dimanche 17 avril 2005

Libéralisme : le double avantage


Dans la grande marche des concepts philosophiques qui ont marqué l’évolution de l’humanité l’émergence de la doctrine libérale au XVIII siècle fût un progrès majeur. La protection des droits et des libertés de l’individu et la limitation de l’intervention politique ont impulsé l’évolution de l’humanité. La contribution du libéralisme à l’épanouissement de la créativité et du progrès humain est incontestable, ainsi que son apport dans l’élévation du niveau des richesses et du confort n’est plus à prouver ! Bien que le mot libéralisme puisse avoir plusieurs sens selon la personne qui l’emploie, et le contexte dans lequel elle le fait. Cependant, en se basant sur le sens communément admis, on peut définir le libéralisme comme une « philosophie du droit », une « éthique de la liberté et de la responsabilité » et c’est en cela qu’il représente la seule idéologie « authentiquement subversive.» Aujourd’hui que le libéralisme s’est imposé sur l’ensemble de la planète et qu’il semble être « le meilleur système actuel » pour notre évolution alors que la « fin de l’histoire[i] » annoncée par Fukuyama après « l’implosion du communisme et la guerre victorieuse des « nations unies » contre l’invasion de l’Irak[ii] », ne s’est pas produite. » Le libéralisme constituerait t-il toujours le moteur de l’histoire ? Favorise t-il le progrès économique, la paix et la démocratie ? Ces notions semblent être implicitement interdépendantes.

Le libéralisme dans son essence originelle n’est pas une doctrine économique ou politique ni une organisation partisane. Par ce fait, il ne se plie pas aux exigences du clivage politico-économique traditionnel. Par son universalité, il affirme les principes de liberté de responsabilité, dans tous les domaines de la vie de l’Homme et de la « Cité.»
Les aspirations des uns et des autres se confrontent dans un lieu « d’échanges » ou « marché. » Les échanges qui s’y font ne peuvent aboutir que si tous les échangeurs y voient un bénéfice sous une forme ou sous une autre. Cette recherche du bénéfice mutuel représente la condition sine qua none pour l’existence d’un marché quel qu’il soit. Dans un marché, le meilleur choix est donc le choix libre et informé. Plus un marché offre de choix, meilleur sont les opportunités. De plus, le mécanisme des prix est lui-même, dans un marché libre, le meilleur moyen de relayer l’information, raison pour laquelle l’obstruction à la liberté des échanges est doublement néfaste et le dirigisme toujours mal informé.
La loi n’instaure pas le marché, qui préexiste, elle ne fait que l’encadrer par des règlements. Quand les règlements aident à rétablir l’équilibre qui est rompu, quand certains utilisent la force pour s’arroger des droits usurpatoires sur le marché, quand ils éliminent les perturbations en permettant une meilleure circulation de l’information. Ils agissent à bon escient; mais alors, nul besoin d’instaurer un tel règlement par la force publique ! Car à partir du moment où un tel standard est promulgué, celui-ci peut, à moindre frais, le faire respecter quand il est utile. Quand les règlements aident à établir un déséquilibre et font force de loi aux prétentions des uns au détriment des autres, alors c’est le comble de l’injustice. C’est l’iniquité artificielle et légale. L’instauration d’un tel règlement par la force publique n’est que la légalisation de la spoliation et le concours apporté au crime par le gouvernement. Toutes lois instaurant des monopoles industriels ou institutionnels publics ou privés, instituant des subventions ou avantages fiscaux, créant des droits de propriété sur l’intangible, empêchant par la censure ou le monopole la libre circulation de l’information, trompant le public en faveur des détenteurs de droits artificiels, ont pour effet une telle iniquité. Ainsi, dans un régime de liberté économique, un avantage ne saurait exister qu’initialement, avant l’apparition de concurrents. Cet avantage est la récompense de l’innovateur, de celui qui apporte une information positive dans la marche du progrès. Cet avantage est donc l’encouragement même au progrès. Bien évidemment, la libre concurrence atténue cet avantage avec le temps, le progrès retombant ainsi dans le domaine public, au bénéfice de tous, après que son auteur en ait été récompensé. C’est seulement par l’innovation continue, par les progrès répétés, par la création permanente, que chacun pourra maintenir longtemps un bénéfice au-dessus de la moyenne grâce à la liberté des échanges et à l’action civilisatrice du progrès au bénéfice de tous. En effet. L’un des principes fort du libéralisme, est de responsabiliser les acteurs en présence. Cette responsabilité est « la face duale de la liberté », et c’est toujours conjointement que les deux agissent. Là ou la liberté de l’un est restreinte, sa responsabilité est diminuée ; là ou la liberté de l'un est bafouée, la responsabilité du coupable a été négligée ; là ou la liberté est étendu, la responsabilité qui en découle, guidera l’individu libre vers les bonne décisions, tandis que l’absence de celle-ci lui le rendra incapable.
Devant les tâches qui semblent incomber à l’humanité actuelle tel que la poursuite du puissant mouvement d’unification universelle et de paix entre les nations, la finalisation du développement de la technologie, de la recherche, de la justice et l’évolution sociale ou encore l’amélioration des moyens de communications et d’échanges entre les peuples. Le libéralisme semble être un formidable catalyseur des énergies créatrices. A l’égalité communiste, le libéralisme préfère le concept d’équité. Ce concept n’a rien de nouveau, au contraire, il a régenté le déroulement de l’histoire de l’humanité. Aucune société lointaine ou contemporaine ne semble échapper à cette notion de « hiérarchie compétitive. . Pourtant, le libéralisme ne s’oppose pas au progrès sociale, bien au contraire. Il s’oppose au socialisme, c’est en ce que ce dernier demande à l’état. Le libéralisme sait bien qu’il ne ressort de l ‘Etat que ce que la société y met. En soustrayant tout ce que l’état consomme à son propre fonctionnement. La philosophie libérale sait qu’en enseignant aux citoyens de tout attendre de l’Etat, on aboutit qu’à les déresponsabiliser, et par la même, liquéfier la société entière. En faisant reposer la solidarité sur l’Etat, on détruit la solidarité chez les citoyens. L’Etat peut, tout au plus, et doit, tout au moins, garantir à chaque citoyen les moyens légaux de s’exprimer, en mettant a la disposition des citoyens un espace publique d’échanges et de discutions. Pourtant cette garantie n’implique aucunement une gestion directe, loin de là, et bien au contraire. Alexis de Tocqueville disait à ce sujet : « Le plus grand soin d'un bon gouvernement devrait être d'habituer peu à peu les peuples à se passer de lui. »
Le libéralisme et sa pratique économique et politique semble être un puissant instrument de progrès, puisqu’il met en oeuvre toutes les capacités de chaque individu et garantit les droits aux peuples de vivre libre et être maître de leur destin. Le développement économique qu’il impulse favorise un épanouissement des droits individuels et, par conséquent, une meilleure implication politique et citoyenne qui ne peut que favoriser la démocratie dans la mesure ou le surcroît de richesse permet l’élévation du niveau intellectuel par l’accès à la culture et au loisirs qui représentent un formidable accélérateur d’évolution et renferme de réels vertus civilisatrices. L’avantage d’évoluer dans un cadre juridique et social saint encourage l’entreprenariat et les initiatives personnelles. Favorable aux libertés individuelles, « le libéralisme tend donc vers une satisfaction des besoins par une mobilité croissante des ressources humaines et matérielles et par la libre négociation généralisée de contrats et autres accords, en se substituant à la violence politique » et par conséquent à la Guerre.

Malgré toutes les possibilités formidables qu’offre la pensée libérale, la notion d’équité telle qu ‘elle est pratiquée par le monde libéral de nos jours, semble parfois injuste. Ceux qui décident des avantages sont les mêmes qui s’attribuent la plus grande part de ceux-ci. Le libéralisme par son interprétation biaisée en augmente les effets négatifs. Si certains écarts de traitement inter individu sont nécessaires pour stimuler la construction lorsque celui-ci devient trop énorme et baigne dans un monde juridiquement inachevé, il peut devenir l’instrument d’un véritable assujettissement. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans des pays ou le libéralisme, détourné de son sens, sert les intérêts d’une minorité dirigeante criminelle qui par l’accumulation de richesses hors normes, en profite pour abuser, maltraiter et réduire à l’esclavage la partie vulnérable du peuple. Le libéralisme ainsi employé par les dirigeants des républiques bananières, dictatures policières ou autres pays communistes, ne devient plus qu’un moyen efficace et rapide pour augmenter leur richesses personnelles et celles de certains privilégiés et ce, toujours, aux dépends du peuple, sur qui ils basent- pourtant -leur assises politiques et puisent leur puissance et leur pouvoir. Ces régimes totalitaires et féodaux qui distribuent les privilégiés par le truchement de lois sur-mesure qui ne servent qu’une partie infime de l’ensemble de la population. Ils créent ainsi un système d’interdépendance ou dirigeants et nantis se soutiennent mutuellement pour préserver leurs privilèges. On peut également rajouter au totalitarisme trois autres facteurs qui me semblent faire dériver la pratique libérale vers des agissements condamnables. La prédominance de la pulsion sur la conscience, la mystification de la dimension spirituelle de l’homme et l’éviction des forces de contradictions et d’oppositions. En effet cette hégémonie des « tendances sur la conscience » semble caractériser encore la majorité des rapports humains. Ce fait été à l’origine de toutes les guerres et la cause de l’échec des diplomaties pour la résolution des conflits qui ensanglantent notre planète. La nature instinctive et aventureuse du marché fait de lui un puissant réservoir d’action et de créativité. Elle lui permet de supporter la compétition féroce qu’il s’impose a lui-même. Ces qualités particulières des acteurs du marché sont nécessaires pour notre évolution mais leur suprématie est à contester. Bien entendu, il n’est pas question de remettre en cause les qualités véritables du marché mais de les remettre à leur place et contenir ainsi son agressivité dans des proportions admissibles pour l’ensemble du peuple. Finalement, ce n’est pas au marché qu’incombe la responsabilité des excès qu’il commet, ce sont les pouvoirs chargés de le maîtriser (justice, médias, pouvoirs politiques...) qui ont failli à leur prérogatives. Un autre reproche fait au libéralisme, semble être son incapacité à tenir compte de la nature spirituelle de l’homme. Depuis la nuit du temps, l’homme n’a cesser de s’élever de sa condition d’être mortel et périssable par une aspiration à transcender son enveloppe corporelle et ses contraintes matérielles. Il a toujours trouvé dans son environnement les ressources indispensables à assouvir son désir de démarcation des vénalités animales par la recherche du Créateur. La fascination devant les éléments naturels, l’a toujours amené à aller vers l’autre et à développer une réelle envie de générosité d’entraide et de désir de bien faire. Alors que les doctrines traditionnelles au pouvoir ou celles de l’opposition perpétuelle, ont sous-estimé ces valeurs profondes par la répression pour les uns et la négation pour les autres. Le libéralisme se présente comme garant de toutes les libertés, même celle de croire en un dieu ! Si un « mouvement libéral tunisien[iii] » doit voir le jour il ne peut que puiser dans ce formidable vivier de générosité et de spiritualité pour revenir à l’origine même de l’esprit libéral. Notre combat ne peut que se baser sur la spécificité historique de notre pays à préserver dans l’absolu certaines valeurs morales, une ouverture d’esprit légendaire et une aptitude avérée dans les pratiques commerciales qui peuvent être renforcées par la pratique religieuse mais pas nécessairement. Le « libéralisme dirigé » exercé par notre régime actuel choisit pour stimuler l’action, les tendances primaires tel que la soif de puissance, l’appât du gain, la consommation frénétique et la compétition agressive. A partir du moment où il néglige les valeurs spirituelles de l’homme, il ne peut, par ces agissements, se reposer que sur ses valeurs matérielles qui nuisent tant à notre « cohésion sociale. » Il est certain qu’en mettant l’individu au « centre des préoccupations », le libéralisme l’émancipe de l’unité somatique de la société. La démocratie, quant à elle, le fait associer à ces semblables pour reconstituer le tissu social non comme un tout organique mais comme une mutualité d’individus libres et égaux. La démocratie par cette recomposition des liens sociaux conserve l’énergie des lois de la nature. Une démocratie libérale, est une démocratie qui optimise l’exploitation de ces forces vives, pour le bien de tous. Elle est l’arbitre mais pas le maître. La garante sans être la propriétaire.

En regardant les choses de façon synthétique et humaine, la réflexion semble simple. Puisque la mondialisation et son moteur, la compétition, sont nécessaires au progrès et puisque les valeurs humaines sont notre seule bouclier pour empêcher tout retour à un fonctionnement sauvage, nous devons admettre qu’un libéralisme parfaitement maîtrisé basé sur des « valeurs universelles » retrouvant sa véritable place dans la hiérarchie des valeurs, est le meilleur rempart contre le despotisme, le totalitarisme militaire ou idéologique et les extrêmes de tous bords. Par conséquences, il représente l’amorce obligatoire pour l’établissement d’une démocratie authentique. C’est en cela que réside le « double avantage » du libéralisme. Par son action émancipatrice est primordiale à la création d’une démocratie viable. Cette démocratie garantira en retour l’expression d’un libéralisme maîtrisé. Le libéralisme crée ainsi les conditions idéales à son épanouissement et le cadre légal de son application. Ce combat où « la seule valeur qui vaille d’être défendu, est celle de l’Homme[iv] », doit s’inscrire dans une logique constructive et non partisane loin des clivages traditionnels. Sortant du carcan de la politique politicienne qui a abouti à cinquante années d’action stérile et contre-productive. Gardant nous de faire de la politique là ou la seule politique qui domine est celle de la répression. Occupons nous de ce qui fera notre avenir : la jeunesse tunisienne, c’est ainsi que nous jetterons ce qui fait notre présent aux oubliettes. Car « penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire avec d'autre ?[v] »



[i] La fin de l’histoire et le dernier homme, Francis Fukuyama, Paris, Flammarion, 1992, 456 p.
[ii] Maurice Lagueux, professeur de philosophie et d’économie, Université de Montréal.
[iii] De la nécessité d’un mouvement libéral tunisien, Mourad Dridi, http://www.réveiltunisien.org/ 2005
[iv] Charles de gaules, président de la république,1890-1970.
[v] Emmanuel Kant, philosophe, 1727-1804.

Bibliographie et sources :
- La philosophie politique, Anne Baudart, collection Dominos, Flammarion, 1996, 149 p.
- La politique économique ou la maîtrise des contraintes, André Grjebine, 1991, Paris, Seuil.
- Emmanuel Kant, oeuvres complètes, Gallimard éditions.
- http://www.geoscopie.com/.
- http://agora.qc.ca/

jeudi 14 avril 2005

Pour en finir définitivement avec les querelles partisanes


Quelle alternative politique, économique et sociale sans remise en cause des dogmes du passé ?

Pour en finir définitivement avec les querelles partisanes. Pour se convaincre une fois pour toutes de s’extirper des dogmes moisis et poussiéreux qui nous emprisonnent. Je voudrais procéder, à travers cette contribution, à une petite rétrospective des expériences aux pouvoir des partis appliquant les idéologies que certaines formations politiques tunisiennes nous présentent comme une alternative sérieuse à la dictature de Ben Ali. Cette référence à l’histoire ne se limite pas à l’histoire de la Tunisie en particulier. Notre histoire fait partie d’un tout qu’il ne faut jamais perdre de vue.
Alors commençons par les communistes et leurs armada de crépuscules trotskistes, marxistes et autres maoïstes. Après les atrocités pendant l’ère soviétique, toutes les atteintes aux droits du peuple, l’asservissement physique et intellectuel engendré par le propagande diabolique et la terreur, les déportations, les camps de concentration et les goulags staliniens pour aboutir à l’échec total et retentissant dont on paye, jusqu’à nos jours, les conséquences. Les quelques survivants ne me semblent pas être des très bons exemples en respect de la démocratie et des droits de l’homme. L’existence d’un parti communiste ou toute autre avatar de la révolution bolchevique, me semble anachronique et décalé.
Quant aux partis nationalistes arabes, les exemples ne manquent pas. Le meilleur spécimen du partie nationaliste arabe c’est le partie baâth qui a exercé en Irak et qui exerce encore en Syrie avec une efficacité totalitaire redoutable. La Syrie est en état d’urgence depuis 30 ans, c’est a dire le contrôle total du pays par l’armée et la restriction des droits civiques pour raison d’état. Le parti nationaliste arabe baâth soutient une dictature militaire, une des plus oppressantes de la planète. Son action néfaste s’étend même en Jordanie et surtout au Liban qui risque de sombrer encore une fois dans la guerre civile. Sans oublier la schizophrénie des autorités égyptiennes qui oscillent entre le nationalisme arabe armé et l’adhésion aux aspirations américaines pendant la première guerre du golfe en empochant par l’occasion une réduction d’un tiers de sa dette.
En ce qui concerne le socialisme, je n’ai pas à citer d’autres pays, notre expérience douloureuse suffirait. Les années Ben Saleh sont là pour nous rappeler les conséquences d’un aveuglement idéologique qui avait entraîné le pays au bord du gouffre et a permis à notre cher dictateur de nous faire goûter au joies amères de sa fausse démocratie.
Concernant les partis « islamistes » le tableau n’est guère meilleur (que dieu les pardonne). La mentalité moyenageuse de la pétro-monarchie wahhabite et son influence sur toute la région du golfe persique et au-delà. Les chiffres en Arabie saoudite sont effarants. En plus du déficit de liberté, on remarque une insuffisante promotion du savoir (un enfant sur deux n’atteint pas le niveau secondaire [*]). Un chômage chronique qui touche selon les estimations plus de 30% de la population et cela malgré la manne des pétrodollars. Un immobilisme qui n’est pas digne de l’épicentre de l’islam. L’expérience éphémère des talibans en Afghanistan est si grotesque qu’elle ne représente pas un cas pertinent à citer. Quant aux espérances que certains ont porté à la révolution islamique, elles se sont très vite estompées. Fascinés par l’expérience chinoise, certains dirigeants iraniens ont espéré mener à bien des réformes économiques indépendamment des rivalités politiques ou religieuses. Ces réformes sont pourtant « totalement enlisées aujourd’hui, malgré l’abondance de ressources et la nécessité urgente de créer des emplois [**] ». Deux raisons principales à cette paralysie : la résistance du secteur traditionnel, porté au pouvoir à la révolution, ayant de l’économie une vision purement commerciale et non industrielle. Mais aussi, comme en politique, la multiplication de centres de pouvoirs dont les idéologies et les intérêts divergent. Encore une fois la déception des jeunes iraniens était grande malgré leur implication politique et religieuse.
Pour le régime actuel, le mélange du despotisme, népotisme, libéralisme, clientélisme, populisme et socialisme, a plongé le pays dans une crise politique, économique et identitaire sans précédent. Sans oublier les humiliations quotidiennes que subit le peuple tunisien. Cette mortification n’est pas seulement physique mais aussi intellectuelle. Il y a bien sûr tant d’autres choses à dire sur la dictature du général président, mais je pense que vous en savez autant que moi et sûrement plus pour ceux qui le vivent dans leur chaire.
Enfin, et pour en finir avec ce constat je pense qu’on peut facilement comprendre ma réticence à adhérer à des idées qui ont montré leur limites. Ma démarche n’est donc pas provocatrice, mais au contraire constructive. Je joins donc ma voix à l’appel de Mourad Dridi pour un « front libéral tunisien, populaire, réformiste et patriote [***] ». J’appelle toute les forces vives du pays a se mobiliser pour un débat réaliste dénouer d’idéologie et d’aspirations partisanes.

[*] Atlas géopolitique et culturel, Le Robert 2003, 167p
[**] Les acteurs de l’économie iranienne, Serge Michel, Iranrepoter.com
[***] De la nécessité d’un mouvement libéral tunisien, par Mourad Dridi, Réveil tunisien 2005

samedi 9 avril 2005

Le peuple tunisien a t-il les moyens de faire sa révolution ?


C’est les peuples qui font la démocratie, pas les partis politiques.
Je pense personnellement qu’aucun parti, rassemblement, groupe ou même crépuscule, n’est en mesure de représenter une alternative sérieuse au pouvoir corrompu en place.
Pour cette raison, que l’on soit membre d’une mouvance « islamiste » aux mains d’obscures organisations étrangères ou sympathisants des vestiges de l’aire soviétique, que l’on soit porte parole de ceux qui croient encore que notre salut nous viendra de nos frères arabes ou tous les autres qui n’appartiennent qu’à eux-mêmes, nous devons réfléchir à quoi faire après le départ de notre ennemi commun.

Ma conviction intime m’amène à dire que c’est les peuples qui font la démocratie et non les partis politiques et notre peuple est pour l’instant dans une phase critique de délabrement intellectuel incapable de la moindre initiative, ne ratant pour rien au monde la finale de « la star académie » version libanaise en se disant que les filles seraient plus belles sur un écran plasma. C’est de ça qu’il s’agit. C’est là que réside notre défi. Offrons à ces pauvres forcés de l’esprit un débat digne et une réflexion féconde pour les aider à casser le carcan qui les enveloppe. Verront-ils peut-être leur vie misérable d’apparence si paisible ?

Quant je visite la Tunisie ce qui me révolte le plus c’est le manque de civisme du tunisien en général. Une sorte de sentiment que dans ce pays c’est chacun pour soi où même dieu n’est pas pour tous. La corruption, le clientélisme et le favoritisme sont ancrés dans l’esprit de ce peuple tel la marque du fer sur le bétail.
Chacun prend ce qu’il pense lui revenir de droit et cela selon des critères qui échappent au commun des mortels. Du simple "préposé" au grand commis de l’état, du boucher de quartier au chirurgien des cliniques luxueuses de Notre Dame ; le système est rodé et les mécanismes bien huilés.

Convaincre les tunisiens de céder leurs pseudos privilèges, tel est le vrai combat. Car dans ce pays le seul privilège qui prime c’est celui de l’impunité.

el ansari