tunisien, on n’y allant pas avec le dos de la cuillère, pour dire tout le bien qu’il pense de cet appel solennel et bien évidement spontané. La suite a déjà des airs de déjà-vu. Le patronat, les cadres du parti, les intellectuelles patentés et les opportunistes de tous bords vont rivaliser d’ardeurs « patriotiques », évoquant des raisons aussi diverses que discutables à l’instar de son proche conseiller, qui justifie cette fièvre partisane par la reconnaissance que nous devons à son président « pour les acquis enregistrés en Tunisie grâce à sa politique judicieuse et éclairée ».

Que c’est il alors passé ? Pourquoi lancer maintenant et à peine à mi-mandat, cet appel qui semble-t-il et selon des sources bien informées, a surpris même au plus haut niveau ? Est-il la réponse à l’invitation lancée par le président aux « politiques, les organisations nationales et les intellectuels », à « approfondir leur réflexion » et à « exposer leurs points de vue et leurs propositions » ? Si c’est le cas le président ne peut qu’être ravi de savoir qu’il n’a même plus besoin de penser à sa réélection. D’autres s’en occupent à sa place. Il peut également se réjouir que les seules propositions qui s’expriment soient celles qu’il attendait. Ceux qui lui sont opposés préfèrent l’indignation de circonstances aux propositions concrètes.

Voilà où nous en sommes ! Le pouvoir corrupteur du système est tel qu’il n’a plus besoin d’exercer la moindre contrainte sur ces sujets. Ces derniers réclament leurs chaînes et revendiquent leurs soumissions au nom du peuple mais en réalité aux seuls bénéfices de leurs propres intérêts. Ils sont tellement dépendants d’un schéma de pensée, d’une certaine construction mentale, qu’ils sont incapables de se voir autrement qu’en bons petits soldats au service de cette formidable machine du « changement démocratique ». Pire encore, ils sont devenus, des farouches défenseurs d’un système dont-ils sont plus dépendant qu’il ne l’est d’eux. C’est à ce demander s’ils ne constituent pas en réalité, le véritable obstacle au véritable changement.

Il est clair que ceux qui ont soutenu et permis au régime en place de s’installer et de prospérer deviennent aujourd’hui ses plus fidèles gardiens. Non pas, par amour pour ses tenants, ni par patriotisme exacerbé mais tout simplement par instinct de survie. Les avantages qu’ils en tirent et les manquements qu’ils ont commis pour les obtenir, les rendent non seulement « plus royaliste que le roi » mais également plus dangereux et plus néfaste pour les intérêts du pays, que « le roi » qu’ils acclament.


SOMMAIRE :


EDITORIAL.....................page 4

A LA UNE

L’engagement citoyen et les tunisiens
Leila Fourati..................page 5

Témoignages : Des tunisiens témoignent de leurs engagements
...............................page 6

Le citoyen tunisien du 21ème siècle
Esma Ferchichi...................page 8

SOCIETE

Les immuables défis de la gouvernance mondiale Chiheb Lakhoua.................page 9

AFFAIRES INTERNATIONALES

Israël accuse la France de « jeter des fleures aux terroristes »
Walid Snoussi................. page 12

REFLEXIONS ET OPINIONS

Le dernier des conformismes
Salma Alouani..................page 14

De la notion de développement en Afrique
Wajih Ben Slema................page 15

CULTURE

Peter Beard : L’artiste inclassable !
Chiheb Lakhoua..................page 18

PINCE-SANS-RIRE.................page 20


Pour lire la suite, téléchargez le Libre Tunisien en cliquant sur le lien suivant :

jeudi 16 novembre 2006

Le déni de la réalité

Cette après midi je me suis aventurer à regarder notre chère et vielle télévision nationale, la fameuse « qaanet 7 ». Non que je suis friand des programmes annihilants des cette chaine, mais il se trouve qu’actuellement se déroule à Tunis la 21ème édition des Journées cinématographiques de Carthage. Une occasion de choix pour découvrir le cinéma arabe et africain et un vrai bol d’air dans la vie morose de la culture tunisienne.

Coup de chance je tombe sur une émission qui fessait le point sur le festival et qui présentait les films en lisse pour le Tanit d’or. Dans une programmation inégale, un film en particulier mérite à mon avis un intérêt particulier : le film du jeune réalisateur irakien Mohamed Al-Daradji, « rêves ». 45 fois sélectionné et plusieurs fois primé, le film raconte une histoire poignante d’une femme seule au milieu du chaos avec en toile de fond l’Irak ravagé par la guerre. La télévision tunisienne avait alors décidé de me gâter en diffusant en plus d’une mini-interview de l’acteur qui jouent le rôle du jeune médecin irakien qui expliquait les conditions de tournages très difficiles, j’ai eu droit à un entretien plus complet avec le réalisateur qui a expliqué plus en détail les circonstances très particulières dans lesquelles il a du tourner. L’équipe de tournage à du faire face à des menaces de morts, au vol à deux reprise du matériel de tournage et au réticences pour ne pas dire plus des militaires américains et des autorités irakiennes. L’acteur principal à même été incarcéré pendant 5 jours dans une prison américaine. A la fin du tournage, expliquait le jeune réalisateur, il ne prenait plus qu’une seule prise tellement la sécurité des acteurs et celle de l’équipe, étés continuellement compromises. Un vrai acte de courage de ce réalisateur qui en 2003 est retourné dans son pays natal pour découvrir les ravages de la guerre et surtout l’impacte psychologique sur une population livrée à elle-même. Un témoignage poignant mais plein de courage et de dignité.

La jeune et surfaite présentatrice de l’émission est allée en suite à la sortie des salles pour accueillir les réactions des chanceux qui ont eux accès à la première du film. Alors chacun y est allé à son pronostic mais pratiquement tous ont salué le courage et la force du film irakien. Je dis pratiquement parce qu’en bouquet finale, une sorte de « journaliste spécialisée » prends fièrement le contre pieds de tous ces camardes et annonce fièrement qu’elle n’a pas été « touchée » par le film et qu’elle ne partage pas l’enthousiasme de ces collègues. Jusqu’à là rien de choquant, puisqu’elle est libre de penser ce qu’elle veut de ce film. Mais à écouter ces arguments on ne peut pas ne pas sauter au plafond tellement sa mauvaise foi et son mépris étés grands.

Cette journaliste trouvait le film « fabriquer de toute pièce » et qu’il « ne reflétait en aucun cas la réalité irakienne ». Selon elle, qui a répété plus de cinq fois qu’elle connaissait très bien la réalité en Irak, sans jamais nous dire comment d’ailleurs, le réalisateur à voulu présenter « une lecture pessimiste de ce qui se passe en Irak ». En suite, en prenant un air hautin, elle a rajouté qu’on pouvait très bien « évoquer des sujet sensible sans forcement aborder le mauvais coté des choses » ! Le comble de l’auto-persuasion et du déni de la réalité. Comment pouvant nous aujourd’hui, avec une moyenne de 100 morts par jour, trouver quelques choses de positif dans ce qui se passe en Irak. Comment pouvait-elle, sans aucun scrupule, dire qu’elle connaissait la réalité de l’Irak mieux qu’un irakien. Comment peut-elle exiger de ce film autre chose que la détresse, le désarroi et la peur de tout un peuple. Comment voulais-elle qu’il dégage autre chose que de l’angoisse alors que la mort avait accompagnée tout le tournage..

Mais cette réaction en plus d’être insultante envers le peuple irakien, illustre parfaitement la myopie volontaire de la plus part des journalistes tunisiens. Ils sont tellement formatés par le système qu’ils deviennent carrément insensibles à la réalité. Ils s’exercent tellement à modifier la réalité du pays qu’ils arrivent à être persuadé de cette réalité virtuelle qu’ils vendent à longueur de journée. Aucune fausse note n’est accepter, il faut constamment raboter la réalité, lui enlever sa substance pour en garder qu’une bouilli édulcorée prête à être avalée. Mais la à denier la réalité des autres cela dépasse pour moi tout entendement !

Cette journaliste mérite bien une augmentation !

mercredi 8 novembre 2006

Et une de plus !

Le Libre Tunisien numéro 5 - Novembre 2006




EDITORIAL

Et une de plus !

Encore une commémoration dont on se serait passé volontiers. Encore une dont la Tunisie s’en passerait bien ! Une année supplémentaire sous la « biensurveillance » du régime Benalien que grand nombre de tunisiens auraient préféré passer sous d’autres cieux. Une célébration dont notre pays se passerait bien, mais qui semble pourtant de plus en plus déterminante pour son avenir. Au point de se demander si l’histoire du pays n’avancerait plus qu’au rythme de cette date fatidique. Et comment serait-il autrement alors que chaque année écoulée nous entraîne plus loin dans l’inconnu et nous renvoie à la figure les échecs du passé, la stagnation actuelle et les peurs de l’avenir. Chaque célébration de ce funeste anniversaire renvoie dos à dos régime en place et opposition et les met face à leurs devoirs manqués.

D’un côté, un régime vieillissant, au pouvoir depuis maintenant 19 ans, déchiré par des luttes intestines qui, paradoxalement, loin de minimiser sa nuisance en amplifie les effets. Un pouvoir politique qui c’est transformé au fil des ans en un syndicat du crime organisé avec ses clans, ses familles et ses règlements de comptes. Des officines secrètes au sein du palais présidentiel aux intentions obscures et aux intérêts contraires à ceux du pays, milices privées au sein des forces de l’ordre à la solde de chacun des clans rivaux et une main mise sur tout ce qui peut ou pourrait rapporter de l’argent. Une telle déliquescence aux plus haut sommet de l’état qu’il en devienne presque impossible d’identifier clairement le rôle et le réel pouvoir de chacun des protagonistes et à leur tête le président lui-même.

Le président qui, pour sortir de se bourbier, prépare un deal à la russe en préparant son poulain, l’actuel ministre de la défense, en lui offrant un tremplin constitutionnel sur-mesure. La partie se complique quand on sait que ce diplomate de carrière a été et pour plus de 20 ans loin de la politique intérieure et qu’il lui reste beaucoup à apprendre sur les nouveaux rapports de forces aux plus hauts sommets de l’état. Quant à la gestion des affaires courantes, celles qui n’apportent aucun bénéfice pécuniaire au tenants du pouvoir, elle est devenue l’affaire d’une horde de conseillers et technocrates aussi dépourvus de réels pouvoirs que de convictions politiques. Le plus souvent, produit du parti unique, véritable vivier de bons exécutants d’une politique absurde aux conséquences désastreuses.

Face à ce régime, une opposition politique complè-tement absorbée par sa lutte pour l’existence, elle peine à renouveler ses idées et à proposer un véritable projet alternatif, capable de répondre aux véritables besoins des tunisiens et surtout capable de susciter chez eux le désir de l’entreprendre. Un manque d’inspiration qui dure depuis des décennies et qui semble s’aggraver avec le temps. Bien qu’en apparence l’opposition tunisienne semble plus visible pour les observateurs étrangers, elle reste en Tunisie inaccessible à une large majorité des tunisiens. Ce manque de visibilité et donc de popularité, n’est pas seulement imputable aux manquements des barons de l’opposition, le régime avec sa répression aussi redoutable qu’efficace, y est pour beaucoup, mais cela ne change rien aux faits. Le manque d’adhésion aux appels de l’« opposition démocratique » la prive d’un facteur déterminant dans son rapport de force avec le pouvoir en place. Le retour en Tunisie de Moncef Marzouki, bien qu’il soit à saluer, ne pourra malheureusement pas changer grand chose à la donne. Apres seulement quelques jours, il s’est résigné à ne plus quitter son domicile, ne supportant plus les attaques, indignes mais prévisibles, des sbires du régime.

Que dire alors des tunisiens ordinaires qui eux ne disposent d’aucune couverture médiatique ou de réseaux de soutiens. Ceux-là malgré leur passivité apparente luttent dans le quotidien pour survivre dans un contexte politique et économique de plus en plus incertain. Pour les maintenir loin de la politique, le régime n’exerce pratiquement plus de pression sur eux laissant au « miracle économique tunisien » le soin de le faire. D’ailleurs le nouveau massacre constitutionnel qui se prépare n’échappera malheureusement pas à l’indifférence de la majorité d’entre eux comme c’est le cas pour la polémique contre le port du voile. Alors le défit pour toute tentative visant à capter l’attention des tunisiens et obtenir leurs soutiens, semble résider dans la capacité de leur présenter un projet alternatif capable de les rassurer sur leurs avenirs. Parce que si les tunisiens sont conscients d’une chose c’est de l’incertitude de ce que leur demain sera fait. Peur de l’avenir qui les pousse à s’accrocher à ce qui existe par crainte de ce qui n’existe pas.

Pour lire la suite : Le Libre Tunisien

mardi 3 octobre 2006

La tête ou le petit orteil ?

Editorial du Libre Tunisien Numéro 4 - 02 Octobre 2006


La tête ou le petit orteil ?

Il est vrai et pour être honnête, dans notre pays, les théories révolutionnaires sont servies à toutes les assiettes et cuisinées à toutes les sauces idéologiques. Chacun mijote son petit plat sur le feu doux de la phraséologie qui, comme chacun la sait, ne mange pas de pain. Mais de toutes les recettes la mixtion servie par les gamelles gauchistes demeure certainement la plus dépourvue de goût.

La grande famille de notre gauche nationale croit dur comme fer que la solution miracle à tous les maux de la société tunisienne, qu’ils soient politiques, économiques ou sociétaux, consiste à s’attaquer directement à la tête du régime. Un soulèvement populaire généralisé, « une révolution », pour utiliser un terme à la mode, qui ébranlerait le pays et décapiterait d’un seul coup le pouvoir en place. Toujours selon les mêmes, sans tête, le régime est sensé s’effondrer comme un château de carte. Le pays se débarrasserait alors, comme par magie, de ce qui fait notre malheur depuis des décennies. Nos institutions joueraient pleinement leurs rôles et un vent de pluralisme et de démocratie soufflerait sur notre belle Tunisie !

Bien évidement, à première vue cette croyance peut paraître séduisante, surtout pour les partisans du moindre effort et tous ceux qui espèrent, le moment venu, être portés par la vague. Cette idée l’aurait été encore plus si les élans révolutionnaires de notre « élite » bien pensante seraient le fruit d’une profonde réflexion nourrie par les spécificités tunisiennes et non mue par les résidus poussiéreux des idéologies par lesquelles ils justifient leurs existences. On aurait certainement adhéré à cette « vision » si on ne connaissait pas, depuis le temps qu’on le subit, la nature profonde du système en place qui, justement, pour se préserver donne l’illusion de tirer sa force de sa tête alors que ce qui fait sa pérennité se sont ses rouages. Enfin, et c’est de loin le facteur le plus déterminant, cette idée aurait gagné en crédibilité si elle aurait acquis, depuis le temps qu’ils l’a professent, une once de crédit aux yeux des tunisiens, premiers concernés par « un soulèvement » dont ils sont censée être la composante principale.

Pour ce « combat », pour le moins ambitieux pour de si minuscules formations politiques, aucun mode d’emploi n’est fourni. Pire encore, rien de se qui prépare un tel événement, à savoir des objectifs clairs élaborés aux seins de structures crédibles et en interaction avec les citoyens et leurs réalités…, n’a été jusqu’alors entrepris. Ils crient à tous ceux qui veulent l’entendre qu’il faut couper la tête mais ils ne savent toujours pas comment ! Quant au pourquoi…évitant les sujets sensibles ! Alors devant l’impuissance de ces « guides révolutionnaires » et de leurs camarades à faire émerger une prise de conscience généralisée de cette nécessité et compte tenu de l’échec cuisant des actions jusqu’alors entreprises à ce titre, il leur est nécessaire de revoir leurs pompeuses prétentions à la baisse.

Alors pour exorciser, ne serait-ce qu’un moment, cette obsession de la décapitation, et à défaut de pouvoir atteindre la tête, ils pourraient bien commencer par se poser la question de savoir à quoi pourrait bien servir le petit orteil ? La question est essentielle en elle-même ! A rien, me direz-vous et vous auriez sans doute raison dans le cas où celui-ci se porte bien et ne soufre d’aucune anomalie. Supposant maintenant que sur ce petit orteil si méprisé, une grosse ampoule c’est formée. Une de celles qu’on développe après une semaine de marche avec des chaussures de fabrication tunisienne, surtout celles qui portent des noms à consonances italiennes. Les atroces souffrances que vous inflige le mal qui affecte cet orteil vous obligent à marcher en vous appuyant sur la partie gauche du pied. Du coup vous attrapez mal sous le gros orteil et sous son coussinet, qui supportent tout le poids du corps au moment de l'appui pour lancer le pas.

Conséquences, terribles mais inévitables, de ce qui précède, vous vous collez une tendinite à la voûte plantaire et une autre au tendon d'Achille en essayant de soulager l'avant du pied. Cela fait si vite si mal que votre cheville en est toute endolorie, tout comme l'extérieur du mollet qui ne tardera pas à souffrir de crampes. Ce qui vous incite à mois appuyer sur la jambe endolorie et vous oblige à marcher en vous déhanchant ! Evidemment vous le ressentez au niveau des genoux et des reins. Aussi tôt se sont les côtes et en suite la nuque qui en souffrent. C’est forcément le moral qui en prend un coup et vous cessez, alors, d’avancer !

Vous l’aurez sans doute compris, loin de vouloir dissuader les amateurs de randonnée pédestre ni ceux des chaussures de fabrication tunisienne aux noms à consonances italiennes, il serait utile et même salutaire pour cette opposition d’admettre que faire la révolution c’est avant tout révolutionner leurs approches du problème. Sur ce sujet malheureusement ils leurs restent beaucoup à apprendre. D’autres, par contre, l’ont déjà compris et se retrouvent par conséquence aux premiers rangs pour récolter, le moment venu, les fruits de leur longanimité…


Pour des raisons d’organisation au sein de la rédaction du Libre Tunisien, la publication de votre mensuel se fera désormais chaque premier Lundi du mois.
Merci pour votre compréhension.


SOMMAIRE :


EDITORIAL………………………………………………page 3

SOCIETE

- Chronique d’une violence ordinaire
Leila Fourati & Chiheb Lakhoua………………….……....page 4

- Censure ! Vous avez dit censure ?
Leila Fourati...........................page 8

- Crédit express, conséquences allongées
Selma Alouani…..............................................................page 9

TRIBUNE…………….……………………………… page 10

AFFAIRES INTERNATIONALES

- La main du Mossad derrière un réseau d’espionnage au Liban
Walid Snoussi...……....….……………………………………page 11

REFLEXIONS ET OPINIONS

- Hypocratie : Le mal tunisien
Malek Khadhraoui........................................................page 13

- Corps A, corps B… l’œcuménisme menacé par une autonomie fantasque
Wafa Khlif…...…..……….……………………………………page 17

- L’option du logiciel libre pour le développement en Tunisie
Sadri Sarray...................................................................page 18

HISTOIRE ET CIVILISATIONS

- Le lourd héritage de « la traite orientale »
Selma Alouani….......……...................................................page 20

CULTURE

- Jean Michel Basquiat : Le peintre maudit
Chiheb Lakhoua…...………………………………………….....page 22

PINCE-SANS-RIRE…………………………………..page 24

Pour lire la suite: Le Libre Tunisien
Bonne lecture