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mardi 7 août 2007

De la république de Carthage au "changement" du 7 novembre 1987

Ou quand la télé tunisienne découvre qu’il y avait une vie avant Ben Ali !



Extrait documentaire « De la constitution de Carthage à la république de demain » - Réalisation : Mohamed El Ghoghben - Texte :Abdelkader Ben Hadj Nasser - Tunis7 - 2007



ans le cadre des festivités de la commémoration du 50ème anniversaire de la proclamation de la république tunisienne, la télévision nationale, Tunis7, nous a, entre autres, gratifié d’un documentaire de 58 minutes retraçant l’histoire glorieuse de notre chère république, de la première constitution carthaginoise à la très conceptuelle « Tunisie de demain », qui n’est en fait, selon ce documentaire, rien d’autre, que la Tunisie d’aujourd’hui mais avec encore plus « d’acquis » et de « changements » et évidement avec la même constante, de 20 ans maintenant : le président Ben Ali. On a déjà hâte d’y être !

Le style est toujours aussi barbant et le texte qui accompagne ce documentaire est d’une rhétorique toujours aussi anachronique, mais la grande nouveauté cette année, c’est la place que les gardiens de la propagande ont voulu accorder à tout ce qui a existé avant le fameux « changement » du 7 novembre. Généralement expédiés en 10 minutes, les centaines d’années d’histoire qui précédent l’heureux avènement ont, cette année, eu droit à pas moins de 25 minutes sur les 58 que compte ce documentaire. Alors ont découvre stupéfait qu’il y avait une vie avant le 7 novembre. Il était temps ! Surtout que depuis presque 20 ans qu’on nous dise le contraire, beaucoup ont fini par le croire.

Ne voulant pas vous faire perdre votre temps mais aussi vous faire vivre ce que j’ai vécu en visionnant le documentaire dans sa totalité, je vous propose donc un extrait des 27 premières minutes qui traitent de l’avant 7 novembre et plus spécialement du mouvement de libération nationale et les 31 années du règne du feu Bourguiba. Je tiens tous de même à dire à tous les férus d’histoires, qu’il ne faille pas s’attendre à une précision académique. L’histoire ainsi présentée est comme d’habitude en Tunisie, diluée, débarrassée de tout ce qui peut paraître subversif ou qui pourrait, sait-on jamais, donner des idées à certains.

Mais cette partie du documentaire n’est pas pour autant dépourvue d’intérêt. Au-delà d’une séquence d’archive assez rare et très émouvante qui témoigne de la séance extraordinaire du parlement tunisien proclamant l’abolition de la monarchie et l’instauration de la république, beaucoup d’images sont intéressantes, avec une valeur historique certaine bien que gâchées par un texte insipide, qui ne faisait que préparer la deuxième partie celle de « la délivrance » ou comme dans les séries américaines : tout fini par rentrer dans l’ordre ! Merci à qui ?

J’espère donc qu’on ne m’en vaudra pas trop pour le choix d’amputer ce documentaire de la partie qui traite des « acquis du 7 novembre » et de toutes les merveilles qui nous attendent au sein de la « république de demain ». Surtout que les acquis, nous les vivons tous les jours et « la république de demain », nous y avons déjà adhéré, si on se fie à ce qui est écrit sur toutes les banderoles qui ont enlaidi les rues de la Tunisie, en ce 25 juillet 2007, 50ème anniversaire de la proclamation de la république Tunisienne.



jeudi 15 mars 2007

Entre la" Via" Ben Ali et l'Esplanade Habib Bourguiba il n'y avait pas photo !

Aujourd'hui il y a les photos, mais aussi une vidéo !!







’affaire commence le 24 janvier avec un édito du quotidien La Presse qui annonçait triomphalement : « La décision prise par le conseil municipal de la ville italienne Villafranca, en Toscane, de baptiser l’une de ses artères principales au nom du Président Zine El Abidine Ben Ali… ». La mascarade aurait pu passé inaperçue sans compter sur la vigilance citoyenne de notre ami Astrubal ! A l’aide du redoutable Google Earth, le « diabolique » Astrubal nous démontre sur les forums de Nawaat, dans une vidéo réalisée avec des images satellites, l’étendue de la supercherie. A peine 80 mètre d’un chemin de village qui ne mène nulle part !

On pouvait déjà imaginer la tête du journaleux qui a fait de cette « Zanqa » toute un plat mais aussi celles des officiels tunisiens en Italie, qui ont du sûrement vendre leur « réalisation » comme un grand acquis pour le président et son ego légèrement disproportionné. Mais voilà que, plus d’un mois plus tard, Astrubal remue allégrement le couteau dans la plaie et nous reporte les images de la fameuse « Via » déniché sur le site d’un blogueur italien ! La claque est monumentale ! Une sorte de chemin qui n’a peut être jamais eu de nom au par-avant. Il part de sous un pont d’où passe une voie ferrée et ne mène toujours nulle part. On est vraiment loin de « l’artère principale » promise par le zélé « écrivain publique ».

Quelle mouche a donc piqué les représentants de la diplomatie tunisienne pour qu’ils ridiculisent leur président de la sorte ? De quels arguments ont-ils pu user pour convaincre le président et ses Spin Doctors pour qu’ils approuvent cet affront ? Ont-ils mis en avant que cette ville a été le refuge de Dante Alighieri, écrivain et homme politique florentin et auteur de « La Divine Comédie » ? Mais je ne pense pas qu’ils sont allés jusqu’à lire cette œuvre. Parce qu’ils auraient découvert ce que L’Enfer de Dante prévoyait pour les trompeurs* de toutes sortes. Peut être qu’ils ont mis en avant le fait qu’une voie ferrée passait prés de sa « Via » ? Mais sûrement pas, que de ce chemin il est impossible de prendre le train et qu’au mieux on pouvait le voir passer ! Est ce le nom de la ville, Villafranca (ville franche) ? Pour des affranchies cela me semble un peu osé.

Bref j’ai beau retourner le problème dans tous les sens je n’arrive pas à trouver un argument valable qui expliquerait qu’on accepte cette méprisante distinction. La seule explication possible c’est qu’ils ont rien dit en espérant que personne ne s’aventure à visiter ce coin perdu. Mais là, avec les photos publiées sur le net le pot aux roses est découvert et tous ceux qui ont contribué a cette mascarade n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Ils ne seront peut être pas les seules à se ranger les ongles. Si on suit le même raisonnement, les diplomates tunisiens qui étaient en poste à Paris pendant l’inauguration de l’esplanade Habib Bourguiba auraient pu minimiser l’importance de cette consécration en expliquant à la présidence que ce n’était qu’un chemin de campagne en marge de la ville ! C’est clair que là, il aurait fallu des tonnes d’imaginations et de persuasions pour arriver à convaincre que le quai d’Orsay sur les bords de Seine dans le 7ème arrondissement de Paris n’est qu’un chemin de travers.

Pour dissiper tous les doutes et réconforter tous ceux qui se sont sentis insultés que notre pays soit associé à une impasse, une petite balade sur l’esplanade Habib Bourguiba vous redonnera le moral. Ceux qui sont en région parisienne peuvent faire le déplacement, pour les autres voici une petite vidéo de l’esplanade comme si vous y étiez !

* L'Enfer, 8ème cercle, Les trompeurs, Chants XVIII-XXX.