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dimanche 24 janvier 2010

Tunisie : Pour Noël, Ben Ali s'offre un Airbus présidentiel à 300 M$ !

Le contribuable tunisien, même sans le savoir, aime son Président et ne semble rien lui refuser. Ce qui permet à notre président de faire quelques folies. La dernière en date, lui a été livrée le 12 décembre dernier. Sa récompense pour avoir répondu aux appels des tunisiens de se représenter pour un 5e mandat à la tête du pays; un cadeau à la hauteur des sacrifices qu'il a consenti pendant les 22 dernières années : Un nouvel avion présidentiel.

L\'Airbus A340-541 de la présidence de la République tunisienne.Le nouvel avion de la présidence de la République tunisienne photographié le 19 décembre 2009 à l'aéroport Toulouse-Blagnac avant son décollage pour la Tunisie. Crédit photo : Terence Li. www.airliners.net.


Mais attention, pas n'importe quel avion : Un Airbus A340, flambant neuf, dans l'une de ses plus chères versions. Avec 68 mètres de long et 63 d'envergure, le modèle A340-541HGW (pour « High Gross Weight »), est un quadrimoteur qui peut franchir 16 700 km sans ravitaillement et peut décoller avec une masse maximale de 380 tonnes. Ça en fait des "choses" à transporter !

Un bijou qui figure au catalogue d'Airbus pour la modique somme de 237 M$, mais dont la version "VIP", celle commandée par notre Président, peut atteindre les 300 M$ , soit près de 400 millions de nos Dinars. A ce prix, on comprend mieux les raisons pour lesquelles cet achat n'a pas fait la une des organes de propagande officielle. Il y a des moments où il faut avoir la dépense discrète.

La discrétion, n'a pas suffit à garder cette nouvelle acquisition au secret trop longtemps. Très vite, l'image de l'avion, estampillé "Présidence de la République Tunisienne", a fait son apparition sur les sites d'amateurs de photographie aéronautique, les mêmes qui avaient permis au blogueur, Astrubal, de retracer les péripéties de l'ancien avion présidentiel. Encore une fois, la magie d'internet a opéré et l'image s'est retrouvée sur le net tunisien à travers Facebook et Twitter.

Quelques exemples de Tweets évoquant le nouvel achat présidentiel. Traduction (2e tweet): "Durant la visite de Sarkozy en 2008, Airbus a vendu 19 avions à la Tunisie dont un pour Ben Ali"


Mais, au fait, notre Président, a-t-il besoin d'un nouvel avion ? Qu'en est-il de son Boeing 737, compagnon de ses voyages officiels et officieux ? Est-il trop vieux pour voler en toute sécurité ? En y regardant de plus près, on découvre que l'ancien coucou présidentiel ne vole que depuis le 20 août 1999, date de sa livraison, encore une fois, flambant neuf et en configuration "VIP". Une dizaine d'années d'une exploitation plutôt occasionnelle lui donnait au moins deux décennies d'expoitation devant lui. Quelle mouche a donc piqué notre Président ?

La flotte de la présidence de la République comporte deux avions qui ont une moyenne d'age de 6,5 années tous deux en configuration "VIP". Source : www.planespotters.net


La réponse nous viendrait peut-être de nos voisins algériens. En effet, en juin 2008, Airbus a livré le même model dans une configuration moins garnie, à la présidence algérienne qui en a fait commande 6 mois plus tôt. Pendant sa visite en Tunisie en février 2008, le président Bouteflika, aurait-il attisé la convoitise de notre président en vantant les mérite du nouveau joujou qu'il venait de commander ?

Et puis, le président algérien n'est pas le seul séduit par cet avion. Son homologue français, Nicolas Sarkozy a failli succomber aux paroles de Louis Gallois, président d’EADS qui lui conseillait un Airbus A340 avec un argument qui parle : « un quadrimoteur, ça en jette tout de suite plus ». Finalement le président français à du se rabattre sur un A330 d'occasion.

Mais l'idée a fait son chemin et l'argument de Louis Gallois a dû servir pendant l'accord pour une commande ferme de seize avions ainsi que trois options, dont une sur celui de la présidence, à l'occasion de la visite du président Nicolas Sarkozy en Tunisie en avril 2008. Quelques mois plus tard, l'avion présidentiel sortait des chaines de montage d'Airbus comme l'atteste sa date de fabrication. Mais il a fallu la visite du premier ministre, François Fillon, pour confirmer l'option mise sur l'avion. Sept mois plus tard, l'avion quittait les hangars de l'aéroport Toulouse-Blagnac.

Mais, en fin de compte savoir comment cela s'est passé ne répond pas à notre question : pourquoi un nouvel avion ? Il est fort à parier que, ni le parlement, qui a déjà voté cet achat, ni la Cour des comptes qui ne touche jamais aux comptes de la présidence, ne répondront à notre question. Car, la seule explication plausible est celle d'un caprice du Président. Après les millions de dinars dépensés pour la mascarade qui a amené à sa réélection, cette nouvelle dépense faramineuse, pour se donner une image qui "en jette", est une preuve supplémentaire de sa mégalomanie.

Ecrit par : Punica Fides
Publié sur : www.nawaat.org

vendredi 16 octobre 2009

Élections présidentielles en Tunisie : Prêts pour les résultats de 2009 ?


Comme la méchante sorcière du conte de "La belle au bois dormant" qui demande quotidiennement à son miroir : qui est la plus belle ? Notre président, demande tous les cinq ans, à son peuple, de lui dire à quel point il est le grand président qu'il aurait aimé être. Grand Président : il s'est même engagé à l'être dans un discours historique, un jour, qui ne l'est pas moins, le 7 novembre 1987.

22 ans de règne plus tard, les mots de ce discours sonnent plutôt comme ceux d'un conte imaginaire que ceux de notre réalité amère. Plus triste encore, ils peuvent être ceux qu'on pourrait dire aujourd'hui de sa présidence...

Punica Fides
www.nawaat.org | www.yezzi.org


vendredi 3 avril 2009

Tunisie : La « jeunesse du monde » a déjà voté pour Ben Ali

Caricature de Z. Source : Le blog Débat Tunisie.


Après avoir élevé « le dialogue avec les jeunes » au rang de priorité nationale (si ! si !) et sans même qu’on ait le temps d’en voir les résultats sur notre jeunesse nationale, notre convalescent président veut déjà ouvrir le dialogue avec les jeunes du monde entier ! Et pour faire plaisir au président, c’est naturellement un de ses innombrables « fans clubs » qui s’y colle.

Pour cette occasion, c’est l’Union Tunisienne des Organisations de Jeunesse (UTOJ), avatar affilié au parti unique, qui a eu « le plaisir » d’organiser les 18 et 19 du moins dernier, un colloque international sur le thème « Jeunesse du monde : enjeux et défis ».

Cette grande sauterie internationale se voulait, selon ses organisateurs, « un lieu de rencontre, de débat et d’échange interculturel », nous annonce la page d’accueil du site internet créé à l’occasion. Et les objectifs annoncés sont à la hauteur de la grandeur de cet événement.

Le premier affiché par les organisateurs, est celui de « répondre à l’appel du Président de la République Tunisienne son Excellence Zine El Abidine Ben Ali pour la mise de l’année 2010 sous le signe de l’année internationale de la jeunesse et l’organisation d’un congrès mondial de la jeunesse. » Si ça, ce n’est pas de l’ambition ?

En plus de vouloir faire plaisir à notre président, ce séminaire se donnait accessoirement pour mission de « développer la capacité de dialogue entre les jeunes vivant dans les différents contextes…; Favoriser le rôle des jeunes dans l'élaboration des politiques…» et enfin et ce n’est pas le moindre : « exhorter les chefs des gouvernements nationaux et des autorités locales et les organismes internationaux à renforcer les politiques de jeunesse ».

Pour atteindre ces nobles objectifs, finis les forums fantomatiques en manque d’inspiration, aux oubliettes les salles poussiéreuses des maisons de jeunes locales, réservées à notre jeunesse. Les heureux participants ont été entièrement pris en charge par les organisateurs.

Transport des participants des quatre coins du monde, hébergement et activités culturelles sur mesures ont été au programme. Tout a été mis en œuvre pour permettre à nos jeunes hôtes de donner le meilleur d’eux-mêmes pour répondre aux grands enjeux des années à venir.

Pour joindre l’utile à l’agréable, qui mieux que le beau frère pour accueillir tout ce beau monde dans son hôtel 5 étoiles à Hammamet ? Surtout qu’en temps de crise, plus de deux cents clients facturés au prix fort permettent de mettre un œuf ou deux dans le bol de Lablabi des Trabelssi.

Et vu qu’on n’est jamais mieux servi que par les siens, c’est donc Abdelwaheb Abdallah, membre du Bureau politique du RCD et accessoirement ministre des « affaires mensongères », bien évidement « sur instructions du Président », qui a présidé, l’ouverture de cette grande messe du dialogue.

Destinée aux « organisations internationales, jeunes entre 18 et 35 ans, responsables des associations de jeunes et d'étudiants, jeunes des partis politiques et les chercheurs en matière de jeunesse … » cette joyeuse fête du dialogue à été comme en ont témoigné certain participants, bien sur sous couvert d’anonymat, un peu trop… « prévisible ».

Comme c’est le cas généralement dans ce genre de manifestations, le colloque s’est résumé à une grande mascarade inutile où des jeunes « patriotes » RCDisto-compatibles, presque aussi nombreux que les invités, ont excellé dans l’art de l’autosatisfaction, vantant, avec toute l’objectivité qu’on leur connait, les biens fait du model tunisien. Cela devant d’autres jeunes, non moins embrigadés, tout simplement content de profiter du voyage !

Toujours selon ses « ingrats » anonymes, pendant les 4 jours de leur séjour tunisien, ils n’avaient eu aucune possibilité de sortir du groupe et aller flâner librement dans les alentours de l’hôtel. En plus des activités hautement encadrées annoncées dans le programme, les invités se sont vus alloués des accompagnateurs, pour « faciliter » leurs séjours parmi nous, leur a-t-on dit. « C’est plutôt pour nous éviter les « mauvaises rencontres » » ironise un des participants.

Pourtant, il aurait été pertinent pour les organisateurs, pour pimenter un peu ses joyeuseries et montrer, preuve à l’appui, notre grande aptitude au dialogue, de convier quelques invités surprises :

Ainsi pour la session « Jeunes et participation à la vie publique », qui s’est déroulée le 18 mars, ils auraient pu inviter les 4 étudiants grévistes de la faim, exclus de leur université, à cause de leurs activités syndicales et qui après plus de cinquante jours de jeûne, attendent désespérément de « dialoguer » avec les autorités pour pouvoir reprendre leurs études.

Dans la même veine, une délégation de jeunes habitants de la région du bassin minier de Gafsa, auraient pu animer la session qui traitait le lendemain d’«insertion sociale et économique ». Dans le domaine, ils en connaissent un rayon. Surtout que 38 habitants de la région se sont fait « insérés »…en prison pour avoir réclamé une meilleure…« insertion sociale et économique » en dénonçant le népotisme des responsables locaux.

Une délégation des 1200 candidats à l’immigration qui croupissent dans le centre de rétention de Lampedusa, aurait pu faire le déplacement pour parler de « dialogue interculturel et compréhension intercivilisationnelle ». Ils sont pourtant la preuve vivante qu’un tel dialogue est possible.

Après un « dialogue intercivilisationnel » italo-tunisien, nos voisins italiens peuvent parquer nos jeunes candidats à l’immigration dans des camps insalubres et surpeuplés avant de les renvoyer en Tunisie ou ils seront accueillis par notre police avec la plus grande « compréhension ». Si cela n’est pas un exemple de dialogue !

Mais ça serait trop demander aux organisateurs. Entre coller aux basques de nos hôtes, « les soirées dansantes » et « les après-midis culturelles » ils leurs restait à peine le temps de se fendre d’un message vibrant à notre grand président pour lui dire tout le bien qu’ils pensent de son approche « dans le domaine de la jeunesse et sa démarche consistant à adopter le dialogue comme méthodologie dans ce domaine, […] pour favoriser la participation des jeunes à la conception des contours de l’avenir de la Tunisie. ».

Notre jeunesse mondiale ne tiendra sûrement pas rigueur de ce manque d'audace des organisateurs. La preuve : Les participants se sont eux aussi empressés d'exprimer leur « gratitude au Président de la République pour son initiative visant à proclamer l’année 2010, « Année internationale de la jeunesse »». Voilà une bonne raison pour réinviter tout ce beau monde !

Malek Khadhraoui
http:stranger-paris.blogspot.com
www.nawaat.org

* Caricature de Z. Source : Le blog Débat Tunisie


mardi 6 janvier 2009

Le ministre des Affaires étrangères tunisien en flagrant délit de mensonge ?


M. Abdelwaheb Abdallah, ministre tunisien des affaires étrangères(G) et M. Javier Solana chef de la diplomatie européenne (D). AFP/Getty Images


Les relations entre la Tunisie et la communauté européenne ne datent pas d'hier. Cette idylle a commencé en 1976 et s'est poursuivie au gré des différents accords de partenariats et d'associations. C'est ainsi que la Tunisie est parmi les premiers pays à s'engager en 1995 pour le partenariat euro-méditerranéen, et c'est tout naturellement qu'elle adopte en juillet 2005 "la Politique Européenne de Voisinage" qui propose aux voisins immédiats, terrestres ou maritimes, de l'Union « une relation privilégiée, basée sur un engagement mutuel en faveur de valeurs communes ».

Parmi ces « valeurs communes », on peut citer, en s'efforçant de ne pas s'esclaffer : « La démocratie et droits de l'homme, la règle de droit, la bonne gouvernance »...etc. Dans le cadre de cette même politique, le « statut de partenaire avancé » vient renforcer ce partenariat selon un plan d'action plus précis et plus contraignant pour les deux parties. Jusqu'à présent, seul le Maroc avait ce statut tant convoité. Un statut auquel il a postulé en 2004 et qu'il a obtenu seulement au mois d'octobre dernier.

Mais voilà qu'une dépêche de l'Agence de Presse Africaine (APA) datée du 17 décembre dernier nous apprend que le ministre des Affaires étrangères tunisien, M. Abdelwaheb Abdallah, a annoncé devant la Chambre des conseillers, que la Tunisie « a été autorisée à occuper le "statut de partenaire avancé" de l'Union européenne ».

En plus de nous rapporter les paroles du ministre, cette dépêche parle d'un communiqué de l'UE qui précise que « ce rapprochement d'intérêt mutuel pourrait concerner plusieurs secteurs d'activité comme par exemple le commerce, l'environnement, la politique maritime et de la pêche, les transports ou l'énergie »

La dépêche annonçant cette grande nouvelle a bien évidement été reprise en chœur par tous les organes de la propagande officielle tunisienne mais aussi par d'autres sites tunisiens d'informations « autorisées ».

Notre scribe national, Mouldi M'barak, rédacteur en chef du quotidien francophone La Presse, notre Pravda à nous, a même pondu un édito, un de ceux qui lui ont valu plus d'une fois le titre peu enviable de « journaliste Boudourou » (expression tunisienne qui pourrait ce traduire par « à deux balles »), prix décerné par un groupe de blogueurs récompensant le pire journaliste tunisien. « Un nouvel acquis qui s'ajoute, à un moment où la Tunisie célèbre dans la fierté et l'allégresse le 21e anniversaire du Changement » nous dit-il.

Certains défenseurs des droits de l'homme, sont même montés au créneau. « Le statut avancé que l'UE vient d'accorder à la Tunisie, c'est une prime à la torture, aux violations graves des droits humains dans le pays », a déclaré à l'AFP Sihem Bensedrine, militante des droits de l'homme en Tunisie.

Pourtant le communiqué que cite l'agence est introuvable sur les supports de diffusion de l'Union européenne... Ni la rubrique du site Internet de l'union qui traite de la question de la PEV, ni le site de la présidence française de l'union, ni le site de la délégation de l'UE en Tunisie, régulièrement mis à jours, ne pipent mot de cette décision. Les médias français non plus ne semblent pas emballés.

Si la décision d'accorder à la Tunisie « le statut de partenaire avancé » a déjà été officiellement prise, comment expliquer qu'on ne puisse pas trouver sa trace quelque part chez l'autre partie concernée... l'Union européenne ? Notre ministre des Affaires étrangères aurait-il osé mentir à notre « honorable » Chambre des conseillers ? Oserait-il aller jusqu'à annoncer unilatéralement une décision qui n'a pas encore été validée ? On y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'on n'en est peut-être pas si loin !

En effet, lors de la dernière session du Conseil d'association UE-Tunisie qui s'est réuni le mardi 11 novembre à Bruxelles, on apprend que l'UE « a fait part de sa disposition à étudier avec bienveillance la proposition tunisienne d'un partenariat renforcé dans le même esprit que le « statut avancé » qui a été mis en place avec le Maroc » ! Voilà donc. Ce que notre ministre nous vend pour acquis n'est en fin de compte qu'une « bienveillance » européenne envers notre candidature ?

Le compte-rendu reste très évasif sur les modalités de cette « bienveillance ». Un groupe de travail « sera créé à cet effet » nous dit-on. Rien à voir avec les déclarations du conseil lors de l'annonce de l'obtention du Maroc de ce statut. « L'Union [...] est prête à répondre favorablement à la perspective du statut avancé demandé par ce pays ». Il est clair ici qu'entre « étudier avec bienveillance » et « répondre favorablement » il y a très peu de place à la fausse interprétation !

Donc, si on ne veut pas mettre en doute la parole de notre ministre, il faudrait admettre qu'en l'espace d'un mois, un groupe de travail aurait été créé, il aurait étudié la question et il aurait rendu un avis favorable. Le Conseil d'association Tunisie/UE et puis le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE auraient entériné cette décision.

Nous savons tous que la Tunisie de Ben Ali est le pays de tous les miracles, mais celui qui consiste à faire fonctionner aussi rapidement la bureaucratie européenne semble bien improbable !

Ce ne sont pas seulement les délais qui sont intenables, la position de l'EU vis-à-vis du gouvernement tunisien l'est autant. En effet, la PEV établit un large éventail de priorités avec une attention particulière à « la poursuite et la consolidation des réformes garantissant la démocratie et Etat de droit... ». Or le groupe de suivi ne cache pas son scepticisme envers la volonté du gouvernement tunisien de se conformer à toutes les exigences de cette association.

Dès décembre 2006, date de la parution du premier rapport, les technocrates européens regrettaient déjà dans des termes très diplomatiques que :

« sur le plan politique, il y a eu moins de progrès au cours des mois écoulés notamment en ce qui concerne la coopération et le dialogue sur les questions politiques » ou encore que la mise en oeuvre du programme de modernisation de la justice « n'est pas encore entrée dans une phase pleinement opérationnelle. » !

Un peu plus loin les critiques le sont moins:

« En ce qui concerne les droits de l'homme et les libertés fondamentales, il y a peu de progrès des libertés d'association et d'expression ».

Pour le deuxième rapport adopté le 3 avril 2008, sur les questions politiques le seul changement constaté est celui du langage employé par le rapport :

« Dans le domaine de la démocratie et de l'Etat de droit, malgré les garanties prévues par la Constitution, on ne peut observer d'avancées en termes de diminution du décalage entre la législation en vigueur et son application pratique. [...] L'échéance à court terme des élections présidentielles prévues pour 2009, pose des enjeux essentiels pour le fonctionnement du processus démocratique tunisien. »

En ce qui concerne le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les rapporteurs européens frôlent l'insolence :

« Dans le cadre des Nations Unies, la Tunisie participe au dialogue sur les droits de l'homme mais des retards persistent dans la soumission des rapports périodiques (sept rapports restent en suspens). [...] Les demandes de visite de quatre rapporteurs spéciaux du conseil des droits de l'homme [...] attendent toujours une réponse du gouvernement tunisien. [...] La liberté d'association et d'expression connaît toujours des entraves considérables, et il en est de même du domaine des médias et de l'information. »

C'est à se demander si Nicolas Sarkozy, qui affirmait lors de sa visite à son ami Ben Ali, que « l'espace des libertés progresse en Tunisie », a eu la présence d'esprit de jeter un coup d'œil à ce rapport qui venait pourtant d'être publié ? Où s'agit-il d'une manière peu orthodoxe de désavouer les fonctionnaires d'une institution qu'il s'apprêtait à diriger ?

Peu importe. Puisque plus loin dans les rapports cités, dans les volets qui traitent d'échanges commerciaux, d'abolition de frontières et de taxes ou encore de collaboration dans la lutte anti-terroriste, le ton un peu gêné des premiers chapitres fait place à l'admiration à peine dissimulée. « Les performances économiques de la Tunisie se sont encore améliorées en 2007 et sont parmi les meilleures de la région », peut-on lire dans le rapport. Ou encore « La promotion de l'investissement étranger est l'un des objectifs prioritaires du gouvernement. » En d'autres termes, la Tunisie est un endroit où il fait bon investir !

Qu'il s'agisse de Nicolas Sarkozy ou de l'Union européenne, le choix a été fait depuis longtemps. Pas question de s'enquiquiner des questions des droits de l'homme, de justice et de libertés fondamentales. Les récentes déclarations de Bernard Kouchner à propos de la pertinence de la création d'un secrétariat des droits de l'homme ne font que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Et même ceux qui espéraient que le développement économique serait un moteur de changement politique réalisent aujourd'hui que depuis le processus de Barcelone et les millions d'euros investis, « le changement » politique reste toujours à espérer.

Les libertés avec la vérité que prend notre ministre des Affaires « mensongères » ne sont enfin de compte qu'anecdotiques et seront certainement mises sur le compte de l'impatience. Les observateurs de la scène politique tunisienne connaissent les tendances à l'exagération mensongère et le besoin obsessionnel de la reconnaissance internationale du régime en place. Mais ce dernier sait qu'il peut compter sur l'Europe et la France pour lui faire ce cadeau en cette année d'élection présidentielle où le président Ben Ali, a décidé de répondre positivement à la demande qui lui a été faite de se représenter pour un 5e mandat de 5 ans. Nous voilà bien « avancés » !

Malek Khadhraoui
http://stranger-paris.blogspot.com

Article publié sur L'Express.fr dans le cadre de l'opération "3001 Odyssée de l'Info" à l'occasion du 3001 numéro de l'hebdomadaire.


vendredi 7 novembre 2008

Trop de temps ?







dimanche 18 mai 2008

Tunisie : Imed et Moaz Trabelsi mis en examen par un magistrat tunisien




écidément, notre si vénéré président, grand ami de Sarkozy, a bien des soucis à se faire avec sa famille. Plus précisément avec celle de sa femme, Leïla Trabelsi. Le dernier en date vient d’être révélé dans une dépêche de l’AFP annonçant la mise en examen, vendredi 16 mai, par un magistrat tunisien des deux neveux par alliance du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, dans le cadre de l'enquête sur le vol du yacht du banquier Bruno Roger à Bonifacio en 2006.

Il a fallu toute l’obstination de M Jean-Bastien Risson, juge d'instruction du tribunal d'Ajaccio, qui s’est rendu à Tunis jeudi, pour que la justice tunisienne se résigne enfin à accepter de mettre en examen Imed et Moaz Trabelsi pour « complicité de vol en bande organisée ». En effet, le juge français attendait l’exécution d’une commission rogatoire internationale délivrée aux autorités tunisiennes depuis le début de l’année 2008. Le sujet était depuis le début de l’affaire motif de tension diplomatique entre les deux pays. Chose que le procureur de la République d'Ajaccio, José Thorel, également du déplacement, dément. « S'il y avait eu des différends diplomatiques, la commission rogatoire n'aurait pas été exécutée par le juge d'instruction tunisien et nous n'aurions pas assisté aux auditions ainsi qu'aux perquisitions », a-t-il déclaré à l’AFP. Six autres personnes ont été également entendues par la justice tunisienne en tant que témoins dans cette affaire et les frères Trabelsi devraient même « répondre prochainement à une convocation de la justice française », toujours selon le procureur.

C’est un changement de position radical qu’opèrent ici les autorités tunisiennes qui tout en confirmant « que le bateau est bien entré en infraction en Tunisie », continue à démentir « toute implication de la famille présidentielle », comme le déclarait l’ambassadeur de Tunisie en France au canard enchaîné au moment du dernier vol. Les frères Trabelsi étaient pourtant soupçonnés d'être les commanditaires du vol en France de trois yachts et avaient été mis en cause par les convoyeurs du yacht de M. Roger, lors de leur interrogatoire en 2006 à Ajaccio.

Le canard qui a révélé cette dernière affaire racontait comment Princess, un yacht de 18 mètres de plus d'un million d'euros, appartenant à Bruno Roger, le PDG de la banque Lazard Frères, disparaissait en pleine nuit du port de Bonifacio en Corse. «Après une halte en Sardaigne, il ne tarde pas à réapparaître en Tunisie, à Sidi Bou Saïd», raconte l'hebdomadaire satirique. La compagnie d'assurances de Bruno Roger, qui dépêche un enquêteur en Tunisie, va y découvrir le yacht repeint et enregistré à la capitainerie du port de Sidi Bou Saïd sous le nom d’Imad Trabelsi, le célèbre neveu de Leïla, la femme du président. Informé, Interpol se rend sur place et saisi le yacht le 26 mai 2006 et puis le restitue à son propriétaire.

Mais, bonnes relations avec Tunis obligent, les négociations pour éviter de mettre en cause la famille de Ben Ali vont bon train. En la matière, la proximité entre Bruno Roger et Jacques Chirac, l’ancien président français s’est s'avérée très utile. Le patron de la banque Lazard s’est d’ailleurs montré très discret sur la mésaventure du Princess. Des tractations auraient même eux lieu pour racheter le fameux yacht et régler l’affaire « entre amis ». L’excellente relation qu’entretient Nicols Sarkozy avec son homologue Ben Ali ne pourra que renforcer le soutien de la diplomatie française à la famille du président tunisien. Bien vaillance qui pourraient expliquer qu’il a fallu deux ans au juge d’instruction français pour obtenir l’audition des frères Trabelsi !

Quatorze ans en arrière c’est le scandale du sang contaminé vendu par la France à la Tunisie qui aurait servi de monnaie d’échange pour que les autorités françaises renoncent à extrader Moncef, le frère de Ben Ali, condamné par contumace à Paris à douze ans de prison pour «trafic de drogue» dans l’affaire de la « Couscous Connection ». Que seront aujourd’hui les arguments du palais de Carthage pour pousser l’Elysée à calmer les ardeurs de la justice française ? L’affaire du jeune tunisien Abdelhakim Ajimi, tué lors d’une bavure policière en France ou les contrats fraichement signés, pourraient êtres des bonnes pistes de réflexions. Pour une famille qui semble ne rien se refuser…

Article publié sur Nawaat.org



lundi 5 mai 2008

Les internautes français jugent les propos du président Sarkozy

lors que les internautes tunisiens réagissent timidement à la visite de Nicolas Sarkozy en Tunisie et à son fumeux Discours de Tunis, leurs amis français, eux, n’ont pas perdu du temps pour être nombreux à le faire. Un discours, qui, contenu des premières déclarations du président français, s’annonçait déjà très prometteur. Et on peut dire, sans risque de se tromper, qu’il l’a été !

Les mêmes ingrédients qui ont fait le succès du candidat puis du président Sarkozy, les mêmes qui lui valent aujourd’hui une dégringolade sans précédent dans les enquêtes d’opinions en France, ont été employés pour montrer encore une fois, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, son soutien total et inconditionnel, à son hôte le dictateur-président Ben Ali.




Nicolas Sarkozy devant les étudiants de l'INSAT - Tunis - 30 Avril 2008 - Images: Public Sénat



Tout cela n’a donc pas échappé à la critique, le plus souvent cinglante, des compatriotes internautes de M. Sarkozy qui sont sûrement plus à même de décortiquer les subtilités de son discours. Comme le montre ce commentaire publié sur le site internet du quotidien Le Monde :


« On avait eu droit à “Est-ce que vous trouvez normal qu’une jeune femme soit brûlée vive dans un bus… ?” (Ben non, toi oui ?) […] C’était avant de faire Président. On continue à présent avec: “Alors tout n’est pas parfait en Tunisie, certes, tout n’est pas parfait en France non plus”. Ou encore la voix de son maître: “la Tunisie n’est pas la Corée du Nord”. Ben ouai, faudrait voir à pas oublier que tout est relatif… »


L’internaute fait référence à cette fâcheuse tendance de M. Sarkozy à poser des questions dont les réponses sont évidentes et qui bien évidemment servent la logique de son argumentaire. Donc, il est clair que si la question est : « voulez-vous que « les barbares » s’emparent de la Tunisie ? » La réponse des bientôt 11 million de tunisiennes et tunisiens ne pourrait être qu’un grand oui à l’unisson. Mais là où la manœuvre est payante, c’est quand il rajoute derrière : « C’est pour cela que je suis venu ici soutenir les efforts du président Ben Ali » !

Mais l’ironie n’a pas été le choix de tous et les commentaires étaient pour la plupart très virulents d’où il ressort en premier un sentiment de « honte » et d’« indignation ». En effet, pour beaucoup, le président français n’a pas été « digne de ses fonctions présidentielles » comme le fustige ce commentaire assassin d’un certain « Yannick L» :

« Il est difficile d’imaginer pire représentant de la France que notre Président. Il se comporte à l’étranger comme un marchand de cravates. Aucun sens de l’honneur, aucune grandeur d’âme. Il piétine sans vergogne tous les grands principes, car il n’a pas de principes, aucun dessein…»

Francis qui s’exprimait sur un article paru sur libération.fr enfonce le clou :

« Le modèle de Sarko, ce n’est certainement pas Charles de Gaulle. Ce n’est pas non plus Mitterrand, ni Chirac, ni Giscard, ni Pompidou. Tous avaient une haute idée de la France. Jamais ils n’auraient abdiqué les valeurs de la République, notamment les Droits de l’Homme, devant un dictateur…».

Il est clair que ça aurait été naïf d’attendre quoi que ce soit de Sarkozy sur le sujet des droits de l’Homme en Tunisie, il a montré lors de son premier passage à Tunis en 2006 qu’il considérait clairement Ben Ali comme un allié à soutenir et il n’y avait aucune raison pour que cela change entre temps. Surtout, qu’il y a eu depuis, la déjà légendaire, visite de Kadhafi en France et les déclarations d’amour à la moitié des dictateurs encore vivants de cette planète. Mais, delà, à carrément en venir à prostituer des valeurs aussi nobles et aussi ancrées dans l’histoire des peuples, et en rajouter comme pour assumer son acte, peu de gens l’avaient envisagé. Un langage et un comportement qui semble terrifier certains :

« Ce qui me terrifie, c’est que malheureusement, un clou chassant l’autre, les prochains discours (présidence de l’Union européenne, Jeux Olympiques, pour rester dans l’actualité) seront de pire en pire… ».

Voir horrifier d’autres :

« Quelle horreur ! Je crois que ça y est le président français vient de nier d’un seul coup tout ce qui nous construit : fini l’éthique en politique. C’est la porte ouverte au plus sordide. Au vu de ce qui va continuer de se passer en Tunisie, on peut presque parler de « crime contre la République ».

Mais ce qui semble le plus indigner ces internautes, c’est le caractère « raciste » et « condescendant » du discours du président français. Comme le signale avec beaucoup de prudence cette internaute :

« Vous avez sans doute raison sur le fait qu’il ne faille pas forcément se jeter dans la brèche, mais cela n’empêche pas que ce que dit Sarko est raciste ».
« Même Le Pen n’aurait pas osé sortir pareille connerie ! »

Enchérit un autre.

Beaucoup d’entre eux se rappellent le fameux discours de l’université de Dakar sur « l’Homme africain », qui selon lui « n’est pas assez entré dans l’histoire. » ! Sarkozy récidive à Tunis avec : « Vous avez une main d’œuvre qui ne demande qu’à être formée” […] “Nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation. ». Un propos prononcé la veille lors d’un autre discours et repris avec d’autres mots dans le Discours de Tunis : « Vous avez fait apparaitre une classe moyenne qui pourra consommer et produire les produits que nous même nous pouvons vendre » !


Mais, Henri Guaino, le véritable auteur de ces discours sirupeux, populistes, démagogues et aux relents racistes, n’a pas été oublié par les critiques souvent indignées des internautes français, à l’instar de « AC-89 » qui lance lors d’une discussion sur le site d’information Rue89.fr :

« Probablement un discours rédigé par Henri Guaino, comme celui de Dakar. Ce type transpire le racisme et la suffisance."

Au cours de la même discussion Queenisdead est quant à lui beaucoup plus loquasse :

[…] En parlant d'écriture, je me demande qui a bien pu lui écrire son discours, une nouvelle fois Guaino ? Cette paire de récidivistes est en train de faire plus fort que George W Bush, c'est dire ! Bref, j'ai honte pour mon pays, j'ai honte car il est sensé représenté la France. Les plaies du discours de Dakar ne sont pas encore refermées, qu'il se sent obligé d'y rajouter un peu de sel! On subodore, des préjugés raciaux qui fleurent bon le XIX° siècle, cet homme n'est pas l'avenir, il vit dans le passé [...] »

« Sonnez le réveil », un peu abattu par tant de condescendance, tente de faire réagir les Tunisiens en leur adressant son message :

« Tant pis pour la France ! Pays réduit à un mini pays qui mérite son mini président. Mais franchement les Tunisiens et les autres, vous avez une histoire longue de 3000 ans et plus, vous avez régné sur le monde comme des seigneurs et aujourd’hui vous cherchez votre salut auprès du président le plus ridicule dans l’histoire de la France…réveillez-vous ! Et faites comme vos ancêtres qui ont foutu dehors le dernier soldat et ont construit leur gloire de leur bravoure."
On ne peut que partager son avis !

Il est clair que quand M. Sarkozy nous félicite pour tout ce que la Tunisie a accompli en 52 ans d’indépendance, il semble oublier que l’histoire de la Tunisie ne se résume pas seulement à son histoire avec la France. Il oublie sûrement…ou, ne le sait-il peut-être pas, qu’il prononce son discours à deux pas de Carthage, capitale historique de la méditerranée ! C’est comme si l’on disait aux Français « regardez tout ce que vous avez accompli en 63 ans d’indépendance », considérant la Libération comme le début de l’histoire de France ! Ainsi, il est donc normal que la France produise le Minitel, le TGV, l’Airbus, et des centrales nucléaires depuis 1946 et que la Tunisie se limite à ses lois antiterroristes qui font ce progrès tant apprécié par le président Français !

En fin de compte et après la performance « remarquable » de M. Sarkozy, on peut tout à fait le croire sur parole quand il dit qu’il n’est pas venu en donneur de leçons. Je dirais même qu’il a bien fait de s’abstenir. Des leçons…surtout en histoire, c’est lui qui semble en avoir le plus besoin.


Malek Khadhraoui


Articles publié sur Nawaat.org


dimanche 16 décembre 2007

Hypocratie : Le mal tunisien







près la chute du mur de Berlin et la déliquescence des idéocraties, des nouvelles formes de dictatures ont émargé de se vide idéologique. Alors que des peuples s’émancipaient des affres du communisme, d’autres sombraient sous le joug d’une nouvelle forme de tyrannie : les pseudos-démocraties. Ces régimes politiques d’un genre nouveau, qu’on qualifiera ici d’« hypocraties », ont résolument fait le choix des idéologies triomphantes en adoptant la politique du caméléon. Tout en se déclarant des valeurs démocratiques, les dirigeants de ces « républiques bananières » sont passés maîtres du volte-face stratégique et de la « double pensée » permanente. Le temps qu’il faudrait pour un caméléon de changer de robe, suffirait largement au maître « hypocrate » de troquer ces habits de tortionnaire contre ceux du défenseur des droits humains, aussi aisément que de passer du statut de militaire à celui de civil.

Le terme « hypocratie » porte en lui l’essence même de ces régimes. En effet on peut définir le mot en se basant sur les racines grecques de ces deux composantes sémantiques. Dans ce cas le mot se compose du préfixe, hypo, qui signifie « sous » ou « en dessous » et du mot cratie (cratien en grec) qui signifie pouvoir. Les mots formés du préfix « hypo », exprimant une idée de diminution, le mot ainsi formé désigne un pouvoir diminué ou un « sous-régime ». Le mot peut également être le résultat de la contraction du mot « hypocrisie » et celui de « démocratie ». Cette contraction exprimerait le caractère hypocrite de ces pseudo-démocraties qui proclament le contraire de ce qu’elles appliquent.

Une « hypocratie » est donc, un régime d’une part diminué par l’illégitimité politique de son existence et l’absence chez ses prélats de convictions claires, et d’autre part hypocrite, en s’efforçant de paraître pour ce qu’il n’est pas. Cette nature ne dispense pas « les hypocraties » d’être des régimes totalitaires, bien au contraire. Mais ces derniers présentent la spécificité de s'accommoder d'une façade démocratique avec la conviction que les possibilités d'expansion et de durée dans le temps sont bien plus grandes dans une « hypocratie » que dans une franche dictature. Le régime politique tunisien, Par sa légitimité discutable et son opportunisme hypocrite, est la démonstration vivante de tout ce qui peut faire une « hypocratie ».

Une légitimité politique discutable

Bien que les théories politiques ou juridiques ne soient pas les seules voies de la légitimation d'un pouvoir, elles en sont comme la toile de fond qui freine l'action et oblige le pouvoir à se justifier et à rendre des comptes. Conscient de l’importance de ces facteurs pour asseoir sa légitimité, le régime tunisien a reposé son pouvoir sur plusieurs théories à la fois, qui apparurent au premier plan au fur et à mesure des étapes qui ont rythmé son évolution. Bien qu’habilement distillées, ces théories de légitimation se heurtent à des vérités historiques et politiques de nature à démontrer incontestablement le caractère « hypocratique » de ce pouvoir.

Après le coup d’état médical du 7 novembre 1987, Ben Ali, alors premier ministre et ministre d’Etat, arrive au pouvoir en se présentant comme l’homme providentiel, le sauveur de la Tunisie alors que le pays est secoué par une crise politique doublée d’une crise économique le tout sur fond de menace islamiste. Les conditions adéquates pour que Ben Ali se proclame d’une légitimité matérielle qui consiste à dire : « je suis au pouvoir parce que je suis le plus apte » ou « celui qui mérite le plus d’y être ». Or cette forme de légitimité a le double désavantage d’être d’une part subjective surtout que le ministre putschiste ne s’est illustré pour le grand publique que lors d’une des pages les plus sombre de l’histoire de la Tunisie pour être, pendant « les émeutes du pain » l’organisateur de la plus grande action de répression menée dans le pays depuis son indépendance. D’autre part la légitimité matérielle par son caractère contingent, est d’usage délicat. Parce que supposant même que cette légitimité fut justifiée en 1987, elle n’est pas pour autant valable dans le temps surtout lorsque les circonstances changement et que la situation générale, jugée critique au départ, s’améliore. Il est donc clair qu’après 20 années de règne, l’actuel président ne peut plus prétendre à cette légitimité matérielle. D’une part son inaptitude à mener à bien les réformes institutionnelles nécessaires, promises au départ, a été confirmée par l’expérience et d’autre part les circonstances qui avaient pu justifier une telle légitimité n’existent plus.

Il est également patent que dans n'importe qu'elle société démocratique, la popularité d'un leader ne suffit pas à lui conférer de la légitimité politique. Ce n'est pas le charisme d'un leader qui légitime son pouvoir politique mais bien le processus démocratique qui valide son charisme. On peut tout de même admettre qu’une telle chose est possible lorsqu'un un leader incontesté prend la direction d'un mouvement de libération dans un pays colonisé, quand les conditions légales d'un processus démocratique n'existent pas. C’était le cas pour feu Habib Bourguiba, le premier président de la Tunisie. Dans ce cas précis le rôle d’un leader politique est de créer les conditions fondamentales pour une expression démocratique. Chose que Bourguiba a fait avec une certaine réussite dotant le pays d’outils institutionnels et juridiques avant-gardistes. Contrairement à son prédécesseur, l’actuel président, en plus du fait qu’il ne bénéficie pas des mêmes circonstances qui ont mené Bourguiba au pouvoir, il ne c’est jamais illustré par un charisme exacerbé ni par une personnalité emblématique, bien au contraire. On est effectivement loin de la popularité quasi-naturelle de Bourguiba et ses légendaires bains de foule. Encore une légitimité à la quelle Ben Ali ne peut prétendre. L’adhésion populaire s’est faite par dépit et perdure par la crainte et à défaut. Une adhésion qu’il serait plus judicieux d’appeler « non-opposition » qui devant l’inexistence d’une figure emblématique ou d’une alternative crédible, préfère l’acquiescement sans conviction devant les élans populistes de Ben Ali. Cela est bien sur loin de permettre une légitimation populaire.

Lors du coup d’état médical du 7 novembre 1987, c'est par la constitution et dans le respect scrupuleux des textes que Ben Ali procéda. On peut même dire que les seuls coups d’états illégaux sont ceux qui avortent. Un coup d’état ressui est en quelque sorte toujours légale, portant en lui les éléments de sa propre légalité. Pourtant, cela n’empêche pas l’illégitimité de la manœuvre. En effet, la constitution par la quelle Ben Ali est venu au pouvoir est une coquille vidée de toute force juridique. Elle n’est plus la loi suprême, celle qui, par nature se place au-dessus de toutes les lois de la république ainsi que toutes les considérations personnelles. Cette constitution s’est transformée le 12 septembre 1974 en un instrument de totalitarisme après son amendement par le parlement tunisien de façon à instaurer la présidence à vie pour « le combattant suprême ». Non seulement l’amendement, troque la république pour une quasi-monarchie mais donne le droit de destitution du président de la république au premier ministre alors qu’il n’à aucune légitimité électorale ce qui est en soit une disposition contraire à l’esprit républicain. L’illégitimité de cet amendement est double : constitutionnelle, en trahissant l’esprit de la constitution et le principe d’alternance démocratique à la tête de l’exécutif et républicaine pour ne pas avoir tenu compte d’une règle fondamentale qui veut que seul un élu du peuple puisse assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir.

Ce régime c’est donc construit sur les ruines d’une autocratie devenue illégitime à cause d’une constitution dénaturée, instrumentalisée, aux pratiques antirépublicaines et n’a fait donc que bâtir sur des fondations ébranlées. Bien sur Ben Ali n’est pas responsable de l’origine de cette perte de légitimité mais il n’a montré aucune réelle volonté de remédier à cette désacralisation des textes constitutionnels. Cela s’est révélé clairement dés le premier amendement, celui par lequel la présidence à vie a été abolie pour être remplacer par une formule ingénieuse du « président rééligible deux fois », amendement voté en fanfare par le parlement tunisien en 1989. Cet amendement qui se voulait historique n’a fait que renforcer le pouvoir du président en le préservant de la censure du parlement l’exonérant ainsi de toute justification devant la représentation nationale. Le président se retrouve par ce déséquilibre, au dessus du pouvoir législatif et légalement hors d’atteinte. Bien que faible, l’hypothétique pouvoir de la chambre des députés, conféré par l’amendement constitutionnel de 1976, le président Ben Ali le supprime lui trouvant un caractère dangereux, enlevant ainsi tous les moyens légaux de destitution d’un président en fonction. Ceci donne, bien sur, dors et déjà la possibilité au président de prolonger à l’infini son mandat et d’étendre sans retenue ses prérogatives. Toute action légale contre lui étant impossible, sa succession devient assujettie à son bon vouloir et le degré de développement de son esprit démocratique.

Hypocrisie généralisée

Comme déjà mentionné plus haut les régimes « hypocratiques » à l’instar du régime tunisien, s'accommodent fort bien d'une façade démocratique. En 20 ans d’existence le totalitarisme abouti du pouvoir en place n'a pratiquement plus besoin d'utiliser la force brute pour assoir son pouvoir. Il est vrai que par sa définition le totalitarisme est un système qui entend contrôler et dominer totalement la totalité de la vie et de la pensée de la totalité des populations, et qui interdit et réprime toute tentative de dépassement, de remise en question. Les « hypocraties » ne dérogeant pas à cette règle et détestent autant l'autonomie et la liberté individuelle. Mais à la place de la répression sanguinaire, le régime « hypocratique », préfèrent compter sur la docilité du peuple et sur la notion de « libertés réduites », à entendre, canalisées dans des voies déterminées qui ne peuvent pas lui nuire. Il mise plutôt sur la soumission volontaire, les contraintes économiques, la force de la propagande diffusée en permanence par les médias, l'école, les hommes politiques, les gens eux-mêmes. Une hypocrisie généralisée qui met à jour l’immense pouvoir de l’auto-persuasion de la majorité des gens et le bourrage de crâne exercé par les adultes sur les enfants. Une méthode beaucoup plus efficace que les exécutions sommaires et les camps de rééducation.

Tant que le peuple ne remette pas en cause leurs existences et tant qu’il ne se rende pas capable de construire autre chose, les hypocraties montrent un visage tolérant et ouvert. Les hypocraties tolèrent même l’existence d’une opposition. A condition, bien évidement, que celle-ci ne puisse se passer d’elles. Les quelques défoulassions sporadiques tolérées, permettent à « la dissidence» d'avoir l'impression de faire quelque chose et même d'avoir l'illusion de remporter parfois des petites batailles. Tant que l’opposition reste résiduelle elle ne constitue dans une hypocratie aucune menace. Elle sert même à montrer combien elle est tolérante ! Elle sait que grâce à la censure et à l’implacable jeu de la real politique, ils auront très peu d’accès aux grands médias, et donc que leur audience restera toujours limitée. Elle espère qu'ils finiront par se convertir comme tout le monde, ou par sombrer dans le désespoir ou la violence. A défaut, elle les marginalisera encore plus en les amalgamant à des catégories criminelles. Elle sait que ses sujets adorent les boucs émissaires et n'aiment pas ceux qui mettent le doigt sur les réalités qu'ils tentent d'oublier en adhérant à fond au système « hypocratique».

Au sein d’une hypocratie, les tenants du pouvoir s’évertuent, dans un subtil exercice, à fragiliser la population convaincus et à juste titre qu’il est plus facile de régner sur des gens diminués financièrement, spirituellement et intellectuellement. Il est certainement plus facile de les manipuler tant qu’ils se préoccupent davantage de leur survie quotidienne que de changer le monde. Précarité, chômage, surendettement, insécurité autant de levier sur lesquels les régimes «hypocratiques» jouent pour bloquer les possibilités de révolte à la base. La paupérisation de tous les aspects de la société est un d'excellent moyen de contrôle qui ne dit pas son nom. Mais une des ruses suprêmes des régimes hypocratiques, est d'obliger quasiment tout le monde, contestataires et conformistes, à franchir consciemment ou pas les limites de la loi. Chacun peut alors être l'objet de poursuites. Par exemple, pour s'exprimer, on peut avoir à organiser une manifestation interdite, pour survivre certaines personnes sont obligés de commettre des illégalités, les réglementations de certaines professions sont tellement tatillonnes qu'on est obligé de ne pas les respecter pour pouvoir survivre…Autant de truchement redoutables pour mettre toute la population à la porté d’une justice arbitraire et complètement à la solde du pouvoir et qui en donner, en Tunisie, des résultats remarquables.

Les systèmes « hypocratiques », bien qu’ils soient à la pointe du totalitarisme, peuvent probablement être perfectionnés et approfondis, notamment grâce aux innovations technologiques en matière de censure et de contrôle des populations, mais il semble difficile de faire plus vicieux et plus efficace sur le principe. Par les deux aspects qui les définissent, ces régimes ont réussit à se maintenir et à prospérer sans rencontrer de véritable résistance intérieure et encore moins extérieure. En effet, dans de tels régimes, les gens réclament eux-mêmes leurs chaînes et se révèlent encore plus répressifs que les services de répression d'Etat. Pas besoin de massacrer les opposants, il y en a trop peu et ils sont complètement paralysés par les rouages du système. Les braves citoyens s'auto-surveillent, s'autocensurent, le tout étant recouvert du drap blanc des libertés, du « gouvernement par le peuple ». Il suffit de savoir doser intelligemment répression, atteintes aux libertés, récompenses et biens matériels pour éviter révoltes et rejet en bloc. Le peuple veut y croire, il n'est donc pas trop difficile de le contenter, malgré tous les faits qui démontrent le contraire. De grandiloquentes déclarations, des élections pour élire un candidat unique ou des gens qui n'ont pas de pouvoir réel, suffisent à donner l’impression de vivre dans un système convenable.


Dans le monde beaucoup de régime optent pour une « hypocratie » et parviennent tant bien que mal à maintenir une illusion de liberté et une façade plus au moins convenable, mais de ceux qui ont le plus réussit l’application de ce modèle, le régime tunisien peut prendre valeur d’exemple. Depuis son installation à la tête du pouvoir il n’a cessé de perfectionner le système pour le rendre presque invisible, indétectable pour l’observateur étranger et complètement intégré par la majorité des tunisiens. Même ceux parmi eux qui découvrent la vraie nature du régime trouvent peu d’oreilles intéressées. Le visage humain du système « hypocratique » profère à ces tenants un certain « bénéfice du doute »…c’est peut être là sa plus grande réussite.



dimanche 9 décembre 2007

Les "Ben Ali's Angels" de la censure






armi les nombreux domaines où la Tunisie occupe les premiers rangs dans les classements internationaux, il en existe deux où elle est particulièrement brillante : l’émancipation de la femme et la pratique de la censure. Alors, quand le régime tunisien décide de mettre à profits l’expérience accumulée dans ces deux domaines, cela donne l’Agence Tunisienne de l’Internet ou ATI pour les intimes. En effet depuis sa création en 1996 l’agence publique n’a été dirigée que par des femmes. Pas moins de 3 directrices successives qui ont constitué à elles trois un tableau de chasse impressionnant. Celles qui auraient pu être le symbole de cette Tunisie paritaire ce retrouvent être les administratrices pour le compte de l’état de l’une des pires de ses entreprises : celle de la censure et de la désinformation.

Elles s’appellent Khadija Ghariani, Feriel Béji et Lamia Cheffai. Leurs noms ne vous disent peut être rien, pourtant, elles participent de jours en jours, à mener à bien l’étouffement et la mise aux pas de l’Internet libre en Tunisie tant espérés par le pouvoir en place. Plus de 50 sites et blogs tunisiens sont depuis censurés sans compter des dizaines d’autres de diverses nationalités également inaccessibles. Pour y parvenir elles travaillent main dans la main et en dehors de tout cadre légal avec la police du Net tunisien. Il ne serait être autrement puisque depuis le 3 septembre 2007 et la censure de Dailymotion, le fournisseur d’accès TopNet a désigné directement l’ATI comme responsable du « filtrage » du site. Un aveu qui confirme se que tout le monde savait déjà. Etant le fournisseur de tous les autres fournisseurs d’accès, l’ATI peut filtrer à sa guise l’accès à l’Internet.

Il faut dire que si on lit bien entre les lignes les déclarations des différentes administratrices, l’activité de « filtrage » de l’internet tunisien n’a jamais été formellement niée par l’agence. Déjà, Mme Ghariani, première à avoir tenu les reines de l’agence et à qui on doit la première vague de censure qui a vu interdire les premiers sites indépendants de la toile tunisienne, répondant aux accusations de censure déclarait : « il n’y a pas de censure en Tunisie puisque les proxys n’y sont pas interdits ». Ce qui en d’autre termes veut dire « nous censurons mais nous permettons de contourner cette censure ». Admirez toute la subtilité de la réponse qui sous-entend que pour les internautes avertis sachant utiliser les Proxys, il n’était pas impossible de contourner les blocages. Mais elle oublie tout de même de préciser que le recours aux proxys est possible surtout parce qu’il est techniquement impossible de les censurer tous et que ceux utilisés étaient censurés à-fur-et-à-mesure que ses techniciens les découvraient.

Pour Mme Béji qui lui succède, le discours est toujours aussi subtil mais beaucoup plus explicite. Puisque tout en niant l’existence de la censure, elle justifie celle-ci par un besoin de servir l’intérêt général ! « Certaines voix calomnient la Tunisie en disant qu'Internet y serait censuré. » dit-elle. « La vérité, c'est que nous souhaitons une bonne utilisation du réseau, pour que cet outil serve réellement au peuple ». Voilà donc pourquoi censure-t-on en Tunisie : c’est pour éviter au peuple les lectures inutiles. Quelle abnégation et quel sens du devoir. Un sens du devoir qui lui permet de battre un record de rapidité en censurant Yezzi.org, le site de la manifestation permanente contre Ben Ali, moins de 18 heures après sa mise en ligne ! Encore, dans l’une de ses dernières actions à la tête de l’agence, surement dans un excès d’abnégation, elle censure Dailymotion l’un des sites les plus visités par les internautes tunisiens. « Le peuple », lui, n’apprécie pas vraiment, à en croire les dizaines de voix mecontentes des utilisateurs tunisiens de se site.

Mme Lamia Chafaï qui est venue dans les baguages de Mr Haj, le ministre actuel, et que la presse présente comme «une vraie communicatrice, très joviale, toujours souriante, courtoise et est dotée d’une grande maîtrise du Web et de l’Internet», n’est quant à elle, pas étrangère à la maison. Elle s’y occupait déjà de marketing et de commerce électronique sous le règne de Mme béji avant d’aller exercer ses talents à l'Agence nationale de certification électronique (ANCE) dont elle a été la directrice générale. D’ailleurs pour bien marquer son retour et montrer à ses commanditaires qu’elle peut faire aussi bien, voir mieux que ses prédécesseurs, elle censure You Tube un autre site de partage de vidéo qui est devenu le refuge de tous ceux qui ne pouvaient plus accéder à Dailymotion. Ce qui ne semble pas poser de problème à celle qui déclarait que « La Tunisie est certainement aussi avancée dans la voie de la société de l'information que de nombreux pays européens. […] Dans un certain nombre de cas, elle donne l'impression d'avancer plus vite que la France ». Il est évident qu’administrer la censure des deux sites les plus emblématiques du Web 2.0, et de dizaines d’autres sites est en soit un exploit que peu de pays peuvent égaler. Mme Cheffai vient même d’élever encore le niveau d’un cran en censurant il y à quelques jours un autre blog qui s’ajoute à une liste qui commence à être longue. Difficile donc de faire mieux !

Sur Tunisie Haut débit, un blog qui parle des services Internet en Tunisie on peut lire la présentation suivante : « L’ATI, vous connaissez ? C’est la police du net tunisien. Plus efficace que le contrôle parental, elle veille à ce que notre navigation sur internet soit la plus saine que possible. L’ATI joue, aussi, le rôle du « Big Brother » qui décide à notre place et à la place des FAI de ce qui est le mieux pour les exigences des Tunisiens sur le net». La réputation de l’ATI n’est plus donc à faire en matière de « flicage » et même si l’auteur de ces quelques lignes espérait « une bienveillance plus maternelle » de la part de Mme Cheffai, le palmarès déjà bien garni de cette dernière finira pas le convaincre du contraire. Reste encore un petit effort à faire pour l’agence pour assumer son rôle « de police de l’internet » au grand jour, puisque jusqu’ici elle cachait la censure qu’elle exerce en reproduisant une fausse page d’erreur, la fameuse page « 404 ».

Le journaliste, du site d’informations économiques, webmanagercenter.com ne croyait pas si bien dire en écrivant : « Décidément les femmes réussissent bien à l’ATI (Agence Tunisienne d’Internet). En effet, depuis sa création, l’ATI a été dirigée par des femmes (à trois reprises), ce qui dénote la capacité de ces dernières dans la gestion technique du nœud Internet national. ». En ce qui concerne la gestion du nœud les trois administratrices ont montré leur savoir faire à part que ce nœud est coulissant et qu’il est entrain d’étouffer le seul vrai espace de liberté en Tunisie. Je ne sais pas si le fait que cela soit l’œuvre de femmes tunisiennes le rend plus condamnable mais ce qui est certain c’est que cela est indigne de notre pays. Mais il semblerait que malheureusement la dignité a déserté depuis longtemps les couloirs du pouvoir en Tunisie. Ceci est aussi bien vrai pour les hommes que pour les femmes qui les arpentent.



samedi 8 septembre 2007

ATI : « Cachez moi ce Boeing présidentiel que je ne saurais voire » !

Mystérieuses rotations du Boeing présidentiel


a Tunisie n’est pas encore un modèle de démocratie. Pour avoir diffusé un petit film montrant comment l’avion du président Ben Ali est peut être utilisé à des fins familiales plutôt qu’à un usage officiel, le site français de partage de vidéos, « Dailymotion » s’est vu censurer par l’ATI, l’agence tunisienne de l’Internet, contrôlée, évidemment par le pouvoir.

Le film montre à partir de photos réalisés par des amateurs le Boeing présidentiel (un 737 business jet aménagé en appartement volant) effectuant de nombreuses rotations ces derniers mois (Malte, Genève, Paris, Bruxelles, etc…) sans que le président tunisien soit à bord.

Le genre d’information que le pouvoir de Carthage ne souhaite pas faire circuler auprès de son peuple.

Ce qui explique le blocage dont est victime le site de vidéos.

Il se peut que le Boeing de M. Ben Ali se soit rendu dans ces villes pour des simples contrôles techniques, mais la paranoïa qui règne au palais présidentiel entraîne bien souvent d’absurdes mesures.


En photo : le BBJ de la république tunisienne
Publié le 7 septembre 2007.

Source : Afrique de l'Ouest


mardi 7 août 2007

De la république de Carthage au "changement" du 7 novembre 1987

Ou quand la télé tunisienne découvre qu’il y avait une vie avant Ben Ali !



Extrait documentaire « De la constitution de Carthage à la république de demain » - Réalisation : Mohamed El Ghoghben - Texte :Abdelkader Ben Hadj Nasser - Tunis7 - 2007



ans le cadre des festivités de la commémoration du 50ème anniversaire de la proclamation de la république tunisienne, la télévision nationale, Tunis7, nous a, entre autres, gratifié d’un documentaire de 58 minutes retraçant l’histoire glorieuse de notre chère république, de la première constitution carthaginoise à la très conceptuelle « Tunisie de demain », qui n’est en fait, selon ce documentaire, rien d’autre, que la Tunisie d’aujourd’hui mais avec encore plus « d’acquis » et de « changements » et évidement avec la même constante, de 20 ans maintenant : le président Ben Ali. On a déjà hâte d’y être !

Le style est toujours aussi barbant et le texte qui accompagne ce documentaire est d’une rhétorique toujours aussi anachronique, mais la grande nouveauté cette année, c’est la place que les gardiens de la propagande ont voulu accorder à tout ce qui a existé avant le fameux « changement » du 7 novembre. Généralement expédiés en 10 minutes, les centaines d’années d’histoire qui précédent l’heureux avènement ont, cette année, eu droit à pas moins de 25 minutes sur les 58 que compte ce documentaire. Alors ont découvre stupéfait qu’il y avait une vie avant le 7 novembre. Il était temps ! Surtout que depuis presque 20 ans qu’on nous dise le contraire, beaucoup ont fini par le croire.

Ne voulant pas vous faire perdre votre temps mais aussi vous faire vivre ce que j’ai vécu en visionnant le documentaire dans sa totalité, je vous propose donc un extrait des 27 premières minutes qui traitent de l’avant 7 novembre et plus spécialement du mouvement de libération nationale et les 31 années du règne du feu Bourguiba. Je tiens tous de même à dire à tous les férus d’histoires, qu’il ne faille pas s’attendre à une précision académique. L’histoire ainsi présentée est comme d’habitude en Tunisie, diluée, débarrassée de tout ce qui peut paraître subversif ou qui pourrait, sait-on jamais, donner des idées à certains.

Mais cette partie du documentaire n’est pas pour autant dépourvue d’intérêt. Au-delà d’une séquence d’archive assez rare et très émouvante qui témoigne de la séance extraordinaire du parlement tunisien proclamant l’abolition de la monarchie et l’instauration de la république, beaucoup d’images sont intéressantes, avec une valeur historique certaine bien que gâchées par un texte insipide, qui ne faisait que préparer la deuxième partie celle de « la délivrance » ou comme dans les séries américaines : tout fini par rentrer dans l’ordre ! Merci à qui ?

J’espère donc qu’on ne m’en vaudra pas trop pour le choix d’amputer ce documentaire de la partie qui traite des « acquis du 7 novembre » et de toutes les merveilles qui nous attendent au sein de la « république de demain ». Surtout que les acquis, nous les vivons tous les jours et « la république de demain », nous y avons déjà adhéré, si on se fie à ce qui est écrit sur toutes les banderoles qui ont enlaidi les rues de la Tunisie, en ce 25 juillet 2007, 50ème anniversaire de la proclamation de la république Tunisienne.



mercredi 11 juillet 2007

Mme Belhassen espère "moins de complaisance" et "moins de cécité" de la part de la France


Mme Souhayr Belhassen – Le journal de l’international – iTélé – le 10.07.07


l’occasion de la visite en Tunisie du président français Nicolas Sarkozy, Souhayr Belhassen, la présidente fraichement élue de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), était l’invité du journal de l’international de la chaine d’information continue, iTélé.

Lors de cet entretien, Mme Belhassen a formulé le souhait de la fédération de ne plus faire face à « la même complaisance et à la même cécité de l’ancien président Jacques Chirac » en espérant une défense, où du moins, une reconnaissance de la part de la France du travail de la société civile tunisienne. Une société civile dont les membres, comme la relevé Mme Belhassen, subissent des pressions quotidiennes allant jusqu’aux agressions physiques et à l’emprisonnement pour les cas les plus extrêmes.

La présidente de la FIDH, s’est également inquiétée des dérives relatives aux arrestations dans le cadre des nouvelles lois antiterroristes en dénonçant les traitements inhumains et les procès inéquitables qui accompagnent ce dispositif. L’entretien s’est achevé sur la question de l’immigration et les projets d'accords de partenariats avec les pays du sud pour une immigration choisie qui serait pour Mme Belhassen, « condamnable » parce qu’elle « écrémerait les pays producteurs d’immigration », les privant ainsi de leurs potentiel humain de développement.


jeudi 5 avril 2007

Discours pompeux et sombre réalité


Extraits du discours de Ben Ali à l'occasion du 51ème anniversaire de l'indépendance de la Tunisie - 20 Mars 2007 - Tunis7


e discours tenu par Ben Ali à l’occasion du 51ème anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, n’avait aucune raison d’être différent des dix-neuf précédents, et comme on pouvait le prévoir, n’a pas échappé à la phraséologie habituelle produite par des technocrates du système de propagande, servie à toutes les sauces et à toutes les occasions. Se sont toujours les mêmes mots, la même rengaine, toujours les mêmes slogans répétés, psalmodiés jusqu'à la nausée, sans convictions, sans aucun appui concret dans la réalité de la Tunisie.

Au moment même où le chef de l’état devant un parterre de personnalités toutes aussi conquises que peu motivées, disait tout le bien que « le changement du 7 novembre » a apporté à la Tunisie, ses sous-fifres et les différents appareils de l’état qui leur ont été confiés, s’emploient à faire tous le contraire de son beau discours de circonstance. Le ridicule de cette situation est passé à un point où il suffirait d’entendre systématiquement l’opposé de ce que dit le discours pour coller à la réalité de la situation. Tel des messages codés les discours du président décrivent en réalité d’une manière, pour le moins détournée, le fond de sa politique depuis sont arrivée au pouvoir.


Certain que ses mensonges éhontés n’émeuvent plus grand monde, il se permet même de narguer ses interlocuteurs en vantant « l’image resplendissante de la résistance des Tunisiennes et des Tunisiens, de toutes les catégories et régions, de la profondeur de leur sens patriotique, de leur attachement à la liberté et à la dignité, et de leur aptitude à se dresser en rangs serrés pour sauvegarder l'intégrité de la patrie et défendre sa bannière ». Il sait qu’il ne prend aucun risque en parlant d’une époque ou effectivement les Tunisiens et les tunisiennes étaient prêt à tous les sacrifices pour leurs dignités et leurs libertés, Une époque ou ces mots avaient encore une signification en Tunisie.

Les extraits choisis sont une illustration parfaite de cette double-pensée permanente qui caractérise les discours présidentiels depuis pré de 20 ans. Ils ne nécessitent aucun commentaire, ils se suffisent à eux mêmes. Plus les affirmations et les mises en avant des actions entreprises sont pompeuses plus la réalité est sombre et aux antipodes du discours.


jeudi 15 mars 2007

Entre la" Via" Ben Ali et l'Esplanade Habib Bourguiba il n'y avait pas photo !

Aujourd'hui il y a les photos, mais aussi une vidéo !!







’affaire commence le 24 janvier avec un édito du quotidien La Presse qui annonçait triomphalement : « La décision prise par le conseil municipal de la ville italienne Villafranca, en Toscane, de baptiser l’une de ses artères principales au nom du Président Zine El Abidine Ben Ali… ». La mascarade aurait pu passé inaperçue sans compter sur la vigilance citoyenne de notre ami Astrubal ! A l’aide du redoutable Google Earth, le « diabolique » Astrubal nous démontre sur les forums de Nawaat, dans une vidéo réalisée avec des images satellites, l’étendue de la supercherie. A peine 80 mètre d’un chemin de village qui ne mène nulle part !

On pouvait déjà imaginer la tête du journaleux qui a fait de cette « Zanqa » toute un plat mais aussi celles des officiels tunisiens en Italie, qui ont du sûrement vendre leur « réalisation » comme un grand acquis pour le président et son ego légèrement disproportionné. Mais voilà que, plus d’un mois plus tard, Astrubal remue allégrement le couteau dans la plaie et nous reporte les images de la fameuse « Via » déniché sur le site d’un blogueur italien ! La claque est monumentale ! Une sorte de chemin qui n’a peut être jamais eu de nom au par-avant. Il part de sous un pont d’où passe une voie ferrée et ne mène toujours nulle part. On est vraiment loin de « l’artère principale » promise par le zélé « écrivain publique ».

Quelle mouche a donc piqué les représentants de la diplomatie tunisienne pour qu’ils ridiculisent leur président de la sorte ? De quels arguments ont-ils pu user pour convaincre le président et ses Spin Doctors pour qu’ils approuvent cet affront ? Ont-ils mis en avant que cette ville a été le refuge de Dante Alighieri, écrivain et homme politique florentin et auteur de « La Divine Comédie » ? Mais je ne pense pas qu’ils sont allés jusqu’à lire cette œuvre. Parce qu’ils auraient découvert ce que L’Enfer de Dante prévoyait pour les trompeurs* de toutes sortes. Peut être qu’ils ont mis en avant le fait qu’une voie ferrée passait prés de sa « Via » ? Mais sûrement pas, que de ce chemin il est impossible de prendre le train et qu’au mieux on pouvait le voir passer ! Est ce le nom de la ville, Villafranca (ville franche) ? Pour des affranchies cela me semble un peu osé.

Bref j’ai beau retourner le problème dans tous les sens je n’arrive pas à trouver un argument valable qui expliquerait qu’on accepte cette méprisante distinction. La seule explication possible c’est qu’ils ont rien dit en espérant que personne ne s’aventure à visiter ce coin perdu. Mais là, avec les photos publiées sur le net le pot aux roses est découvert et tous ceux qui ont contribué a cette mascarade n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Ils ne seront peut être pas les seules à se ranger les ongles. Si on suit le même raisonnement, les diplomates tunisiens qui étaient en poste à Paris pendant l’inauguration de l’esplanade Habib Bourguiba auraient pu minimiser l’importance de cette consécration en expliquant à la présidence que ce n’était qu’un chemin de campagne en marge de la ville ! C’est clair que là, il aurait fallu des tonnes d’imaginations et de persuasions pour arriver à convaincre que le quai d’Orsay sur les bords de Seine dans le 7ème arrondissement de Paris n’est qu’un chemin de travers.

Pour dissiper tous les doutes et réconforter tous ceux qui se sont sentis insultés que notre pays soit associé à une impasse, une petite balade sur l’esplanade Habib Bourguiba vous redonnera le moral. Ceux qui sont en région parisienne peuvent faire le déplacement, pour les autres voici une petite vidéo de l’esplanade comme si vous y étiez !

* L'Enfer, 8ème cercle, Les trompeurs, Chants XVIII-XXX.





lundi 6 novembre 2006

Trop de temps sous le même régime ? (1)






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